01 mai 2017

Antigone au printemps

An1Antigone au printemps

Texte : Nathalie Boisvert
Mise en scène : Frédéric Sasseville-Painchaud
Production : Le Dôme, Créations théâtrale
Conception : Mykalle Bielinski (musique originale), Chantal Labonté (éclairage), Alexandra Lord
Collaboration : Alex Gauvin, Olivier Sylvestre, Émily Vallée-Knight

Distribution : Léane Labrèche-Dor (Antigone) – Xavier Huard (Polynice) – Frédéric Millaire-Zhouvi (Etéocle) – Mykalle Bielinski (La musicienne - et chanteuse)

Présentée à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier du 4 au 22 avril 2017.

Résumé :

Dans un Québec moderne, dans un Montréal intemporel, la tragédie d'Antigone se déroule à nouveau sous nos yeux.

L'histoire débute dans le chalet appartenant à Oedipe et Jocaste à Rivière Éternité. Leur trois enfants, Antigone, Etéocle An3et Polynice, se rappelle leur enfance à jouer près de la rivière. Mais bientôt la vérité sur leurs parents leur est révélée et ce secret insoutenable bouleverse à jamais leur vie. Oedipe et Jocaste abandonnent leurs enfants, ne pouvant vivre avec cette révélation. Les trois enfants sont révoltés et ont de la difficulté à contenir leur rage et leur désespoir.

Chacun exprimera sa colère de sa façon. Étéocle et Polynice vont joindre la révolution qui s'éveille dans leur ville. Mais dans des camps différents. Antigone va suivre son frère Polynice contre l'ordre établi. Étéocle va prendre le parti de son oncle Créon qui veut réprimer l'opposition.

Dans un affrontement sanglant, les deux frères vont se battre violemment et finalement s'entretuer. Antigone réussit à se sauver. Mais Étéocle est montré comme un héros et Polynice comme un traitre. Antigone doit rester entière. Elle se doit de donner à son frère Polynice un enterrement digne - au risque de sa propre vie.

À propos :

Le Dôme, créations théâtrales est une toute nouvelle compagnie théâtrale, fondée par Nathalie Boisvert, Frédéric Sasseville-Painchaud et Olivier Sylvestre. Au mois d'avril 2017, ils présentent leur première pièce Antigone au printemps dont le texte est de Nathalie Boisvert et la mise en scène de Frédéric Sasseville-Painchaud.

Antigone fait partie de la mythologie grecque. Elle est intimement liée au mythe d'Oedipe. Sophocle, il y a environ 2 500 ans, a écrit une tragédie sur sa destinée. Puis en 1944, Anouilh a réécrit la pièce alors que la France était sous l'occupation allemande.

Antigone au printemps de Nathalie Boivert reprend les personnages principaux et certains aspects de l'histoire. Certains personnage seront présents, Antigone, Étéocle et Polynice ; d'autres ne seront que mentionnés, Créon et Hémon, par exemple. Le secret de leur naissance, l'effondrement d'une famille, l'affrontement entre Étéocle et Polynice, la rebellion d'Antigone, tous ces aspects sont présents dans la pièce. Mais l'histoire se déroule aujourd'hui, dans un monde rempli de guerres, de scandales politiques, de désastres écologiques, de manifestations et de contestations sociales, d'affrontements entre manifestants et policiers... et on ne peut évidemment s'empêcher aux manifestations étudiantes québécoises du printemps 2012. Selon les mots de l'auteur : "[...]une tragédie écologique où des oiseaux  tombent du ciel et les gens se révoltent contre cela. Ils manifestent dans un système politique corrompue de Créon." (Article de Raphael Demers, Antigone au printemps, entrevue avec l'auteure et le metteur en scène, Alt. RockPress, 3 avril 2017).

An12Pièce en un acte de 1 h 20 sans entracte. La scène est très dépouillée, un sol couvert de gravier, un bloc de béton et un chemin qui est aussi rivière, mais aussi la séparation entre deux mondes. Aucun décor. Quelques lumières et surtout une musique qui suit parfaitement la tension et le climat de la pièce. Pas de Prologue ici pour raconter l'histoire mais une narration par les trois acteurs entrecoupée de dialogues qui sont plus une énonciation qu'un échange.

La pièce a été présentée pendant le mois d'avril 2017, pour le grand public mais également à des groupes étudiants. On voit aisément comment la pièce peut rejoindre un public plus jeune. Elle demeure accessible, ancrée dans une réalité contemporaine tout en reprenant les mythes anciens.

Mes commentaires :

Vous savez, j'aime beaucoup le personnage d'Antigone. J'ai aimé lire son histoire dans la mythologie grecque puis la tragédie de Sophocle. Mais j'ai particulièrement aimé l'adaptation d'Anouilh. J'ai même décidé - dans un moment de folie, je crois - d'écrire quelques textes sur la pièce d'Anouilh. Je ne suis loin d'être une experte et mes années d'université en littérature française sont loin derrière moi, mais j'ai mis beaucoup de temps et d'efforts dans ces articles, car comme je l'ai dit, j'aime beaucoup le mythe et la pièce. Je ne m'attendais cependant vraiment pas à la popularité de ces articles. Parfois j'ai l'impression que si Antigone n'existait pas sur mon blogue, il n'y aurait pratiquement pas de visiteurs ! Bon, j'exagère un peu, mais honnêtement... le nombre de clics que mes textes sur Antigone ont généré, est hallucinant. Il faut croire que le texte d'Anouilh est encore beaucoup étudié !

Mais cela a aussi généré en moi une sorte de désintérêt pour mes propres textes et pour Antigone. Bon... Antigone encore... que je me disais. Je remettais en question mon engouement pour cette histoire. Il est certain que j'ai toujours trouvé extrême l'obsession d'Antigone. J'ai même pensé supprimer mes articles. Surtout que je ne suis pas une experte en la matière.

Et puis, j'ai vu cette pièce annoncée. Antigone au printemps. Et avec une comédienne que j'aime bien. Je n'ai pas pu résister. Je n'ai rien lu sur la pièce. Je savais cependant que la pièce avait été modernisée, mais rien d'autre. Je ne savais pas à quoi m'attendre et j'avoue que j'avais un peu peur du résultat.

La pièce a commencé, la voix, la musique, ont envahit la salle. Les acteurs ont récité leurs textes. Et j'ai été complètement envoûtée, renversée, hypnotisée. J'ai retenu mon souffle. Et Antigone s'est retrouvée à nouveau dans mon coeur. Non seulement, je me suis réconciliée avec le personnage d'Antigone, mais j'ai finalement pu la comprendre.

Le contexte est différent, bien sûr. Mais l'histoire reste la même. Et la révolte aussi. Révolte contre ce qui ne peut être changé (la vérité de leur naissance) et révolte sur ce qui peut être changé. La rage de vivre des personnages est bien vivante ainsi que leur destin inévitable vers la mort ; comme dans l'histoire mythique.

Mais nous retrouvons les personnages avant le texte d'Antigone. Nous les retrouvons enfants, ensemble, unis. Meurtris mais solidaires. Puis, nous les voyons s'éloigner, se perdre et finalement s'affronter. Les gestes sont horribles, la fin tragique. Le besoin de croire en une cause, la manipulation des faits, des informations, des opinions, la nécessité de se battre pour ses idées... Tout ceci se trouve dans les textes de Sophocle et Anouilh mais ici, tout semble terriblement proche, moins théorique.

Je trouve cependant triste que rien ne change... nous avons, encore et toujours, les mêmes tragédies à vivre et revivre.

Lire aussi:

Pour en savoir plus...

  • Article par Élie Castiel dans la revue Séquence
  • Critique de Pierre-Alexandre Buisson sur la Bible urbaine
  • Article de Raymond Bertin sur la pièce et article sur l'auteure dans la revue Jeu
  • Entrevue avec Léane Labrèche-Dor
  • Article de Gilles G. Lamontagne sur le site Sors-tu?.ca
  • Article d'Esther Hardy sur le site atuvu.ca

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20 avril 2017

King Dave (2016)

KingDave1À l'affiche ce soir : King Dave  (2016)

Fiche technique

Langue: Français (VO)
Année: 2016
Durée: 1h 40 min.
Pays: Canada (Québec)
Réalisateur: Podz (Daniel Grou)
Producteurs: Nicole Robert, Jaime Tobon

Studio : Go Films

Distributeurs : Les Films Séville
Scénario : Alexandre Goyette
Cinématographie: Jérôme Sabourin
Musique originale: Milk and Bone

Distribution: Alexandre Goyette (Dave); Mylène St-Sauveur (Isabelle) ; Moe Jeudy-Lamour (Ali); Karelle Tremblay (Nathali)

Synopsis (attention spoilers)

Dave est un jeune homme rebelle, qui joue au petit dur, se croit cool, mais est très influençable. Un soir, dans un bar, sa vie dérape. Lorsqu'il voit sa copine danser et flirter avec un autre gars un peu trop entreprenant, il s'élance, jaloux, sur la piste de danse pour défier le gars. Sa copine quitte fâchée, mais Dave veut donner une leçon à l'autre. Mais c'est plutôt lui qui se fait battre violemmentKingDave2 et retourne chez lui, complètement humilié.

Dave ne peut laisser les choses ainsi et il décide de se venger. Mais rien ne va aller comme il le veut et il se retrouve dans un engrenage de violence dont il ne sait comment s'échapper et qui le mènera vers l'irréparable.

À propos

Genre: Drame

Le film King Dave est l'adaptation au grand écran d'une pièce de théâtre écrite et jouée par Alexandre Goyette il y a plus de 10 ans. La pièce de théâtre fut jouée partout au Québec remporta un très grand succès. En 2005, la pièce reçue le prix "texte original" et Alexandre Goyette reçu le prix "interprétation masculine" lors de la soirée des Masques.

Goyette a écrit ce texte lorsqu'il avait environ 25 ans, mais s'est inspiré de son adolescence et des jeunes qui l'entouraient. Il voulait raconter la violence urbaine des gangs de rue dont il a été témoin. Le texte ne raconte pas sa vie mais ce qu'il aurait pu vivre.

La pièce est très dynamique, vivante et beaucoup la qualifiait de cinématographique. L'acteur porte le texte entièrement, joue tous les personnages et s'adresse au public directement.

C'est le réalisateur Podz qui a approché Alexandre Goyette pour adapter la pièce au cinéma. Ils ont travaillé ensemble sur le projet pendant sept ans avant qu'il ne voit finalement le jour en 2016. Le réalisateur voulait absolument conserver la théâtralité et le rythme du texte de Goyette. Il a donc décidé de filmer en un seul plan-séquence le texte de Goyette.

KingDave3Le film est donc un seul plan-séquence de 91 minutes. Pendant ces 91 minutes, la caméra suit Dave qui s'adresse directement au spectateur, comme dans la pièce de théâtre. Le film est tourné sur un trajet de 9 kilomètres, dans plus de 20 lieux différents. L'équipe technique devait suivre continuellement les acteurs, et il est difficile d'imaginer l'ampleur et la complexité du travail qu'exigeait cet unique plan-séquence. Décors construits dans une cour pour permettre au personnage de passer d'une maison à un appartement, des caméras qui suivent un autobus, des plateformes mobiles, des changements de costumes imperceptibles, etc. Ce plan-séquence unique était également un défi pour les acteurs, en particulier pour Alexandre Goyette qui est présent du début à la fin. Mais qui cependant avait son expérience théâtrale du texte qu'il a écrit. Le film a été tourné 5 fois en 5 jours. Ce fut la cinquième prise qui fut retenue.

Le film a beaucoup fait parlé de lui avant et à sa sortie. Les critiques furent majoritairement élogieuses. Il fut le film d'ouverture et en compétition officielle au Festival de Films Fantasia de Montréal en 2016. Il fut également présenté dans plusieurs autres festivals dont le Warshaw Film Festival en Pologne, le Festival Les Percéides à Percé, le Vancouver Internation Film Festival et le Atlantic Film Festival à Halifax.

Il y eut cependant quelques critiques négatives et le succès au box office ne fut à la hauteur des espoirs de Podz et Goyette. 

Pour moi King Dave, c’est…

Si vous êtes québécois, il est difficile de ne pas avoir entendu parler de King Dave. Et il était difficile de ne pas connaître les coulisses du tournage. On a en effet beaucoup parlé de ce fameux plan-séquence et des prouesses techniques qu'il a exigé. On savait donc à quoi s'attendre. On savait peu de l'histoire, par KingDave4contre. Peut-être parce qu'on en avait parlée lors des représentations théâtrales, il y a plusieurs années. Comme je n'étais pas au Québec en 2005, je ne savais rien de l'histoire, ni de l'auteur ou du contexte d'écriture.

C'est donc en ne connaissant que la démarche cinématographique que je me suis assise dans la salle de cinéma. Et bien que je suis sortie complètement enchantée par le film, je dois admettre que j'ai été légèrement déroutée par le texte et l'acteur principal. Ce n'est que lorsque j'ai su que l'acteur était l'auteur du texte et le contexte d'écriture que j'ai pu vraiment apprécier le film.

Et je comprends que le film ait pu paraître étrange à certains. Car nous suivons dans le film un jeune homme au langage de rue très actuel qui côtoit des gens qui sont visiblement plus jeunes que lui et qui vit des situations qui semblent légèrement décalés par rapport à son âge. Car l'acteur a maintenant environ 40 ans. Et cela m'a semblé vraiment étrange au début. Ensuite, j'ai été emportée par le film, et l'ai regardé en retenant mon souffle, tellement j'ai été prise par le rythme effrené, par le texte vertigineux et par le jeu de Goyette. J'ai oublié le décalage entre le personnage et l'acteur.

Mais, j'ai vraiment aimé lire par la suite sur le film et comprendre le contexte d'écriture. Disons que cela aide à remettre en perspective les mots et les actes. L'auteur/acteur voulait transmettre son expérience de jeunesse dans un quartier dur. Il voulait partager ses souvenirs des crimes dont il a été témoin, de la violence urbaine qu'il a vu se propager autour de lui. Il avait 25 ans quand il a écrit son texte. Son personnage est plus jeune. Il a un âge un peu indéfini. Il a joué son texte au théâtre, pendant plusieurs années. Il en a 40 ans quand il le joue au cinéma. Je crois que le décalage dans l'âge du personnage et l'acteur doit être moins évident au théâtre. Au cinéma, il dérange un peu. Mais si on le voit comme une analyse d'un épisode de sa vie par le personnage, cela me semble plus normal. C'est comme si on entrait dans la tête de Dave et qu'il nous racontait ce moment tragique de sa vie. Je regrette donc qu'on ait pas plus parler de l'histoire dans les médias. Car savoir l'origine des mots permet de comprendre certaines choses.

Le film est vraiment l'histoire d'un jeune homme qui dérape et prend toutes les mauvaises décision. Il est vulnérable, sensible et cherche à s'intégrer. Il veut faire partie d'un groupe, être respecté par eux. Mais il ne sait pas s'y prendre. Et on le suit dans cette dérive. On le suit dans les ruelles, son appartement, les parcs obscurs... Montréal vit sous nos yeux. Des endroits de Montréal peu connus, mais qui résonnaient en moi... Montréal-Nord, Rivières-des-Prairies,... Je connais.

Dave peut sembler maladroit, un brin "épais". Mais je me suis attachée au personnage. Il veut tellement être quelqu'un d'autre, un dur qui se fait respecter mais il fait tellement d'erreurs... les événements se succèdent et il n'a plus aucun contrôle sur ce qui lui arrive. Il est à la recherche de lui-même, mais il ne le sait pas. Un jeune adulte qui ne s'assume pas, qui ne veut pas quitter le monde qu'il admire mais qui cause sa perte. Il y avait tellement d'émotions dans le texte et dans le jeu de Goyette. On ne peut s'empêcher de vouloir secouer Dave et essayer de le sauver de lui-même. Goyette dit avoir écrit son texte en un seul jet... le texte est dit en seul souffle... et on le regarde sans respirer. On en sort un peu sonné et essouflé.

Évidemment, notre essouflement est également le résultat du fameux plan-séquence. On se dit qu'on ne peut cligner des yeux sinon on va perdre quelque chose. C'est terriblement bien réalisé, une caméra à la fois fluide et rythmée. Bien sûr au début, on y pense, on se demande comment a été fait telle transition mais bien vite j'ai oublié tout pour ne suivre que l'histoire.

Sources à consulter

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15 août 2008

Antigone d'Anouilh - III. Résumé et Commentaires personnels

 

Anouil3Antigone / Jean Anouilh. – Paris : La Table Ronde, 1976. – 133 p. ; 19 cm.

Résumé :

Cette tragédie en prose composée d’un seul acte commence par la présentation par le Prologue des personnages de la pièce qui sont déjà en scène lors du lever du rideau. Le Prologue résume également la situation dans laquelle nous trouvons les personnages ; c’est en fait un rappel de la légende de Thèbes et des faits qui se sont passés avant le début de la pièce :

Après le départ d’Œdipe, roi de Thèbes, le royaume est gouverné par ses deux fils, Polynice et Étéocle. Les deux frères avaient d’abord décidé de partager le pouvoir et de régner une année sur deux. Mais après un an, Étéocle ne veut pas céder le pouvoir à son frère. Polynice veut reprendre le trône et réussit à assembler une armée. Une guerre se déclare entre les deux frères qui se terminent par la mort de Polynice et Étéocle qui se sont entretués. Le pouvoir revient alors à leur oncle, Créon. Celui-ci organise des funérailles pour Étéocle qu’il considère être mort pour le royaume, mais ordonne de ne pas toucher au corps de Polynice, celui qui a trahi sa patrie, de ne pas lui donner de sépulture.

Après ce prologue, la pièce débute avec le retour d’Antigone qui est sortie pendant la nuit. Elle cache à sa nourrice les raisons de sa sortie nocturne. On assiste ensuite à une discussion d’Antigone avec sa sœur Ismène, qui se doute de ce qu’elle veut accomplir. Elle essaie de la convaincre de ne pas enfreindre les ordres de Créon. Malgré ses doutes, Antigone est déterminée.

Elle rencontre ensuite son fiancé, Hémon, le fils de Créon. Après s’être rassuré de son amour pour elle, elle lui demande de lui faire confiance et lui annonce la rupture de leurs fiançailles. Hémon ne comprend pas les raisons de cette rupture. Puis, alors que sa sœur Ismène tente encore de la convaincre de ne pas enterrer leur frère, Antigone lui avoue qu’elle l’a déjà fait, la nuit passée.  

Pendant ce temps, on découvre que Polynice a été recouvert de terre et on avertit Créon que ses ordres ont été enfreints. Il fait surveiller le corps et ordonne de ne pas en parler pour l’instant. Antigone est ensuite arrêtée par les gardes de Créon alors qu’elle est près du corps et ne la reconnaissant pas, ils la brutalisent. Mis au courant, Créon ne veut tout d’abord pas croire que sa nièce est responsable d’un tel acte. Il affronte Antigone et tente de la raisonner. Mais leurs convictions sont trop différentes et ils sont irréconciliables.

Créon veut ramener la paix dans le royaume, étouffer tout scandale et demande à Antigone de ne plus tenter d’ensevelir son frère. À court d’arguments, il révèle les vraies personnalités de ses frères, et les raisons de leurs morts. Mais Antigone ne veut pas céder, malgré ces révélations qui la bouleversent. Ne pouvant rien faire pour la protéger, Créon appelle un garde qui amène Antigone. Le Chœur et ensuite Hémon tentent d’intercéder en faveur d’Antigone. Mais Créon ne veut et ne peut pas empêcher sa mise à mort.

Antigone, seule avec un garde, ne trouve aucun réconfort dans ses derniers moments. Un messager arrive sur scène et annonce la mort d’Antigone, mais aussi la mort d’Hémon qui s’est tué près de celle qu’il aimait. Créon revient alors sur scène, le chœur lui apprend alors la mort de sa femme, la reine, qui n’a pu supporter la mort de son fils. Créon se retrouve alors seul, calme. Il sort. Le chœur s’adresse une dernière fois aux spectateurs pour clore la pièce.

Commentaires personnels :

Le mythe d’Antigone est une histoire tragique qui semble aller au-delà de l’histoire racontée en tant que telle. Le thème central d’Antigone ne me semble pas son action – offrir une sépulture à son frère – mais plutôt sa volonté de se rebeller contre l’ordre établi. L’affrontement entre Antigone et Créon symbolise l’obligation de suivre l’ordre en place (Créon) et la volonté de se rebeller (Antigone). Liberté de pensées et d’actions contre obligation de suivre le pouvoir en place. Les choix qui doivent être faits amènent souvent des conséquences irréversibles et douloureuses. Est-ce que les choix sont toujours justifiés ? Est-ce que les convictions personnelles et la volonté d’absolu jusqu’au sacrifice de soi justifient ces actions ?

Antigone est une tragédie et repose sur une fatalité. Nous savons qu’une mort ou des morts auront lieu, et peu importe les événements qui suivent, il n’y a pas d’espoir. Les personnages sont « programmés » par leur destinée, leurs personnalités fortes, exceptionnelles et par leurs actions fortes, intuitives et parfois violentes. Les personnages sont nobles mais ne s’opposent pas à leurs destins. Ils savent que ce qu’ils doivent faire et ne cherchent pas à se dérober à leurs obligations. Créon tente de convaincre Antigone mais sait très bien qu’il ne le pourra probablement pas et qu’il devra la condamner à mort, car telle est la loi, et il ne peut la contourner. Antigone sait qu’elle va mourir mais rien, même certaines révélations troublantes, ne la feront changer d’idée.

L’histoire veut faire passer un message. Les gens accomplissent parfois leurs actions car poussés par des motivations au-delà de leur volonté. Ils se plient à ce qu’ils croient devoir faire… même si c’est une erreur. Il est facile de voir comment cette réécriture du mythe d’Antigone par Anouilh a été motivée par son époque. Et comment les spectateurs ont pu transposer les actions et les dialogues des personnages à la réalité du moment, c'est-à-dire l’Occupation et la Résistance.

Il fut en quelque sorte facile à Anouilh de transposer l’histoire d’Antigone car celle-ci est intemporelle. On traite ici de l’Homme, de ses faiblesses et de ses forces, de sa noblesse et de ses peurs. La tragédie d’Anouilh transmet beaucoup de pessimiste. Malgré les notions de grandeur, idéalisme, passion et noblesse de sentiment, ressort surtout la fatalité du destin. Et selon moi, l’aveuglement. Une volonté de pureté de sentiments mais qui amène irrémédiablement à un refus de voir autre chose que sa propre conviction.

 

La pièce se veut un appel à une certaine révolte – tout en laissant toujours sous-entendu l’obligation de se plier à certaines règles. Certains se soumettent et ne peuvent faire autrement… faut-il les condamner ? D’autres se rebellent malgré tout et contre tout raisonnement. Est-ce que cela vaut toujours la peine ? Il a certes une idée d’extrême, d’affrontement entre le bien et le mal… mais il n’est pas clairement défini ce qui est le bien et ce qui est le mal.

La pièce va cherche dans le classique une vision du moderne. Anouilh mélange sentiments anciens et quotidien absurde. Les héros sont dignes des mythes anciens et sont obsédés par des valeurs nobles, par des idéaux intemporels. Ils refusent les compromis.

Anouilh a bien sûr apporté quelques modifications à la tragédie de Sophocle et au mythe d’Antigone. Il fait d’Antigone une fille simple et ordinaire alors que l’Antigone est remarquable. Sophocle place Créon et son destin au centre de sa tragédie alors qu’Anouilh y place Antigone. Mais le destin et le sacrifice demeurent centraux aux deux textes.

De nombreuses analyses de la pièce d’Anouilh existent et je conseille vivement à ceux qui s’intéressent à Antigone, de les lire.

Personnellement, j’ai toujours beaucoup aimé ce mythe et j’ai aimé les deux textes, autant celui de Sophocle que celui d’Anouilh. J’ai particulièrement aimé la lecture d’Anouilh et l’ambiguïté qu’il laisse planer.

D’un point de vue tout à fait personnel, j’ai cependant beaucoup de difficulté avec l’idée de « destin » et de « sacrifice »… donc, j’ai toujours eu envie de dire à Antigone… « oui, bon, tu l’as recouvert deux fois déjà, on a compris ton opposition, tu as clairement noté ton désaccord… pas besoin de mourir pour un ti-clin qui ne t’aimait pas… ». Mais bon…

Lire aussi:

Antigone d'Anouilh - I. L'auteur
Antigone d'Anouilh - II. L'oeuvre

Sources:

Citations :

« LE CHŒUR, s’avance.

Et voilà. Sans la petite Antigone, c’est vrai, ils auraient tous été bien tranquilles. Mais maintenant, c’est fini. Ils sont tout de même tranquilles. Tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire – même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l’histoire sans y rien comprendre. Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris. Et ceux qui vivent encore vont commencer tout doucement á les oublier et à confondre leurs noms. C’est fini. » p. 132

 « C'est cela qui est commode dans la tragédie. On donne un petit coup de pouce pour que cela démarre [...] C'est tout. Après on n'a plus qu'à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul. » pp.56-57

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13 août 2008

Antigone d'Anouilh - II. L'oeuvre

Antigone / Jean Anouilh. – Paris : La Table Ronde, 1976. – 133 p. ; 19 cm.

L’œuvre :

Jean Anouilh écrivit la tragédie Antigone en 1942 et celle-ci fut créée pour la première fois au Théâtre de l’Atelier à Paris le 4 février 1944. Elle fut mise en scène par André Barsacq. Les éditions de la Table Ronde publieront le texte de la pièce en 1946Anouil2. Lors de la première représentation de la pièce en 1944, le rôle d’Antigone est interprété par Monelle Valentin, l’épouse d’Anouilh.

Malgré le fait que la pièce connue éventuellement un immense succès public, on dit que lors de la première représentation elle fut très mal accueillie. Les biographes d’Anouilh rapportent même qu’à la fin de la pièce, en lieu d’applaudissements, ce fut le silence total. Et on rapporte également que le metteur en scène, André Barsacq, ainsi que Jean Anouilh déclarèrent regretter avoir écrit et mis en scène la pièce. La critique du moment fut donc partagée. On assimila rapidement les personnages et la trame tragique d’Antigone aux événements du moment, c’est-à-dire la Deuxième Guerre Mondiale.

On interpréta les gestes, décisions et réflexions des personnages de diverses façons. On y voyait soit un appui à l’Occupation soit un appui à la Résistance ; un appel au statu quo ou encore un appel à la révolte. La pièce ne fut pas censurée par les Allemands, ce qui constitue, selon certains, une preuve que la pièce défendait l’ordre établi. Mais d’un autre côté des tracs appuyant la Résistance furent distribués pendant certaines représentations. Antigone demeure aujourd’hui une des œuvres majeures de l’époque ainsi que l’œuvre centrale d’Anouilh. Il existe une version filmée de la pièce. Ce film fut réalisé par Moustapha Sarr en 2003.

Pour sa pièce, Anouilh s’est inspiré d’un mythe ancien, l’histoire tragique d’Antigone. L’histoire d’Antigone fit l’objet de nombreuses œuvres dont la tragédie par l’auteur grec Sophocle au Ve siècle av. J.-C. Anouilh a dit qu’une relecture de la pièce de Sophocle pendant la guerre l’inspira à récrire la tragédie à sa façon. Même s’il connaissait très bien la pièce de Sophocle, il la voyait maintenant d’un autre œil et y lisait la tragédie que son époque vivait. Il décida donc de reprendre le mythe d’Antigone selon sa vision.

Antigone, comme les pièces Eurydice et Médée, fait partie des pièces « noires » de l’auteur. Et même si ces trois pièces sont des réécritures de mythes anciens, elles sont résolument modernes. L’écriture emploie un style familier, spontané qui se rapproche de l’oral  Les dialogues s’éloignent du style recherché et soutenu de la tragédie classique ; ils sont proches du langage populaire, parfois très crus et même vulgaires. On note également dans l’écriture d’Anouilh l’emploie de nombreux anachronismes qui se juxtaposent à l’utilisation de procédés narratifs classiques. On retrouve ainsi dans le texte l’utilisation d’un Prologue, d’un Chœur qui racontent et nous expliquent les événements ; mais on y mentionne aussi des objets très contemporains tels les cigarettes, des fusils, etc. Nous retrouvons l’histoire d’Antigone dans un contexte intemporel… histoire archiconnu, mythe ancien, mais dans un style contemporain. Les personnages qui ont ici le rôle central - l’histoire vient en second plan – sont modernes dans leur habillement, attitudes, langages, etc.  

La pièce se distingue également par l’utilisation du procédé théâtral nommé « théâtre dans le théâtre » et qui consiste à présenter tous les personnages dès le lever du rideau. Quand la pièce commence, tous les personnages sont présents sur la scène, le « personnage » identifié comme « Prologue » vient alors les présenter. Les autres personnages ne semblent pas conscients de sa présence et vaquent à diverses activités. Le Prologue présente à l’audience chaque personnage, nous donne des détails sur leur rôle, leur personnalités et va même jusqu’à nous expliquer et raconter rapidement l’histoire qui va se jouer dans quelques instants. La fin est donc clairement présentée dès le début, et donc aucune surprise n'attend le spectateur. Ce procédé a été utilisé par d’autres auteurs.

Résumé et commentaires personnels à suivre…

Lire aussi:

Antigone d'Anouilh - I. L'auteur
Antigone d'Anouilh - III. Résumé et Commentaires personnels

Citations:

" LE PROLOGUE

Voilà. Ces personnages vont vous jouer l'histoire d'Antigone. Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout à l'heure, qu'elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille, seule en face de Créon, son oncle, qui est roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre." p.9

Sources:

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09 août 2008

Antigone d'Anouilh - I. L'auteur

Antigone / Jean Anouilh. – Paris : La Table Ronde, 1976. – 133 p. ; 19 cm.

L’auteur :

Anouil1Jean Anouilh est né le 23 juin 1910 dans la ville de Bordeaux en France. Sa mère est professeur de piano et joue dans un orchestre, son père est tailleur. Il est initié à la musique et au théâtre dans son enfance et il s’amuse à écrire des pièces.  Sa famille déménage à Paris où Anouilh commencera des études de droit. Après 18 mois, il abandonne ses études. Toujours intéressé par le théâtre, il assiste en 1928 à une représentation de la pièce Siegfried de Jean Giraudoux. Il décide à ce moment de se consacrer au théâtre. Il travaille alors quelques années comme publicitaire.

Il fera jouer sa première pièce, Humulus le muet, en 1929, mais c’est un échec. Il travaille pendant quelques temps comme secrétaire de Louis Jouvet au Théâtre des Champs-Élysées. Malgré ses rapports difficiles avec Jouvet, il demeure à son emploi jusqu’en 1932. Cette même année, il crée sa première véritable pièce, l’Hermine, qui connaît un certain succès d’estime.

Anouilh épouse en 1932 l’actrice Monelle Valentin. Ses prochaines pièces sont des échecs. Ce n’est qu’en 1937 qu’il connaît enfin son premier grand succès avec la pièce Le Voyageur sans bagage qui sera mise en scène par Georges Pitoëff. Ce succès continue et il devient un auteur connu et acclamé. La critique est parfois dure envers ses pièces mais le public l’acclame. En plus de ses pièces, il traduit des pièces étrangères et participe à des films.

Il continue d’écrire pour le théâtre durant les années qui suivent. Il continuera même à écrire pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il décide alors de ne pas prendre position, ni pour la collaboration, ni pour résistance. On lui reprochera cette décision. Et on lui reproche de publier des textes – certes à caractère non politique – dans des publications considérées collaborationnistes. Mais plusieurs biographies soulignent aussi qu’il a publié des nouvelles dans une revue anti-hitlérienne. 

Pendant ces années d’Occupation, il commencera à adapter des tragédies grecques. Il écrira Eurydice et Antigone. Ces pièces ont un immense succès mais Antigone crée une certaine polémique. Certains lui reprochent de défendre dans sa pièce l’ordre établi pendant ces années de guerre.

Après la fin de la guerre, Anouilh continue d’écrire et d’obtenir de nombreux succès.  Mais en 1961, il connaît un échec avec sa pièce La Grotte. Cet échec le pousse à également faire de la mise en scène. Il continuera cependant d’écrire de nombreuses pièces. Pendant les années 1970, on le qualifiera même « d’auteur de théâtre de distraction ». Il ne renie pas le qualificatif. Il n’accepta cependant presque aucun des prix qu’on lui a décerné à part ceux pour le « meilleur spectacle de la saison ».

À cette époque, ses pièces paraissaient plus légères mais demeuraient tout de même très pessimistes. Il écrivit en alternance des pièces qu’il qualifiait lui-même de « noires » et « grinçantes » ou « roses » et « brillantes » « costumées » et « baroques » ; mais toutes soulignant une vision pessimiste et féroce de la vie.

Jean Anouilh décède le 3 octobre 1987 à Lausanne en Suisse. Ses biographies varient parfois, comportent des divergences de dates, lieux, et somme tout, on ne connaît que peu de détails sur sa vie privée. L’auteur le voulait ainsi et protégeait sa vie privée.

Bibliographie :

  • L'Hermine (1932)
  • Mandarine (1933)
  • Y avait un prisonnier (1935)
  • Le Voyageur sans baggage (1937)
  • La Sauvage (1938)
  • Le Bal des Voleurs (1938)
  • Léocadia (1940)
  • Eurydice (1941)
  • Le Rendez-vous de Senlis (1941)
  • Antigone (1942)
  • Roméo et Jeannette (1946)
  • L'Invitation au château (1947)
  • Ardèle ou la Marguerite (1948)
  • La Répétition ou l'amour puni (1950)
  • Colombe (1951)
  • La Valse des toréadors (1952)
  • L'alouette (1952)
  • Ornifle ou le courant d'air (1955)
  • Pauvre Bitos ou le dîner de têtes (1956)
  • Becket ou l'honneur de Dieu (1959)
  • L'Hurluberlu ou le réactionnaire amoureux (1959)
  • La Petite Molière (1959)
  • La Grotte (1961)
  • Le Boulanger, La Boulangère et le Petit Mitron (1968)
  • Cher Antoine (1969)
  • Chers Zoizeaux (1976)
  • La culotte
  • Le Nombril (1981)

Commentaires à suivre:

Antigone d'Anouilh - II. L'oeuvre
Antigone d'Anouilh - III. Résumé et Commentaires personnels

Posté par Laila_Seshat à 12:51 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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