22 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : écorcher mon âme

2017-10-22"Que tout est fugitif, éphémère ! Ne dure que ce qui nous déchire !" [Michelle Guérin]

Mon âme se déchire. On déchiquette mon coeur. Je ne sais plus que penser. J'oscille entre le vrai et le faux. Ce que je croyais savoir s'évapore. Un voile couvre mes yeux. Et je sombre.

J'essaie d'ouvrir les yeux. Je n'arrive pas à me réveiller. Mes mains se tendent dans le vide. J'essaie de m'agripper à la vie. Je ne trouve rien.

Quelque chose me retient. Les griffes monstrueuses de mains décharnées m'emprisonnent. Ma peau est en lambeau. Mes cris sont silencieux. Mes yeux pleins de noirceur. Je suis paralysée.

Je ne rêve plus.

"La mort : une griffe. Qui refuse de lâcher sa proie." [Henning Mankell]

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15 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : échéance

2017-10-15"Une bonne terreur, de temps en temps, vous remet les idées en perspective." [Elizabeth Vonarburg]

Il s'écoule entre nos doigts et il glisse sur nos vies. Invariablement, il va nous transformer en un vague souvenir. Notre corps s'évanouira, nos rêves se transformeront en cauchemars, nos pensées s'effaceront. On nous oubliera.

Et cela nous terrifie. Nous ne voulons pas disparaître. Nous voulons être éternels. Nous voulons qu'on se souvienne à jamais de nos rires, nos songes, nos espoirs, nos sourires, nos larmes, nos exploits et nos défaites.

Nous essayons alors de ne jamais mourir. Nous laissons nos traces partout. Pour qu'on ne nous oublie jamais. Nous serons éternellement des ombres anonymes.

"Celui qui regarde longtemps les songes devient semblable à son ombre. " [Proverbe indien]

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08 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : savoir s'égarer

2017-10-08"Les fées nous endorment, nous ouvrent les portes de leur royaume, qui se referment sur nous sans qu'elles aient pris la précaution de nous en remettre la clé." [Jean Tétreau]

Tu avances avec précaution. Tu ne sais plus où tu te trouves. Tu avais pourtant suivi la route attentivement. Les yeux rivés sur le chemin. Ne le quittant que pour analyser la carte.

Mais le chemin s'est emparé petit à petit de tes pas. Il a pris possession de ta direction et t'a mené là où il le voulait. Dans un endroit que tu ne reconnais pas. Qui n'existe pas sur ta carte.

Tu regardes autour de toi. Tu ne reconnais pas les arbres. Tu ne reconnais pas le ciel. Tu sais que tu es perdu. Dans un monde qui n'existe pas. Tu laisses la route te guider et la forêt t'avaler doucement. Tu sais qu'on t'observe depuis une éternité. Tu as d'abord cru avoir peur. Mais tu sais que c'est inutile. Tu souris et tu attends.

"La vie est un contes de fées qui perd ses pouvoirs magiques lorsque nous grandissons." [Robert Lalonde]

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01 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : mirage

2017-10-02"L'eau, goutte à goutte, creuse le roc." [Théocrite]

Cela prend des années pour s'apercevoir que nos yeux nous jouent des tours. Mais petit à petit les masques s'effritent. La roche se transforme en sable tranquillement. Et les monstres apparaissent enfin. Là où ils ont toujours été.

Ils se cachent parfois. Ils savent comment être invisibles. On ne les voit pas. On ne les voit plus. Mais ils ont toujours été là.  Ce ne sont pas des mirages. Nous n’imaginons pas des fantômes. Ils sont là.

On a ri de nous. On nous a pointés du doigt en disant qu’on inventait des croque-mitaines. Mais les monstres sont réels, il suffit de vouloir les voir.

"Si tout est illusion, nos illusions sont illusoires." [Alain Pontaut]

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27 août 2017

Le moment captif du dimanche : surveillance

2017-08 (3)Observer, c’est perturber.” [Hubert Reeves]

Silence... Ne voyez-vous pas qu'il me regarde ? Il m'observe de ce globe oculaire impassible. Il ondule vers moi. Prêt à me digérer.

Il me semble qu'il chuchote mon nom. Écoutez, il crie mon nom. N'entendez-vous pas ? Il a la mauvaise prononciation car il déclame mon nom à reculons.

Il ne bouge pas. Il me surveille, je suppose. Il m'évalue et capture mes mouvements. Il a saisi toutes mes émotions. Il sait tout de moi. Regardez, il mémorise mon âme.

Son regard me caresse. Je ne suis plus. Je n'existe plus vraiment. Il m'a transformée. Je normalise ainsi l'importance de vivre. Il ne ferme jamais l'oeil. Je vivrai éternellement.

L'important, c'est de savoir ce qu'il faut observer.”  [Edgar Allan Poe]

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06 août 2017

Le moment captif du dimanche : perspectives

2017-08 (2)"Connaîtrions-nous le nom de Madame de Sévigné si elle avait eu le téléphone ?" [Jean Cocteau]

C'était mieux avant non ? Avant, on s'écrivait. On prenait le temps de se dire des choses sur une feuille de papier. On s'envoyait des cartes d'anniversaires qu'on avait soigneusement choisi. On ouvrait sa boîte au lettres et on y trouvait autre chose que des prospectus. Parfois une lettre d'un ami ou une carte postale d'une tante. Aujourd'hui, il n'y a même plus de factures. Juste des publicités.

Dans la lettre, on prenait son temps. On disait des choses importantes. Ou parfois moins importantes. Mais on prenait le temps d'y réfléchir. On n'écrivait pas n'importe quoi. Et on faisait attention à nos mots, à notre écriture. C'était mieux avant non ?

Oui, c'était mieux avant. On ne perdait pas notre temps à écrire de longues lettres sans importance. On ne passait pas par quatre chemins pour dire ce que l'on voulait dire et on ne se perdait pas dans les figures de styles et les acrobaties grammaticales. On s'assoyait tout près l'un de l'autre et on se parlait doucement. On se racontait nos bonheurs et nos malheurs.

Dans la conversation, on reconstruisait le monde. On disait des choses importantes. Ou parfois moins importantes. Mais on prenait le temps d'y réfléchir. On ne disait pas n'importe quoi. Et on faisait attention à nos mots, à nos intonations. Oui, c'était mieux avant.

C'était mieux avant non ? On ne s'écrivait pas des textos secs, rapides et tronqués. On prenait le temps de s'appeler, de prendre des nouvelles. On ne s'envoyait pas des messages sur Facebook ou par courriel. On ne prenait pas une simple photo pour dire qu'on était heureux ou malheureux. On ne partageait pas notre vie en un texte de 140 caractères.

Au téléphone, on passait des heures à parler avec nos amis, notre famille. On appelait pour raconter nos vies. On appelait pour parler de la pluie ou du beau temps. On appelait simplement pour entendre la voix de l'être aimé. On appelait pour dire notre façon de penser. On prenait le temps de dire les choses. On ne les résumait pas en une fraction de seconde. On était moins pressé. C'était mieux avant non ?

Oui, c'était mieux avant... on avait tellement de plateformes pour exprimer nos pensées. Que quelques clics et tout était dit. On ne perdait pas notre temps à....

C'était mieux avant non ? Oui, c'est toujours mieux avant...

"Une heure de conversation vaut mieux que cinquante lettres" [Madame de Sévigné]

23 juillet 2017

Le moment captif du dimanche : apprendre à ouvrir et à fermer

2017-07"Donnez-leur une clé et laissez les gens ouvrir leurs propres serrures." [Robert R. McCammon]

J'ai un secret. C'est le mien. Tu as un secret. C'est le tien. Je garde précieusement la clé de mon secret. Et tu gardes la tienne. Tu souris, je souris. Nous ne voulons pas laisser nos secrets s'échapper. Nous les gardons jalousement, individuellement.

J'essaie d'ignorer la clé dans ma main. Je ne veux pas laisser mon secret s'évader. Tu trouves la clé dans ta main si belle. Mais tu sais qu'elle peut laisser ton secret s'échapper.

Je ne connais pas ton secret. Tu ne connais pas le mien. J'ai peur de mon secret. Et j'ai peur de connaître le tien.

Je tiens ma clé. Tu tiens ta clé. Nous avons chacun notre clé. Derrière nos portes, se cachent des secrets. Ils nous appartiennent. Ils font partis de nous. C'est à moi de te les dire. C'est à toi de me les dire.

J'ai un secret. J'aimerais le partager. Tu veux l'entendre ?

"Il n'y a rien de plus beau qu'une clef, tant qu'on ne sait pas ce qu'elle ouvre." [Maurice Maeterlinck]

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09 juillet 2017

Le moment captif d'un dimanche : savoir s'étourdir

2017-07-09"La danse, n'est-elle pas la marche dans son apothéose ; marche noble, dépouillée d'un but utilitaire, et libre comme un jeu d'enfant ?" [Anne Hébert]

Elle aurait pu danser toute la journée, toute la nuit. Suivre les oiseaux dans leurs envolées. Elle voulait crier, rire, chanter et surtout danser. Tous les moments de sa vie étaient une occasion de laisser son corps écrire un poème, une chanson unique.

Mais il y avait l'école et les devoirs. Il fallait être sérieuse. Et elle était sérieuse. Elle pratiquait tous les jours, son piano, son ballet. Elle faisait ses devoirs et étudiait consciencieusement. Elle écoutait ses parents, ses professeurs, ses instructeurs. Elle était sage.

Mais les oiseaux lui chantaient une mélodie envoûtante, irrésistible. Elle hésite un moment. Elle n'ose pas s'élancer, les rejoindre. Elle se questionne. Elle entend tout le monde lui dire qu'elle doit être sérieuse. Elle doit être sage. Mais doit-elle être sage ?

"La danse est une poésie muette" [Simonide de Céos]

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04 juin 2017

Le moment captif d'un dimanche : un ourson pour dormir

2017-06"Il faut beaucoup d'amour pour transformer un nounours en meilleur ami" [Pam Brown]

Il est là. Il écoute. Sans rien dire. On le prend. On l'écrase sur notre poitrine. On l'écrabouille sur notre coeur. On lui dit tout. On lui murmure nos secrets. Nos larmes et nos rires. Mais surtout nos larmes. Il écoute. Il se laisse tordre dans tous les sens. Il se cache dans notre cou. Et il écoute.

On le jette dans un coin. Il attend. Puis on le reprend. Et on le chatouille, on le caresse, on le bécote. Puis on le brutalise un peu, il se dandine au bout de notre bras, il a peur pour ses coutures. Il nous pardonne nos humeurs instables. Car il sait qu'on a besoin de lui.

On l'a perdu. On panique. On ne peut vivre sans lui. On pleure, on crie. Il a disparu. Et s'il était parti ? S'il ne voulait plus de nous ? On le retrouve. Il était sous le lit. On l'emprisonne dans nos bras. On ne le laissera plus jamais.

Mais il faut le laisser. Il faut partir. Il reste là. Sans qu'on le voit, il va à la fenêtre. Il nous regarde partir. Il a peur pour nous. Mais il est fier. Il connait tous nos secrets. Il sait qu'on va être fort. Il sait qu'on aura nos faiblesses. Il attend. Et quand on va revenir, on lui racontera nos défaites et nos exploits.

"Un nounours est la seule chose qui protège du noir" [Helen Thompson]

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07 mai 2017

Le moment captif d'un dimanche : mutation

2017 033"Au fond, c'est ça la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre la métamorphose, car elle arrive toujours." [August Strindberg]

J'ai normalisé l'importance de vivre. Et la beauté des silences est détruite. Je change de peau en un rire invisible. À mes pieds, des poussières de vies.

Je suis seule. J'attends ma transfiguration. Un amoncellement d'apparences à mes pieds. Je suis nue. Je sacrifie ma biographie et je renais mille morts.

Je me transforme et je me dépouille de mes cicatrices. Je perds ma laideur, je perds ma beauté. Je suis dépouillée. Ma vie est courte, puis elle recommence. Elle se transforme, si je la laisse vivre pleinement sa mutation.

"Vouloir transformer c'est d'abord et toujours vouloir supprimer" [Michel Polac]

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