Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Quelques pages d'un autre livre ouvert...
Publicité
Archives
Derniers commentaires
Visiteurs
Depuis la création 798 768
Quelques pages d'un autre livre ouvert...
3 janvier 2007

Que quelques jours...

Et puis les fêtes seront définitevement terminées... Bon ordinairement, quand je demeurais à Montréal, c'étaitbohomme plus théorique que réel ! À part quelques vagues souvenirs d'avoir mangé un gâteau avec une fêve cachée lorsque j'étais très jeune, nous n'avons vraiment jamais réellement célébré les Rois Mages... également connue sous le nom de l'Épiphanie. Mais ici, en Espagne, c'est la fête la plus importante de ce temps des fêtes puisque les enfants recevront leurs cadeaux ce jour et que donc, il y a congé ! Donc, autres repas de familles... bien que j'ai la ferme intention de me cacher pour cette fois !

Et je laisse à l'année prochaine, ma recherche des différentes origines, et façons de célébrer cette occasion...

Pour l'instant, je crois que cette période des fêtes se terminera tranquillement... retirer tranquillement et délicatement les décorations... c'est pratiquement une tâche aussi importante que celle de les placer. Noel1Quelques nouveaux morceaux très importants et pour lesquels je dois trouver la boîte parfaite pour ne pas les abîmer. Aussi trouver de nouveaux rangements pour les décorations que j'ai conservées de ma mère... une boule a brisé pendant le déplacement des boites cette année et cela ne doit absolument pas se reproduire... absolument pas. Il ne m'en reste que si peu...

Et puis, il y a eu la nouvelle année... consommer mes 12 raisins religieusement... puis sortie au Razzmatazz... J'hésitais à sortir. Toujours tant de monde dans les bars au nouvel an. Mais je ne regrette pas, j'ai beaucoup dansé et la musique était plus qu'excellente !

Et une nouvelle année numérique qui commence. Je n'ai pas réellement de croyances personnelles pour une date butoire de nouvelle année, tout ceci est arbitraire, mais bon, on se sent toujours un peu obligé de réfléchir, de penser à ces jours qui ont passé et à ceux qui viennent... Puisqu'il le faut... je ferme les yeux et j'y pense...

Post également présent sur d'autres lieux

Publicité
13 août 2007

S'entraîner à vouloir l'inactivité

Demain. J'y vais demain, promis. Peut-être demain matin - ah, je cherche à convaincre qui, là... soupirs... - j'irai demain soir après le travail. Parce que je me suis abonnée pour une année et que je me sens coupable du fromage mangé ce soir. Et donc, je vais aller au gym. Pourquoi ? Parce que je déteste le sport, et que j'aimerais bien perdre un peu de poids. Parce que je trouve que je m'essouffle maintenant trop vite. Parce que cela est sensé réduire mon stress... ben oui, c'est ironique ça, quand j'y pense... "réduire mon stress"... je stresse juste à penser que je dois me rendre là demain soir.

Parce que je déteste le gym et je déteste ma "routine" qui se définit ainsi:

exercice1 - courir comme une malade parce que je dois atteindre un certain nombre de calories brûlées en 20 minutes, tout cela en suant comme un porc (ou dit-on suer comme un cochon, ou encore comme un boeuf, me semble que j'ai déà entendu cela quelque part, enfin...) et en essayant de ne pas trop regarder les minutes s'écouler à une lenteur incroyable;

- aller ensuite d'appareil en appareil pour faire mes trois séries de 15 mouvements, histoire de me laisser croire que cela a un quelconque effet sur la définition de mes muscles, tout en essayant d'avoir moins chaud et en évitant à tout prix de croiser le regard d'un entraîneur - car apparemment, je ne fais jamais correctement aucun des appareils, ou alors la façon de faire change régulièrement selon l'heure du jour ;

- m'écraser sur un tapis pour faire de jolis demis redressements assis qui je sais maintenant, je n'avais jamais fait correctement car à l'école on nous les faisait faire tout croche... ou alors la technique change également selon les époques;

- pédaler comme une débile parce que je dois faire un certain nombre de kilomètres pendant mes 15 minutes de bicyclette ancrée au plancher, tout en essayant de ne pas me regarder dans le mur de miroirs;

- et finalement, ne pas oublier de faire mes étirements tout en espérant ne pas trop laisser de sueur sur le tapis

Tout cela entrecoupé de pauses "petits verres d'eau", qui ont pour but de me remettre un peu d'eau dans le corps et de m'essuyer le front pour une millième fois... Et finalement, je peux me traîner jusqu'à la douche. Et alors, alors que je me déshabille et que je mets mes gougounnes pour aller sous la douche, pendant quelques secondes je suis contente et fière de moi... pendant quelques secondes, hein, parce qu'aussitôt après je commence à penser qu'il va falloir revenir dans quelques jours et je redeviens maussade. Car je déteste ça... entièrement et complètement. Je déteste totalement aller au gym.

Mais ce que je déteste le plus... ce sont les gens qui y sont et qui accaparent les appareils... les gens qui essaient de me parler ou d'alterner les appareils avec moi... ce sont les entraîneurs qui ont tous leur façon de réaliser les exercices (il faut alors retenir qui fait quoi comment pour s'adapter au ti-clin de service)... ce sont les entraîneurs qui viennent te parler pendant que tu cours comme une folle, à bout de souffle, toute dégoulinante (heiiiin... quoiiii... ben oui, il fait beeeeeau aujour...d'hui, grand épais...).

Et je déteste les vestiaires remplies de femmes qui sont toutes minuscules et qui suivent les maudits cours - qui enterrent même la musique de mon lecteur de mp3 "uno, dos, tres... anda... vámonos" et qui prennent toute la place sur les bancs en riant et en parlant à tue-tête...

Je détestais le gym à Montréal, je déteste encore plus le gym à Barcelone... Et je déteste... bon, enfin, on aura compris, je suppose... je n'aime pas le gym...

Soupirs... et pourtant comme une parfaite petite automate, je me dirigerai demain soir (ou demain matin, si je suis courageuse) vers ces lieux détestés qui me font vouloir l'inactivité totale. Ceci dit... tout au plus profond de moi, j'envie incroyablement les gens qui aiment le gym... cela serait si simple...

14 novembre 2006

Gothic (1986)

GothicMPFiche technique :

Langue : Anglais (VOA)
Durée : 83 minutes
Pays : Grande-Bretagne

Directeur : Ken Russell
Producteur : Penny Corke Virgin Vision/Artisan Entertainment
Scénario : Stephen Volk
Cinématographie : Mike Southon

Acteurs : Gabriel Byrne (Lord Byron), Julian Sands (Percy Shelley), Natasha Richardson (Mary Shelley), Myriam Cyr (Claire Clairmont), Timothy Spall (Dr. John Polidori).

Synopsis :

Le film est basé sur une anecdote réelle : en 1816, le poète Lord Byron invite dans sa villa Diodati du Lac Leman en Suisse où il s’est exilé, quelques amis pour passer une nuit de lecture d’histoires d’horreur, boisson, drogues, hallucinations et autres perversités – Lord Byron était reconnu pour « ses soirées » spéciales. Il reçoit son ami Percy Shelley, également poète, sa compagne Mary Shelley (alors Mary Wollstonecraft Godwin), la demi-sœur de Mary, Claire Claimont –qui était aussi la maîtresse de Byron et plus tard de Shelley, et son médecin/biographe, le Dr. John Polidori. 

Au cours de cette soirée d’orages, quelqu’un (certains disent Byron, d’autres Polidori –dans le film c’est Polidori) propose que chacun écrive une histoire fantastique ou « gothique », une sorte de concours entre eux. Byron suggère alors de faire également une « séance de spiritisme» afin de donner vie à leur création littéraire – et en même temps à leurs pires peurs et angoisses. C’est lors de cette soirée que naquirent deux histoires célèbres : «The Vampyre» avec le premier vampire littéraire aristocratique Lord Ruthven écrit par Polidori (longtemps faussement attribué à Lord Byron) et «Frankenstein» de Mary Shelley. Le film présente les événements étranges, les peurs, angoisses, préoccupations et hallucinations de cette étrange soirée.

Commentaires personnels :

18427599

D’autres films furent faits sur le même sujet, entre autres Haunted Summer de Ivan Passer (1988) et Remando al viento (Titre anglais : Rowing with the Wind de Gonzalo Suárez (1988).

Ce film dirigé par Ken Russell a ses forces et ses faiblesses. Un peu entre le génial et le stéréotype, le kitsch. Le réalisateur, bien connu pour sa vision assez spéciale, donne sa touche personnelle à cette anecdote bien réelle. Atmosphère dérangeante, inquiétante, sombre… lourde d’un malaise diffus mais omniprésent, très bien encadré par l’orage très lourd et étouffant. Cela tombe parfois dans l’exagération un peu à la limite du ridicule. Mais à peine. Il propose une vision plus fantastique et surtout imprégnée des hallucinations des protagonistes induites par la drogue et l’alcool. La nuit se transforme en nuit d’horreur pour les invités. La séance produit les peurs et démons intérieurs des participants… et peut-être de réels égrégores. 

La cinématographie est très belle et les scènes d’hallucinations sont assez époustouflantes. La musique accompagne de façon magnifique l’image. Le jeu des acteurs est en général très bon, quoique inégal. Les personnages sont un peu caricaturaux et parfois un peu loin de ce qu’on peut lire dans les biographies de ces gens: Byron est le « fou » pervers, Mary Shelley est décrite comme une innocente « ange » et sa demi-sœur est montrée comme une vulgaire fille un peu perverse (poussant un peu l’image et mythe de la « vierge/putain ». Le réalisateur a vraiment été cherché les vices et problèmes des protagonistes pour les exalter et donner des explications pseudo-psychalistiques.

On peut avoir une bonne idée des vraies personnes, de leurs peurs, leurs angoisses, déceptions, obsessions, etc. Par exemple, l’obsession de Mary pour son enfant mort à la naissance, la peur de Shelley d’être enterré vivant, etc.

Certaines critiques ont trouvé le film trop lyrique, trop pesant, les dialogues trop longs… habituellement, on aime ou on déteste. Malgré ces lacunes parfois évidentes, le film mérite d’être vu. Personnellement, j’ai beaucoup aimé.

Images: © Virgin Vision (photos)

- http://www.feoamante.com/Movies/G/GothicMP.jpg
- http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr
/acmedia/medias/nmedia/18/35/82/61/18427599.jpg 

Liens :

- http://www.cinemovies.fr/fiche_film.php?IDfilm=5596
- http://en.wikipedia.org/wiki/Gothic_%28movie%29
- http://www.imdb.com/title/tt0091142/

© 2006 Laila Seshat

1 août 2011

Grange Walbridge - Mystic (Cantons-de-l'Est)

Lorsque nous vivions à Barcelone, une des principales choses que nous aimions était que nous pouvions partir facilement le week-end en Catalogne et dans le Languedoc-Rousillon pour visiter les villages et faire des pics-nics près des rivières ou dans les vignobles. Quand nous discutions de notre possible retour au Québec, dans la liste des choses qui nous manqueraient, c'était tout en haut de la liste.

Donc, nous nous sommes dit ,à notre retour, que les petits voyages de villages et rivières ne devaient surtout pas s'arrêter. À vrai dire, nous ne connaissons pas vraiment le Québec ou les alentours. J'ai vu les villes Québec, Toronto, Boston et New York... mais les régions nous ne les connaissons que très peu...

Alors après les travaux, les déménagements et emménagements et le jardinage... nous avons commencé à faire des petites excursions de 2-3 jours, mais souvent d'une simple journée.

La semaine dernière nous sommes allés faire un tour dans les Cantons de l'Est. Je connais les Cantons de l'Est, puisque la grande majorité de la famille de ma mère y habite. Mais, mis à part Ayer's Cliff, Magog et North Hatley, je dois avouer que je ne connais pas tant que ça la région. Les visites de famille consistant à "visiter la famille" !

Nous avons donc ouverts nos livres d'excursions et de choses à visiter au Québec... et avons mis le cap pour la région de Brome-Missisquoi. Après un petit arrêt à Farnham -où l'église est vraiment magnifique mais impossible à visiter - nous nous sommes arrêtés à Mystic.

Même si je n'ai pas visité beaucoup de villages dans la région, beaucoup de noms me sont connus et familiers. Je dois cependant avouer que je ne connaissais pas du tout Mystic. Charmant petit village, connu surtout pour son étrange grange dodécagonale unique au Canada.  

grange2Un peu d'histoire...

Cette grange à douze côtés est en fait située à Saint-Ignace-de-Stanbridge, mais on l'associe habituellement à la petite ville de Mystic, en grande partie à cause de son constructeur Alexander Salomon-Walbridge.

La famille Walbridge quitta le Vermont en 1822 pour venir s'installer à Mystic et a grandement contribué au développement industriel du village, principalement à la fin du XIXe siècle.

La grange dodécagonale fut contruite en 1882. Alexander Salomon-Walbridge, fils du premier Walbridge, était fernier et ingénieur. Il étudia en Europe et ramena plusieurs idées considérées comme révolutionnaires pour l'époque. Il fit construire la grange selon ses plans plutôt fantaisistes

La grange a douze côtés, a une base de 24 mètres et chaque côté a 6,5 mètre de hauteur. La grange a deux étages: le 1er étage servait a entreposé le foin et le rez-de-chaussée était utilisé principalement pour garder les vaches qui fournissaient aussi le "chauffage" pendant l'hiver !

La grande particularité de la grange consistait dans le pont pivotant installé au milieu et attaché au toit. Lorsqu'une charrettegrange1 entrait dans la grange pour y déposer son foin, on pouvait ensuite tout simplement faire pivoter le plancher du pont et positionner ainsi la charrette vis à vis l'endroit où on voulait entreposer le foin. Puis ensuite, il n'était plus nécessaite de faire reculer les chevaux avec la charrette - manoeuvre toujours difficile. Il suffisait de faire à nouveau pivoter le pont et la charrette pouvait repartir droit devant.

Du domaine bâtit par Alexander Salomon-Walbridge, il ne reste plus que la fameuse grange. Mais le domaine comportait originellement, un manoir, un lac artificiel et une petite centrale. La grange fut classée monument historique en 2004 et la société d'histoire de Missisquoi décide alors d'y installer sa collection d'outils agricoles. La grange avec ses douze cotés et son pont pivotant serait unique au monde. On peut donc aujourd'hui visiter la grange, qui est la plus ancienne du Québec, et en apprendre un peu plus sur l'agriculture au Québec.

Quelques sources à consulter...

19 octobre 2006

Prince of Darkness (1987)

Fiche Technique : 

Année : 1987
Langue :
Anglais
Durée :
102 minutes
Pays :
États-Unis (VOA)
Directeur :
John Carpenter

Producteur : Andre Blay / Larry J. Franco / Shep Gordon
Scénario : John Carpenter  (as Martin Quatermass)
Cinématographie : Gary B. Kibbe
Musique originale : John Carpenter / Alan Howarth

Distribution : Donald Pleasence (Father Loomis), Jameson Parker (Brian Marsh), Victor Wong (Prof. Howard Birack), Anne Marie Howard (Susan Cabot), Peter Jason (Dr. Paul Leahy), Alice Cooper (Street Schizo). 

(DVD cover: http://www.dvdmaniacs.net/Reviews/M-P/prince_of_darkness_us.html)

Prince_of_Darkness

Synopsis :

Pendant des années, un terrible secret fut gardé dans le sous-sol d’une église catholique de Los Angeles par une mystérieuse secte. À la mort du prêtre dirigeant la secte, un autre prêtre découvre des manuscrits et un mystérieux cylindre contenant un liquide vert dans le sous-sol. Le père Loomis fait alors appel à un ami professeur de physique pour qu’il vienne étudier le cylindre de verre. Le professeur, accompagné de plusieurs étudiants de l’université – étudiants en chimie, physique, biologie, écritures anciennes, …- se rend à l’église pour passer une fin de semaine à faire diverses expériences et recherches sur le cylindre et les textes anciens trouvés près de celui-ci. 

Petit à petit, ils réussissent à déchiffrer le texte contenant des équations et écrit en latin et à dater le cylindre qui date de plusieurs millions d’années. L’atmosphère devient de plus en plus oppressante et ils sont observés par d’étranges itinérants entourant l’église. Silencieusement, le liquide du cylindre reprend vie et prend possession des membres de l’équipe, un après l’autre. Les survivants luttent pour leur vie et découvrent avec horreur la nature du liquide.

Commentaires personnels :

-- Attention « spoilers » --

Excellent film de John Carpenter, même s’il faut être indulgent sur les effets spéciaux, la facture low-budget de l’image et sur la moustache de l'acteur principal, le film date tout de même de 1987... La thématique est très bien développé, l'atmosphère très troublante... 

Le film ne reçut pas de bonnes critiques à sa sortie, les commentaires allant « de mauvais effets spéciaux », à « trop intellectuel, compliqué et prétentieux pour un film d’horreur » en passant par « trop semblables à d’autres films de Carpenter » (on peut en effet voir des références à nombres de ses propres films).

Il est certain que l’histoire contient plusieurs lacunes – par exemple, la datation du cylindre, les équations quantiques, le jeu de certains acteurs, etc. – mais l’histoire dans son ensemble est très bien menée. Et le mélange de la science et de l’occulte est tout de même passablement bien rendu. Et le film, efficace. L’atmosphère est très lourde et inquiétante… en particulier l’armée de « zombies », menée par Alice Cooper et postée autour de l’église. La sensation d’être dans un univers dévasté, abandonné et complètement isolé, même en plein Los Angeles, est très forte. Les séquences de rêves ressemblant à des séquences de télévision sont très intenses, en particulier la dernière scène –qui m’est restée longtemps à l’esprit !

L’apocalypse est évitée mais à un très grand prix et on se doute que ce n’est que partie remise. En effet, le liquide contient l’essence – le fils- de Satan qui veut ramener sur terre, son « père » qui se trouve présentement dans un plan d’existence à l’intérieur du nôtre – un anti-univers. 

Malgré ses imperfections, ce film demeure un de mes préférés sur cette thématique et je ne me lasse jamais de le revoir. 

Sources :

http://en.wikipedia.org/wiki/Prince_of_Darkness_(1987_film)
http://www.i-mockery.com/minimocks/prince-of-darkness/default.php
http://www.imdb.com/title/tt0093777/
http://www.dvdmaniacs.net/Reviews/M-P/prince_of_darkness_us.html

Publicité
9 juillet 2017

Le moment captif d'un dimanche : savoir s'étourdir

2017-07-09"La danse, n'est-elle pas la marche dans son apothéose ; marche noble, dépouillée d'un but utilitaire, et libre comme un jeu d'enfant ?" [Anne Hébert]

Elle aurait pu danser toute la journée, toute la nuit. Suivre les oiseaux dans leurs envolées. Elle voulait crier, rire, chanter et surtout danser. Tous les moments de sa vie étaient une occasion de laisser son corps écrire un poème, une chanson unique.

Mais il y avait l'école et les devoirs. Il fallait être sérieuse. Et elle était sérieuse. Elle pratiquait tous les jours, son piano, son ballet. Elle faisait ses devoirs et étudiait consciencieusement. Elle écoutait ses parents, ses professeurs, ses instructeurs. Elle était sage.

Mais les oiseaux lui chantaient une mélodie envoûtante, irrésistible. Elle hésite un moment. Elle n'ose pas s'élancer, les rejoindre. Elle se questionne. Elle entend tout le monde lui dire qu'elle doit être sérieuse. Elle doit être sage. Mais doit-elle être sage ?

"La danse est une poésie muette" [Simonide de Céos]

29 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : orbites

2017-10-29"Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé" [Danse macabre, Charles Baudelaire]

Ils en ont peur. Ils croient qu'ils volent leur âme. S'ils les regardent trop longuement, ils perderont leur humanité. Car ces yeux sont vides, noirs, dépouillés de vie. Ils sont froids et cruels.

C'est une oeuvre d'art. Votre ossature. Sans elle vous n'existez pas. Vous n'êtes qu'une carcasse désertée de toute force. Sans lui, vous n'êtes qu'une enveloppe.

Ils détournent le regard. Ils n'osent le regarder en face. Ce visage les terrorise. Mais ils ne peuvent s'empêcher de le regarder. Il les fascine.

C'est votre mortalité qui vous dévore des yeux. C'est votre vie qui s'échappe. C'est votre passé qui sera oublié et votre furtur qui n'existera jamais. C'est votre présent qui s'efface à jamais.

Il les regarde. Les yeux vides, noirs, dépouillés de vie. Il ne voit rien.

"Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature." [Danse macabre, Charles Baudelaire]

23 octobre 2016

Le moment captif d'un dimanche : encager son corps

2016-10-23a« On cloue les cercueils comme si on avait peur que les morts s'envolent. » [Georges Perros]

Les morts sont morts. Nous serons tous un mort, un jour. Un mort ne se lève plus. Il ne respire plus. Il n'est plus qu'un corps qui deviendra un jour un squelette puis après une éternité, il ne sera plus que poussière. Sauf, si on l'a incinéré. Alors, il est déjà poussière. Ce qui accélère le processus. Un petit coup de pouce comme on dit.

On choisit souvent, depuis toujours, d'enfermer les morts dans des coffres, sarcophages, cercueils... Une protection contre la décomposition. Il faut la ralentir, l'arrêter, l'oublier. Et une protection pour les vivants, si jamais le corps voulait retrouver sa vie et revenir les tourmenter.

Un mort est mort. Mais on ne peut le laisser en paix. Il faut d'abord le mettre en cage ou le détruire. Puis une fois le risque qu'il s'échappe de sa mort envolé, on peut l'invoquer à volonté. On lui parle, on l'harcèle de nos demandes, prières, questions, inquiétudes. On le met dans un cerceuil ou dans une  urne pour mieux l'encager. 

Et un jour, on m'emprisonnera aussi. Quand la mort m'envahira et me libérera de mon corps. Je serai aussi un mort séquestré dans un contenant quelconque. Mais je m'envolerai et viendrai chatouiller les orteils de ceux qui m'auront mis en cage. 

« Le squelette, c'est la mort : il est dans notre corps. » [Charles de Leusse]

8 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : savoir s'égarer

2017-10-08"Les fées nous endorment, nous ouvrent les portes de leur royaume, qui se referment sur nous sans qu'elles aient pris la précaution de nous en remettre la clé." [Jean Tétreau]

Tu avances avec précaution. Tu ne sais plus où tu te trouves. Tu avais pourtant suivi la route attentivement. Les yeux rivés sur le chemin. Ne le quittant que pour analyser la carte.

Mais le chemin s'est emparé petit à petit de tes pas. Il a pris possession de ta direction et t'a mené là où il le voulait. Dans un endroit que tu ne reconnais pas. Qui n'existe pas sur ta carte.

Tu regardes autour de toi. Tu ne reconnais pas les arbres. Tu ne reconnais pas le ciel. Tu sais que tu es perdu. Dans un monde qui n'existe pas. Tu laisses la route te guider et la forêt t'avaler doucement. Tu sais qu'on t'observe depuis une éternité. Tu as d'abord cru avoir peur. Mais tu sais que c'est inutile. Tu souris et tu attends.

"La vie est un contes de fées qui perd ses pouvoirs magiques lorsque nous grandissons." [Robert Lalonde]

1 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : mirage

2017-10-02"L'eau, goutte à goutte, creuse le roc." [Théocrite]

Cela prend des années pour s'apercevoir que nos yeux nous jouent des tours. Mais petit à petit les masques s'effritent. La roche se transforme en sable tranquillement. Et les monstres apparaissent enfin. Là où ils ont toujours été.

Ils se cachent parfois. Ils savent comment être invisibles. On ne les voit pas. On ne les voit plus. Mais ils ont toujours été là.  Ce ne sont pas des mirages. Nous n’imaginons pas des fantômes. Ils sont là.

On a ri de nous. On nous a pointés du doigt en disant qu’on inventait des croque-mitaines. Mais les monstres sont réels, il suffit de vouloir les voir.

"Si tout est illusion, nos illusions sont illusoires." [Alain Pontaut]

6 janvier 2018

Au détour d’une route sinueuse

Lors de notre vie à Barcelone, nous avons essayé de profiter au maximum de la région. Nous avons visité les endroits plus connus : Figueres, Tarragona,DSC_4315 Sitges, Girona, … Mais nous avons aussi voulu voir les endroits moins connus.

Alors, parfois, pour une fin de semaine ou même juste pour la journée, nous prenions la route pour découvrir petits villages, dolmens, abbayes,… Nous prenions souvent la côte, mais cette fois-ci, nous avons pris une route loin de la côte, nous dirigeant directement dans les Pyrénées. Notre guide nous donnait le nom de deux petits villages à visiter : Rupit et Beget. Pas d’étoiles, dans le guide, mais nous avons tout de même mis le cap pour Beget. 

La route fut longue. Très longue et très, très, très tortueuse. Je dirais même, interminable. Au milieu des montagnes. Nous commencions à regretter notre décision, quand enfin, le village est soudainement apparu.

De façon complètement inattendu et totalement hors du temps. Beget est un village incroyablement bien préservé. Bien sûr, il s’est modernisé mais quand on arrive dans ses rues pavées inégales, quand on voit ses ponts et ses maisons de pierres, on a vraiment l’impression de reculer dans le temps. Son église, l’Église de Sant Cristòfal, est particulièrement remarquable et semble légèrement disproportionnée pour ce petit village.

DSC_5881Nous garons la voiture à l’extérieur du village et commençons à nous promener dans les petites rues tortueuses. Les maisons sont toutes en pierre et ont de jolis balcons en bois – dont plusieurs sont décorés de petits animaux en plâtre.

Nous nous sentons complètement envoûter par Beget. Chaque pas, nous fait découvrir une maison ou une petite rue qui nous semble unique. Nous avons déjà visité plusieurs villages de ce genre, en Espagne, en France, en Allemagne… mais bizarrement, Beget nous émeut. Et puis, il y a ce cours d’eau qui traverse le village et les magnifiques ponts qui divisent le village en différents secteurs.

Le village est petit mais nous ne nous lassons pas de le parcourir. La rivière est aussi très jolie. Et nous décidons de la suivre. Dans le village, elle forme parfois un bassin et quelques personnes s’y baignent. Nous continuons de la suivre et sortons un peu du village. Une route toute bordée d’arbres est parallèle au torrent et nous poursuivons notre marche. La petite route tombe finalement sur un chemin un peu plus grand. De l’autre côté un champ. Nous traversons le chemin et allons sur un petit pont et nous voyons le torrent qui se poursuit au loin. Des gens semblent se baigner dans le torrent, plus loin, où il y a de grandes roches. On dirait qu’il y a aussi un peu plus de mouvement et quelques bassins.

Nous ne voyons pas d’accès près du pont. PisTout suggère alors de passer par le champ. J’hésite… c’est une propriété privée, après tout. Il insiste. JeDSC_5391 finis par céder. C’est que ça semble si beau. Nous retournons à la voiture pour prendre des serviettes et notre lunch. Il est presque 14 h et on commence à avoir faim. Puis nous reprenons le chemin. Une fois près du pont, nous passons sous une petite barrière et entrons dans le champ pour nous rapprocher du torrent. Une fois le champ traversé, le chemin n’est pas facile et je dois parfois m’accrocher aux arbres.

Mais finalement, il est là… et il est magnifique. Plus grand que dans le village, rempli de roches, de petites chutes et beaucoup plus tranquille. Nous marchons encore un peu. Les gens que nous avions vu au loin ne sont plus là. Nous cherchons une belle roche pour pouvoir pique-niquer tranquille. Et pour évidemment se baigner un peu. Et nous trouvons l’endroit parfait. Loin de la route, sur le bord de la rivière, un endroit parfait et magnifique.

Nous tombons absolument en amour avec l’endroit. Et nous y retournerons souvent. Nous avons même parfois fait des détours pour pouvoir voir Beget et surtout pour pouvoir pique-niquer à la rivière.

C’est un long et tortueux détour mais nous ne pouvons résister à l’idée de voir le village et de mettre nos pieds dans le torrent. (Lire le moment captif d’un dimanche)

Nous avons même fait souvent visiter l’endroit à la famille et amis qui venaient nous visiter à Barcelone. Encore une fois, la route est très longue pour s’y rendre et plus d’une personne ont parfois eu des nausées sur la route sinueuse, mais tous ont été émerveillé par le village et tous ont adoré les piques-niques sur le bord de ce superbe cours d’eau perdu dans les Pyrénées.

Beget :

  • Communauté autonome : Catalogne
  • Province : Gerone
  • Région : Ripollès / Alta Garrotxa – Pyrénées orientales 
  • Commune : Camprodon
  • Altitude : 541 m.
  • Population : 27 (2005)
  • Cours d’eau bordant le village : la rivière Beget – source de la rivière Llierca – et le torrent Trull
  • Montagne : Comanegra, Montfalgars

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Le village de Beget existe depuis longtemps et on trouve sa trace comme paroisse depuis 1168. À la fin du XVIIIe siècle il avait 662 habitants et plus de 1 300 en 1860.

En 1969, le village de Beget est incorporé à la municipalité de Camprodon et est aujourd’hui essentiellement composé de résidences secondaires. Le village est déclaré site historique en 1983 – apparemment juste après la construction de la seule route carrossable s’y rendant !

Le noyau urbain est formé de trois secteurs que parcours 2 petits cours d’eau et qui sont connectés par des ponts de pierre. Le village est dominé par l’église romane de San Cristóbal qui se trouve dans le secteur le plus ancien du village et qui conserve un air très médiéval. Elle fut possiblement construite au Xe siècle. Elle renferme une sculpture magnifique, La Majesté de Beget, qui est reconnue comme une des plus belles de Catalogne.

Le village comporte également une petite place, la chapelle de Remei, l’égilse romane de Sant Valenti de Salarsa, une fontaine et une tour.

Pour en connaître un peu plus :

14 janvier 2018

Le moment captif d'un dimanche : se consacrer

2017-11-05 (2)"Religion : une affaire du dimanche" [Georg Christoph Lichtenberg]

Une petite église de village. Une église à visiter. Une autre. Tant de belles églises à visiter. Nous poussons la porte doucement. On ne veut pas déranger. Il n'y a aucun bruit. On entre.

Et puis, il est là. Il garde l'entrée. On arrête. On ne bouge plus. On ne sait trop que faire. Doit-on lui demander la permission d'entrer ? Il nous regarde. Non. Il nous fixe. Il semble voir notre âme. Si nous avions une âme. De toute façon, il semble nous voir complètement.

Il ne bouge pas. Ses yeux, intenses, nous paralysent. Il devine nos pensées, nos peurs, nos erreurs et nos espoirs. Il nous connaît. Il nous reconnaît. Il est omniprésent. Omnipotent. Éternel.

Je m'approche. Je lui touche la tête. Il ferme les yeux et ronronne.

"Une société d'athées inventerait aussitôt une religion" [Honoré de Balzac]

3 décembre 2017

Le moment captif d'un dimanche : inventer sa saison

dec"L'arbre se sauve en faisant tomber ses feuilles." [Pierre Jean Jouve]

Les arbres sont décharnés. Je ne vois que du gris et du brun. Et peut-être un peu trop de vert. L'été n'a d'abord pas voulu nous quitter. Il avait tant tardé à arriver que je crois qu'il a tout simplement oublié qu'il devait un jour partir. Puis, il s'est sauvé sans crier gare et nous a laissé complètement glacé. Il nous offre un froid d'hiver. Mais nous ne sommes qu'encore en automne. Non ?

J'attends chaque saison avec anticipation et joie. Et je pleure lorsque celle-ci tarde à venir. Depuis quelques années, je ne sais plus quelle saison attendre. J'ai l'impression qu'elles se mélangent et se confondent. Mais peut-être que ce fut toujours ainsi et que ma mémoire me fait défaut.

J'ai des souvenirs de printemps qui après avoir été pluvieux, deviennent de plus en plus chauds et fleuris, d'étés torrides, puis d'automnes qui s'encolorent et font tomber les feuilles doucement et qui deviennent de plus en plus froids pour laisser la place aux hivers tourmentés. Eux, sont parfois trop froids, trop enneigés, parfois les deux... mais jamais ni l'un, ni l'autre.

Je me dis que je fabule. J'aime chialer sur les saisons... elles ne sont jamais parfaites. Non ?

"On voudrait avoir ce courage des oiseaux en hiver." [Françoise Lefèvre]

17 octobre 2017

Croire aux fantômes, 1-3

Vous, vous croyez aux fantômes ? Moi, oui ! Surtout en ces jours d'octobre si pleins de douces terreurs halloweenesques ! J'ai toujours quelques histoires Croire01à raconter à ceux qui me demandent si je crois aux fantômes. Je ne sais pas si ces histoires parlent vraiment de fantômes, mais elles m'ont toujours fait lever un sourcil en disant de façon dramatique : "il y a peut-être une explication bien rationnelle à tout ça, mais je ne la connais pas...".

Je pourrais vous raconter pleins de petites anecdotes bien mystérieuses qui ont fait que j'ai parfois passé des nuits blanches.

Comme la fois où j'ai dormi dans la chambre de ma soeur chez mes parents alors qu'elle restait en résidence au cégep. Ma soeur a toujours eu des petits animaux, des lapins, des hamsters, des rats... à cette époque, elle avait un joli hamster. Elle ne pouvait évidemment pas l'amener dans sa chambre à la résidence. Elle le laissait donc dans sa chambre chez mes parents pendant la semaine. À cette époque, je vivais déjà en appartement, mais j'allais parfois passer une nuit au milieu de la semaine pour voir mes parents et passer un peu de temps avec ma mère. Toute la nuit, son hamster a fait du bruit, princpalement en courant dans sa roue. Toute la nuit, je me suis réveillée en pestant contre le hamster qui m'empêchait de dormir. J'ai bien pensé me lever pour mettre la cage dans la salle de bain, mais il faisait un peu froid et je n'avais pas envie de quitter les couvertures bien chaudes. Quand je me suis levée le matin, je n'ai pas pensé à aller voir le trouble-fête. Il n'y avait plus de bruit et je me suis dit qu'il devait dormir puisqu'il avait couru toute la nuit. Je vais donc prendre un café dans la cuisine avec ma mère. Elle me demande si j'ai passé une bonne nuit. "Horrible !", que je m'exclame. "Le maudit hamster a tourné dans sa roue toute la mautadine de nuit." Ma mère me regarde bizarrement. "Hum, c'est que le hamster de ta soeur est mort la semaine dernière...".

Et puis, il y a la fois où j'écoutais tranquillement la télévision dans le sous-sol chez mes parents. J'étais seule et tout le monde dormait tranquillement dans leur lit. J'écoutais des vidéos. C'était avant Musique Plus. Il avait une émission qui passait très tard et qui présentait des vidéos. Je crois que cela s'appelait Nuit blanche, mais je ne suis pas certaine. Duran Duran, A-ha, Corey Hart,... la soirée était bonne. Et puis, soudainement, la porte de la chambre froide, située à côté de la télévision, s'est ouverte tranquillement. Mal fermée, aurais-je pu me dire. Le problème c'est que ladite porte est toujours verrouillée.... et avec un verrou de box. Je respire tranquillement. Bon, peut-être que le verrou était mal mis, la porte mal fermée. C'est quand la porte s'est refermée tranquillement que je me suis levée, fermée la télévision et été me réfugier dans mon lit. Le lendemain, je me suis levée avant tout le monde. La porte était bien fermée et verrouillée. 

Évidemment... il y a sûrement de belles explications bien logiques. Après tout, j'aime les histoires de fantômes donc j'ai tendance à sauter un peu aux conclusions.

Mais il y a aussi la fois, il y a à peine deux ans, où mon père est venu nous visiter. Mon père ne croit pas aux fantômes. Il ne croit pas en grand chose, en fait. Pendant sa visite, nous voulions lui faire visiter notre ville et les coins que nous adorons. Nous allons donc nous promener dans le vieux Pointe-Claire. On lui montre les vieux édifices, l'église, le moulin. Il est surpris par le village. Il ne connaissait rien de la région et de son histoire. Nous l'amenons dans un pub pour prendre un verre. Le pub est dans un ancien hôtel datant du milieu du XIXe siècle. Nous sommes assis près du foyer. Il ne connait rien de l'endroit. Il fait dos au foyer. Je suis à côté du côté du passage et mon PisTout en face de lui. De l'autre côté, une table avec deux personnes. Nous jasons, nous rions. Soudainement mon père se retourne et regarde derrière lui. Je lui demande ce qui se passe. "Quelqu'un m'a poussé", dit-il. "Papa, il n'y a personne." Il regarde autour de lui. "Tu es sûre ? Quelqu'un m'a vraiment poussé." Nous nous regardons tous. Personne n'a passé, personne ne s'est même approché de nous. Mon père regarde autour de lui, prend une gorgée de sa bière. Et change de sujet. Il ne croit pas aux fantômes.

22 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : écorcher mon âme

2017-10-22"Que tout est fugitif, éphémère ! Ne dure que ce qui nous déchire !" [Michelle Guérin]

Mon âme se déchire. On déchiquette mon coeur. Je ne sais plus que penser. J'oscille entre le vrai et le faux. Ce que je croyais savoir s'évapore. Un voile couvre mes yeux. Et je sombre.

J'essaie d'ouvrir les yeux. Je n'arrive pas à me réveiller. Mes mains se tendent dans le vide. J'essaie de m'agripper à la vie. Je ne trouve rien.

Quelque chose me retient. Les griffes monstrueuses de mains décharnées m'emprisonnent. Ma peau est en lambeau. Mes cris sont silencieux. Mes yeux pleins de noirceur. Je suis paralysée.

Je ne rêve plus.

"La mort : une griffe. Qui refuse de lâcher sa proie." [Henning Mankell]

16 mai 2017

Nous sommes époustouflés

« On ne devrait s'étonner que de pouvoir encore s'étonner » [François de La Rochefoucaud]2017-05-17

Sans vouloir trop en faire un plat, nous sommes quand même un peu étourdis ce matin. Car hier, cela faisait bien 25 ans. Et demain, cela fera 14 ans. C'est incroyable, tout de même. Le 25 ans, je veux dire. 25 ans. C'est long 25 ans. C'est interminable. Et pourtant cela se passait hier, il me semble. 

Nous hésitons entre l'émerveillement et la stupéfaction. Nous sommes aussi confus. Doit-on faire quelque chose de vraiment spécial ? Oui, chaque année, nous soulignons ce moment, mais là, 25 ans, il nous semble qu'il faudrait insister un peu plus, non ?

Mais ce n'est pas comme si c'était un accomplissement incroyable ou extraordinaire. C'est juste la vie qui passe. Et nous l'avons simplement vu passer ensemble.

Mais nous n'en revenons pas. Ces 25 années nous surprennent alors que nous ne nous y attendions pas. Elles furent étonnantes et incroyablement banales. Souvent bien ordinaires, parfois inconcevables, parfois magnifiques. Mais elles ont passé si rapidement  que ce matin, elles nous étonnent tout simplement.

 

 

13 novembre 2016

Le moment captif d'un dimanche : s'ensommeiller

2016-11-13"L'insomnie est mauvaise conseillère ; surtout elle exagère les images. Elle transforme facilement l'inquiétude en effroi, l'effroi en épouvante." [Yves Thériault]

Je me couche. J'ai les yeux qui brûlent. Je baille. J'ai de la difficulté à les garder ouverts. Mes yeux sont pleins de sommeil. Je m'endors. Je dors.

Je me réveille. Ce n'est pas le matin. Il fait noir. La lune brille froidement. Toute la maison est endormie. J'écoute le silence. Et les craquements et bruits non identifiés.

Je me tourne. Je ferme les yeux encore une fois. Mais je ne m'endors pas. Je ne dors plus. J'ai le sommeil qui fuit. Et alors je me tourne encore. Et encore. Encore.

J'ouvre les yeux. Les ombres semblent s'agrandir. Elles bougent, se transforment. Je ferme les yeux. Je me tourne. J'essaie de penser à autre chose. Je pense à des petites choses, de petits événements. Et je ne les comprends plus. Je suis certaine d'avoir oublié quelque chose. J'angoisse. Puis, pendant un moment, je sais ce que j'ai oublié. Puis, je l'oublie. Je me tourne. J'ouvre les yeux.

Je referme les yeux. J'ai l'impression de dormillonner. Je crois bien que je dors un peu puisque j'ai l'impression de me souvenir de rêves. Des images se faufilent dans ma tête. J'ouvre les yeux. Les images sont toujours là. Je ne rêve pas. Je rêve éveillée. Mes rêves sont des réalités voilées. Je suis inquiète. Ma chambre semble peuplée de monstres. J'ai peur. Je ferme les yeux.

J'ouvre les yeux. Je les frotte. Il n'y a rien. Je ne vois rien. Je ne dors pas. Mais les images étaient pourtant remplies de poésie. Je me dis que je me rappelerai ces poèmes au matin. Je me tourne. La lune brille un peu moins. Les petits oiseaux commencent à gazouiller. Il fait encore noir. Plusieurs heures ont passé. Et le matin pointe le nez.

Je me tourne. Je sens le sommeil revenir. Je dors à nouveau. Enfin. Mais pour peu de temps. Bientôt, il faut se réveiller pour de bon. J'ouvre les yeux. Je soupire. Je me lève. Je ne me rappelle plus. Que des images effacées. Je suis fatiguée.

Et ce, chaque nuit.

"La poésie vit d'insomnie perpétuelle." [René Char]

9 novembre 2016

Je ne veux plus rien entendre

J'ai les yeux rouges, j'ai mal à la tête et j'ai mal au coeur depuis hier soir. Je me bouche les oreilles... je ne peux y croire. Ce n'est pas possible. J'ai peur. C'est inimaginable, mais tristement, pas surprenant. J'espérais cependant. Je ne suis plus capable d'en parler alors je vais me taire.

Je suis découragée. Et j'ai peur.

DSC_7390

24 juillet 2016

Le moment captif d'un dimanche : l'envolée

2016-09-04"Rien n'est trop haut pour l'oiseau, s'il vole de ses propres ailes." [William Blake]

Qu'est-ce que je veux, qu'est-ce que je vois ? Une ligne, un mur, une falaise. Il y a des gens partout. J'étouffe. Je ne sais plus comment parler. Les mots se perdent dans ma gorge. Ça se bouscule autour de moi. Ça jacasse. Je suis étourdis. Je suis incapable de me concentrer. Je ne vois plus rien.

Et pourtant, j'avais une idée. J'avais un rêve. J'étais déterminée et motivée. Et puis, j'ai eu peur ? Peut-être. J'ai paniqué. Un peu. Le mur m'a semblé infranchissable. La falaise profonde. La ligne insurmontable. J'ai trouvé des excuses. La pression était insoutenable. C'était impossible. J'ai reculé.

Et puis, j'ai levé les yeux. Le ciel était bleu. Ce jour-là. Mais, il sera peut-être menaçant demain. Peu importe. Il m'invite subtilement. Il me dit que je n'ai qu'à me lancer. Et m'envoler. Qu'il soit bleu ou noir. Les bruits s'estompent. La falaise, le mur, la ligne. Je ne vois plus d'obstacle. Du ciel, je vois mon rêve, je vois mon idée. Et je les poursuis. J'ai un frisson. Mais je n'ai plus peur.

"L'oiseau, c'est une idée dans l'air." [Jean Rollin]

7 août 2016

Le moment captif d'un dimanche : sur le chemin

2016-08

« La route ? Là où on va, on n’a pas besoin de route ! » [Robert Zemeckis / Retour vers le futur, Dr. Emmett Brown et Marty ]

Je vais où je veux. J’ai une idée en tête et je la suis. Avec insouciance. Mais la route penche un peu et j’ai des papillons dans l’estomac. La route est sinueuse, étroite, difficile. Un mauvais coup de volant et la voiture plonge dans le vide.

J’ai peur de m’engloutir. De sombrer dans l’inconnu. Je me redresse. Je reste sur la route. Ma route.

Je vois ma destination au loin. Mais la route s’estompe. Ma route semble s’effriter petit à petit. Il n’y a plus de route. Je suis perdue. Alors j’oublie ma route. J’oublie ma destination. Je plonge.

Et je me retrouve sur une route imaginée qui conduit à toutes les destinations. Je m’immerge de béton, de terre, de gravier. La route est magnifique, entière et suffisante. Et quand j’ai accepté le chemin, je peux le quitter et me perdre dans ma destination.

« Ce n'est pas la destination mais la route qui compte. » [Proverbe gitan ]

18 septembre 2016

Le moment captif d'un dimanche : tête à tête

2016-09-18Having a sister is like having a best friend you can’t get rid of. You know whatever you do, they’ll still be there.” [Amy Li]

Elles s'aiment mais ne peuvent s'endurer. Hier, elles jouaient ensemble. Aujourd'hui, elles se chamaillent et s'affrontent. Elles se crient après puis elles s'embrassent. Les rivalités, les jalousies, les querelles. Les rires fous, la solidarité, l'amour inconditionnel.

Elles s'aiment à la folie, les petites soeurs. Même si elles ne peuvent se supporter. Elles se poussent, elles veulent de la tranquilité. La plupart du temps, elles ont envie d'arracher la tête de l'autre. Et puis, elles tombent dans les bras l'une de l'autre. Elles pleurent ensemble, se consolent, écoutent les peurs, les joies, les larmes. Elles ne pourraient vivre sans l'autre.

Elles ne se comprennent pas toujours. Et voudraient secouer l'autre, lui faire comprendre les choses. Puis, elles soupirent et se prennent dans les bras. Elles s'aiment comme elles sont. Les petites soeurs. 

If you don’t understand how a woman could both love her sister dearly and want to wring her neck at the same time, then you were probably an only child.” [Linda Sunshine]

19 août 2016

Nancy croit qu’on lui prépare une fête de Simon Boulerice

Boulerice02Nancy croit qu’on lui prépare une fête / Simon Boulerice. — Montréal : Poètes de brousse, c2011. – 66 p. ; 22 cm. – ISBN 9782923338491

Quatrième de couverture

Nancy renouvelle aux six mois les piles
du détecteur de fumée et de son vibrateur
simultanément
l'un lui fait penser à l'autre
projet de causalité
activité de survie

Nancy calme son feu comme elle le peut

L’auteur

Simon Boulerice est né en 1982 sur la rive-sud de Montréal. Il  étudie d’abord en  littérature au Cégep de Saint-Laurent puis à L’UQAM. Il étudie ensuite en interprétation théâtrale au Collège Lionel-Groulx. En 2005, il co-fonde la compagnie de théâtre Abat-jour. Il obtient son diplôme en 2007. Il est acteur, metteur en scène et auteur. Il a écrit des pièces de théâtre, de la poésie ainsi que des romans pour enfants, ados et pour enfants. En tant qu’acteur, en plus de jouer au théâtre, on peut également le voir au cinéma et à la télévision.

En 2007, sa pièce Simon a toujours aimé danser a remporté le prix de la création Fringe. Sa pièce fut présentée dans de nombreux pays. Ses œuvres ont remporté de nombreux prix.Boulerice01

En 2016, son recueil de poésie Nancy croit qu’on lui prépare une fête a été adapté au théâtre par le comédien et metteur en scène François Hamel.

Bibliographie partielle

  • La condition triviale (théâtre) (2005)
  • Qu’est-ce qui reste de Marie-Stella ? (théâtre-jeunesse) (2009)
  • Les Jérémiades (roman) (2009)
  • Poèmes du lendemain 18 (poésie) (2009)
  • Nancy croit qu’on lui prépare une fête (poésie) (2011)
  • Écric n’est pas beau (théâtre-jeunesse) (2011)
  • Les mains dans la gravelle (théâtre-jeunesse) (2012)
  • Martine à la plage (bamde-dessinée) (2012)
  • Javotte (roman) (2012)
  • La sueur des airs climatisés (poésie) (2013)
  • Jeanne Moreau a le sourire à l'envers (roman jeunesse) (2013)
  • Un verger dans le ventre (album illustré) (2013)
  • M'as-tu vu ? (01) Hors champ (roman jeunesse) (2013)
  • Les Monstres en dessous (roman jeunesse) (2013)
  • Le premier qui rira  (roman) (2014)
  • Pig (théâtre) (2014)
  • Peroxyde (théâtre) (2014)
  • Edgar paillettes (roman jeunesse) (2014)
  • Les garçons courent plus vite (roman jeunesse) (2014)

Mes commentaires

"Nancy fait" "Nancy a" "Nancy..." Nous suivons dans une sorte d'odyssée poétique, la pauvre Nancy qui semble seule, maladroite, fade et triste. On ne la remarque pas. Elle est gauche, asociale, mésadaptée... jeune mais déjà vieille.

Elle aime les tulipes, n'a jamais compris comment les faire pousser, plante ses dents de sagesse dans l'espoir qu'elles se transforment en tulipes... et entre marguerites et jonquilles, une tulipe pousse. J'ai souri.

Le texte de Boulerice est un long poème qui nous raconte la vie de Nancy. Mais chaque page peut être lu comme un seul poème. Et chaque poème est une partie de Nancy. Ses peurs, ses échecs, ses espoirs et son désespoir... sa vie tout simplement. Elle est banale et unique. Il n'y a pas de fête, on s'en doute, mais il y a de l'espoir.

Les poèmes sont des tranches de vie. Et nous n'avons pas de difficulté à voir défiler la vie de Nancy. Et j'aurais aimé voir la transposition du texte au théâtre.

Il faut lire ce recueil de poésie... ce poème qui raconte une histoire. Ce ne sera pas long, même pas une heure ne sera nécessaire pour lire ce livre. Ce qui fait qu'on peut le relire tout de suite, histoire de bien vivre la vie de Nancy. Et le relire ensuite... j'aime relire les poèmes pour qu'ils nous livrent tous leurs secrets.

J'ai lu des moments, des situations, une vie, des vies. Nancy m'a touchée et m'a énervée. Et j'ai vu Nancy dans ma vie, dans la vie de gens que je connais... Nancy est une fiction poétique beaucoup trop réaliste et réelle.

Les mots de l’auteur

« Nancy n’a pas la patience requise pour démêler

le fil de ses écouteurs

elle se prive de musique

ne va pas jogger

s’achète des tulipes de plastique

elle n’a jamais réussi à en faire pousser des vraies » p. 12

 

« […] rendue dans l’allée des salles de bains

elle pleure

mais c’est juste parce que la canelle de sa gomme

lui pique la gorge

comme si toutes les abeilles qui sommeillaient en elle

se réveillaient » p. 15

 

« Nancy rentre chez elle

certaine que Santa Fe est la ville des fées de dents

confrérie de sorcières douces

de mairesses aux coffres pleins

de dents de lait

mêlées aux caries

de mauvaise augure » p.39

Pour en savoir un peu plus…

25 avril 2016

Zébrures écarlates de Michel Roberge - L'auteur et l'histoire

MR03Zébrures écarlates : une enquête du détective archiviste Ives d’Arch / Michel Roberge. — Québec (Québec) : Les Éditions GID, [2015]. – 705 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-89634-277-8

Quatrième de couverture

« En entrant dans l’appartement surchauffé, Ives d’Arch eut l’impression de pénétrer dans un sauna. En s’approchant de son ordinateur portable son attention fut attirée par le courriel de Llura Solés. D’abord troublé, il en prit rapidement connaissance. Il se rassit devant son ordinateur et, encore sous le choc, il relut le court message. Le dernier contact qu’il avait eu avec la Catalane, qu’il avait rencontrée dans un congrès d’archivistes en 1988 et dont il était tombé follement amoureux, remontait à 2001. Elle lui avait alors abruptement annoncé qu’elle avait fait la connaissance d’un certain Joan et qu’ils avaient l’intention de se marier. Depuis, il avait vainement tenté d’entrer en contact avec elle. Llura Solés n’avait plus donné signe de vie. Et voilà qu’elle réapparaissait dans le décor en lui envoyant ce courriel à la fois énigmatique et intrigant. »

Voilà le point de départ de la première aventure du détective archiviste québécois Ives d’Arch. Assassinats et attentat au colis piégé, faux documents et précieuses archives, somptueuses soirées et nuits voluptueuses constituent l’essence même de ce polar dont l’intrigue se déroule au Québec, en France et en Catalogne et dans laquelle évolue une panoplie de personnages hors du commun.

L’auteur

Michel Roberge est né en 1951 à Québec. Après des études à l’Université Laval, il travaille comme archiviste au Service des archives de cette même université. Il sera ensuite analyste en gestion des documents au Ministère des Richesses naturelles du gouvernement du Québec, puis travaillera aux Archives nationales du Québec. Michel Roberge enseigna également au Certificat en gestion des documents administratifs et des archives à l’Université du Québec à Montréal.

En 1983, il publie l’ouvrage La gestion des documents administratifs, œuvre fondamentale sur le Records Management. Cet MR01ouvrage fut réédité – et mis à jour - sous différents titres et fut également traduit en catalan en 1992 puis en castillan en 2004.

En 1985, il fonde une entreprise en gestion documentaire, GESTAR. Il consacre ensuite les prochaines années au développement de son entreprise, tout en contribuant de façon active au milieu de la gestion des documents et des archives, par ses recherches, ses écrits et son enseignement. Son expertise et son œuvre professionnelle sont reconnues internationalement.

Tout en demeurant à la direction de son entreprise, il publie en 2015 son premier roman, Zébrures écarlates.

Site web de l’auteur, expert en gouvernance documentaire, site web du romancier, site des éditions Michel Roberge, page Facebook de l’auteur, profil LinkedIn.

Bibliographie partielle

  • La gestion des documents administratifs (1983)
  • La classification universelle des documents administratifs (1985)
  • La gestion dels documents administratius (1992)
  • La gestion de l’information administrative : approche globale, systémique et systématique (1992)
  • L’essentiel de la gestion documentaire (2000)
  • L’essentiel du Records Management (2004)
  • Lo esencial de la gestión documental (2004)
  • La gestion intégrée des documents (GID) en format papier et technologiques : documents administratifs, documents d’archives et documentation de référence, Québec (2009)
  • Le schéma de classification hiérarchique des documents administratifs - Conception, développement, déploiement et maintenance (2011)
  • Zébrures écarlates (roman) (2015)

L'histoire

Ives d'Arch est un archiviste de métier qui est devenu un « détective archiviste ». Il se consacre aujourd'hui à faire des recherches sur des documents perdus, sur des authentifications de documents ou d'œuvres, etc. Il vit à Québec avec son conjoint, Karl, une vie relativement tranquille. Mais un jour, il reçoit un courriel d'une ancienne collègue catalane, Llúria, avec qui il a eu autrefois une relation amoureuse. Le courriel est énigmatique et demande son aide. Ce courriel le plongera dans la recherche d'un document historique disparu qui mettra même sa vie en danger.

Parallèlement, le roman nous fait basculer dans le temps pour remonter à la disparition de ce document dans l'Espagne du début des années 50 et de son voyage vers le Québec.  

Remplis d'allers-retours dans le temps, le roman nous immerge dans l'histoire de la Catalogne et du Québec.

Commentaires personnels ici...

26 avril 2016

Zébrures écarlates de Michel Roberge - Commentaires personnels

MR03Zébrures écarlates : une enquête du détective archiviste Ives d'Arch / Michel Roberge. -- Québec (Québec) : Les Éditions GID, [2015]. – 705 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-89634-277-8

Quatrième de couverture

« En entrant dans l'appartement surchauffé, Ives d'Arch eut l'impression de pénétrer dans un sauna. En s'approchant de son ordinateur portable son attention fut attirée par le courriel de Llura Solés. D'abord troublé, il en prit rapidement connaissance. Il se rassit devant son ordinateur et, encore sous le choc, il relut le court message. Le dernier contact qu'il avait eu avec la Catalane, qu'il avait rencontrée dans un congrès d'archivistes en 1988 et dont il était tombé follement amoureux, remontait à 2001. Elle lui avait alors abruptement annoncé qu'elle avait fait la connaissance d'un certain Joan et qu'ils avaient l'intention de se marier. Depuis, il avait vainement tenté d'entrer en contact avec elle. Llura Solés n'avait plus donné signe de vie. Et voilà qu'elle réapparaissait dans le décor en lui envoyant ce courriel à la fois énigmatique et intrigant. »

Voilà le point de départ de la première aventure du détective archiviste québécois Ives d'Arch. Assassinats et attentat au colis piégé, faux documents et précieuses archives, somptueuses soirées et nuits voluptueuses constituent l'essence même de ce polar dont l'intrigue se déroule au Québec, en France et en Catalogne et dans laquelle évolue une panoplie de personnages hors du commun.

Lire le premier article - Zébrures écarlates de Michel Roberge - L'auteur et l'histoire

Mes commentaires

MR02

Quelle fresque historique ! Voici un roman bien construit et étoffé, rempli de détails et d’informations. Lorsqu’on termine notre lecture, nous avons vraiment l’impression d’avoir vécu cette aventure et de connaître personnellement les personnages. Et les détails historiques sont recherchés et très intéressants.

Les personnages principaux ont pris vie pendant ma lecture. Ceux-ci sont vivants dans ma mémoire et j’ai l’impression de les connaître. Mais j’aurais aussi aimé connaître un peu plus les personnages secondaires. Ils sont également importants dans l’histoire et j’ai eu l’impression d’à peine les survoler. Particulièrement les « méchants », le fameux « acheteur » du document volé et surtout  Llúria : quelles étaient leurs motivations ?, etc.

Certains passages sur la vie des personnages principaux étaient très personnels, captivants et émouvants. J’ai eu l’impression de lire un roman sur l’histoire d’amour entre Ives et Karl. Je voulais en savoir plus et j’avais l’impression de « voir » une télésérie sur leur vie – non pas un film, mais bien une série télévisuelle, pour le facteur temps… apprendre à connaître tranquillement les personnages petit à petit au fil du temps. Tout le texte est d’ailleurs très visuel. C’était très intéressant et même passionnant. Parfois, cependant, toutes ces descriptions et détails – aussi fascinants étaient-ils - me faisaient oublier l’histoire du document disparu. J’avais l’impression que l’auteur était déchiré entre l’envie de raconter la vie de ses personnages principaux – qui je crois, l’ont véritablement habité pendant l’écriture - et cette intrigue autour du document disparu. D’un côté l’enquête semble importante – des gens sont morts à cause de ce document – mais d’un autre côté, j’avais l’impression qu’elle n’était qu’un prétexte pour nous parler du couple Ives/Karl. J’ai été moi-même déchiré entre mon désir d’en savoir plus sur Ives et Karl et l’envie de connaître le destin de ce document.

Et donc, j’ai l’impression de m’être parfois un peu perdue dans tous ces détails et de ne pas avoir bien suivi l’intrigue policière. Elle m’a semblé secondaire, en quelque sorte. Même si elle était réellement palpitante. J’aurais aimé en savoir plus sur ce document, sur son parcours et j’aurais aimé avoir plus de détails sur le travail d’investigation pour le retrouver. Ce vol de document m’a passionnée dès les premières lignes mais je suis un peu restée sur ma faim.

J’avoue que j’aurais aussi aimé poursuivre l’histoire de Miquel (qui transportait le fameux document) et Adela (qui l’hébergea lors de son périple vers Paris). J’aurais voulu suivre Miquel au Québec, savoir ce qu’il avait fait du document, savoir également ce qui arrivait avec Adela, etc. Et je voulais en savoir plus sur les personnages du début, témoins du vol du document : Joaquim, Xevi, etc. Tous ces personnages étaient vraiment intéressants et m’ont captivée. J’en voulais plus.

J’ai donc eu l’impression de lire plusieurs romans en un seul. Et j’aurais par moment peut-être préféré avoir plusieurs romans, plutôt qu’un seul… Car l’auteur a un réel talent de conteur et on aime se perdre dans ses histoires. Il nous offre des personnages vivants et qu’on veut connaître. Des histoires troublantes, parfois tristes et tragiques, parfois douces et touchantes. Et j’aurais voulu les approfondir toutes.

Cette foison de détails, nous permet également de voir les lieux où se déroulent les intrigues. J’ai la chance de connaître les lieux principaux : la ville de Québec, Barcelone, Castelnou… Honnêtement, j’avais l’impression de voir parfaitement tous ces endroits et d’y être physiquement. Les descriptions sont incroyables. Et c’est un talent rare d’être capable de décrire des lieux pour qu’on s’y sente présent. L’auteur nous offre un texte très imagé. Certes, cela allonge parfois le texte et on pourrait par moment vouloir un texte plus serré. Mais j’ai adoré me perdre dans les rues de ces villes et villages.

On sent que l’auteur est passionné par son sujet, par ses personnages, par les lieux qu’il décrit et par l’histoire du Québec et de la Catalogne. Cette passion est palpable et c’est émouvant. Mais par moment, peut-être un peu étourdissant. J’aime aussi pouvoir imaginer certains détails. Cela permet de personnaliser un roman et de le faire sien. Mais on ne peut rien dire contre la passion !

L’écriture de l’auteur est précise et spécifique. On sent que l’auteur est rigoureux dans son processus d’écriture. Chaque mot est pensé et important. On sent un travail méticuleux et une recherche ordonnée et pointilleuse. On ressent définitivement l’archiviste derrière l’auteur. La lecture reste cependant toujours fluide, le texte sans fioriture, et le tout se lit aisément. C’est une lecture très plaisante.

Au final, ce roman est réellement passionnant. Mais bizarrement, il souffre un tout petit peu des talents incontestables d’écrivain et de conteur de son auteur. Personnellement, j’aurais aimé que l’auteur garde certains personnages, certains détails pour un autre roman. Mais Zébrures écarlates reste un excellent roman où il fait bon se perdre. Mais maintenant, je veux d’autres romans de l’auteur… je veux poursuivre l’aventure.

Les mots de l’auteur

« - […] Quand je me suis réveillé, je me suis rendu compte que je voyais seulement en noir et blanc. Mes parents ont cru que j’essayais de les faire marcher. Ils m’ont fait voir un spécialiste et c’et lui qui nous a expliqué que c’était un phénomène rare qui arrive, des fois, après un choc physique important.

- Je savais qu’y’a des personnes qui ont de la difficulté à voir certaines couleurs, mais pas de couleurs pantoute, ça doit être déprimant pas pour rire.

- C’est juste une question de perception, rétorqua Ives d’Arch. La couleur, c’est un artifice. Ça embellit peut-être l’aspect des choses, mais c’est l’absence de couleurs qui met en évidence leur nature profonde. » » p. 108

Pour en savoir un peu plus…

2 avril 2016

La mer d'innocence de Kishwar Desai

MI2La mer d’innocence / Kishwar Desai ; roman traduit de l’anglais (inde) par Benoite Dauvergne. – [Tour D’Aigle : Éditions de l’Aube, 2014. – XX cm ; 333 p. – ISBN 978-2+8159-1087-3

Quatrième de couverture

Goa, ancien paradis hippie, est une nouvelle destination à la mode pour les jeunes du monde entier. Sauf qu’une jeune touriste britannique y est agressée par des Indiens puis portée disparue…
Simran Singh, piquante travailleuse sociale, y passe justement ses vacances avec Durga, sa fille adoptive, quand elle reçoit une vidéo sur son téléphone portable qui va donner une tournure totalement inattendue à son séjour. ­Commence alors une longue enquête pleine de rebondissements, et la découverte pour le lecteur d’un Goa assez terrifiant ! Trafics de drogue, disparitions inexpliquées de touristes, meurtres, mafia… Kishwar Desai s’attache une nouvelle fois à dénoncer la violence et la corruption qui sévissent en Inde, et sa maîtrise du suspense ne fait que se confirmer !

L’auteur

Kishwar Desai (née Rosha) est née en 1956 à Ambala dans l’État du MI1Pendjab en Inde. Elle étudie au Lady Shri Ram College en Économie et obtint son diplôme en 1977. Elle se marie et a deux enfants. Elle travaillera d’abord comme journaliste et réalise des reportages politiques pour le Indian Express. Elle travaillera également pendant une vingtaine d’année à la télévision et radio : elle sera présentatrice de nouvelles, productrice et dirigera un poste de télévision.

Elle se divorce et se remarie en 2004. Elle prend alors le nom de son époux, Desai. En 2007, elle publie une biographie de deux acteurs indiens Narais et Sunil Dutt. Son premier roman Witness the Night sera traduit en plus de 25 langues et a reçu plusieurs prix littéraires dont le Prix Costa.  

Aujourd’hui elle continue d’écrire des romans ainsi que des articles pour des magazines et journaux. Elle vit à Londres, à Delhi et Goa.

Bibliographie

  • Manto! (Théâtre) (1999)
  • Dalrlinaji : The True Love Story of Narais and Sunil Dutt (2007)
  • Witness the Night (2009)
  • Origins of Love (2012)
  • The Sea of Innocence (2013)

Mes commentaires

Voici encore un autre roman policier. Mais d'un genre légèrement différent et dans un setting qui ne m'est pas du tout familier. Le roman se situe en Inde dans l'état de Goa et l'enquête sera menée par une travailleuse sociale et non pas par un/e policier/ère ou détective.

L'histoire du roman est difficile et terriblement d'actualité. L'auteure s'est en effet inspirée de l'actualité indienne des dernières années qui a fait connaître au monde la condition des femmes en Inde et l'horrible problème des agressions et violences sexuelles dans le pays. Les viols collectifs et les agressions sexuelles en Inde sont de plus en plus médiatisés. Kishwar Desai rappelle d'ailleurs dans son roman, l'horrible drame de l'étudiante qui fut victime d'un viol collectif dans un autobus à New Delhi et qui ne survécut pas de ses horribles blessures. Son copain qui l'accompagnait fut également violemment battu. Ce drame avait soulevé l'Inde et le monde - mais malheureusement la situation continue d'être insoutenable pour les femmes en Inde et les viols sont monnaie courante. 

C'est sur ce drame, sur la condition des femmes en Inde, sur la corruption et le crime en Inde que l'auteur construit son roman. Elle s'inspire également du coté caché et troublant des plages de Goa et des nombreux crimes, meurtres et disparitions qui y ont lieu.

Simran Singh, est une travailleuse sociale qui vit à New Delhi avec sa fille adoptive Durga qui est maintenant une adolescente. Les deux sont en vacances sur les plages paradisiaques de Goa, la destination touristique à la mode. Mais alors que Simran essaie de se reposer sur la plage, elle reçoit sur son téléphone, une vidéo troublante envoyée par Amarjit, un policier - et ancien amant - qu'elle connaît depuis longtemps. On peut voir sur la vidéo, une jeune fille blonde, une touriste, qui semble se faire agresser par des Indiens. Simran décide de ne pas répondre à Amarjit mais celui-ci arrive bientôt à Goa pour tenter de la convaincre d'enquêter sur la disparition de la jeune anglaise que l'on voit dans la vidéo.

Simran est d'abord réticente, elle ne veut pas s'impliquer, ne veut gâcher ses vacances avec sa fille. Mais petit à petit, elle voit les gens et les événements sur la plage d'un autre oeil et elle devient de plus en plus inquiète. La plage prend une allure sombre et malsaine. Elle n'a pas le choix, elle renvoie sa fille à Delhi et commence à enquêter, par elle-même, sur la disparition de la jeune anglaise. Ce qu'elle découvre est un monde de violence et de corruption.

Le roman de Desai n'est pas une enquête typique et même s'il y a de nombreux rebondissements, il ne faut pas y chercher un roman de suspense. Et il n'y a pas non plus de fin clairement "heureuse". Nous aurons des réponses à nos questions, mais elles ne seront pas nécessairement satisfaisantes et les coupables ne seront pas non plus nécessairement punis.

Le roman est difficile mais il n'est pas uniquement sombre. Et on sent que l'auteure veut tout de même nous donner une vision optimiste de son pays. Bien que son roman dénonce les nombreuses injustices sociales, la corruption des classes dirigeantes et des forces de l'ordre, les violences faites aux femmes, etc., j'ai senti que l'auteure voulait nous montrer que l'inde ce n'était pas juste ça. Et bien qu'elle souligne vividement le côté malsain des plages touristiques, ses personnsages aiment Goa et elle nous présente l'histoire et les beauté de la région.

Le personnage principal du roman est une femme forte, qui se fout des conventions (à 40 ans, elle n'est pas mariée, elle fume, boit, ...) et qui veut changer le sort des femmes en Inde. Elle prend de nombreux risques et est fortement critiquée. C'est une voix puissante même si elle demeure profondément humaine et vulnérable. L'auteure a voulu montrer une femme indienne qui n'est pas une victime. C'est le troisième roman de Desai mettant en vedette Simran et même si on fait parfois allusion aux romans précédents, il ne m'a pas semblé nécessaire de les avoir lu pour comprendre le récit et les personnages. Cela m'a cependant terriblement donné envie de lire les deux premiers romans qui semblent, selon mes recherches, tout aussi difficiles et sombres.

L'écriture de Desai est solide et son histoire bien ficelée dans son ensemble. Il y a bien quelques longueurs et quelques rebondissements qui m'ont semblé un peu tirés par les cheveux. Mais ma lecture n'en a pas souffert. Personnellement, j'ai trouvé que le côté "policier" du roman était tout à fait secondaire. Ce sont les commentaires de l'auteure sur l'Inde qui étaient pour moi l'intérêt premier du roman. Et Kishwar Desai réussit à nous offrir un texte captivant et bien écrit qui nous plonge dans la société indienne sans devenir un discours pamphlétaire.

Les mots de l’auteur

« Difficile à dire s'il s'agissait d'un simple conflit entre deux cultures. Après tout, ces femmes pouvaient tout aussi bien se plaindre que les hommes qui "succombaient" à leurs charmes ne cherchaient qu'à coucher avec elles et à obtenir un passeport étranger.
Le problème se résumait-il au fait que cette Inde soi-disant en voie de modernisation ne savait pas comment traiter la question de la sexualité féminine et supposait que ces touristes, en raison de leur comportement naturellement amical et leurs tenues occidentales, étaient prêtes à s'offrir au premier venu ?
 »

« Je me demandais également si les gens éprouveraient un peu de compassion pour Lisa si elle avait été tuée. Ou bien son nom s’ajouterait-il simplement à la longue liste de jeunes filles mortes à Goa alors qu’elles étaient venues y chercher la belle vie » p.82

Pour en savoir un peu plus…

Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 > >>
Publicité
Quelques pages d'un autre livre ouvert...
Publicité