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Quelques pages d'un autre livre ouvert...
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Quelques pages d'un autre livre ouvert...
10 mars 2016

Celui dont le nom n'est plus de René Manzor

Celui1Celui dont le nom n’est plus : roman / René Manzor. -- [Paris] : Kero, [2014]. – 390 p. ; 24 cm. – ISBN 978-2-36658-112-6

Quatrième de couverture

Londres, au petit matin. Sur une table de cuisine, gît un homme vidé de ses organes. L’assassin est une vieille dame à la vie exemplaire. Pourquoi cette femme a-t-elle sacrifié l’homme qu’elle a élevé comme un fils ?

Elle est incarcérée. Pourtant, le lendemain, un autre homme est tué de façon similaire. Par la personne qui l’aimait le plus au monde. À chaque fois, les tueurs, qui ne se connaissent pas, laissent derrière eux la même épitaphe écrite dans le sang de leur victime : Puissent ces sacrifices apaiser l’âme de Celui dont le Nom n’est plus…

Trois destins vont se lier autour de ces meurtres incompréhensibles : ceux de McKenna, vétéran de Scotland Yard, de Dahlia Rhymes, criminologue américaine et de Nils Blake, l’avocat de ces coupables qui ressemblent tant à des victimes.

L’auteurCelui02

René Manzor, de son vrai nom René Lalanne, est né en 1959 à Mont-de-Marsan en France. Son père est Français et sa mère Uruguayenne. Il est surtout connu comme scénariste et réalisateur. Son premier court métrage, Synapses, paraît en 1981 et il réalise son premier long métrage, Le passage, en 1986. Sa filmographie comporte des courts et longs métrages. Il travaille également pour la télévision américaine et française. Il réalise aussi des clips.  En 2012, il publie son premier roman, Les âmes rivales. Son deuxième roman, Celui dont le nom n'est plus, en 2014.

Site web de l'auteur, et sa page Facebook.

Mes commentaires

Disons-le immédiatement le roman de René Manzor est extrêmement efficace. L'auteur est réalisateur et scénariste et on le sens aisément dans le texte. Le roman m'a rappelé mes lectures de Donato Carrisi (surtout Le chuchoteur). Le rythme est rapide, le suspense omniprésent, et on visualise facilement le roman sur un écran et même une certaine partie de l'intrigue est semblable. Sur ce dernier point, cependant je dois avouer que j'ai été surprise par les similitudes entre les deux romans. Il y en a beaucoup, et on peut se questionner sur certains choix et influences de l'auteur.

La quatrième de couverture résume assez bien l'histoire. Des meurtres horribles sont commis un après l'autre. Chaque fois, la victime a été tuée et éviscérée par un proche, quelqu'un qui l'aimait véritablement. Et à chaque fois, la scène du crime a été préparée selon les rites funéraires de la religion de la victime. Les meurtriers ne nient pas leur crime, mais sont complètement dévastés par leur acte et n'en ont aucun souvenir. Finalement, un phrase laissée sur les lieux  mentionnant que le meurtre est commis dans l'espoir d'apaiser "Celui dont le nom n'est plus" laisse supposer que les crimes sont ritualistiques. Les meurtriers cependant ne se connaissent pas et rien ne semble les lier.

L'inspecteur McKenna de Scotland Yard et la criminologue américaine du FBI Dahlia Rhymes enquêtent ensemble pour comprendre ces crimes et les liens qui les unissent. L'avocat des meurtriers, Nils Blake, vient s'ajouter aux personnages principaux.

Les trois personnages sont bien développés et très intéressants. Les liens se tissent petits à petits et les blessures de chacun apparaissent tranquillement et je dois avouer avoir été surprises à quelques reprises. La tension est constante et l'intrigue très bien ficelée. Au-delà de l'intrigue policière, comme beaucoup de lecteurs, j'ai aussi senti un commentaire sur l'acceptation de la mort et sur la manipulation. L'auteur sait comment mener son histoire et nous captiver jusqu'à la fin. J'ai particulièrement trouvé intéressant le fait que l'auteur n'attend pas la fin pour nous dévoiler les liens entre les meurtres. On nous donne même le coupable et sa méthode. Le roman ne perd cependant jamais de son intérêt et on poursuit avidement la lecture. Car on veut connaître aussi les motivations. Et l'action ne cesse jamais. On sent un film, une série télévisée et je serais curieuse de voir quelque chose de lui. 

Les mots de l’auteur

« Tu me fais du mal, p’pa ! murmura-t-il entre ses dents. Tu me fais du mal. Et ça nous en fait à nous.

Ces paroles eurent un effet immédiat sur le détective qui arrêta de se débattre. Il resta ainsi, les bras ballants, appuyé contre son fils. La colère avait fait place aux sanglots.

Alors l’adolescent se met à le bercer tendrement. McKenna finit par accepter son étreinte. Il enlaça son fils à son tour et tout deux restèrent ainsi un long moment, accroché l’un à l’autre. » p. 225

Pour en savoir un peu plus

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19 janvier 2016

Personne ne le croira de Patricia MacDonald

personne02Personne ne le croira : roman / Patricia MacDonald. – Paris : Albin Michel, [2015]. – 343 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-226-31469-7

Quatrième de couverture

Nouveau nom, nouvelle ville, nouveau départ... Hannah et Adam n’aspirent qu’à mener une vie paisible et sans histoire aux côtés de leur adorable petite Cindy sur laquelle ils veillent tendrement. Attirant sur eux l’attention des médias, une tragédie inattendue vient bouleverser les plans du couple. Pour échapper au danger qui les menace, ils vont devoir affronter un passé qu’ils tentaient d’oublier. Et qui les a rattrapés.

Patricia MacDonald n’a jamais été aussi loin. Exploration au scalpel d’une famille ordinaire, Personne ne le croira nous plonge au cœur d’un cauchemar insoupçonnable. Dont la première victime est… une petite fille innocente.

L’auteur

Patricia Jean MacDonald est née en 1949 à Greenwich dans le Connecticut aux États-Unis. Elle fait ses études à l’Université de Boston en journalisme. Elle travaille d'abord comme rédactrice pour de nombreux magazines. Elle est également éditrice.

Elle publie son premier roman The Unforgiven en 1981 et débute ainsi sa carrière d'écrivain. Elle écrit principalement des romans de suspense. Auteure renommée mondialement, ses livres ont été traduits dans de nombreuses langues. Elle a reçu de nombreux prix et plusieurs romans ont été adapté à la télévision.

Elle est mariée à Art Bourgeau, libraire et lui-même écrivain. Ils habitent à Cape May près de Philadelphie.

Personne01Bibliographie partielle

  • The Unforgive, (1981)
  • Stranger in the House (1985)
  • Little Sister (1986)
  • No Way Home (1989)
  • Mother's Day (1994)
  • Secret Admirer (1995)
  • Lost Innocents (1997)
  • Safe Haven (2000)
  • Not Guilty (2002)
  • Suspicious Origin (2003)
  • The Girl Next Door (2004)
  • Married to a Stranger (2006)
  • Stolen in the Night (2007)
  • From Cradle to Grave (2009)
  • Cast into Doubt (2010)
  • Missing Child (2011)
  • Sisters (2012)
  • I See You (2014) (Personne ne le croira, 2015)

Mes commentaires

Personne ne le croira mais tout le monde l'a deviné dès les premières pages... C'est ce que je me suis dit au début de ma lecture. Et puis peut-être que je me trompe, que je me suis dit ensuite. Mais non, ai-je dit en refermant le livre, j'avais bien deviné. Peut-être que je lis trop et que je regarde trop la télévision... mais il est difficile pour moi d'être surprise par une intrigue. Je devine assez vite le "punch".

Ce qui ne veut pas dire que la lecture ne fut pas agréable. Juste sans surprise.

Alors, voici une petite famille qui semble sans histoire. Un père, une mère, une adorable filette, qui semblent bien ordinaires, sauf qu'ils sont bien discrets et qu'ils ne se mèlent pas trop aux autres. Et puis, un jour la petite fille sauve la vie de sa gardienne. Une belle histoire aussitôt difusée par les médias. Mais un véritable cauchemar pour les parents qui ont maintenant peur. Car ils vivent tous les trois sous de fausses identités et surtout dans la peur d'être reconnus et retrouvés. Par qui ? Par leur propre fille qui est la véritable mère de la fillette.

Des retours en arrière permettent alors de connaître les raisons pour lesquelles ils se sont enfuis et ont kidnappé leur petite-fille.

Ils ont toujours eu une vie normale, ordinaire et heureuse. Couple américain normal avec une fille précoce, brillante, mais un peu rebelle. À 20 ans, leur fille, déjà mère d'une petite fille, étudie en médecine et vit encore avec eux. Malgré ces difficultés, les parents adorent leur fille et leur petite-fille. Et lorsque que leur fille est accusée du meurtre de son petit ami, ils feront tout pour la défendre. Mais petit à petit les façades tombent. Leur fille devient une étrangère à leurs yeux. Et lorsque finalement, ils comprennent la vérité, ils n'ont d'autre choix que de s'enfuir avec la petite pour la protéger de sa mère. Leur propre fille.

Le roman de MacDonald est très puissant. On sent très bien l'amour que les parents ont pour leur fille ainsi que l'incompréhension et le déchirement qui se produisent en eux quand ils se rendent compte que leur enfant est un monstre. Le texte est fort et il est vrai qu'on imagine difficilement qu'une femme peut agir de la sorte avec un enfant, son enfant. Ils se sentent responsables, coupables... Est-ce leur faute si leur fille est ainsi ? Qu'ont-ils fait pour qu'elle devienne un monstre ? L'a-t-elle toujours été ? Comment l'aimer encore, comment cesser de l'aimer ? Peut-on l'aimer mais vouloir la fuir ? Des questions sans réponses. Ils ne peuvent que penser à sauver leur petite fille, la protéger et espérer que leur fille ne les retrouvent jamais.

Le livre se lit rapidement, le texte est fluide et simple. L'intrigue bien menée et serrée. Roman bouleversant. Mais encore une fois, je n'ai pas senti de surprises ou même de suspense. Une histoire tendue, un drame psychologique intense, oui. Mais un suspense rempli de rebondissements et de mystères, non.

Une belle lecture que j'ai apprécié, même si je m'attendais à plus.

Les mots de l’auteur

 “Hannah s’écroula dans le rocking-chair devant la fenêtre. Autrefois, dans leur premier appartement, elle s’était souvent assise dans ce fauteuil, avec son bébé dans les bras. Elle berçait Lisa, elle rêvassait, imaginant la vie future de sa fille. L’université, le mariage, la réussite, des enfants. Jamais, dans ses rêves les plus extravagants, elle n’avait envisagé une accusation de meurtre. À l’époque, c’était inconcevable. Et maintenant, des années plus tard… » p. 78

Pour en savoir un peu plus…

7 février 2016

Le moment captif d'un dimanche : fixé

2016-03-08"Si les astres étaient immobiles, le temps et l'espace n'existeraient plus" [Maurice Maeterlinck]

La pluie a tombé et a figé les branches dans une immobilité glacée.  J'ai fermé les yeux. Je me suis alors imaginée perdue dans un univers étoilée. J'ai froid. Je glisse de branche en branche. Je tombe. Je me relève et je grelotte. Je vis.

J'entends une musique glaciale. Elle veut envelopper mon corps, envoûter mes rêves. Elle joue doucement. Ma tête est lourde, mes pensées deviennent confuses. J'ai l'impression que le temps s'arrête. Je semble flotter dans un vide éternel. J'essaie d'ouvrir les yeux. 

J'ouvre les yeux. Je bouge et je grelotte. Par la fenêtre, je vois la vie. 

                                                                   

 

 

16 février 2016

L’appel du mal de Lisa Unger

AppelMal2L’appel du mal / Lisa Unger ; traduit de l’anglais (États-Unis) par Delphine Santos. – Paris : Éditions du Toucan ; 2014. – 413 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-81000-601-4

Quatrième de couverture

Lana Granger est étudiante en psychologie à l’université des Hollows, une petite ville tranquille de l’état de New York. Pour financer ses études mais aussi pour mettre ses connaissances en pratique, elle prend un emploi de baby-sitter auprès de Luke, un jeune garçon à l’esprit perturbé et au comportement étrange. Déjà renvoyé de plusieurs écoles, le jeune adolescent se révèle manipulateur et cruel, prêt à toutes les manœuvres, à tous les mensonges pour contrôler ses semblables.

Un soir, la meilleure amie de Lana disparaît brutalement du foyer universitaire. Les policiers entendent tous les étudiants et arrivent à la conclusion que l’alibi de Lana ne tient pas. Ils savent qu’elle ment. Et ils savent aussi que quelqu’un d’autre connaît ses mensonges…

En matière de dissimulation et de perversité, Luke aurait-il finalement rencontré plus fort que lui ?

L’auteur

Lisa Miscione est née en 1970 à New Haven au Connecticut aux États-Unis. Sa famille vivra aux Pays-Bas puis en Angleterre avant de revenir aux États-Unis et de s'installer au New Jersey. Elle fait ses études à l'Université New School for Social Research. Elle débute sa carrière dans le monde de l'édition à New York. Elle publie son premier roman en 2002. Ses quatre premiers romans sont publiés sous le nom de Lisa Miscione. Elle prendra par la suite le nom de son mari, JeffAppelMal1 Unger. Ses premiers romans sont réédités sous ce nom.

Elle vit présentement en Floride avec sa famille.

Bibliographie 

  • Angel Fire (2002)
  • The Darkness Gathers (2003)
  • Twice (2004)
  • Smoke (2005)
  • Beautiful Lies (2006)
  • Sliver of Thruth (2007)
  • Black Out (2008)
  • Die for You (2009)
  • Fragile (2010)
  • Darkness, My Old Friend (2011)
  • Heartbroken (2012)
  • In the Blood (L'appel du mal) (2014)
  • The Whispers (2014)
  • The Burning Girl (2014)
  • The Three Sisters (2015)
  • Crazy Love You (2015)
  • Ink and Bone (2016)

Site web de l'auteur, sa page Facebook et son compte Twitter.

Mes commentaires

Quelle belle lecture ! En plein ce dont j'avais besoin. Un bon suspense psychologique qui a su me surprendre. Une intrigue bien menée qui en dévoile juste assez au fil des pages.  Je croyais avoir tout deviné dès le début, mais j'ai été bien surprise des revirements. On finit par comprendre mais au gré des indices dissimés dans le texte. Lisa Unger nous offre un texte serré et intense. Elle dose le suspense parfaitement et elle nous fait découvrir ses personnages tranquillement. Et on arrive à la fin en disant "mais bien sûr j'aurais dû le comprendre". Évidemment, il y a certaines coïncidences un peu trop faciles mais rien de trop "trop".

Le roman débute par un meurtre troublant. Une petite fille, Lana Granger, est le témoin du meurtre de sa mère par son père. Celui-ci sera d'ailleurs arrêté et sera condamné à la peine de mort. Lana ira vivre avec la soeur de sa mère et refuse tout lien avec son père.

Nous retrouvons donc Lana alors qu'elle étudie la psychologie dans une petite université dans la ville des Hollows. C'est une fille un peu étrange qui a peu d'amis. Sur les conseils d'un de ses professeurs qui est un peu son mentor, elle prend un travail de gardiennage pour un garçon de 11 ans, Luke. Celui-ci vit avec sa mère et va dans un institut spécialisé pour enfants troublés. Malgré le fait que Luke soit violent et que sa propre mère semble en avoir peur, Lana décide de rester et d'aider cette famille. Luke, lui rappelle sa propre enfance perturbée et elle semble développer un lien avec Luke. Elle accepte de jouer à un jeu avec lui ; une sorte chasse au trésor. Rapidement cependant, le jeu devient malsain et semble avoir un lien direct avec le passé de Lana. Alors qu'elle se questionne sur les motivations de Luke, sa seule amie, Rebecca, disparaît mystérieusement du campus. Sa relation avec Rebecca a toujours été tumultueuse et avant sa disparition, plusieurs ont été témoins d'une dispute entre les deux amies. La police commence à se questionner sur Lana, surtout qu'il y a près d'un an, une autre fille a été trouvée morte sur le campus et qu'à ce moment, Lana avait été une des dernières personnes à la voir. Lana se sent menacer de toute part et a peur de voir son passé et ses secrets révélés.

Le roman de Lisa Unger m'a vraiment tenu jusqu'à la dernière page. Et l'écriture de Unger est impeccable. L'histoire est racontée selon le point de vue de Lana et nous alternons entre son présent et son passé. Nous suivons ses pensées et ses émotions. Elle n'est pas des plus sympatiques, mais j'ai fini par apprendre à la connaître et m'attacher à elle. Même si elle n'est finalement pas celle que je croyais ! Le texte bascule parfois sur les pages d'un journal intime d'un mère complètement dépassée par la maternité et surtout par son enfant. Le lien entre les deux histoires semble tout d'abord évident, mais ici aussi l'auteur nous réserve des surprises.

Le personnage de Lana est fascinant et déroutant. Mais les personnages secondaires sont aussi très intéressants. Spécialement Luke, enfant perturbé, violent, dérangeant. On parle peu des enfants violents qui sont naturellement méchant, mauvais. Devient-on psychopathe ou nait-on ainsi ?

Le rythme du roman est soutenu et le suspense constant. Mais c'est véritablement l'aspect psychologique du roman qui m'a tenue en haleine et m'a fait dévoré le livre en quelques jours. Je l'aurais bien terminé en une seule soirée si je l'avais pu !  

Les mots de l’auteur

« La proie se rend-elle complice de sa mort ? N’est-on pas séduit’ d’une certaine façon, par la beauté, la grâce, voire l’âme dangereuse du prédateur ? Ne voit-on pas dans ses yeux quelque chose qui titille notre curiosité, qui nous attire, qui va même jusqu’à nous hypnotiser ? Oui, je crois qu’on se laisse sciemment tenter par le danger. Quand on e tient au bord d’un précipice  et qu’on baisse le regard au sol, qui parmi nous n’a jamais imaginé basculer volontairement et faire la chute mortelle qui nous attendrait ? On ne ressent pas uniquement de la terreur à cette pensée, mais aussi un petit frisson d’excitation, non ? Ou bien est-ce que je suis la seule à voir les choses ainsi ? » p. 47

Pour en savoir un peu plus…

Page wikipedia sur l'auteur en français et en anglais

Avis sur Goodreads

Avis sur Babelio

Quelques avis : Cali Rise, Pampoune, Sandra Bonnélie, Marnie, Pierre Faverolle, Hylyirio, Marine Reigner

14 mars 2016

Le cri du cerf de Johanne Seymour

cerf2Le cri du cerf / Johanne Seymour. – Montréal : Libre Expression, c2005 – 331 p. ; 22 cm. – ISBN 2-7648-0180-7

Quatrième de couverture

Un matin brumeux d'octobre, Kate plonge dans les eaux glacées de son lac près du paisible village de Perkins, dans les Cantons-de-l'Est, et trouve, flottant à la dérive, le cadavre d'une fillette. Plus tard, une seconde victime confirmera la présence d'un tueur en série dans les environs.

Qualifiée par ses pairs d'asociale et de vindicative, le sergent Kate McDougall devra mener l'enquête la plus difficile de sa carrière. Pour démasquer la Bête, elle aura à affronter ses démons et à remonter le fil douloureux de son passé.

Une démarche qui l'entraînera au cœur d'un cauchemar et qui menacera de briser le fragile équilibre sur lequel elle a bâti sa vie. Une vie marquée par le cri du cerf.

L’auteur

Johanne Seymour est née à Montréal. Elle étudie d’abord en théâtre à l’Université du Québec à Montréal puis en réalisation à l'Institutcerf1 national de l'image et du son également à Montréal. Elle étudie également à l’Université de New-York en vidéo. Elle est d’abord comédienne et elle joue principalement au théâtre. On peut la voir également à la télévision et dans quelques films.

Dans les années 90, elle laisse de côté sa carrière d’actrice pour devenir metteure en scène, réalisatrice et scénariste. Son court métrage La dernière pomme remporte le Prix du meilleur court métrage au Festival de Tunis en 2000.

Elle écrit son premier roman, Le cri du cerf, en 2004. Elle se consacre depuis principalement à l’écriture. Elle vit aujourd’hui dans les Cantons-de-l’Est.

Site web de l’auteure, sa page Facebook et son compte Twitter.

Bibliographie

  • Le cri du cerf (2005)
  • Le cercle des pénitents (2007)
  • Le défilé des mirages (2008)
  • Vanité (2010)
  • Eaux fortes (2012)
  • Wildwood (2014)

Mes commentaires

Classique ! Voici un excellent roman policier qui suit les "règles" classiques du genre : un crime, un policier, une enquête. Bon, évidemment, l'auteur ne suit pas à la lettre les fameuses 20 règles du roman policier de S.S. Van Dine publiées en 1928. Mais disons que cela faisait longtemps que je n'avais lu un roman policier aussi "classique". Et je dois avouer que cela fait changement !

Kate McDougall travaillait pour la Sûreté du Québec au quartier général, mais des guerres intestines, un caractère difficile et sa tendance à n'en faire qu'à sa tête l'ont obligée à accepter une démotion. Elle travaille maintenant dans un petit poste de campagne dans les Cantons-de-l'Est.

Le cadavre d'une petite fille qu'elle découvre dans le lac devant chez elle la projette dans une enquête sur ce qui semble être des meurtres en série. Cette enquête va ramener dans sa vie des gens de son passé, des souvenirs qu'elle voudrait oublier et la place même momentanément dans le rang des suspects. Rapidement elle se rend cependant compte que le meurtrier s'adresse à elle. Elle devra donc affronter son passé et ses propres démons si elle veut mettre un terme à ces meurtres.

Johanne Seymour nous offre ici un excellent roman avec une intrigue solide et une action soutenue. L'auteure nous amène petit à petit à comprendre l'intrigue - ce qui suit une des fameuses règles. Les personnages sont très intéressants, principalement Kate. Je me serais cependant passée de l'histoire "d'amour" - ce qui contrevient aux mêmes règles ! Mais en général, les personnages, même secondaires, sont bien développés. 

J'ai beaucoup aimé le roman de Seymour et je me suis attachée au personnage principal. Et ce qui est rare pour moi, j'ai envie de la retrouver dans les autres romans de l'auteure.

Le roman n'est pas sans défaut - quelques clichés ça et là. Et j'ai eu de la difficulté avec le fait d'appeler le meurtrier "La Bête" tout le long du roman, même une fois qu'on a appris son véritable nom. L'identifier comme "une bête" me semble réducteur et très cliché. Mais je ne m'attarderai pas sur les quelques faiblesses car le roman n'en souffre pas.

J'ai eu une très belle lecture et j'ai très hâte de le voir à la télévision. En effet, le roman a été adapté pour la télé sous le titre Séquelles avec Céline Bonnier dans le rôle de Kate. La minisérie qui aura 6 épisodes devrait être diffusée en avril 2016.

Les mots de l’auteur

« Chaque brasse la propulse encore plus profondément dans les ténèbres. Elle rêve d’être poisson comme d’autres rêvent de voler. Son corps s’exalte à chaque poussée. Dans cette matrice froide et noire, elle meurt et renaît. Elle voudrait ne jamais ressortir, prolonger sans fin ce moment, mais ses poumons la rappellent vite à l’ordre ; elle n’est qu’humide. Avec regret, Kate remonte à la surface. » p.12

« Kate sait qu’elle devrait parler, mais c’est au-dessus de ses forces. Si je ressuscite mon passé, je n’y survivrai pas une seconde fois, songe-t-elle avec désespoir. Et même si, tout au fond, elle devrait sentir que c’est faux, le monstre aveuglant de son passé l’oblige à n’envisager qu’une seule solution. Trouver le coupable elle-même. » p.247

Pour en savoir un peu plus

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24 février 2016

Le parfum de la tubéreuse d'Élise Turcotte

Tubereuse01Le parfum de la tubéreuse / Élise Turcotte. – Québec (Québec) : Alto, [2015]. – 114 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-89694-228-2

Quatrième de couverture

Professeure de littérature dans un collège de Montréal, Irène retourne enseigner après un long congé de maladie. Le désir de faire voir à ses étudiants le pouvoir de résistance qu’exerce la poésie est toujours là. Et ni un contexte politique assez sombre, ni Théa, sa perfide alliée, ni même la mort n’arrivent à l’éteindre. C’est qu’à l’horizon le printemps rougit, et bientôt l’engagement d’Irène dans la révolte grandissante la forcera à renoncer à son travail.  Mais ce n’est pas fini pour elle, car la voici ensuite obligée de donner ses leçons devant une bien étrange assemblée.

Avec cette fable où les sucs vénéneux se mêlent aux parfums les plus enivrants, Élise Turcotte signe un envoûtant plaidoyer pour la littérature qui est une arme contre le vacarme des lâches.

L’auteur

Élise Turcotte est née en 1957 à Sorel au Québec. Elle étudie à l'Université du Québec à Montréal en études littéraires et elle obtient sa maîtrise en 1984. Elle poursuit ensuite ses études en création littéraire à l'Université de Sherbrooke et obtient son doctorat en 1991.

Elle commence à écrire et publie son premier texte en 1980. Elle commence à enseigner la littérature au Cégep du Vieux-Montréal en 1986. Elle reçoit de nombreux prix dont deux fois le Prix Emile-Nelligan. Son roman La maison étrangère, publié en 2002, recevra le Prix du Gouverneur Général. En plus d'écrire de la poésie, des nouvelles et des romans pour adultes, elle écrit aussi pour la jeunesse.

Bibliographie

  • Tubereuse02La mer à boire (1980)
  • Dans le delta de la nuit (poésie) (1982)
  • Navires de guerre (poésie) (1984)
  • La catastrophe (poésie) (avec Louise Desjardins) (1985)
  • La voix de Carla (poésie) (1987)
  • Le bruit des choses vivantes (1991)
  • Caravane (nouvelles) (1994)
  • L’île de la Merci (1997)
  • Les cahiers d’Annette (roman jeunessse) (1998)
  • La leçon d’Annette (roman jeunessse) (1999)
  • Annette et le vol de nuit (roman jeunessse) (2000)
  • La maison étrangère (2002)
  • Sombre ménagerie (poésie) (2002)
  • Voyages autour de mon lit (poésie jeunessse) (2002)
  • La terre est ici (poésie) (2003)
  • Piano mélancolique (poésie) (2005)
  • Le meilleur ennemi d’Annette (roman jeunessse) (2006)
  • Pourquoi faire une maison avec ses morts (2007)
  • Rose, derrière le rideau de la folie (poésie jeunessse) (2009)
  • Ce qu’elle voit (poésie) (2010)
  • Guyana (2011)
  • Autobiographie de l’esprit (2013)
  • Le parfum de la tubéreuse (2015)

Mes commentaires

Mais quelle couverture ! Non ? Lorsque j'ai vu le livre pour la première fois, j'ai été complètement séduite par cette couverture. Puis le titre m'a charmée. Et puis la quatrième de couverture a achevé de me convaincre. Je devais lire le livre. Et je n'ai pas été déçu ! Oh quel charmant et envoûtant livre. Quel livre étrange et déroutant aussi.

J'ai vraiment beaucoup aimé, mais je peux comprendre qu'on ait pu être surpris par le texte. Si on lit rapidement la quatrième de couverture et qu'on passe à côté du mot "mort" et "d'étrange assemblée", on peut s'attendre à un texte plus traditionnel. Mais Élise Turcotte nous offre ici un roman poétique et lyrique. Et pas nécessairement facile à lire. C'est à la limite un peu "littératuré" et certains le trouveront peut-être un peu verbeux, mais personnellement, une fois les premières pages lues et acceptées, j'étais conquise. Je n'aurais pas voulu d'un autre texte.

C'est d'abord un roman sur la littérature, sur l'enseignement et sur la poésie dans nos vies. Mais c'est aussi un roman revendicateur, un cri de colère contre le système qui empêche l'enseignement, la littérature et la poésie.

Le roman nous permet de rencontrer Irène qui enseigne la littérature française. Nous la suivons dans sa vie et dans sa mort. Et le roman fait ainsi des allers-retours entre la vie d'Irène, passionnée par son métier et par l'enseignement et sa mort, alors qu'elle se voit condamnée à continuer d'enseigner dans un univers inquiétant.

Après être revenue d'un congé de maladie, Irène veut se consacrer à l'enseignement de la littérature. Elle fait la rencontre d'une autre professeure, Théa, qui va bientôt envahir sa vie. Mais Irène est avant tout une amoureuse de la littérature et de l'enseignement. Alors que les étudiants se dirigent vers un printemps rouge de revendications et de contestations, Irène les supporte et par la littérature, la poésie et par ses gestes les accompagne dans la rue. Elle en paiera le prix. Elle doit quitter l'enseignement. Et elle meurt.

Et dans cette mort, dans un lieu qui semble être un purgatoire, Irène doit continuer à enseigner. Elle doit faire découvrir la beauté des mots à une classe d'étudiants étranges vraisemblablement morts eux aussi. Et elle n'a pour toute aide qu'un seul livre, Dialogues en paradis de l'auteure Can Xue, qu'elle a pu étrangement amener avec elle dans la mort. Elle semble d'abord perdue, mais une étudiante, le livre de Can Xue, un chat noir et les parfums lui permettront de se libérer. Même le retour de son amie toxique Théa ne peut l'empêcher de vivre une mort heureuse dans la poésie et la littérature.

Le roman est court et ne nous donne que l'essentiel. Et cette fabuleuse métaphore sur l'enseignement m'a littéralement ensorcelée. Liberté d'expression, liberté de s'opposer, de désobéir... littérature, poésie, parfums... amour des mots, amour des idées... tous mes sens ont été sollicités. Même la relation avec l'amie vénéneuse m'a troublée car elle m'a rappelé une certaine personne que j'ai pu heureusement rayée de ma vie. Et oui, les relations d'amitié peuvent être empoisonnées.

L'auteur balance entre le réel et l'imaginaire. Entre le possible et l'inconnu. Élise Turcotte a voulu nous raconter une histoire, son histoire, sa révolte et sa passion. Enfin, je crois. Elle a choisi de se perdre dans la fable et c'est très bien ainsi.

Finalement, il y a juste un petit détail qui me chipote. Je sais que la couverture est une oeuvreTubereuse0 de l'artiste argentin Júan Gatti qui fait partie de sa série Ciencias naturales (Sciences naturelles), et je sais que c'est sans importance... et je le répète l'oeuvre est tout simplement magnifique.... mais ça m'achale que ce soit des gloires du matin et non pas des tubéreuses... bon, je l'ai dit... et on oublie ça ! Car j'adore la couverture !

Les mots de l’auteur

"Quand je lis avec assez de patience, les mots déposent un nouveau parfum sur ma peau. Peu de livres le font ; transformer le boisé en chypré, le floral en hespéridé. Mais j'en ai connu." p. 7

"Je me réveille à l'aube dans l'encre d'un rêve. La respiration de tous les élèves s'est unifiée et c'est cette masse orchestrale qui m'a secouée. Je suis envahie." p. 51

"Les livres que vous allez lire ne sont pas tellement drôles, ils sont durs comme des pierres précieuses, et c'est pourquoi je les aime !" p. 80

"Certains ont ouvert une main, espérant attraper mon souvenir, mais dans le parfum, la fleur elle-même reste invisible, seule le récit peut se transmettre." p.80

Pour en savoir un peu plus

Vous pouvez également lire un excellent article de Mario Cloutier sur le roman dans La Presse+, mais je suis incapable d'insérer le lien ici.

 

31 janvier 2016

Le moment captif d'un dimanche : en cheminant

2016-01-24"Je trouverai un chemin, ou j'en ferai un" [William Cecil Burleigh]

Dans ce boisé que je traverse les soirs pour revenir chez moi, il y a un chemin. Un chemin large, précis et bien tracé. Il parcoure le boisé et offre plusieurs sorties. Il est facile à suivre. Il est réconfortant. Nos pieds le suivent sans même s'en rendre compte.

Il est charmant mais un peu long. Alors parfois, nous quittons ce chemin que nous connaissons si bien pour prendre une autre voie. Ce chemin est plus petit, plus accidenté. Parfois, nous avons l'impression de ne plus le voir. Nous le traçons alors au fur et à mesure que nous avançons. Nous improvisons son tracé. Nous l'imaginons au gré de nos pas, selon l'inspiration du moment. Il nous mène toujours au bon endroit. Mais chaque trajet est différent, rempli de surprises et de découvertes. Il n'est pas sans danger, il faut bien l'avouer. Et parfois, une racine bien cachée nous a fait tomber. Mais nous nous relevons et continuons notre chemin. Et nous arrivons à la maison.

Parfois, nous prenons le chemin facile et parfois le chemin plus exigeant. Le plus facile n'étant pas nécessairement le moins exigeant. Mais peu importe le chemin, nous traversons le boisé.

"À chaque chemin ses embûches, chaque humain un jour trébuche" [Daniel Desbiens]

29 mars 2015

Le moment captif d'un dimanche : envers du décor

2015-04"Qui voit le ciel dans l'eau voit les poissons dans les arbres." [Proverbe chinois]

Je vois des vérités que vous ne voyez pas. Ce sont des vérités juste pour moi. Je vois le reflet de mon visage dans vos yeux. J'y vois des secrets monstrueux.

Mais ce que vous croyez voir est faux. Ce que je crois voir est beau. La réflexion d'une illusion. L'envers d'une hallucination.

Je me perds dans la contemplation d'un scintillement. Je le fais consciemment. J'aime imaginer des impossibilités. J'improvise même des absurditités.

Qui a dit que dans les arbres les poissons ne pouvaient pas nager ? Que dans l'eau les oiseaux ne pouvaient pas voler ?

L'espace d'un instant, les impossibilités sont majestueuses. Pendant un moment mon reflet est somptueux.

"Les apparences sont belles dans leur vérité momentanée." [Octavio Paz]

8 novembre 2015

Le moment captif d'un dimanche : approfondir mon miroitement

2015-11-04« Les miroirs réfléchissent trop. Ils renversent prétentieusement les images et se croient profonds.  » [Jean Cocteau]

Hier, j'ai cru me reconnaître dans mon miroir. Mais je n'en suis pas certaine. Je me demande parfois qui est cette fille dans la glace. Que me veut-elle ? J'ai l'impression qu'elle en sait plus que moi. Elle semble savoir ce qu'elle veut. Elle semble connaître tous les secrets de l'univers.

Elle en sait trop. Elle réfléchit trop. Et elle me force à réfléchir. Parfois, j'aimerais pouvoir faire le vide. Ne penser à rien. Simplement vivre sans m'inquiéter.

Je veux juste voir mon image se refléter à l'infini sans me sentir obliger de chercher les illusions dans ce mirage.

Mes doutes se multiplient.Mes erreurs s'amplifient.Mes interrogations s'intensifient. Et je ne sais plus qui croire. Mes yeux qui se ferment ou le miroir qui s'ouvre sur des possibilités improbables.

Oui, je ne connais pas la fille qui me regarde dans ce miroir, mais je sens que je vais la laisser me dire mes quatre vérités.

« Un miroir est une surface polie, faite pour réfléchir, mais parfois bien impolie quand elle vous fait réfléchir.  » [Gérard de Rohan Chabot]

6 août 2015

La corde de Stefan Aus Dem Siepen

corde2La corde / Stefan Aus Dem Siepen ; traduit de l’allemand par Jean-Marie Argelès. – [Paris] : Éd. Écriture, 2014. – 153 p.;  23 cm. – ISBN 978-2-35905-142-1

Quatrième de couverture

Les habitants d’un village situé à l’orée d’une immense forêt mènent une vie simple, rythmée par les saisons. Un jour, l’un d’eux découvre dans un champ une corde qui s’enfonce dans les bois. Comment est-elle apparue ? Où mène-t-elle ? Délaissant leurs familles, les hommes décident de la suivre. D’abord accueillante, la forêt devient peu à peu menaçante, hostile. Les villageois s’obstinent pourtant, quitte à manquer le début de la récolte et à courir au-devant du danger… Comment l’irruption de l’inattendu au sein d’une société bien réglée parvient-elle à en perturber l’équilibre ? Récit d’une quête absurde, ce conte baigné de romantisme sombre offre une réflexion sur les passions humaines.

L’auteur

Stefan Aus Dem Siepen est né en 1964 à Essen en Allemagne. Il étudia à Munich en Droit. Il rejoint le corps diplomatique allemand et sera posté à Bonn, au Luxembourg, à Shanghai et à Moscou.  Il s’établit ensuite à Berlin et travaille au ministère des Affaires étrangères. Il publie son premier roman, Luftschiff, en 2006.

corde1Bibliographie

  • Luftschiff (2006)
  • Die Entzifferung der Schmetterlinge (2008)
  • Das Seil (La corde) 2012
  • Der Riese (2014)

Mes commentaires… (je dis presque tout sur la fin, vous êtes avertis !)

Un village tranquille, sans histoire, anonyme, isolé et sans lieu défini. Nous sommes aujourd’hui ou hier. Cela se passe au siècle dernier ou alors celui d’avant ou encore dans un futur rapproché. On ne le sait pas vraiment. Comme beaucoup de conte, l’histoire racontée par l’auteur n’a pas de lieu précis, pas d’époque définie.

Conte, parabole, réflexion philosophique, délire littéraire… le roman de Stefan Aus Dem Siepen a été décrit de nombreuses façons. L’auteur avoue lui-même s’être inspiré d’un rêve qu’il a fait. Ce rêve étrange d’une corde mystérieuse dont il ne voyait pas la fin lui a semblé une bonne prémisse pour un roman et lui a paru une belle parabole sur les obsessions qui nous habitent.  Il dit s’être ensuite inspiré des contes de Grimm pour écrire son histoire. Et on ressent très bien les aspects sombre et menaçant de la majorité des contes et fables.

Un villageois découvre un jour, une corde en bordure du village. Un bout à ses pieds, elle s’enfonce dans la forêt noire. Objet anodin dans un lieu incongru, la corde attire la curiosité de tout le village. On découvre bientôt que l’autre bout semble se perdre bien loin dans la forêt. Les villageois s’interrogent tous sur la provenance de la corde et le fait qu’elle soit apparue soudainement : qui l’a mise à cet endroit ? pourquoi ? jusqu’où va-t-elle ? Beaucoup de questions sans réponse. Quelques hommes décident de la suivre pour trouver l’autre extrémité. Mais une première expédition revient bredouille et dans le drame.

La curiosité se transforme en obsession et tous les hommes du village (sauf un qui reste pour garder) partent pour résoudre cette énigme. Mais ce qui devait être une expédition d’une journée se transforme en une quête qui n’aura pas de fin.

Car il n’y aura pas de fin. Et cela, je m’en doutais depuis le début. Parce que comment pourrait-il y avoir une fin ? Enfin, je le savais ou plutôt je l’espérais. Car j’aurais été très déçu par toute fin qu’aurait pu proposer l’auteur. Cela n’aurait pu être que décevant. Soit l’explication aurait été banale, normale et décevante ; soit l’explication aurait relevé du domaine du fantastique et, selon moi, il y aurait eu peu de chance pour qu’on y croie. Donc, nous ne saurons jamais pourquoi la corde a été mise là, ni où elle se termine.

La corde ne se termine probablement pas. Et les villageois n’auront jamais de réponses à leurs questions. Et ne reviendront de toute façon probablement jamais à leur village. Qui sera abandonné comme celui qu’ils ont croisé à un moment.

Bien sûr qu’en quelque part, j’aurais voulu savoir. Mais il est nettement préférable de ne pas le savoir. Et donc nos propres questions n’auront, elles aussi, aucune réponse. On ne peut que suivre cette quête vers l’inconnu amorcée par une curiosité irrépressible. On ne peut que lire sur ce désir incontrôlable de toujours vouloir plus ; sur le danger de rester sédentaire et le danger de vouloir tout changer.

Le récit de l’auteur nous permet de suivre d’un côté, l’expédition  qui part à la recherche de réponses et d’un autre la longue attente de ceux qui sont restés au village. Les deux groupes s’enfoncent dans la noirceur et l’isolement. Ils sont tous poussés à l’extérieur de leur quotidien, de leurs habitudes, de leur confort dans l’inconnu.

On peut analyser le texte de l’auteur de nombreuses façons et les symboles semblent multiples : le village, la corde, les personnages, la forêt, etc. Le texte soulève beaucoup de question, tout comme la corde, et nous oblige à nous questionner sur la nature humaine.  Tout semble avoir une signification. Allégorie philosophique, psychologique, sociale, morale… On y a même vu une métaphore idéologique,  historique et politique. C’est le propre des contes.

Les mots de l’auteur

« Ce petit geste le rendit plus heureux encore, car toujours il fallait qu’il fasse quelque chose, si peu que ce fût, toujours il lui fallait œuvrer à son propre bonheur afin de pouvoir en profiter pleinement ; s’il s’était contenté de contempler le visage endormi, une inquiétude se serait aussitôt éveillée en lui – une peur sournoise, inexplicable, qui surgissait sans cesse, parfois dans les moments de plus grand bonheur, la crainte que la vie douce et paisible qu’il menait avec les siens pût ne pas durer. » p. 13

«La corde arrachait maintenant les paysans à tout cela, éveillant en eux un désir demeuré jusqu’ici caché dans les régions les plus inaccessibles de leur âme : échapper, ne serait-ce qu’une fois, à leur petit univers, couper, dans un moment de joyeuse et folle insouciance, les mille fils qui les enchaînaient à leur chez-eux. » p.62

Pour en savoir un peu plus…

17 mai 2015

Le moment captif d'un dimanche : deuxièmement

2015-05-17"Couple, au sens mécanique : système de forces parallèles et de sens contraires." [Pierre Baillargeon]

Nous avons peur, nous ne touchons presque pas le fond. Nous décidons de nous faire confiance. Et à tour de rôle, nous tenons l'autre. Nous empêchons l'autre de tomber. Et l'autre nous empêche de nous arrêter. Nous décidons d'aller dans la même direction, même si nos chemins sont parfois différents.

Nous avons parfois de la difficulté à comprendre l'autre. Parfois, l'autre nous exaspère. Nous lui disons d'avancer, d'arrêter de nous ralentir. Nous voudrions les pousser. Mais nous savons que peut-être demain, nous serons celui qui a peur d'avancer, celui qui voudra s'immobiliser sans raison. Alors nous nous agrippons à l'autre pour l'aider et nous nous lançons ensemble dans le vide.

"Être amoureux, c'est avoir perdu pied complètement" [Anne Barratin]

 

26 mars 2015

Le testament des templiers de Glenn Cooper

TT1Le testament des Templiers / Glenn Cooper ; traduit de l’anglais (États-Unis) par Danièle Mazingarbe. – [Paris : Le Cherche Midi], 2012. – 422 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-7491-1831-4. – (Coll. Thrillers)

Quatrième de couverture

1129. Lors du Concile de Troyes, Bernard de Clairvaux, directeur de conscience des cisterciens, joue de tout son pouvoir pour faire reconnaître par l’Église l’Ordre des Templiers, avant de militer activement pour la tenue de la deuxième croisade en Terre Sainte.

2010. Ruac dans la région de Sarlat. Par le plus grand des hasards, un étrange manuscrit médiéval est retrouvé, dissimulé dans les murs d’une abbaye cistercienne. C’est la confession d’un moine, le frère Barthomieu, datée de 1307, l’année où, sur ordre de Philippe Le Bel, les Templiers furent arrêtés et emprisonnés. Hugo Pineau, restaurateur de livres anciens, et Luc Simard, archéologue, travaillent activement sur les messages codés contenus dans le texte. Bien vite, leurs recherches les conduisent dans une immense galerie de passages souterrains située sous le village. C’est au cœur de ce labyrinthe, dans une caverne cachée, qu’ils vont tenter de percer les énigmes de Berthomieu et, peut-être, le secret des Templiers. Mais ils ne se doutent pas qu’ils viennent ainsi d'entrer dans un jeu qui va vite s’avérer mortel.

L'auteur

Glenn Cooper est né à New York en 1953. Il fait ses études secondaires au White Plains High School. Il étudie ensuite d’abord à l’Université de Harvard à Cambridge où il obtient en 1974 un diplôme « Bachelor of  Arts in Archaeology ». Puis il se dirigett2 vers la médecine à la Tufts University School of Medicine. Il fait ensuite son stage et sa résidence en médecine interne au Beth Israel Deaconess Medical Center puis poursuit ses études postdoctorales sur les maladies contagieuses au Massachusetts General Hospital à Boston. Il travaille un certain temps comme médecin dans divers endroits, notamment dans des camps de réfugiés en Thaïlande et en Haïti.

Il poursuit ensuite une longue carrière en recherche pharmaceutique pour plusieurs entreprises. Il conduit de nombreuses recherches mais devient rapidement un gestionnaire d’importance en étant PDG de diverses compagnies en biotechnologie, privées et publiques.

Il commence cependant à écrire il y a plus de 20 ans. Il s’intéresse d’abord au cinéma et rédige plusieurs scénarios. Il se découvre une passion pour l’écriture et le cinéma qui le mène à faire des études à l’Université de Boston en production cinématographique. Il devient même le président de Lascaux Media qui produira 3 longs métrages. Il se tourne cependant vers la fiction et écrit son premier roman The Library of the Dead en 2006. Le livre connait un succès mondial et est traduit en plusieurs langues de même que ses romans suivants.

Il vit présentement  à Gilford au New Hampshire.

Site officiel de l’auteur - Sa page Facebook en anglais et en français 

Bibliographie

  • Library of the Dead (2009)
  • Book of Souls (2010)
  • The Tenth Chamber (2010) (Le Testament des Templiers)
  • The Devil Will Come (2011)
  • The Keepers of the Library (2013)

Mes commentaires

Bon, voyons voir. Je vais commencer par répéter à quel point je déteste les mauvaises traductions de titre et de quatrième de couverture. Honnêtement, soit l'éditeur veut nous "fourrer" en nous trompant sur le contenu du livre (parce qu'il croit que ce qu'il nous propose sera plus vendeur que le véritable contenu), ou alors il emploie les pires traducteurs possibles. Parce que franchement... c'est carrément mensonger ! Si on lit le titre et le résumé en anglais, on réalise immédiatement que l'histoire n'a rien à voir avec les Templiers (enfin, très peu). Mais continuons.

J'avais envie de quelque chose de léger, vous savez un bon petit thriller à saveur vaguement ésotérique et qui ne prend pas trop la tête. Donc un peu de furetage sur les rayons de ma bibliothèque. Le titre "Le testament des templiers" me semble prometteur. Je le prends et lis le résumé : Bernard de Clairvaux, Cisterciens, Templiers, Croisades, Manuscrit médiéval, Archéologue, Passages souterrains, et tutti quanti. En plein dans le genre que je voulais. Oui, j'ai lu beaucoup de ce genre de romans mais c'est ce qui me tentait à ce moment. Et oui, j'ai souvent été déçu par ce genre de roman (justement à cause du fait que j'en ai lu beaucoup, particulièrement pendant la "vague" thrillers ésotériques qui a suivi le DaVinci Code), mais pas grave, je décide de tenter ma chance avec Cooper.

Et puis ? Et bien comme je l'ai dit, une chance que je ne tenais pas mordicus à une histoire de Templiers parce que j'aurais été déçue en bibittes ! On commence plutôt par une histoire ancrée dans la préhistoire avec des peintures dans une grotte. On a ensuite, le côté médiéval et manuscrit ancien. Puis on a le côté recherche contemporaine sur un secret ancestral. On qualifie le roman de thriller historique et archéalogique.

Le tout est une belle soupe parfois incohérente, difficile à suivre et souvent prévisible mais qui se lit très bien. Oui. Bon. Que dire de plus. Ça ne révolutionne pas le genre mais j'ai passé un bon moment. J'ai soupiré à de nombreuses reprises mais j'ai continué à tourner les pages.

L'histoire ? Hum, voyons voir... On découvre un manuscrit qui mène à une grotte avec des peintures préhistoriques inconnues à ce jour. Certains tentent d'explorer, d'autres veulent protéger à tout prix. Car ces peintures cachent un secret incroyable sur l'immortalité - ou tout comme. Et on saute d'une époque à l'autre - assez habilement sur ce coup quand même. On passe des hommes préhistoriques à l'époque médiévale puis enfin notre époque. Ces allers-retours sont assez bien menés mais je dois avouer que certains retours en arrière sont plus intéressants et pertinents que d'autres - spécialement les moments préhistoriques. On sent un peu la surabondance de références : Héloïse et Abélard, Bernard de Clairvaux, Croisades, Seconde Guerre Mondiale, etc. etc. etc. C'est un peu beaucoup. Mais l'auteur sait au moins de quoi il parle et ça se sent dans son texte.

L'élément le plus intéressant demeure ce fameux secret de longévité, mais... mais c'est aussi le plus loufoque et absurde. Je veux dire que l'idée est intéressante mais l'auteur y a été un peu fort et a poussé un peu trop.

C'est un thriller et l'action est quand même très bien menée. Il y a un bon rythme et l'auteur écrit bien. On ne s'ennuie pas. On rit parfois mais on ne s'ennuie pas. Je sais, je ne dis rien de l'histoire, mais je ne crois pas que ce soit nécessaire. J'ai passé un bon moment de lecture et c'est ce dont j'avais besoin.

C'était assez suffisant en tout cas pour que je lise un autre roman de l'auteur, La Prophétie des papes. Mais ne vous attendez pas à lire ma critique sur ce roman parce que là, c'était franchement insupportable... des lémures, ben voyons donc !

L'avis de Nymeria, d'Arale, d'Amandine,

Les mots de l'auteur (Extrait)

« Le temps se mit à lui jouer des tours. Parfois, il s’arrêtait brutalement et puis il reprenait sa marche à la vitesse de la lumière. Cette nuit-là était à la fois la plus longue et la plus courte de sa vie. » p. 65

Pour en savoir un peu plus …

21 août 2014

Le doux venin des abeilles de O'Donnell

DV1Le doux venin des abeilles / Lisa O'Donnell ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Mothe. -- [Neuilly-sur-Seine] : M. Lafon, [c2013]. -- 360 p. ; 23 cm. -- ISBN 978-2-7499-1799-3. -- Titre original : The death of bees

Quatrième de couverture

"Aujourd'hui, c'est la veille de Noël. Aujourd'hui, c'est mon anniversaire. Aujourd'hui, j'ai quinze ans. Aujourd’hui, j’ai enterré mes parents dans le jardin. Personne ne les regrettera."

Dans la banlieue morne de Glasgow, vivotent Marnie et sa petite soeur un peu dérangée, Nelly. Après la mort brutale de leur parents, elles ont décidé de poursuivre leur vie comme si de rien n’était, bien que chacune d’elle soupçonne l’autre de les avoir assassinés. Personne ne semble se douter de leur sort, mis à part Lennie, l’homme au passé louche qui vit dans la maison d’à côté. A force de les observer à travers la haie, il finit par les prendre sous son aile.

Au fil des mois, amis, voisins et autorités -sans compter le dealer du coin qui en a toujours après leur père- commencent à se poser des questions. Et un mensonge en entraînant un autre, Marnie et Nelly s’embourbent dans une aventure qui risque de leur coûter très cher.

L'auteur

Lisa O'Donnell est une auteure écossaisse, née en 1972. Elle fait des études au Glasgow Caledonian University et entame une carrière en marketing. Elle écrit aussi cependant et reçoit en 2000 le Orange Screenwriting Prize pour son scénario "The Wedding Gift". Le scénario ne sera cependant jamais produit. Elle publie son premier roman "The Death of Bees" au début de 2013 et reçoit la même année le Commonwealth book Prize. Elle vit aujourd'hui à Los Angeles avec ses deux enfants et se consacre entièrement à l'écriture.

  • The Wedding Gift (2000)
  • The Death of Bees (2013)
  • Closed Doors (2014)

Commentaires personnels

Je dois le dire tout de suite, ma lecture fut longue et lente. Très longue et très lente. Ce qui ne veut pas dire qu'au final je n'ai pas aimé le roman. Mais une chose est certaine, je n'ai pas aimé ma lecture. Cela ne semble pas faire beaucoup de sens, mais c'est comme ça. C'est le genre de roman que je finis par bien aimer, mais seulement plusieurs jours après avoir terminé ma lecture. D'ailleurs, si j'avais fait un billet immédiatement après l'avoir terminé, je n'aurais rien eu de positif à dire. Aujourd'hui, beaucoup plus.

Voyons voir.

Tout d'abord, c'est un roman à plusieurs narrateurs, de type choral. Je ne suis pas entièrement rébarbative à ce type de narration, par exemple, j'ai adoré Le cercle de la croix. Mais en général, lorsque c'est fait comme dans la Gifle ou particulièrement comme ici dans ce roman, ça m'achale. L'histoire est racontée par trois personnes, les deux soeurs, Marnie et Nelly et leur voisin Lennie. Elles prennent la parole, à tour de rôle, et la narration est toujours à la première personne. L'histoire avance donc très lentement à travers les personnages qui nous racontent ce qui se passe et surtout nous font part de leurs émotions. C'est long, long, long. Enfin, ce fut long pour moi. J'ai réellement eu de la difficulté, pendant ma lecture, à m'intéresser aux états d'âme des narrateurs. Sauf peut-être pour Lennie.

Mais revenons à l'histoire. Deux adolescentes d'une banlieue défavorisée de Glasgow décident de cacher la mort de leurs parents qu'elles enterrent dans le jardin. Elles se croient tout d'abord mutuellement responsables de ces morts mais elles n'en parlent pas. Leur voisin, un homme secret avec un passé douteux, trouve étrange cette absence, mais décide de croire à l'histoire des filles qui disent que leurs parents sont en voyage. Il prend petit à petit les filles sous son aile et s'occupe d'elles comme il le peut.

Les filles essaient de continuer à vivre normalement mais plus le temps passe, plus elles ont de la difficulté à le faire : les amis, l'école, le chien du voisin, un grand-père inconnu, un dealer de drogue, etc. Trop de gens posent des questions. Elles s'enfoncent dans les mensonges et on ne peut que s'imaginer que cela va mal finir.

Le roman de O'Donnell veut nous présenter la vie triste de deux adolescentes négligées par leurs parents. L'auteur nous fait donc entendre les voix des deux soeurs qui nous racontent leur vie, ce qu'elles en pensent, ce qu'elles en comprennent, ce qu'elles ressentent. Puis nous avons, le regard extérieur du voisin. C'est assez dur et triste. Mais honnêtement, les filles ont quand même réussi à m'énerver. Je comprends que nous avons deux adolescentes qui parlent... avec leur façon de voir la vie, leur jeunesse, leur immaturité et leur fragilité, leur égoïsme et leur naïveté, leurs peurs et leurs tristesses, leurs blessures et leurs rêves mais j'ai vraiment trouvé cela énervant à lire. J'ai été incapable de les aimer. Et j'ai été incapable, sur le moment, de croire à la fin. Trop larmoyante d'un côté et trop idéale d'un autre.

À ma lecture, je n'ai rien trouvé de troublant ou d'émouvant, rien non plus de choquant comme beaucoup de lecteurs. Je n'ai pas abandonné car je le fais rarement, mais j'y ai pensé. Mais maintenant que la lecture est terminée depuis plusieurs semaines, maintenant que je n'ai pas à sauter d'un personnage à l'autre et à entendre les voix désagréables de Marnie et Nelly, je peux apprécier un peu plus l'histoire de ces soeurs et de leur ami/voisin/grand frère. Je suis maintenant capable de voir l'ensemble, l'histoire complète de ces jeunes filles qui ont décidé d'enterrer dans leur jardin des parents absents mais qui sont maintenant trop présents. Je peux me rappeler comment petit à petit le voisin est devenu indispensable à leur bonheur et leur équilibre et comment une relation unique s'est développée. Je peux dire que l'histoire est intéressante et les personnages bien campés. L'auteur a réussi à nous faire entrer dans la tête de deux adolescentes très désagréables mais très réalistes. Elles m'ont énervée car elles sont énervantes. Comme beaucoup d'adolescents. Comme j'ai dû l'être aussi. Maintenant, je peux voir comment leur vie difficile est devenue intolérable mais comment elles tentent par tous les moyens d'être uniques et normales. Elles cherchent la normalité, la stabilité même si elles ne le réalisent pas. Et Lennie est touchant dans son amour pour les deux filles, dans son désir de les sauver et protéger. Je peux maintenant me souvenirs de leurs émotions souvent contradictoires et je peux oublier comment ce me fut raconté.

Vous ne comprenez rien à mes sentiments face au roman ? Ça va... moi non plus ! :P

 Ce que d'autres en ont pensé : Artemissia Gold, Cece, La Mordue, Marinette, Demosthène, Liyah, Sarah Cara,

Extrait

"Mes yeux tombent alors sur notre porte d'entrée, toute défoncée, elle a toujours été comme ça, mais j'ai l'impression de la voir pour la première fois et ça me fout les boules. Il y a du contreplaqué à la place de la vitre, je revois encore la chaîne stéréo passer au travers, la clôture est cassée autour du petit jardin encombré de saloperies. D'un banc de musculation dont personne s'est jamais servi. D'un carton qui déborde de vêtements. De godasses et d'objets inutiles qui traînent partout. On avait fait de qu'on avait pu pour remettre de l'ordre quand on les avait enterrés, mais c'était trop pour nous. Je regarde la maison de Lennie, sa pelouse impeccable. Je regarde les maisons d'en face, je vois des jouets, un vélo contre un mur. Je vois de l'ordre et de la tenue. Je vois des lieux habités. J'ai honte et j'ai envie de tout remettre d'aplomb, de donner à cet endroit le visage qu'il devrait avoir. Je sais que c'est impossible." pp.90-91

Sources à consulter

12 avril 2015

Le moment captif d'un dimanche : c'est la fête

2015-11"Il pleut, il mouille -- C'est la fête à la grenouille."

Elle saute. Elle saute. Je suis incapable de la suivre. Elle aime bien la pluie. Moi aussi. J'aime chaque goutte. S'il n'y en a pas trop.

Trop de gouttes. Il y a parfois trop de gouttes. Trop de gouttes dégoûtent mon jardin. Quand les gouttes gouttelettent trop, elles ont un goût amer pour la terre de mon terrain. La terre de ma cour préfère les gouttes régulières et douces. Qui tombent selon les prédictions des grenouilles de mon district. Ces grenouilles que je n'ai cependant jamais rencontrées. Elles sont timides ces grenouilles, maîtres des gouttes printanières.

Mais ces gouttes suffisent à verdir tranquillement et doucement les brindilles de mon gazon et les bourgeons naissants. Bientôt, tout sera vert. Un vert naissant, un vert bondissant. Un vert sans cesse en mouvement. Le printemps est bientôt là, prédit la grenouille. Je la crois.

"La grenouille en sait plus sur la pluie que l'almanach." [Proverbe créole]

16 août 2015

Le moment captif d'un dimanche : tolérer le temps

2015-07-05"Le plus grand obstacle à la vie est l'attente, qui espère demain et néglige aujourd'hui." [Sénèque]

Ils attendent patiemment. La patience est une vertu. Alors, ils attendent. Tout vient à point à ceux qui savent attendre, ne dit-on pas ? Alors, ils attendent.

Jour après jour, ils viennent sur ce quai et attendent. Parfois, un poisson récompense leur patience. Ils sont alors heureux. Puis, ils remettent leur ligne à l'eau et attendent.

Tout vient à point à qui sait attendre, ne dit-on pas ? Alors ils attendent. Mais ils ne font que ça. Ils attendent. Ils nous disent qu'ils ont besoin de tranquillité, besoin d'attendre et de prendre le temps de perdre leur temps.

Et je les envie. Je les crois. J'essaie d'attendre aussi. L'attente est une façon de vivre chaque seconde de sa vie. Doucement. Avec intensité. Mais attendre quoi ? Parfois il faut laisser le temps passer. Et parfois attendre est une folie.

Je veux attendre mais je veux pas voir la vie passée pendant que j'attends. Je veux prendre mon temps. Mais la vie est si courte et je ne veux pas en perdre une minute. Je veux respirer et profiter tranquillement des moments qui passent. Mais je ne veux pas voir le temps disparaître et s'évanouir sans que je les respire momentanément.

Je veux vivre aujourd'hui. Je veux vivre hier et j'espère vivre demain.

"On croit user le temps, c'est le temps qui nous use." [Proverbe français]

5 février 2015

La fille de l'hiver d'Eowyn Ivey - Commentaires personnels

FH2La fille de l'hiver / Eowyn Ivey ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Chapman. -- [Paris] : Fleuve Noir, [2012]. -- 430 p. ; 23 cm. -- ISBN 978-2-265-09410-9

Quatrième de couverture

L'Alaska, ses forêts impénétrables, ses étendues enneigées. Son silence. Sa solitude.
Depuis la mort de leur bébé, le mariage de Mabel et Jack n'a plus jamais été le même. Partir vivre sur ces terres inhospitalières paraissait alors une bonne idée. Seulement, le chagrin et le désir d'enfant les ont suivis là-bas et la rudesse du climat, le travail éreintant aux champs les enferment chacun dans leur douleur.
Jusqu'à ce soir de début d'hiver où, dans un moment d'insouciance, le couple sculpte un bonhomme de neige à qui ils donnent les traits d'une petite fille. Le lendemain matin, celui-ci a fondu et de minuscules empreintes de pas partent en direction de la forêt… Peu de temps après, une petite fille apparaît près de leur cabane, parfois suivie d'un renard roux tout aussi farouche qu'elle. Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Est-elle une hallucination ou un miracle ? Et si cette petite fille était la clé de ce bonheur qu'ils n'attendaient plus ?

Inspiré d'un conte traditionnel russe, La Fille de l'hiver est un roman à la fois moderne et intemporel où le réalisme des descriptions n'enlève rien à la poésie d'une histoire merveilleuse… dans tous les sens du terme.

Commentaires personnels

Ce roman respire le froid. Un froid inhumain mais qui étrangement ramène la douceur et la joie dans la vie de Mabel et Jack. Car il est personnifié par la petite fille de neige. Qui vit l'hiver et disparaît au printemps.

Eowyn Ivey s'est inspiré d'un conte russe, Snégourotchka pour écrire son roman. Et non seulement l'auteur s'est inspiré du conte, mais elle l'intègre dans son histoire. Mabel connait l'histoire et veut croire que le conte est devenu réalité. Une petite fille est vraiment née du bonhomme de neige qu'elle et Jack ont construit ensemble. Ils ont donné naissance à une enfant.

Le texte balance entre le conte et le roman historique. D'un côté nous avons l'histoire de Mabel et Jack, couple meurtri, qui revit avec l'arrivée d'une petite fille née de la neige. Et de l'autre nous avons le récit du quotidien des habitants d'une région aride et froide au début du XXe siècle. On pourrait croire que ces deux histoires sont irréconciliables, mais pas du tout. On se laisse bercer d'un univers à l'autre. On a parfois l'impression de lire un conte fantastique, d'autres fois, de lire un roman historique. On se plonge dans la vie brisée d'un couple qui renaît plus fort, dans les vies de pionniers qui ont choisi de braver les conditions difficiles d'un monde qui semble hostile et dans le mystère d'une petite fille rêvée mais finalement bien réelle.

J'essaie de ne rien dire pour ne pas trop dévoiler l'histoire. Mais j'ai l'impression de ne pas en dire assez. Ce n'est pas un conte fantastique, mais c'est un doux récit onirique. Ce n'est pas un roman rural, mais c'est un hommage à la vie dans ses contrées blanches, vastes, ardues et magnifiques. Ce n'est pas un roman psychologique, mais c'est un plongeon dans des émotions difficiles... la tristesse, la détresse, la solitude, le désespoir, l'isolement, la fragilité, l'espoir, l'endurance, la détermination, le désir, l'amour, l'amitié...

Je dois tout de même dire que certains passages m'ont un peu déçus. J'aurais aimé que l'auteur assume davantage le côté mystérieux et le lyrisme de son histoire. Et d'un autre côté, une fois ce côté onirique oublié, j'ai regretté que le roman ne laisse pas la réalité prendre plus place. Mais, ce sont des déceptions passagères. Et les deux déceptions font parties de ce qui m'a complètement enchantée.

Je passe pleins de moments et surtout pleins de personnages sous silence. Et surtout les deux personnages principaux : l'Alaska et l'hiver. Les mots de l'auteur pour décrire ce "pays" envoûtent. Et l'hiver est plus qu'une saison, c'est un état d'âme. Le texte est magnifique. Tout simplement. Et on doit laisser les mots de l'auteur nous bercer doucement.

(Ouf, j'ai très mal exprimé ce que le roman m'a offert... Et malgré le froid actuel, je ne peux que vouloir me replonger dans cet hiver et dans ce faux conte si réconfortant...).

Voir mon billet précédent sur l'auteur et l'histoire : La fille de l'hiver d'Eowyn Ivey - L'histoire

L'avis de

Extraits

"Mabel ne pouvait s'empêcher, chaque fois qu'elle pensait à l'enfant, de se rappeler le soir où il l'avaient modelée dans la neige. Jack avait sculpté ses lèvres et ses yeux. Mabel lui avait donné des moufles et coloré la bouche en rouge. Cette nuit-là, une enfant leur était née, d'une poignée de glace et de neige, et de beaucoup d'amour." p233

À consulter

14 septembre 2014

Moment captif d'un dimanche : monde souterrain

2014-09-14"Suddenly I stop -- but i know it's too late -- I'm lost in a forest - all alone" [The Cure]

Je marche dans la forêt. Je suis un chemin. Le même que d'habitude. J'ai emprunté ce chemin des dizaine de fois. Je le connais par coeur. Chaque arbre, chaque racine, chaque pierre. Je connais bien cette partie de la forêt. Les pins qui s'attroupent là-bas ; le ruisseau qu'on entend mais qu'on ne voit pas du chemin ; le grand bouleau qui semble sur le point de tomber ; les champignons qui se multiplient à cette époque de l'année ; les petites fleurs qui réussisent à saisir quelques rayons de soleil qui se faufilent entre les branches ; le chant des oiseaux et le cri des insectes.

Et puis, un bruit inattendu. Derrière moi. Je me retourne mais je ne vois rien. Je continue à marcher. Une branche a craqué. Je me retourne vivement et je vois un mouvement du coin de l'oeil. Je ne peux m'empêcher de suivre le mouvement que je vois à peine. Un bruissement de feuille, un frisson du vent sur ma peau. Je poursuis quelques craquements de branches à peine audibles. Puis, il n'y a plus que le silence. La forêt semble s'être s'immobilisée.

Je soupire et décide de revenir sur mes pas pour retourner sur le chemin. Je ne reconnais plus rien. Je me fige. Je suis perdue. Je suis seule. Je ne sais plus que faire. Je ne connais que mon chemin. Je ne sais rien des forêts.

Je m'assois sur un tronc d'arbre. Et je la vois pour la première fois. Pourtant elle était devant moi. Je sais que je n'ai qu'à fermer les yeux pour y entrer. Je suis trop grande, il est certain, mais je sais que je peux m'y engouffrer. Je n'ai qu'à y croire. Je pourrai alors franchir le seuil et suivre un chemin inconnu, inhabituel. Je sais qu'à l'intérieur il a tant de choses que j'ignore encore et que j'ai un peu peur de découvrir. Je ferme les yeux et j'entre dans un monde inexploré.

"Un antre, une tanière, où il fait bon de s'ensauvager toute une journée." [Frères Goncourt]

14 avril 2014

L'oiseau de mauvaise augure de Läckberg

OiseauL'oiseau de mauvais augure / Camilla Läckberg ; roman traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus. -- Arles : Actes Sud, 2010. --ISBN 978-2-7427-9106-4. -- (Coll. Actes Noirs)

Quatrième de courverture

"L’inspecteur Patrik Hedström est sur les dents. Il voudrait participer davantage aux préparatifs de son mariage avec Erica Falck, mais il n’a pas une minute à lui. La ville de Tanumshede s’apprête en effet à accueillir une émission de téléréalité et ses participants avides de célébrité, aussi tout le commissariat est mobilisé pour éviter les débordements de ces jeunes incontrôlables. Hanna Kruse, la nouvelle recrue, ne sera pas de trop. D’autant qu’une femme vient d’être retrouvée morte au volant de sa voiture, avec une alcoolémie hors du commun. La scène du carnage rappelle à Patrik un accident similaire intervenu des années auparavant. Tragique redite d’un fait divers banal ou macabre mise en scène ? Un sombre pressentiment s’empare d’ l’inspecteur. Très vite, alors que tout le pays a les yeux braqués sur la petite ville, la situation s’emballe. L’émission de téléréalité dérape. Les cadavres se multiplient. Un sinistre schéma émerge…

Dans ce quatrième volet des avantures d’Erica Falck, Camilla Läckberg tisse avec brio l’écheveau d’une intrigue palpitante. Cueilli par un dénouement saisissant, le lecteur en redemande."

L'auteur

Jean Edith Camilla Läckberg Eriksson est née à Fjällbacka en Suède en 1974. Elle publie son premier roman La Princesse de glace en 2003. Elle publie son second roman, Le Prédicateur l'année suivante.

Elle a reçut de nombreux prix dont le Grand Prix de la Littérature policière en 2008 pour La Princesse de glace. Elle vit aujourd'hui à Stockholm avec son mari et ses enfants.

Biographie plus complète sur ce billet.

Site web de l'auteur en anglais et en suédois. Page Facebook de l'auteure. Son compte Twitter.

Commentaires personnels (et spoilers)

Bon, alors vous direz que je n'ai aucune volonté... mais je n'ai pas pu résister. J'étais trop curieuse de voir si le 4e roman de Läckberg poursuivrait dans la même veine. Voyeurisme, masochisme ? Un peu, je suppose, mais vraiment, je le jure, j'avais espoir que je me réconcilierais avec l'auteur et surtout avec ses personnages. Après tout, j'aime bien les atmosphères qu'elle crée et puis certaines de ses intrigues m'ont quand même bien plu. 

Malheureusement, je ne peux pas dire que j'ai raccommodé ma relation avec Läckberg. Le roman est "correct". Mais on s'entend que l'intrigue est mince, vraiment mince. Très prévisible. À la limite du cliché. On devine le coupable, pratiquement au début. Ceci dit, ce n'est pas mauvais.

Nous avons ici une double enquête qui bien sûr finira par devenir une enquête. Prises séparément, elles sont intéressantes. Ensemble, elles ont peu de sens. Je n'en dirai pas plus. Mais j'ai été encore une fois déçue. Tout l'aspect de la télé-réalité est à la limite de l'insupportable. Enfin, pas à cause de la télé-réalité en tant que telle, mais des personnages qui en font partie. Les participants, l'équipe, les fans... c'est encore une fois hyper prévisible et caricatural. Il y a bien quelques éléments ici et là qui sont intéressants mais ils ne sont pas exploités et on le regrette.

Qu'en est-il des personnages ? Bon... pas grand changement de ce côté. Patrick est toujours en avant plan, égal à lui-même. Erica joue encore à la "desperate housewive": elle joue à la maman, la grande soeur et la tante parfaite ; elle prend le rôle de la parfaite ménagère même si elle aimerait que Patrick soit plus là et en même temps, elle voudrait un travail à l'extérieur (voir le décevant 2e extrait plus bas) ; elle organise son mariage, n'aime pas sa belle-mère et se trouve trop grosse... Enfin, c'est littéralement insipide et désespérant. Je ne sais pas si c'est ironique de la part de l'auteur, représentatif de sa vie ou sa vision... enfin... ça m'énerve.

Les personnages secondaires récurrents sont toujours là. On en apprend encore un peu plus sur eux. En général, ils sont bien menés. Mais "come on"... j'ai immédiatement su que le big boss était pour se faire avoir par sa nouvelle copine. C'était tellement évident. Et inintéressant. Et encore une fois, il y a vraiment trop de personnages secondaires. On donne des détails et on parle de leurs vie et états d'âme un peu trop à mon goût. Autant les récurrents que les participants de la télé-réalité. On se perd dans toutes ces vies. Mais, finalement le personnage le plus intéressant est la deuxième victime. Elle aurait vraiment dû être plus présente.

Et puis, le fameux "cliffhanger". Oh, il est présent. On poursuit cette histoire et on la résoud en un happy end pour les personnages concernés. Mais, mais, mais... le roman se termine encore sur un autre "cliffhanger". Une histoire qui sera sans surprise puisqu'on l'annonce dans les dernières pages et aussi dans le titre du roman qui suit : L'Enfant allemand.

Enfin, cette fois c'est certain, c'est la fin pour moi. Surtout que deux passages en particulier m'ont vraiment énervée. Le 3e extrait plus bas : vous savez comment les stéréotypes sur les bibliothécaires m'énervent et là, l'auteure pousse un peu. Et enfin, le dernier extrait... une disquette ! vraiment ! Je sais qu'en 2006, elles existaient encore... mais vraiment... dans un bureau de police ? pffff.

Dernière chose. À venir jusqu'à maintenant, j'aimais beaucoup les traductions des titres. Pas nécessairement originaux, mais ils me semblaient faire du sens et rejoindre l'intrigue. Je ne sais pas quel est le titre en suédois, mais en français, il n'a pas trop de lien avec l'intrigue, à part une phrase vers la fin. Enfin, c'est dommage.

Voir mes autres billets sur les romans de Camilla Lâckberg, ici, ici et ici.

Extraits

"Pendant un petit moment, l'ambiance dans la pièce fut légère. Mais les vieilles ombres furent rapidement de retour et pesèrent de nouveau sur l'atmosphère. Il y avait tant de choses à dire. Tant de choses à faire. Mais ils ne les faisaient jamais. Le passé s'interposait entre eux comme un obstacle gigantesque qu'ils ne pourraient jamais enjamber. Ils s'étaient résignés." p. 100

"Elle avait à peine vu Patrick ces derniers jours et il lui manquait. Mais elle comprenait très bien qu'il soit obligé de travailler autant. C'était atroce, le meurtre de cette fille, et elle savail qu'il voulait plus que tout trouver le coupable. Mais en même temps, son propre manque d'activités "adultes" était mis en évidence par le travail de Patrick qui le sollicitait tant. Bien sûr que sa tâche à elle était importante aussi, oui, être maman était évidemment plus importante que tout, elle le savait et elle le sentait. Mais elle ne pouvait quand même pas s'empêcher de regretter une occupation où elle pourrait être Erica, pas seulement la maman de Maja." p. 168

"C'était une fille grande et mince avec des cheveux châtain clair mi-longs rassemblés en une queue de cheval. Une paire de lunettes étaient placée tout au bout de son nez et Patrick se demanda si le port de lunettes faisait partie des critères de sélection pour la formation de bibliothécaires." p.281

"Cela avait pris plus de temps qu'elle ne pensait, mais à présent elle disposait de adresses de tous les noms de sa liste. Annika sauvegarda le document sur une disquette et l'éjecta de l'ordinateur." p.299

Sources à consulter

8 juin 2014

Le moment captif d'un dimanche : miroiter les années

DSC_9573"Le plus souvent nous ne pensons pas, nous réfléchissons ; nous reflétons ce qui nous arrive sans le transformer ni le comprendre." [Jean-Luc Marion]

Je suis debout devant l'eau. J'essaie de comprendre ce que je vois. J'ai de la difficulté à distinguer les branches réelles des branches qui ne sont une illusion, un simple reflet.

Mes yeux ne comprennent pas. Sous l'eau semblent flotter des branches fantômatiques. Certaines semblent vouloir s'étirer vers le ciel. D'autres ne sont pas réellement là, elles se trouvent déjà au ciel. Certaines encore se penchent dangereusement pour rejoindre celles qui sont prisonnières de l'eau.

Si je regarde attentivement, je crois comprendre cette danse tranquille. Mais je m'égare et j'oublie ces pensées silencieuses. Je suis troublée. Je me sens trouble. Pourtant l'eau semble si imperturbable. C'est une illusion, je le sais. L'eau claire est en mouvement continuel.

Aujourd'hui, je suis debout devant l'eau. Je regarde une multitude de branches réelles et imaginées. Je vois des rides sur l'eau, des rides sur les branches. Je me penche un peu. Je vois alors aussi des rides sur ma peau. Je suis tranquille. Je suis sereine. J'ai vieilli d'une année aujourd'hui.

"Si la tranquillité de l'eau permet de refléter les choses, que ne peut la tranquillité de l'esprit?" [Tchouang Tseu]

16 mai 2014

Choisir sa date

DSC_3142"Dans un couple, peut-être que l'important n'est pas de vouloir rendre l'autre heureux, c'est de se rendre heureux et d'offrir ce bonheur à l'autre." [Jacques Salomé]

PisTout et moi, on sait parfaitement que la date, c'est le 15 mai. Nous en sommes certains. En fait, j'en suis certaine. Car c'est la date du deuxième début de notre relation. Et je me souviens parfaitement de cette soirée.

Mais, 11 ans après le début de notre relation. 11 ans après une reconnaissance annuelle de ce 15 mai, nous nous sommes mariés. Étrange, après 11 ans, vous vous dites peut-être. Bon, peut-être pas, car ma vie ne vous intéresse pas tant que cela, je comprends parfaitement, mais j'ai envie de blablater alors tant pis, je vous dirai tout !

Après 11 ans de relation de "couple"... nous avons décidé de nous marier. Parce que en fait, nous partions pour l'Espagne et que pour les papiers c'était évidemment plus facile pour PisTout. Comme je suis citoyenne espagnole, et bien... faites le calcul. Au lieu des démarches pénibles pour visa et tout, ce fut papier rapide pour résidence. Donc, je suis capable de me sacrifier pour mon PisTout et j'ai dit ok au mariage. Ça vous surprend ? Et oui, c'est moi qui avait le plus de réticence au mariage. Pour moi, cela ne veut absolument rien dire de plus. Pas besoin de papier ou de cérémonie pour dire que j'aime. Et on s'entend qu'après 11 ans, cela ne changeait rien dans notre relation. Mais légalement cela nous donnait un sacré coup de main. Alors la décision fut évidente.

On a travaillé fort pour que cela se fasse près du 15 mai. Car oui, ça j'y tenais. Non, je ne suis pas romantique, je l'ai déjà dit. Mais cela ne veut pas dire que je ne peux pas être sentimentale parfois. Parfois. Je le souligne. Mais le 15 mai, c'était important pour moi. Et on a réussi à faire ce mariage un certain 17 mai 2003. Je vous épargne les détails. Je me laisserai sûrement aller à les raconter un autre mois de mai de toute façon.

Sauf que maintenant, on hésite toujours. Moi, je dis qu'il faut souligner le 15 mai. Mais la famille parle du 17 mai. Et bien que PisTout et moi ne sommes pas particulièrement attachés au 17 mai, ben, on a toujours une petite hésitation. Et donc, en général, on fait un compromis et on choisit le 16 mai.

Mais en fait, je blague... l'important pour nous c'est de le souligner tout simplement. Alors autant le 15 mai que le 17 mai, on se fait un clin d'oeil le matin. Et on se fait une petite soirée spéciale la fin de semaine avant ou après, c'est selon ce qui nous adonne le mieux. On n'est pas regardant sur la date ! Mais est-ce que la date exacte est si importante après tout ?

23 avril 2014

Un jour, un livre, une rose, un droit d'auteur !

"Rien de l'univers n'est semblable si quelque part, on ne sait où, un mouton que nous ne connaissons pas a, oui ou non, mangé une rose." [Saint-Exupéry]

JMDLA

Cette journée est une journée remplie d'espoirs, remplie d'incertitudes. Une journée qui promet de défendre les mots ; une journée qui promet de se battre lors de combats souvent injustes. Une journée grandiose qui rêve de livres, de textes, d'auteurs pendant 24 petites heures. Mais une journée qui fait des cauchemars tous les autres heures de l'année.

On protège un mot, un vers, un chapitre, un livre... mais que lui arrive-t-il vraiment ? Quand on ne le voit pas ? Quand on détourne le regard ? Existe-t-il encore ? Et ça, c'est la question essentielle. Une question de vie littéraire.

Mais certains pièges littéraires sont vitaux à la vie d'une oeuvre. Ne jugez pas le livre, l'auteur, le lecteur, le "citationneur"...  Mais protégez la création... protégez les mots, vos mots...

"Si vous jugez le livre, le livre vous juge aussi" [Stephen King]

21 janvier 2015

Les archives de Pauline : Imprécision

013Une photo floue. Toute jeune elle est. Et elle se dépêche car elle sort en boîte. Toute jeune et insouciante elle était. Je ne l'ai évidemment pas connue à cette époque. Évidemment. 

Une photo floue. Elle a été surprise par le photographe. Pas de deuxième photo. Personne ne se doutait que la photo serait floue avant de la faire développer. C'était une chance à prendre. On prenait moins de photos dans ce temps-là. On économisait les prises. Et on prenait le risque que la photo soit ratée. Mais on a conservé la photo.

J'aime cette photo floue. J'aime la voir jeune, insouciante, virevoltante.

Mais la photo est floue. On ne la voit pas bien. Son visage est imprécis. On le distingue à peine. Comme mes souvenirs d'elle. Mes souvenirs deviennent flous. Ils s'embrouillent.

Le souvenir de son visage s'efface doucement. Les photos que je contemple sont différentes de ce souvenir. Le souvenir de son visage qui me sourit se confond petit à petit avec les images photographiques. Je sens que j'oublie la douceur de sa peau, les plis sur son visage, son sourire si rare en photo, l'odeur de son cou, la couleur de ses yeux, le son de sa voix... Elle s'efface, elle devient floue...

Cela fait trop longtemps que tu es partie et j'ai l'impression que tu deviens floue... je ne me souviens de toi que par les photos... ma mémoire fait défaut... ton image s'efface.

Mais je n'oublie pas ton anniversaire, maman... Je ne t'oublie pas.

 

19 avril 2015

Le moment captif d'un dimanche : ce qui est important

Une rose est une rose est une rose..."La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine, une réalité." [Alfred de Musset]

Les roses, c'est important semble-t-il. Une rose peut tout changer dans une vie. Une rose c'est même une métaphore de la vie.

Il semblerait qu'une rose est une rose est une rose est une rose...

Une rose dans une cour inconnue est-elle plus ou moins importante qu'une rose dans ma cour. Est-ce uniquement le temps que je consacre à mes roses qui les rendent importantes. Cette rose inconnue ne m'appartient pas. Mais elle me semble importante aussi. Peut-être pas pour moi. Mais pour quelqu'un d'autre.

Et si la rose est éphémère, ma vie n'est peut-être pas réelle. Une rose est une rose est une rose est une rose, dit-on.

Et pourtant, la rose n'est pas ma fleur préférée. Elle me semble s'accorder trop d'importance. C'est une illusion pourtant. Chaque rose est une illusion bien réelle. Tranchante et touchante. Douloureuse et voluptueuse.

Chaque rose est une parcelle de vie éphémère. Importante. Car une rose est une rose est une rose est une rose...

"Vivez si m'en croyez, n'attendez à demain, Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie." [Pierre de Ronsard]

22 mars 2015

Le moment captif d'un dimanche : évasion

2015-02"Le soleil accepte bien de passer par de petites fenêtres." [Frederik van Eeden]

Nous avons passé des nuits dans la noirceur avec les étoiles pour nous guider. Puis nous nous sommes enfermés dans une chambre obscure et avons rêvé de l'horizon.

Cette chambre si sombre enveloppe nos vies. Elle obscurcit notre réalité. Nous ne voyons plus rien. Nous oublions d'ouvrir les yeux. Nous oublions de rire, nous oublions de pleurer, nous oublions de voir la beauté du ciel, des étoiles et du soleil. Les promesses de nos vies.

Une petite fenêtre. Trop petite peut-être. Nous ne la voyons pas. Nous oublions de voir toutes les possibilités promises par cette petite ouverture. Mais la lumière s'infliltre sans pitié par la moindre fissure. Elle nous envahit et nous colore sans pitié. Chaque étincelle de couleur fouette notre regard de folie. La beauté qui transperce de ce trou de soleil nous illumine et nous aveugle. Le monde est notre rêve et nous l'acceptons à bras ouvert.

"Le monde n'est pas moins beau pour n'être vu qu'à travers une fente ou le trou d'une planche." [Henry David Thoreau]

28 octobre 2014

Nous avons tous peur de B.R Bruss

bruss2Nous avons tous peur / B.R. Bruss. – [Paris] : Baleine, c2007. – 252 p. ; 17 cm. – ISBN 978-2-84219-419-2. – (Collection Baleine Noire / dirigée par J.-F. Platet)

Quatrième de couverture

Les habitants d'une petite ville canadienne ont peur. Une peur pas ordinaire. Une peur qui leur fait quitter la ville, ou qui les rend fous. Un jeune journaliste du Winnipeg Standard est envoyé pour enquêter et comprendre. Il y découvrira l'horreur...

L’auteur

Auguste Isidore René Bonnefoy est né à Lempdes-sur-Allagnon en Haute-Loire en 1895. Après la Première Guerre Mondiale, il devient journaliste. Il publie son premier roman, Gilbert et l'Autorité, en 1928 sous le nom de René Bonnefoy. Il écrit plusieurs romans sous ce nom. Puis après la Deuxième Guerre Mondiale, dans laquelle son implication semble controversée, il recommence à écrire sous divers pseudonymes. Il s'intéresse également à l'art ; il est illustrateur, peintre et sculpteur. Il utilise divers pseudonymes pour signer ses oeuvres.

Il meurt à Paris en 1980.

Sa biographie est complexe et extensive. Elle est remplie de controverses également. Pour mieux connaître l'auteur, son oeuvre, etc., je vous conseille cet excellent site : brbruss.fr. Je vous conseille également les articles sur le site Fantastik Blog (Charles Moreau).

Bibliographie partielle

Plus de 80 romans et nouvelles, sous divers pseudonymes.

Sous le nom de René Bonnefoy - Plusieurs nouvelles et 6 romans dont :Bruss1

  • Gilberte et l'Autorité (1928)
  • Bacchus-Roi (1930)
  • Aspects de Royat (1932)

Sous le nom de B.R. Bruss - plus de 50 romans dont :

  • Et la planète sauta... (1946)
  • L'apparition des Surhommes (1953)
  • La guerre des soucoupes (1954)
  • Maléfices (1956)
  • Nous avons tous peur (1956)
  • Bihil (1961)
  • Le mur de lumière (1962)
  • Complot Vénus-Terre (1963)
  • Les translucides (1964)
  • Le soleil s'éteint (1965)
  • Parle, robot ! (1969)
  • Les Hamils (1971)
  • Les espaces enchevétrés (1979)

Sous le nom de Roger Blondel - une dizaine de romans dont :

  • Le mouton enragé (1956)
  • L'archange (1963)
  • Bradfer et l'éternel (1964)
  • Le boeuf (1966)
  • Les graffitis (1975)
  • Les fontaines pétrifiantes (1978)

Sous le nom de Georges Brass (romans érotiques) - 7 romans dont :

  • Faiblesses de femmes
  • L'amour ne se mange pas en salade
  • Hôtel du plaisir
  • Les corps en feu

Il publie sous d'autres pseudonymes dont Jacques Huriel, Marcel Castillan, Roger Fairelle. Il fait également plusieurs traductions sous le nom de Roger Bertin.

Vous pouvez lire une bibliographie très complète ici et sous forme de tableau ici.

Commentaires personnels (attention spoilers)

Je dois commencer par dire que je ne connaissais pas du tout René Bonnefoy sous aucun de ses pseudonymes. Ce qui semble étrange à lire sa biographie et à voir son extensive bibliographie. Jamais entendu parler ! Et pourtant j'ai étudié en Études françaises. Et même si nous ne lisions pas tout, évidemment, nous avions de nombreux cours d'histoire de la littérature... toutes les époques, tous les genres. Même le cours sur la science-fiction ne l'a jamais mentionné, alors qu'il semble y avoir consacré plusieurs romans. Enfin... passons.

Ensuite, disons également que j'ai lu Nous avons tous peur, uniquement pour valider mon intuition qu'il était mal classé. C'est une raison comme une autre. Lorsque je fais de l'élagage et qu'un livre a de très mauvaises statistiques de prêt, je me questionne. Ce livre était dans la section Science-Fiction de la bibliothèque, qui est très utilisée. Après quelques recherches complétées par une lecture du livre (oui oui, des fois, je me sacrifie pour prouver une théorie !) et bien, ce roman n'avait rien à faire en Science-Fiction ! Allez hop, reclassification dans la fiction générale - car nous n'avons pas de section Fantastique/horreur.

Nous avons tous peur fut publié en 1956 mais a été réédité de nombreuses fois. Le roman est considéré comme une des oeuvres classiques de la collection Angoisse de la maison d'édition Fleuve noir.

L'histoire se situe à Cockshill, une petite ville de la Saskatchewan au Canada, au milieu des années 50. (Je précise "de la" ou "en" Saskaschewan... et non pas "dans le" comme on retrouve en page 10... je ne sais pas pourquoi mais ce genre "d'erreur" m'achale au plus haut point. C'est sans importance, je le sais, et je ne suis pas à l'abri d'en faire moi-même, mais je n'ai pas de correcteur ou de maison d'édition derrière moi, enfin !) Un journaliste est envoyé sur place pour enquêter sur un mystère qui ne semble pas très important mais qui l'intrigue tout de même : les habitants semblent fuir la ville, pourtant agréable et prospère. Les gens quittent la ville, un à un, sans apparente raison.

Dès son arrivée, il commence son enquête. Et alors que les gens vivant à l'extérieur de la ville ne semblent pas comprendre eux-même ce qui affecte ses habitants, il se rend compte rapidement que ces derniers semblent, quant à eux, exténués et apeurés. Personne ne veut d'abord répondre à ses questions. Il parcours la ville qu'il trouve belle, paisible, florissante. Et pourtant, les gens la fuient ; ils déménagent, deviennent fous ou se suicident. Ceux qui restent sont terrifiés.

Mais dès sa première nuit, un début de réponse commence à se former. Un terrible cauchemar l'a profondément troublé. Il tente de l'oublier mais petit à petit il commence à comprendre ce qui terrorise tous les gens qui vivent à Cockhill.

Le livre commence doucement. L'intrigue est mise en place lentement. On nous présente le journaliste, on apprend à le connaître avant son arrivée dans la ville. Ce qui nous permet de mieux voir les changements qui s'opèrent petit à petit en lui. Le mystère s'installe tranquillement. Et on sent la peur qui s'intensifie au fil des jours - des pages. On en dit peu. Jamais nous ne saurons avec exactitude la teneur des cauchemars du journaliste, ou des autres résidents. On sait qu'ils sont horribles, qu'ils sont terriblement personnels et qu'ils mettent en scène la même créature, Blahom (nom un peu ridicule selon moi,  mais certains l'ont trouvé très intéressant).

L'auteur nous plonge au coeur d'une histoire suffoquante où les gens sombrent dans l'horreur à chaque fois qu'ils ferment les yeux. C'est un texte qui est terriblement efficace. Épuisés, les gens tentent par tous les moyens de ne pas dormir. Ils ne travaillent plus, les enfants ne vont plus à l'école. Ils errent dans la ville. Et on ne peut pas s'empêcher d'avoir un peu peur lorsque nous posons le livre pour aller soi-même se coucher !

Mais malheureusement, l'histoire s'éternise un peu. On ajoute un 2e journaliste et on soupoudre une histoire d'amour un peu ringarde. Et puis, cela se répète un peu. Puisque personne ne dit rien sur les raisons de leur peur, on ne peut que répéter les mêmes scènes. Certaines sont cependant très bien menées et très angoissantes, même si on ne nous présente rien de bien épeurant... Pas de bains de sang, pas de monstres cachés... mêmes les rêves cauchemardesques peuvent sembler bien anodins à la lecture puiqu'on les décrit à peine. La peur se construit petit à petit. Les images terrifiantes ne sont qu'évoquées. On doit tout s'imaginer.

Mais on attend tout de même des explications et nous n'en auront pas vraiment. Ou plutôt plusieurs toutes très décevantes et à la limite de la facilité. On ne répond jamais aux questions. Pourquoi les gens sont-ils tous victimes du même cauchemar ? Assiste-t-on ici à une hystérie collective, à un effet de contagion ? Sont-ils victimes d'un être irréel ou alors bien réel ? S'agit-il d'un envoûtement ? Et surtout pourquoi cela cesse-t-il lorsqu'ils quittent la ville ? Enfin, nous sommes au prise avec un nombre incalculable de questions qui ne seront jamais répondues. Probablement l'intention de l'auteur, mais cela m'a beaucoup déçue. Je trouve cette façon de ne rien dire pour laisser planer les doutes et les incertudes trop facile. Pendant des pages et des pages, on laisse l'angoisse monter et monter. Le suspence est insoutenable et puis, plus rien. C'est terminé. Dans un sens, je comprends pourquoi l'auteur voudrait laisser le mystère entier. La peur ne partira jamais puisqu'on ne sait pas ce qui l'a amenée. Mais je ne peux m'enlever ce sentiment que l'auteur n'avait tout simplement pas l'imagination nécessaire pour donner une explication plausible. Surnaturelle ou réelle, peu importe, mais une explication.

Enfin, cela n'enlève rien au roman que j'ai beaucoup aimé. Cela faisait très longtemps que je n'avais pas lu un roman fantastique qui m'a tenu en haleine très longtemps et qui m'a fait me demander si je laissais les lumières ouvertes un peu plus longtemps avant de me coucher.

Extraits

« Partout ailleurs j’aurais trouvé cette promenade délicieuse. Un merveilleux silence, coupé çà et là par quelque cri d’oiseau ou quelque bruissement d’insecte, régnait dans le sous-bois. Des parfums vivifiants pénétraient dans ma poitrine. Parfois, je voyais fuir devant moi de gracieux animaux, des écureuils, des biches, de petits rongeurs rapides et furtifs. Le soleil, par endroits, jouait entre les branches.

Mais je ne tardai pas à être vaguement oppressé, bien que sachant que je ne craignais absolument rien. C’était ridicule. » p. 57

« Quelque part du côté du lac Buffalo, dans le [sic] Saskatchewan… » p.10

« Toute la nuit il me harcela. Une nuit qui me sembla durer des siècles. Tantôt cela se passait sur la lande, tantôt dans la forêt, tantôt dans un immense couloir, tantôt dans une sorte de grenier sordide, plein de toiles d’araignées, de rats et de chauve-souris. Et tantôt je fuyais, le cœur battant à rompre, tantôt j’étais immobilisé, paralysé, pétrifié, le cœur serré dans un étau. » p. 117

Sources à consulter

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