16 août 2016

La logique du sang de Martin Buysse

logique_02La logique du sang /Martin Buysse. — Léchelle : Zellige, c2013. – 121 p. ; 21 cm. – ISBN978-2-914773-56-0. -- (Coll. Vents du Nord)

Quatrième de couverture

François, architecte divorcé, tombe sous le charme de Sana, jeune Palestinienne venue poursuivre ses études à Bruxelles. Ils s’installent ensemble et ont une fille, Farah. Mais petit à petit, le couple se délite. Viennent la séparation et les gardes alternées.

Lors d’un voyage à Gaza, Sana et Farah rendent visite à une parente. L’immeuble est fréquenté par un dignitaire palestinien manifestement impliqué dans la lutte armée. Dans le cadre d’une opération ciblée, un avion israélien largue une bombe sur le bâtiment. Il n’y a pas un seul survivant.

François est effondré. Confronté à la réalité d’un conflit qui lui était jusqu’alors indifférent, il n’a plus qu’une obsession : venger la mort de son enfant. Son objectif : le général qui a commandé l’opération. Il sait qu’il ne pourra pas l’atteindre en Israël, sa seule chance réside dans un hypothétique voyage à l’étranger du général. Les années passent, jusqu’à ce qu’il reçoive un message codé de Saïd, le frère de Sana : le général doit se rendre à titre privé au Portugal.

Avec ce premier roman, l’auteur nous livre l’histoire d’un homme paisible qui, brisé par la perte d’un enfant, se mue en prédateur.

L’auteur

Martin Buysse obtient son doctorat en physique des hautes énergies en 2003 à l'Université catholique de Louvain. Il enseigne à l'Université logique_01catholique de Bukavu (République démocratique du Congo) pendant quelques temps puis il enseigne la géométrie et la physique à l'Institut Supérieur d'Architecture (ISA) Saint-Luc de Tournai. Il dispense des cours dans d'autres maisons d'enseignement, puis en 2010 il devient le directeur de l'ISA Saint-Luc de Tournai. Il y reste pour un mandat de 3 ans. Il continue aujourd'hui à enseigner.

Il a toujours voulu écrire et il publie finalement en 2013 son premier roman, La logique du sang.

Page Facebook de l'auteur, sa fiche à l'Université Louvain. Si vous voulez lire sa dissertation "Vers une réduction du nombre de paramètres libres dans le Modèle Standard" présentée en 2002.

Bibliographie

  • La logique du sang (2013)

Mes commentaires

Une autre lecture sauvetage ! Peu de prêts, ignorer lorsque mis en présentoir... Je ne comprends pas.  Et vous le savez, quand une couverture vient me chercher, quand la quatrième de couverture me semble intéressante, je ne comprends pas et je veux comprendre. Alors, j'ai emprunté. Bon, le titre n'est pas des plus inspirants, rien ne n'explique le non-emprunt.

Et donc, j'ai lu. En une soirée. Quel roman différent, froid, dur et réaliste et collé à la réalité de hier et d'aujourd'hui. J'ai vraiment beaucou aimé.

Le roman nous raconte l'histoire de François, un homme ordinaire, divorcé, père d'un jeune garçon. Il rencontre une jeune femme. Sana, une jeune Palestinienne, et en tombe éperdument amoureux. Les premiers temps sont merveilleux, ils s'aiment. Ils ont ensemble une petite fille, Farah. Mais au fil du temps, la relation entre François et Sana se termine. Tout simplement.

Lors d'un voyage dans sa famille à Gaza, Sara et Farah sont tuées lorsque l'immeuble où elles se trouvent est la cible d'un attentat militaire. Un dignitaire palestinien s'y trouvait à ce moment. Elles sont les victimes collatérales de cette opération isralienne.

François est dévasté. Et il n'a plus qu'un but dans la vie. Se venger de celui qu'on lui a désigné comme celui qui a commandé cette opération. Il doit cependant attendre que cet homme soit à l'extérieur d'Israël pour pouvoir l'attendre. Ce qui lui laisse tout le temps de préparer sa vengeance.

Toute sa vie n'est plus dirigée que vers cette volonté froide de tuer cet homme. Il continue à vivre, mais n'est plus que l'ombre de lui-même. Il s'entraîne à tirer, et avec l'aide du frère de son ancienne femme, planifie, planifie, planifie. Il attend. Jusqu'au moment où l'occasion se présente enfin. Et il va jusqu'au bout. Sans morale, sans regret.

Le roman est une longue planification. Un texte logique, calculateur, froid, sec, méthodique. On suit le personnage principal dans ses plans. Pas à pas. Cette planification est fascinante. Le texte peut semble un peu drabe. Mais il est très direct et efficace. On sent le scientifique derrière l'auteur.

Malgré cette froideur et sécheresse du texte, on resent très bien la détresse du personnage. C'est un homme mort à l'intérieur. Il vivote pour son fils, sa mère, son partenaire... mais il n'a plus de vie. Il souffre énormément.

Son plan est  minutieux. Et il a tout prévu. Le roman est très actuel. Bien que l'auteur se serait inspiré d'un fait divers qui a eu lieu au début du XXIe siècle, il pourrait avoir lieu aujourd'hui. C'est terriblement triste.

Les mots de l’auteur

« Avec Louis, je parlais de Farah. Il n'étais pas naïf. Il savait ce qu'étaient les bombes et avions de chasse. Il en avait, d'ailleurs, en modèle réduit. Il y avait aussi les jeux vidéo. Un jour il m'a invité à venir constater les dégâts qu'il avait infligés à l'ennemi à bord de son F-16. J'ai regardé sans ciller. Puis il a demandé : "Farah, c'est comme ça qu'elle est morte ?" Il s'est levé, je l'ai pris dans mes bras et je l'ai serré contre moi.»

Pour en savoir un peu plus…

Posté par Laila_Seshat à 09:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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13 août 2016

Les assassins de la 5e B de Kanae Minato

5bb_Les assassins de la 5e B : roman / Kanae Minato ; traduit du japonais par Patrick Honnoré. — Paris : Éditions du Seuil, c2015. – 242 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-02-105627-3. – (Coll. Seuil Policiers)

Quatrième de couverture

Moriguchi Manami, 4 ans, est retrouvée noyée dans la piscine du collège où enseigne sa mère. Un mois plus tard, lors de son discours d'adieu à sa classe de 5e B, Mme Miroguchi accuse deux élèves d’avoir tué sa fille et leur annonce sa vengeance. À cette première intervention succèdent celles de la déléguée de classe, sous forme d'une lettre adressée à l’enseignante ; de la mère de l'un des deux meurtriers, dans son journal intime ; de l’adolescent lui-même, qui a des visions en flash-back de sa petite enfance traumatisante ; de l'autre coupable, qui se vante sur son site Internet de ses géniales inventions scientifiques ; enfin, un coup de téléphone de Mme Moriguchi à ce dernier.

Dans ce roman construit avec virtuosité, le suspense est maintenu jusqu’au bout, quand les différentes pièces s’assemblent pour dévoiler une machination glaçante.

L’auteur

Kanae Minato (湊 かなえ) est née en 1973 5b1à Hinnoshima au Japon. Elle étudie à l'Université des Femmes de Mukogawa.

Elle commence à écrire pour la télévision et la radio. En 2008, elle publie son prenier roman, Kokuhaku, littérallement L'aveu et traduit en France sous le titre de Les assassins de la 5e B. Le roman est un best-sellers et fut adapté en manga et au cinéma.

Bibliographie partielle

  • Kokuhaku (告白) (2008) (L'aveu) (En France : Les Assassins de la 5e B)
  • Shojo (少女) (2009)  (La fillette)
  • Shokuzai (贖罪) (2009) (La rédemption)
  • Enu no Tameni (Nのために) (2010) (Pour N)
  • Yako Kanransha (夜行観覧車)(2010) (La grand roue de nuit)
  • Hana no Kusari (花の鎖) (2011) (manga) (La chaîne de fleurs)
  • Kyogu (境遇) (2011) (La situation)
  • Shirayukihime Satsujin Jiken (白ゆき姫殺人事件) (2012) (Le meurtre Blanche-Neige)
  • Bosei (母性) (2012)(La maternité)
  • Koko Nyushi (高校入試) (2013) (L’examen d'admission du lycée)
  • Mame no Ue de Nemuru (豆の上で眠る) (2014) (Dormir sur un légume sec)
  • Yama Onna Nikki (山女日記) (2014) (Le journal de la femme de la montagne)
  • Monogatari no Owari (物語の終わり) (2014) (La fin du récit)
  • Zessho (絶唱) (2015)
  • Reverse (リバース) (2015)

Mes commentaires (attention quelques spoilers)

On dit de l'auteure qu'elle est la reine des "Iyamisu". D'après mes sources, en japonais, Iyamisu signifie "un thriller à l'arrière goût désagérable", et le mot aurait été inventé par Aio Shimotsuki. Thriller avec un arrière goût désagréable... oui, en effet ! On lit définitivement un roman nous montrant le côté sombre de l'homme... et j'ai terminé ma lecture en me disant... ouf bien fait, mais ouf.. tout ça est malsain. Mais quel roman incroyable !

Je dois avouer cependant que j'ai eu de la difficulté au début. Et je me suis demandée après quelques pages, si je n'abandonnerais pas ma lecture. C'est que c'est foncièrement un roman choral, avec, comme premier narrateur, le professeur qui dialogue avec sa classe... dont on ne lit pas les répliques. Et au début cela m'a semblé lourd et difficile à lire. Mais j'ai persisté et j'en suis fort heureuse car c'est un roman déroutant, choquant, mais très puissant.

Mme Moriguchi est le professeur principal de la classe de 5eB. Alors que c'est la dernière journée de classe, elle fait un discours d'adieu à ses élèves. Elle quitte l'enseignement. Une des raisons de son départ est la mort récente de sa petite fille de 4 ans qui a été retrouvée morte noyée dans la piscine de l'école. Bien que la mort a été classée comme un accident, Mme Moriguchi dit qu'elle sait que c'est un meutre et que les deux meutriers se trouvent parmi les élèves de sa classe. Comme elle sait que puisque ce sont des mineurs ils ne seront jamais accusés et punis comme ils le devraient pour ce meurtre qu'elle déclare prémédité, elle raconte aux élèves comment elle a planifié sa vengeance. Et quelle vengeance !

Ici, je dois faire un aveu... j'ai trouvé parfaite cette vengeance et très légitime. Oui, cela n'a pas réussi - dans un sens - mais le simple fait d'insinuer dans les esprits cette idée de vengeance et le but était atteint. Et puis la vengeance finale est très retorse et géniale.

Et puis, nous changeons de narrateur. Après l'enseignante qui s'adresse à ses élèves, nous avons le récit d'une de ses élèves et la façon dont elle voit les événements. Et même si elle comprend et elle est compatisante, elle voit aussi l'intimidation et l'isolement dont souffrent les deux éléves maintenant. Et c'est elle qui nous annonce une des conséquences du geste du professeur.

Et nous avons ensuite le témoignage de la mère d'un des deux coupables par le biais de son journal intime. Nous entrons dans l'intimité de cette famille et surtout de cette relation mère-fils - assez inconfortable. Et qui se termine par le drame annoncé par la jeune étudiante.

Ensuite, ce sont les mots des deux jeunes garçons qui ont été accusés d'avoir tué cette petite fille de 4 ans. Un après l'autre, ils nous parlent. Nous donnent également leur point de vue.

Et le roman se termine par une dernière intervention de l'enseignante qui nous révèle sa vengeance ultime.

C'est un roman très fort. Et cette alternance de points de vue est incroyablement efficace. Elle nous permet d'entrer dans l'univers des personnages, de croire comprendre la psychologie de chacun, d'avoir de l'empathie, de la sympathie et finalement de la colère et même de la haine envers ces personnages. Et les bourreaux sont parfois aussi des victimes. Mais parfois, alors qu'on voudrait bien que ces bourreaux soient des victimes, elles ne sont que des tortionnaires et on ne peut les excuser. Et c'est là que cela devient sombre et qu'on retrouve l'arrière goût désagréable. Malsain. Étrange. Car on voudrait bien leur pardonner, les comprendre, mais au final, on ne peut pas. Enfin, je n'ai pas pu.

On parle de critique du Japon, de la culture niponne. Peut-être. Cette critique est en tout cas assez cruelle. On nous présente une culture froide mais passionné et violente, à la recherche de l'excellence et de l'extrême, mais aussi une société en errance. La pression est partout. Sur tout le monde. Mais si certains aspects apparaissent particulièrement japonais... on pourrait transposer ce roman dans beaucoup d'autres lieux. Et c'est ce qui en fait un roman fort, habile, tordu et tortueux.    

Les mots de l’auteur

 « Au lieu de parler de gens qui ont fini par réussir leur vie malgré quelques bêtises de jeunesse, ne devrait-on pas plutôt parler de ceux qui ne sont pas sortis du droit chemin et n’ont pas fait de bêtises ? Est-ce que ce ne sont pas plutôt eux les héros ? Mais la lumière des projecteurs ne tombe jamais sur la vie ordinaire des gens ordinaires. À l’école c’est la même chose. Et voilà comment on en arrive à trouver suspects ces professeurs qui font leur travail sérieusement mais ans passion extravertie, voire à les considérer comme des perdants. » p.16

« Le soir même du jour où l’unique être que j’aimais m’a quitté, en prenant mon bain j’ai trouvé le flacon de shampooing vide. La vie, c’est toujours comme ça. Que pouvais-je faire d’autre ? J’ai ajouté un peu d’eau, j’ai bien remplie de mousse.

Alors j’ai pensé : Voilà, c’est comme moi, un vague fond de bonheur crevé que je dilue pour faire durer et remplir le vide de petites bulles. Des illusions pleines de vide, je le ais, mais tout de même mieux que du vide sans rien. » p. 187

Pour en savoir un peu plus…