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Quelques pages d'un autre livre ouvert...
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romans
14 avril 2014

L'oiseau de mauvaise augure de Läckberg

OiseauL'oiseau de mauvais augure / Camilla Läckberg ; roman traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus. -- Arles : Actes Sud, 2010. --ISBN 978-2-7427-9106-4. -- (Coll. Actes Noirs)

Quatrième de courverture

"L’inspecteur Patrik Hedström est sur les dents. Il voudrait participer davantage aux préparatifs de son mariage avec Erica Falck, mais il n’a pas une minute à lui. La ville de Tanumshede s’apprête en effet à accueillir une émission de téléréalité et ses participants avides de célébrité, aussi tout le commissariat est mobilisé pour éviter les débordements de ces jeunes incontrôlables. Hanna Kruse, la nouvelle recrue, ne sera pas de trop. D’autant qu’une femme vient d’être retrouvée morte au volant de sa voiture, avec une alcoolémie hors du commun. La scène du carnage rappelle à Patrik un accident similaire intervenu des années auparavant. Tragique redite d’un fait divers banal ou macabre mise en scène ? Un sombre pressentiment s’empare d’ l’inspecteur. Très vite, alors que tout le pays a les yeux braqués sur la petite ville, la situation s’emballe. L’émission de téléréalité dérape. Les cadavres se multiplient. Un sinistre schéma émerge…

Dans ce quatrième volet des avantures d’Erica Falck, Camilla Läckberg tisse avec brio l’écheveau d’une intrigue palpitante. Cueilli par un dénouement saisissant, le lecteur en redemande."

L'auteur

Jean Edith Camilla Läckberg Eriksson est née à Fjällbacka en Suède en 1974. Elle publie son premier roman La Princesse de glace en 2003. Elle publie son second roman, Le Prédicateur l'année suivante.

Elle a reçut de nombreux prix dont le Grand Prix de la Littérature policière en 2008 pour La Princesse de glace. Elle vit aujourd'hui à Stockholm avec son mari et ses enfants.

Biographie plus complète sur ce billet.

Site web de l'auteur en anglais et en suédois. Page Facebook de l'auteure. Son compte Twitter.

Commentaires personnels (et spoilers)

Bon, alors vous direz que je n'ai aucune volonté... mais je n'ai pas pu résister. J'étais trop curieuse de voir si le 4e roman de Läckberg poursuivrait dans la même veine. Voyeurisme, masochisme ? Un peu, je suppose, mais vraiment, je le jure, j'avais espoir que je me réconcilierais avec l'auteur et surtout avec ses personnages. Après tout, j'aime bien les atmosphères qu'elle crée et puis certaines de ses intrigues m'ont quand même bien plu. 

Malheureusement, je ne peux pas dire que j'ai raccommodé ma relation avec Läckberg. Le roman est "correct". Mais on s'entend que l'intrigue est mince, vraiment mince. Très prévisible. À la limite du cliché. On devine le coupable, pratiquement au début. Ceci dit, ce n'est pas mauvais.

Nous avons ici une double enquête qui bien sûr finira par devenir une enquête. Prises séparément, elles sont intéressantes. Ensemble, elles ont peu de sens. Je n'en dirai pas plus. Mais j'ai été encore une fois déçue. Tout l'aspect de la télé-réalité est à la limite de l'insupportable. Enfin, pas à cause de la télé-réalité en tant que telle, mais des personnages qui en font partie. Les participants, l'équipe, les fans... c'est encore une fois hyper prévisible et caricatural. Il y a bien quelques éléments ici et là qui sont intéressants mais ils ne sont pas exploités et on le regrette.

Qu'en est-il des personnages ? Bon... pas grand changement de ce côté. Patrick est toujours en avant plan, égal à lui-même. Erica joue encore à la "desperate housewive": elle joue à la maman, la grande soeur et la tante parfaite ; elle prend le rôle de la parfaite ménagère même si elle aimerait que Patrick soit plus là et en même temps, elle voudrait un travail à l'extérieur (voir le décevant 2e extrait plus bas) ; elle organise son mariage, n'aime pas sa belle-mère et se trouve trop grosse... Enfin, c'est littéralement insipide et désespérant. Je ne sais pas si c'est ironique de la part de l'auteur, représentatif de sa vie ou sa vision... enfin... ça m'énerve.

Les personnages secondaires récurrents sont toujours là. On en apprend encore un peu plus sur eux. En général, ils sont bien menés. Mais "come on"... j'ai immédiatement su que le big boss était pour se faire avoir par sa nouvelle copine. C'était tellement évident. Et inintéressant. Et encore une fois, il y a vraiment trop de personnages secondaires. On donne des détails et on parle de leurs vie et états d'âme un peu trop à mon goût. Autant les récurrents que les participants de la télé-réalité. On se perd dans toutes ces vies. Mais, finalement le personnage le plus intéressant est la deuxième victime. Elle aurait vraiment dû être plus présente.

Et puis, le fameux "cliffhanger". Oh, il est présent. On poursuit cette histoire et on la résoud en un happy end pour les personnages concernés. Mais, mais, mais... le roman se termine encore sur un autre "cliffhanger". Une histoire qui sera sans surprise puisqu'on l'annonce dans les dernières pages et aussi dans le titre du roman qui suit : L'Enfant allemand.

Enfin, cette fois c'est certain, c'est la fin pour moi. Surtout que deux passages en particulier m'ont vraiment énervée. Le 3e extrait plus bas : vous savez comment les stéréotypes sur les bibliothécaires m'énervent et là, l'auteure pousse un peu. Et enfin, le dernier extrait... une disquette ! vraiment ! Je sais qu'en 2006, elles existaient encore... mais vraiment... dans un bureau de police ? pffff.

Dernière chose. À venir jusqu'à maintenant, j'aimais beaucoup les traductions des titres. Pas nécessairement originaux, mais ils me semblaient faire du sens et rejoindre l'intrigue. Je ne sais pas quel est le titre en suédois, mais en français, il n'a pas trop de lien avec l'intrigue, à part une phrase vers la fin. Enfin, c'est dommage.

Voir mes autres billets sur les romans de Camilla Lâckberg, ici, ici et ici.

Extraits

"Pendant un petit moment, l'ambiance dans la pièce fut légère. Mais les vieilles ombres furent rapidement de retour et pesèrent de nouveau sur l'atmosphère. Il y avait tant de choses à dire. Tant de choses à faire. Mais ils ne les faisaient jamais. Le passé s'interposait entre eux comme un obstacle gigantesque qu'ils ne pourraient jamais enjamber. Ils s'étaient résignés." p. 100

"Elle avait à peine vu Patrick ces derniers jours et il lui manquait. Mais elle comprenait très bien qu'il soit obligé de travailler autant. C'était atroce, le meurtre de cette fille, et elle savail qu'il voulait plus que tout trouver le coupable. Mais en même temps, son propre manque d'activités "adultes" était mis en évidence par le travail de Patrick qui le sollicitait tant. Bien sûr que sa tâche à elle était importante aussi, oui, être maman était évidemment plus importante que tout, elle le savait et elle le sentait. Mais elle ne pouvait quand même pas s'empêcher de regretter une occupation où elle pourrait être Erica, pas seulement la maman de Maja." p. 168

"C'était une fille grande et mince avec des cheveux châtain clair mi-longs rassemblés en une queue de cheval. Une paire de lunettes étaient placée tout au bout de son nez et Patrick se demanda si le port de lunettes faisait partie des critères de sélection pour la formation de bibliothécaires." p.281

"Cela avait pris plus de temps qu'elle ne pensait, mais à présent elle disposait de adresses de tous les noms de sa liste. Annika sauvegarda le document sur une disquette et l'éjecta de l'ordinateur." p.299

Sources à consulter

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5 avril 2014

L'écorchée de Carrisi - La suite

ecorchéeL'écorchée / Donato Carrisi, traduit de l'italien par Anaîs Bokobza. -- [Paris] : Calmann-Lévy, c2013. --431 p. ; 23 cm. -- ISBN 978-2-7021-5388-8.

Quatrième de couverture

"Je les cherche partout. Je les cherche toujours." Sept ans après s'être mesurée au Chuchoteur, Mila Vasquez travaille aux Limbes, le département des personnes disparues. L'enquêtrice excelle dans son domaine. Peut-être parce qu'elle est incapable d'éprouver la moindre émotion. Ou peut-être parce qu'elle même porte dans sa chair la marque des ténèbres.

On a tous ressenti l'envie de s'évanouir dans la nature. De fuir le plus loin possible. De tout laisser derrière soi. Or chez certains, cette sensation ne passe pas. Elle leur colle à la peau, les obsède, les dévore et finit par les engloutir. Un jour, ils se volatilisent corps et biens. Nul ne sait pourquoi. Bientôt, tout le monde les oublie. Sauf Mila.

Et puis, soudain, ces disparus réapparaissent pour tuer. Face à eux, Mila devra échafauder une hypothèse convaincante, solide, rationnelle. Une hypothèse du mal. Mais pour les arrêter, il lui faudra à son tour basculer dans l'ombre. 

Commentaires [encore plus] personnels (attention en rouge, ce sera des spoilers)

Vous vous souvenez peut-être que je n'aime pas trop les séries. En général, je déteste surtout quand dans un roman policier, on se sent perdu si on n'a pas lu les romans précédents. J'aime lire une intrigue, je ne veux pas nécessairement devoir connaître toute la vie de l'enquêteur. Ce qui ne veut pas dire que quand j'aime un personnage, je n'aime pas le retrouver dans un autre roman. En autant que sa vie précédente ne soit pas absolument essentielle à la compréhension du roman actuel. Vous comprenez ? Enfin, j'y reviendrai un autre moment. Tout ça pour dire, que Carrisi m'a presque déçu. Si ce n'était que le roman est presque aussi réussi à mes yeux que le premier, j'aurais eu une petite déception. Pourquoi ? Disons, que j'aurais vraiment apprécié de lire dans le quatrième de couverture que L'écorchée est carrément une suite du roman Le Chuchoteur. J'ai vu sur Internet que certaines éditions le mentionnaient sur leur couverture. C'est important selon moi. Car le roman se révèlera être une véritable suite du premier roman. Non seulement, nous retrouvons le même personnage principal et plusieurs autres personnages secondaires du premier roman, mais au fil des pages, on retrouve également des éléments et personnages importants. Les événements du premier roman vont directement influencer ce roman.

Mais au moins, l'auteur est honnête sur ce coup, son 3e roman est une suite du 1er (le 2e roman n'ayant rien à voir). On parle même de tome 2. Certaines librairies titrent même le roman : L'écorchée - Le chuchoteur 2 ! C'est tout dire. Et ça change tout mon rapport au livre.

Quand j'ai commencé à lire le roman, je croyais lire un autre roman avec Mila. Une nouvelle enquête, quelques éléments connus, certains traits de caractéres... mais c'est tout. Et puis, petit à petit, je me disais "hum, si un lecteur n'a pas lu Le Chuchoteur, il ne comprendra pas ceci ou cela. Quand une série policière reprend un personnage, les événements qui reviennent se doivent d'être minines et non significatifs. Ici, l'auteur présente certains événements comme s'il prenait pour acquis qu'on savait de quoi il parlait. Et ça, c'est une des choses qui me déplaît dans certaines séries. Alors, je me suis questionnée. Pourquoi ? Je l'avoue j'étais légèrement déçue de Carrisi. Mais comme, moi, j'avais lu le roman précédent et que celui-ci était absolument captivant, je suis passée par-dessus mes réserves.

Et puis l'auteur ira jusqu'à faire carrément revenir un personnage central. Ceci m'a surprise au plus haut point. Je n'avais vraiment pas deviné - malgré certaines similitudes entre les romans - ce revirement. J'en ai été bouleversé et j'ai eu de la difficulté à y croire. Et puis, j'ai encore une fois eu l'impression d'être dans une série de télévision. Dans cette optique, cela me semblait plausible. Et finalement, le roman se conclut sur une ouverture complète vers une autre suite !

Il semble certain qu'il y aura un 3e volet à la "série Le Chuchoteur". Maintenant que je sais que c'est une véritable série, je l'accepte facilement. Si l'intrigue est créée dans cette optique, je n'ai pas de problème. J'aurais juste aimé le savoir en ouvrant L'écorchée. Et même si j'adore Mila et la plume de Carrisi, je souhaite sincèrement que ce sera une trilogie. Car je n'aime pas les séries qui s'étirent. Je ne regarde pas un nouvel épisode d'une énième saison... je lis un roman. Et même si j'ai adoré ces deux romans... je ne veux pas que la sauce s'étire. Et puis, une trilogie, c'est une forme littéraire en soi-même... On peut la prendre comme un tout. Certains éléments des deux romans s'éclaireront sûrement sur un autre jour. Et le troisième tome est souvent le plus fort. Le roman qui revient sur les origines, le début. On retourne en arrière, on revient sur ses certitudes, sur ce qu'on croyait savoir. Enfin, nous verrons bien. Mais pour une fois, j'ai hâte de retrouver Mila et les gens qui l'entourent.

Carrisi est vraiment un excellent auteur de romans policiers. Il a réussi à me faire aimer ses personnages et à me tenir en haleine pendant deux romans. Ses textes ne sont pas sans défauts et certains éléments sont parfois un peu tirés par les cheveux, mais il réussit à nous faire oublier ces invraisemblances. Encore une fois un coup de coeur !

Lire aussi mes premiers commentaires : L'écorchée de Carrisi.

L'avis de Tetedelivre, Livresse des mots, Achille 49, Cajou, Laure.

Extraits

"Je ne sais pas pourquoi, mais quand il s'agit de criminels les gens décrivent tous plus ou moins le même visage : petits yeux et front large. Les thèses anthropologiques affirment que c'est un héritage de l'évolution - l'ennemi aiguise son regard quand il nous toise, et le front est la première chose que l'on remarque quand on doit repérer un adversaire qui se cache dans un espace ouvert." p. 209

Sources à consulter

4 avril 2014

L'écorchée de Carrisi

ecorchéeL'écorchée / Donato Carrisi, traduit de l'italien par Anaîs Bokobza. -- [Paris] : Calmann-Lévy, c2013. --431 p. ; 23 cm. -- ISBN 978-2-7021-5388-8.

Quatrième de couverture

"Je les cherche partout. Je les cherche toujours." Sept ans après s'être mesurée au Chuchoteur, Mila Vasquez travaille aux Limbes, le département des personnes disparues. L'enquêtrice excelle dans son domaine. Peut-être parce qu'elle est incapable d'éprouver la moindre émotion. Ou peut-être parce qu'elle même porte dans sa chair la marque des ténèbres.

On a tous ressenti l'envie de s'évanouir dans la nature. De fuir le plus loin possible. De tout laisser derrière soi. Or chez certains, cette sensation ne passe pas. Elle leur colle à la peau, les obsède, les dévore et finit par les engloutir. Un jour, ils se volatilisent corps et biens. Nul ne sait pourquoi. Bientôt, tout le monde les oublie. Sauf Mila.

Et puis, soudain, ces disparus réapparaissent pour tuer. Face à eux, Mila devra échafauder une hypothèse convaincante, solide, rationnelle. Une hypothèse du mal. Mais pour les arrêter, il lui faudra à son tour basculer dans l'ombre. 

L'auteurDonai

Donato Carrisi est né en 1973 à Martina Franca en Italie. Il étudie d'abord en droit puis en criminologie et en sciences du comportement. Sa thèse portera sur un tueur en série italien, Luigi Chiatti, surnommé le "Monstre de Foligno". Puis il délaisse le droit et dès 1999, il commence à écrire des scénarios pour la télévision et le cinéma.  Son premier roman, Le Chuchoteur, a gagné de nombreux prix dont le prix Camaiore, le prix Bancarella, le prix SNCF du polar européen et le prix des lecteurs du Livre de poche et plusieurs autres. Il vit présentement à Rome.

Bibliographie

  • Il suggeritore (2009) (Le Chuchoteur, 2010)
  • Il tribunale delle anime (2011) (Le Tribunal des âmes, 2012)
  • L'ipotesi del male (2013) (L'écorchée, 2013)

Filmographie

  • Casa famiglia (série, 2001)
  • Casa famiglia 2 (série, 2003)
  • Era mio fratello (film pour la télévision, 2007)
  • Nassiryia – Per non dimenticare (film pour la télévision, 2007)
  • Squadra antimafia – Palermo oggi  (série, 2009)
  • Moana (télévision, 2009)

Site web de l'auteur en français et en italien.

Commentaires [très] personnels

J'avais eu un véritable coup de coeur pour Le Chuchoteur, le premier livre de Donato Carrisi. Ce fut vraiment une lecture incroyable pour moi. C'était le premier roman de l'auteur. Et donc, j'ai eu peur de lire son deuxième roman, Le Tribunal des âmes. Peur d'être déçue, de m'attendre à trop. Surtout que j'avais lu plusieurs commentaires négatifs de lecteurs ayant adoré comme moi, Le Chuchoteur. Je ne l'ai donc pas lu. Quand L'écorchée est arrivé sur nos tablettes à la bibliothèque, je ne voulais pas le lire, lui non plus. Mais une collègue à qui j'avais recommandé le premier livre me l'a mis entre les mains après sa lecture en disant qu'il était super. J'ai hésité, mais en voyant la couverture qui me rappelait le premier roman et en lisant sur le quatrième de couverture que Mila était de retour, je me suis laissée tenter. Et j'en suis fort heureuse car j'ai encore une fois adorée ma lecture. Et ce fut comme pour le premier, une lecture éclair... je me forçais littéralement à déposer le livre pour ne pas le terminer trop rapidement !

Nous retrouvons donc encore une fois, Mila Vasquez, cette enquêtrice, écorchée de la vie dans tous les sens du mot. Nous sommes 7 ans après les événements ayant eu lieu dans Le Chuchoteur. Au fil des pages, nous verrons comment ces événements ont changé et transformé Mila. Même si ces blessures ont également des racines dans son passé torturé. L'enquête mais surtout sa rencontre avec son partenaire dans le premier roman ont laissé des traces vivantes.

Mila travaille maintenant dans un département appelé les Limbes. Un endroit oublié où les policiers tentent d'élucider les cas de disparitions jamais résolues. Des hommes, femmes et enfants qui ont complètement disparu... sont-ils vivants ? sont-ils morts ? Personne ne le sait. Et Mila veut les retrouver. Mais voilà que des disparus réapparaissent et commettent des crimes horribles. À l'aide d'un agent spécial, devenu un paria, Mila tente de résoudre ces nouveaux - et anciens - crimes.

Mila demeure un personnage torturé mais attachant. Elle semble si fragile tout étant - semble-t-il - sans peur. Elle se lance dans l'enquête comme dans toutes ses enquêtes, sans aucune limite. L'intrigue est très bien ficelée même si certains de ces fils sont un peu apparents. L'auteur continue à nous mener dans un univers terrifiant et complexe. Encore ici, j'ai eu l'impression de "voir" les mots que je lisais. Tout est visuel dans sa façon d'écrire. Et je ne peux que répéter ce que j'avais dit lors de commentaire pour le Le Chuchoteur... j'ai été complètement embarquée dans l'intrigue.

Et l'écriture de Carrisi est si fluide que l'on est tout simplement pris dans le courant de cette intrigue. Nous nous retrouvons encore dans un monde d'influences et de malveillance. Les gens ne sont pas ce qu'ils semblent et tous ont des secrets, particulièrement Mila. Et encore une fois, j'ai lu si vite le roman, que je n'ai absolument rien deviné et ça, ça me fait vraiment plaisir !

Et je n'ai pas vu venir les derniers mots du roman. Qui implique clairement une suite ! Hum...

Une suite ? Autres commentaires à venir !

Extraits

"Pendant sa carrière de chercheuse de personnes disparues, Mila avait appris que, aussi loin qu'on fuie, où qu'on aille, notre maison nous suit toujours. Même quand on déménage souvent, on reste toujours liés à une habitation. Comme si c'était nous qui lui appartenions, au lieu du contraire. Comme si nous étions constitués des mêmes matériaux - terre en guise de sang, bois dans les jointures, od de ciment." p.60

Sources à consulter

28 mars 2014

La gifle de Christos Tsiolkas

LaGifle01La gifle / Christos Tsiolkas ; traduit de l'anglais (Australie) par Jean-Luc Piningre. -- Paris : Belfond, c2011. -- 466 p. ; 24 cm. -- ISBN 9782714446459. 

Quatrième de couverture

Provoquant, urgent, impitoyable, un roman coup de poing, une révélation dans la lignée d'un Don DeLillo ou d'un Jonatha Franzen.

Lors d'un barbecue entre amis, un adulte gifle un enfant qui n'est pas le sien.

Un incident qui va créer une onde de choc parmi les invités et provoquer une série d'événements explosifs. Mais aussi révéler, derrière les belles apparences, le racisme ordinaire, la drogue, l'alcool, la honte et une extrême solitude.

Tout à tour violent et bouleversant de tendresse, un très grand roman qui dresse, avec une formidable lucidité, le tableau d'un Occident en pleine confusion.

L'auteur

Christos Tsiolkas est né à Melbourne, en Australie, en 1965, d'une famille d'origine grecque. Il obtient un diplôme en Arts en LaGifle021987 de l'Université de Melbourne. Il écrit son premier roman, Loaded, en 1995. En 1998, le roman est adapté au cinéma sous le titre de Head On. Il a gagbé de nombreux pris, notamment pour Dead Europe et The Slap (La Gifle). Aujourd'hui, il est un auteur reconnu, il a écrit de nombreux romans, pièces de théâtre et scénarios pour la télévision et le cinéma.

Bibliographie

  • Loaded (1995)
  • Jump cuts (1996) (avec Sasah Soldatow)
  • Thug (1998) (avec Spiro Economopoulos)
  • The Jesus Man (1999)
  • Who's Afraid of the Working Class? (Théâtre) (1999) (avec Andrew Bowell, Melissa Reeves et Patricia Cornelius)
  • Elektra AD (Théâtre) (1999)
  • Viewing Blue Poles (Théâtre) (2000)
  • Satum's Return (2000)
  • The Devil's Playground (2002)
  • Fever (Théâtre) (2002) (avec Andrew Bowell, Melissa Reeves et Patricia Cornelius)
  • Dead Caucasians (Théâtre) (2002)
  • Dead Europe (2005)
  • Non Parlo di Salo (2005) (avec Spiro Economopoulos)
  • The Slap (2008)
  • Barracuda (2013)

Commentaires personnels

Le roman de Tsiolkas a paru en 2008 sous le titre original de The Slap, il fut adapté pour la télévision australienne en 2011. Le roman comme la mini-série de 8 épisodes connurent un immense succès en Australie. Le roman fut également très populaire à travers le monde et a été nommé et a remporté de nombreux prix.

Disons-le immédiatement, j'ai bien aimé le roman, mais il ne m'a pas emballé. Malgré cela, je le recommande chaudement car je suis certaine qu'il devrait beaucoup plaire. Ceci dit, j'aimerais beaucoup, mais vraiment beaucoup voir la mini-série qui fut réalisée car je vois sans difficulté cette adaptation. Même que je suis certaine que la mini-série me plairait encore plus que le roman.

La prémisse est simple. Lors d'un barbecue entre amis, familles et voisins, un enfant de 3-4 ans, Hugo, complètement insupportable et capricieux se montre aggressif et menace un autre enfant. Devant l'absence de réaction des parents du gamin et des autres adultes, le père de l'enfant menacé va gifler Hugo. Et c'est cette gifle qui va complètement bouleverser les vies des différents personnages. Les parents du gamin fautif - car il faut souligner que Hugo est mal élevé, difficile, criard, gâté et vraiment, mais vraiment insupportable, mais est-ce la faute du gamin ou des parents ? - vont porter plainte contre Harry, le père ayant giflé leur fils, pour coups et blessures.

La gifle de Tsiolkas est un roman choral. C'est-à-dire que nous allons avoir à tour de rôle le point de vue de différents narrateurs, et donc des différents personnages. Nous commencerons par la perspective de Hector, l'hôte du barbecue et qui nous racontera l'incident. Puis, chaque chapitre, nous propose le commentaire d'un autre personnage et la suite des événements. Ce qui permet d'avoir différentes voix, et surtout différentes visions de la gifle et de ses conséquences et répercussions.

Voilà. Je ne suis pas hyper fan des romans choraux. Et certains personnages m'ont agacée au plus haut point. La plupart des protagonistes sont franchement désagréables. Et donc l'auteur a réussi à provoquer en moi de fortes réactions émotives. Il faut dire que la prémisse, la fameuse gifle, vient nous chercher. On est rarement neutre face à un tel geste. Voyons voir... voici un exemple des sentiments que j'ai vécu au long du roman... L'enfant était incroyablement insupportable, gâté, mal élevé et se montrait une menace pour un autre. Les parents ne faisant rien, je serais aussi intervenue pour protéger mon enfant. Aurais-je donné une gifle ? Peut-être pas, mais l'émotion peut intervenir. Le fait que les parents du giflé poursuivent le gifleur m'a énervée au plus haut point, car je sais que cela arrive trop souvent. Les gens n'ont rien de mieux à faire que poursuivre les autres pour des insignifiances. Les réactions des autres personnages face au geste et à la poursuite m'ont aussi énervée. Et surtout, le plus difficile, le gifleur s'avère un "trou d'cul" fini (désolée, mais c'est exactement ce qui m'est venu à l'esprit). Mais les autres personnages ne sont pas bien plus sympathiques. Ce qui ne fait pas un mauvais roman. Car ces personnages, je m'en souviens.

Mais au-delà de la gifle, le roman nous présente surtout des vies et une société australienne. L'auteur critique les défauts du pays dans lequel il vit et qui finalement est le sien. Mais ces défauts sont dans toutes les sociétés : racisme, sexisme, homophobie, misogynie... C'est une vision très froide. Et ma foi, assez pessimiste. Je le répète, presque tous les personnages sont antipathiques et sont présentés sur leur pire jour. Les tensions et les préjugés sont omniprésents. Les apparences se fissurent et face à la gifle et la poursuite, les personnages se positionnent, se déchirent et se dévoilent. Il paraît que le livre et surtout la série a soulevé nombres de débats en Australie.

Mais il demeure que pour moi, un roman purement choral me semble toujours long... Surtout quand la trame narrative se poursuit d'un narrateur à l'autre. C'est difficile à expliquer, mais ça m'achale. Ceci dit, je le répète, j'ai tout de même bien aimé le roman. Je sais, c'est paradoxal. Sur le coup, tout m'a énervé et ma lecture m'a paru s'éterniser. Mais en rétrospective, je le recommande !

Extrait

« Voilà, ce qu’étaient finalement l’amour, son allure son essence une fois disparus la luxure, l’extase, le danger, l’aventure. Il reposait avant tout sur la négociation, sur deux individus qui acceptent les réalités sales, banales et domestiques d’une vie partagée. Cet amour-là assurait une forme de bonheur familier. Toute alternative était probablement impossible, inaccessible et il valait mieux renoncer à l’inconnu. »

Source à consulter

11 février 2014

Dylanne et moi d'André Carpentier

dylan01wDylanne et moi : roman / André Carpentier. -- [Montréal] : Boréal, c2012. -- 134 p. ; 22 cm. -- ISBN : 978-2-7646-2169-1

Quatrième de couverture

« J’étais sans faim ni autre soif que d’ajouter de l’inédit à ma vie, ou de la réorienter. N’était-ce pas, inconsciemment bien sûr, pour cette raison que j’avais accepté cette aventure artistique à deux ? Pour me retrouver, moi, dans une nouvelle expérience de vie, comme on se retrouve soi et soi seul en voyage, en relation de front à front avec la multitude. Mais cela je le dis avec le recul. Sur le coup, je pensais à fuir. »

 

Un homme répond à une petite annonce parue dans un hebdo culturel. Il est médecin et il est en convalescence à la suite d’un cancer. Ladite annonce propose « une expérience artistique à deux – galants s’abstenir ». Après quelques échanges de courriels, il se rend à l’atelier d’artiste de Dylanne, et il est déconcerté devant l’originalité du projet qu’on lui propose.

 

André Carpentier propose ici une réflexion sur l’intériorité, la beauté, la complicité entre deux êtres, mais aussi sur l’imprévu qui peut survenir et auquel parfois on tente de se dérober

L'auteurdylan002

André Carpentier est né en 1947 à Montréal. Il obtient, en 1973, une maîtrise en Études littéraires à l'Université du Québec à Montréal (UQÀM) et en 1986, un doctorat en Études françaises à l'Université de Sherbrooke. Il commence à écrire dans les années 70 et reçoit en 1983 le Prix Boréal pour Du Pain des oiseaux. En plus d'écrire des romans, il touche également à la bande dessinée et écrit pour la revue L'Écran en 1974. Il sera également directeur adjoint au Pavillon international de l'Humour de Terre des Hommes.

Il enseigne à l'UQÀM mais travaille aussi comme animateur et critique littéraire à la radio de Radio-Canada.

Blogue.

Bibliographie partielle

  • Axel et Nicolas, suivi de Mémoires d'Axel (1973)
  • L'Aigle volera à travers le soleil (1978)
  • Rue Saint-Denis (1978)
  • Du pain des oiseaux (1982)
  • Journal de mille jours (1988)
  • De ma blessure atteint, et autres détresses (1990)
  • Carnet sur la fin du possible (1993)
  • Gésu retard (1999)
  • La renouée des oiseaux (1999)
  • Mendaint de l'infini (2002)
  • Ruelles, jours ouvrables (2005)
  • Dylanne et moi (2012)

Commentaires personnels (attention spoilers)

Note : Bon, j'ai averti que mon commentaires contenait des spoilers, mais je m'aperçois qu'il en contient beaucoup trop. J'ai beaucoup aimé le roman de Carpentier. C'est une belle lecture. Une exploration du paraître, de l'être, de l'âme et de la création artistique. C'est un texte intriguant et envoûtant. Si vous pensez le lire, ne lisez pas mon commentaire. Même si on devine assez rapidement l'essence de la démarche artistique de Dylanne, il serait dommage de ne pas le découvrir petit à petit au fil des mots et des séances artistiques.

[Spoilers à venir]

Un médecin répond à une petite annonce dans un journal de Montréal. Il a survécu à un cancer et est un peu à la recherche de lui-même. La petite annonce offre une expérience unique à vivre : "une expérience artistique à deux". Mais il est clairement dit que rien de sexuel ou romantique n'est proposé.

Après avoir sondé un peu le terrain, l'homme décide d'accepter la proposition de Dylanne et se rend à son studio. Mais la séance artistique le prend par surprise. Dylanne lui demande de se dévêtir, de prendre des poses mais surtout de la prendre, elle, en photo, alors qu'elle le regarde. Le modèle nu devient le photographe et doit photographier l'artiste qui l'observe. Malgré ses réticences et son esprit cartésien, il se laisse envahir par l'inspiration artistique de Dylanne.

Cette expérience le projette en lui-même et nu, se laisse envahir par l'expérience. Quand nous sommes nus, quand nous ne sommes plus protégés par les vêtements, nous sommes exposés. Notre vulnérabilité est exposée. Notre âme est à découvert. Et se dévoiler n'est jamais facile. Mais c'est ce que recherche Dylanne. Après cette séance, il quitte le pays pour faire du travail humanitaire. Il part à la recherche de lui-même et de son identité. Mais Dylanne ne quitte pas son esprit. Son expérience le pousse à sortir de son moule, à transgresser ce qu'il pensait être. Quand il revient au Québec, il décide de revoir Dylanne. Il la retrouve à une séance de signature de son livre "Derniers regards". Et alors, il comprend la démarche de Dylanne. La capture de ses derniers moments de voyante. Les derniers moments qu'elle a pu voir.

Il accepte alors de participer à une deuxième séance de photographie. Elle sera alors le photographe. Une photographe aveugle. Il a alors l'impression de ne plus exister. Elle ne le voit pas. Seul l'appareil le voit. Fige un moment. Capture un moment. Et si on n'existait que dans le regard de l'autre ; et surtout que si on avait conscience de ce regard.

Ces photographies feront parties d'un second livre. Mais l'homme n'arrive pas à se réconcilier avec cette dernière séance de photos. Il ne retrouve plus Dylanne. Et le roman de Carpentier est plein de silences. Le roman est lui même une multitude de moments captifs, de photographies, d'instants de vie. Le roman s'intitule Dylanne et moi et c'est exactement le résumé du livre. L'homme n'existe que par l'art de Dylanne. Ou encore, Dylanne force l'homme à vivre par son art, l'oblige à comprendre et dépasser ses propres limites. L'homme renaît grâce, à cause de Dylanne. Mais celle-ci disparaît petit à petit. Elle aura réussit à voir et à exister un peu plus longtemps à travers ces photographies.

C'est un roman sur la création et sur les limites de nos existences. Mais surtout sur comment nous pouvons aller au-delà des apparences et de nos limites, autant physiques que psychiques. C'est un texte tout en douceur et en lenteur. L'écriture est sobre mais puissante. Le roman en révèle finalement très peu. Nous ne saurons pratiquement rien sur l'homme et encore moins sur Dylanne. L'important est la démarche artistique. L'important est le dévoilement de nos faiblesses et notre capacité à en assumer les conséquences. L'important c'est notre regard sur nous-mêmes.

L'avis de Lali, David Hébert, Prospéryne, Jean-Michel Fortier,

Extraits

"Elle saisit mes mains, les souleva un instant vers son visage, et, comment dire ? elle les renifla avec l'insistance d'un animal. Et de même pour ma joue. Certes, cela me rappela sa demande expresse de ne porter ni parfum ni baume après-rasage le jour de la séance, mais je ne parvenais pas à saisir le lien avec les photos à faire. Elle me laissa sur place et, comme pour se l'approprier par les pieds et par tout le corps, elle arpenta l'espace dégagé du loft. Peut-être croyait-elle que le vide ne s'exprime jamais mieux que dans un lieu conçu pour être plein." [p.30]

"Des faisceaux lumineux tombant des fenêtres et des spots se répercutaient sur le plancher et faisaient rebondir des lueurs éblouissante par tout le loft. Dylanne s'y déplaçait à vitesse variable en déployant d'amples mouvements de bras et de jambes. Elle s'arrêtait inopinément, pivotait sur son axe, puis se remettait en marche. Le frottement de ses pieds nus sur le plancher produisait des couinements aigus, on aurait dit une guitare classique grinçant aux changements d'accords."[p. 41]

Sources à consulter

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8 janvier 2014

Le dîner de Herman Koch

DSC_5339Le dîner / Herman Koch ; traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin. -- Paris : Belfond, 2011. -- 329 p. ; 23 cm. -- ISBN 978-2-7144-4664-0

Quatrième de couverture

Deux frères se donnent rendez-vous avec leurs épouses dans un restaurant branché d'Amsterdam.

Hors-d'oeuvre : le maître d'hôtel s'affaire. Plat principal : on parle de tout, des films à l'affiche, des vacances en Dordogne. Dessert : on évite soigneusement le véritable enjeu du dîner, les enfants.

Car leurs fils respectifs ont commis un acte d'une violence inouïe. Un café, un digestif, l'addition.

Reste la question : jusqu'où irions-nous pour préserver nos enfants ?

L'auteur

Herman Koch est né en 1953 à Amhem aux Pays-Bas. Il est un scénariste très connu aux Pays-Bas. Il a écrit pour la télévision, la radio et pour la presse écrite. Il est également connu comme acteur,DSC_5339 copy notamment pour la série télévisée Jiskefet (1990-2005) qui est une suite du programme radiophonique humoristique Borat auquel il a également participé.

Son roman Le Dîner paraît en 2009 aux Pays-Bas. Il est traduit en plusieurs langues et connaît un succès international. Il est adapté au théâtre et une adaptation cinmatographique devrait être produite prochainement.

Herman Koch a également publié sous le pseudonyme de Menno Voorhot. Marié avec une espagnole, il vit principalement à Barcelone avec sa famille.

Bibliographie partielle

  • De voorbijganger (1985)
  • Red ons, Maria Montanelli (1989)
  • Wings of Fame (scénario) (1990)
  • Eindelijk oorlog (1996)
  • Geen agenda (1998) 
  • Het evangelie volgens Jodocus (1999) 
  • Eten met Emma (2000) 
  • Schrijven & drinken (2001) 
  • Dingetje , columns (2001) 
  • Alle verhalen , verhalen (2003)
  • Odessa Star (2003) 
  • Denken aan Bruce Kennedy (2005) 
  • Het diner (Le Dîner) (2009)
  • De ideale schoonzoon , columns (2010)
  • Zomerhuis met zwembad (2011) 

Résumé

Deux couples se réunissent pour un repas au restaurant. Deux frères et leurs épouses. Ils doivent discuter de leurs fils. Le récit nous présente les personnages, leurs émotions, leurs vécus et surtout leurs réactions face aux actes de leurs fils. Faux huis clos dans un restaurant.

Commentaires personnels (attention, même les émotions peuvent être annonciatrices de spoilers !)

Le roman met en scène un repas au restaurant. Deux frères, accompagnés de leurs épouses, se donnent rendez-vous dans un grand restaurant de la ville pour discuter d'une situation délicate concernant leurs fils. Petit à petit, nous découvrons les événements qui ont réunis les parents. 

L'auteur commence son texte de façon légère. Nous pourrions penser, à la limite, lire une comédie de moeurs. Puis, au fur et à mesure que les plats sont servis, les conversations légères deviennent de plus en plus tendues. Les masques tombent petit à petit et la véritable raison de leur rencontre se dessine tranquillement. Ils doivent prendre une décision difficile : comment réagir face à l'acte horrible commis par leurs fils.

Que dire de ce roman ? Le roman fut énormément lu et critiqué sur la blogosphère, par exemple sur Babelio. Il me semble que tout a été dit. Est-ce que j'ai aimé le roman ? Énormément. Est-ce que c'est un chef d'oeuvre ? Pas nécessairement. Je pourrais passer plusieurs paragraphes à énumérer les points que je considère forts et ceux que je crois faibles. La force des personnages mais le peu d'empathie que j'ai ressenti envers les principaux personnages ; la lenteur à dévoiler ce qu'on a déjà deviné mais le poids de cette révélation ; le texte simpliste mais percutant... enfin, vous voyez.

En fait, je peux surtout vous dire l'émotion que j'ai ressentie tout au long de ma lecture. J'étais tout d'abord intriguée. Puis les relations entre les 4 personnages principaux m'ont troublée. Et puis, j'ai commencé à me douter que ce que les deux jeunes garçons avaient fait était horrible. Puis j'ai su que c'était inexplicable. Et j'étais bouleversée. Plus je lisais et plus je devinais et savais, plus j'étais mal à l'aise. L'acte était répugnant, mais pendant quelques instant je me suis demandé pourquoi cela me troublait autant. Et puis...

Soudainement, je me suis dis: "ça ressemble à ce qui s'est passé, il y a quelques années à Barcelone". Une histoire horrible qui avait eu lieu en 2005 et qu'on nous avait présenté à l'infini à la télé. On en avait parlé sans arrêt. On avait analysé l'horreur sur toutes ses coutures. Jusqu'à ce qu'on ne soit plus capable d'en entendre parler. J'ai tout de suite fait quelques recherches et j'ai découvert qu'en effet, c'est cette histoire qui a inspiré l'auteur, qui, marié à une espagnole, vit à Barcelone. Je dois donc avouer que le texte m'a beaucoup touchée... La nouvelle m'avait bouleversée à l'époque et le roman de Koch m'a renversée. Et, je l'avoue, révoltée.

Et l'auteur rend bien l'horreur que j'avais ressentie à ce moment. Il offre parfois une analyse simpliste du pourquoi, mais c'est aussi ce qu'on en avait dit à l'époque. Et c'est une réponse normale. Et cet acte, la passivité des jeunes, leur manque d'émotion, leur cruauté, l'utilisation des médias sociaux, le nombrilisme, le besoin d'être vu, etc. ; tout ça m'avait dégoutée à l'époque et m'a encore dévastée lors de ma lecture. Mais ce qui me révolte le plus et que je ne suis pas capable d'accepter c'est la réaction de certains des parents (personnages du livre, pas les vrais) et la décision qu'ils prennent face aux gestes de leur enfant. Tout mon être se révolte contre ce qu'ils proposent. Je n'ai pas d'enfants, je sais, mais je ne comprends pas et je ne peux être d'accord. J'ai donc refermé le livre en colère et plusieurs mois plus tard je suis encore enragée quand j'y pense.

C'est une lecture percutante, pas sans défaut, mais qui restera longtemps dans mes souvenirs.

Extraits

"Chaque fois que j'ai assisté à une telle scène, je l'ai trouvée incroyable, incroyable et stupéfiante : voir mon frère, ce rustre maladroit, ce plouc borné qui doit manger "pas plus tard que maintenant" et ingurgite son tournedos sans joie en trois bouchées, cet abruti si prompt à s'ennuyer, dont les yeux s'égarent dès que le sujet ne le concerne pas directement ; voir ce frère qui est le mien commencer littéralement à rayonner sur une estrade et sous la lumière des projecteurs et des éclairages dans un studio de tél´vision - le voir en un mot devenir un homme politique charismatique." p. 118

"Je ne vais pas raconter ce qu'avait Claire, car c'est une affaire privée, je trouve. La maladie que l'on a ne concerne personne ; en tout cas c'est à Claire de décider si elle veut en parler, pas à moi, Je dirai simplement que sa vie n'était pas en jeu, il n'en a du moins pas été question dans un premier temps." p. 224

Sources à consulter

3 avril 2013

Stigmates et BBQ de Dompierre

dompStigmates et BBQ : roman / Stépane Dompierre. -- [Montréal] : Québec Amérique, [c2011]. -- 249 p. : 22 cm. -- ISBN 978-2-7644-1296-1. -- (Coll. Littérature d'Amérique / dirigée par Isabelle Longpré, no 91)

Quatrième de couverture

En participant au concours proposé sur l'emballage de sa marque favorite de pain blanc, Nathalie souhaitait gagner le troisième prix, un magnifique barbecue à gaz de marque Major Flam en acier inoxidable avec grilloir en fonte émaillée, thermomètre intégré, bouton-pressoir d'allumage électronique, deux tablettes latérales en bois et housse de protection. Mais non, avec sa malchance habituelle, il avait fallu qu'elle gagne l'Italie.

Les préférences de Nathalie Duguay ont toujours été du côté de la routine rassurante et de l'anonymat. La visite d'une chapelle à Sienne lui fera perdre tout ça rapidement. La vie, plus forte que la force d'inertie, la fera sortir de sa zone de confort à grands coups de pied de cul.

Croyez-vous aux miracles ?

Dans son quatrième roman, Stéphane Dompierre nous emmène pour dix jours à Sienne, ou l'amitié et les liens mystérieux qui unissent les humains sont au centre d'un voyage initiatique nouveau genre. Et ce, toujours avec cette plume qui le caractérise, entre humour, cynisme, irrévérence et petits blasphèmes.

L'auteurBBQ1

Stéphane Dompierre est né en 1970 à Montréal. Il étudie en musique et joue avec plusieurs groupes, mais il commence rapidement à écrire. Il écrit son premier roman, Un petit pas pour l'homme, en 2004. La même année, il reçoit le Grand Prix de la relève littéraire Archambault.

Il écrit des nouvelles et plusieurs articles, notamment une chronique hebdomadaire sur le portail de Yahoo! Québec et dans le magazine Elle Québec. Il est également scénariste pour la télévision et le cinéma et est très actif sur la scène littéraire québécoise.

Bibliographie

  • Un petit pas pour l'homme (2004)
  • Mal élevé (2007)
  • Jeunauteur T.1 (BD avec Pascal Girard) (2008)
  • Morlante (2009)
  • Jeunauteur T.2 (BD avec Pascal Girard) (2010)
  • Stigmates et BBQ (2011)
  • Amour et libertinage (collectif) (2011)
  • Corax (2012)
  • Dictionnaire de la révolte étudiante (collectif) (2012)
  • Fâché noir (2013)

Blog de l'auteur, sa chronique Faché noir (sur Yahoo! Québec) et son site,

Commentaires personnels

Il arrive qu'un quatrième de couverture nous donne envie et qu'une couverture nous fasse sourire. On prend alors le livre et on commence sa lecture avec impatience. Et puis, après la dernière page, on referme le livre tristement. A-t-on apprécié notre lecture? Oui. A-t-on aimé ? Pas vraiment. A-t-on détesté ? Pas vraiment. Alors ? Et bien, ni chaud, ni froid. Quelques bons passages, plusieurs roulements des yeux. Au final, une histoire pleine de promesses, des moments intéressants, des moments inutiles et une fin décevante.

Une femme ordinaire, routinière et banale, à la limite de l'insignifiance, participe à un concours dans l'espoir de gagner un barbecue à gaz. Le genre de rêve que l'on trouve banal mais qui satisfait pleinement Nathalie Duguay. Elle fait même une petite prière dans l'espoir de gagner. Et elle gagne. Mais elle gagne le voyage à Sienne en Toscane en Italie. Pour la plupart du monde, c'est un voyage de rêve, pour Nathalie c'est une catastrophe. Malgré tout, elle décide de faire ce voyage.

Le voyage commence pour Nathalie et elle est obligée de sortir de ses habitudes. Elle semble s'adapter petit à petit à sa vie de voyageuse. Elle fait des rencontres, dont une jeune italienne, Laura, qui deviendra son amie et qui la poussera en dehors de sa zone de confort.  Mais voilà que dans une église, elle est témoin d'un miracle. Enfin, elle n'en est pas certaine. Elle doute. Elle ne peut cependant douter trop longtemps, d'autres phénomènes étranges vont bientôt survenir, allant même jusqu'aux guérisons miraculeuses. Toute la ville de Sienne est bientôt au courant et on la réclame partout. Elle est une vedette spirituelle et elle n'a pas le choix d'y croire. Enfin, elle n'en est pas du tout certaine. À travers ces interrogations religieuses, elle n'oublie pas d'explorer son amitié avec Laura ainsi que sa sexualité.

Les critiques - et il me semble que Dompierre lui-même - ont qualifié le roman d'un pastiche trash de Mange, Prie, Aime. Peut-être. Disons que selon moi, c'est un peu allé chercher loin une comparaison pour attirer un lectorat potentiel. Lequel ? Je ne sais trop.

J'ai bien aimé le prémisse de l'histoire et le personnage principal. Et j'aimais bien l'idée du miracle qui fait d'une femme ordinaire qui ne veut pas d'histoire, la vedette d'un comédie-dramatique religieuse. Mais voilà. Dompierre ne va pas au bout de cette idée. Et la fin est un tantinet décevante. J'aurais préféré qu'il n'explique rien, qu'il laisse planer le doute.

Et je déplore la quantité innombrable de scènes inutiles, généralement sexuelles. Honnêtement, je ne vois pas ce que la plupart de ces scènes viennent faire dans l'histoire. Elles n'apportent en général absolument rien, sauf quelques rares scènes concernant le personnage principal. Je ne sais pas si c'est juste moi, mais il me semble avoir lu nombres de romans québécois ces dernières années qui semblent avoir besoin de mettre des scènes inutilement crus, voire vulgaires. Comme si cela démontrait une ouverture d'esprit ou que l'auteur osait briser certaines limites. Pour moi, ça démontre surtout un manque d'imagination et une volonté enfantine de briser de prétendus tabous. Comme si on ne pouvait pas être original ou se démarquer qu'en étant volontairement vulgaire ou en utilisant des mots crus. Ça fait terriblement pipi, caca, vagin, queue et je trouve ça lassant. Et contrairement à d'autres, je ne trouve pas cela irrévérencieux, cynique ou audacieux. Enfin... (oh la la les résultats de recherche que je vais avoir avec ce dernier paragraphe!).

Le style d'écriture de Dompierre est en général simple et très minimaliste. Dompierre a une plume directe et écrit le quotidien même si parfois le quotidien est chamboulé par le miraculeux. Pas de description, il dit lui-même que le lecteur a déjà en tête les lieux où se situent ces romans, il ne les décrit donc pas. Il préfère parler des petits détails amusants ou différents. À prime abord, j'aime cette façon de faire. Je n'ai jamais aimé les trop longues descriptions. Mais j'avoue que parfois quelques petites descriptions auraient pu être agréables. Et c'est aussi généraliser et assumer que tous les lecteurs vont avoir en tête les mêmes choses. Cela peut en perdre plus d'un.

Donc, j'ai apprécié le texte de Dompierre tout en étant déçue. Et au final, je n'ai pas vraiment envie de découvrir d'autres texte de l'auteur. Ce que je trouve triste.

L'avis de Rachel Graveline, Jason Lepage, Prosperyne, Benoit Bourdeau, Kay, Nancy.

ExtraitJaime_la_plumeQ

"Très peu excitante, jusqu'à maintenant, la vie d'adulte de Nathalie. De petits gestes banals, dans le respectdes lois et des pressions sociales, rien qui ne la distingue des autres, mais il ne faudrait tout de même pas minimiser ce qui au fond constitue l'essence de sa personne. Elle rince ses boîtes de conserve avant de les mettre dans son bac de recyclage, traverse les intersections au feu vert, lave ses vêtements à l'eau froide, tâte et hume les cantaloups pour mieux les choisir, époussette son dieffenbachai, cuit ses pâtes al dente, utilise régulièrement la soir dentaire, achète des soutiens-gorge de la bonne taille, laisse sécher sa vaiselle dans l'égouttoir, écoute parfois la radio, à faible volume, pour meubler, retirer le germe des gousses d'ail avant de s'en servir, remplace les piles des détecteurs d'incendie chaque fois qu'on avance ou qu'on recule l'heure, plie les genoux pour soulever des objets lourds, baillse le chauffage avant d'aller dormir, congèle ses restes de sauces à spaghetti, glisse des semelles coussinées anti-odeur dans ses chaussures, s'épile le publis en n'y laissant qu'une mince ligne de poils, [...] ne croit à pas à l'homéopathie, se lave les mains souvent, éteint toutes les lumièeres le soir de l'Halloween et tant d'autres choses encore.

Les biographies de Nathalie, et Dieu sait qu'il y en aura, s'attarderont très peu sur cette vie d'avant son arrivéee en Italie. Avec raison. Les gens n'aiment pas qu'on leur raconte des vies ordinaires. Se rendre compte que c'est dans la banalité qu'on se ressemble le plus, ça crée un malaise. On préfère s'identifier aux gens d'exception. Avec Nathalie, on sera bientôt servi." p. 21 à 23

Sources à consulter

 

9 mars 2013

Je chuchotte un coup de mon coeur

C'est tout bizarre... Une belle coïncidence ! Mais certains diraient qu'il n'y a pas de coïncidence et que ceci est la cause de cela. Et c'est bien évident. C'est normal et y avoir pensé, j'aurais fait cet article sur mon crime littéraire sans coeur bien avant. DC2Bs

Car forcément, trois jours après avoir rédigé l'article en question, j'ai eu un coup de coeur renversant.

Un livre que j'ai refermé en disant "Wow"... ce que je ne fais plus depuis longtemps. Et surtout pour ce genre littéraire.

Car mon vide de coups de coeur est - ou était - compartimenté. Et deux genres étaient particulièrement touchés: les romans policiers et les romans fantastiques. Des pincements de coeur j'en avais presque eus dans d'autres genres... mais pas pour ces deux-là. Et surtout, cela faisait encore plus longtemps que je n'en avais pas eus. Des années et des années... sans avoir pu fermer un roman policier ou un roman fantastique et m'être dit : "Wow, quel roman incroyable". Cela faisait une éternité que je n'avais pas été captivé par l'intrigue d'un roman policier ou inquiété par un roman fantastique.

Mais voilà... c'est arrivé hier ! J'en avais des frissons. Je vous jure. Vous avez peut-être lu le livre et vous êtes surpris. Ou vous lirez le livre et vous ne comprendrez pas. Ça arrive. On ne peut pas avoir tous les mêmes coups de coeur.

Mais je vous le jure quand j'ai lu la dernière page de ce roman, je n'en revenais pas. Non seulement, je l'avais lu en 2 jours, mais je voulais continuer. Je voulais d'autres pages. Et je souhaitais retourner en arrière pour qu'il me reste encore des pages à lire.

Et ce fut une surprise totale. Car j'ai commencé ce livre, il y a deux semaines. J'ai lu les 18 premières pages et je me suis couchée. Je le sais car je n'avais même pas pris la peine de mettre un marque-page, je l'avais cornée cette page, ce qui veut dire que le roman ne m'apparaissait pas comme un roman à conserver précieusement. Conserver ? Probablement. Avec soin ? Non. C'était ok, mais rien qui ne me semblait renversant. Et puis les jours suivants, j'ai lu autre chose.

Avant hier, j'avais besoin d'un petit livre pour mon trajet de train. C'est-à-dire d'un format poche. Il ne me restait que quelques minutes avant de partir alors j'ai pris le livre le plus près et qui était du format adéquat. Celui-ci. Le trajet de train fut trop court. Toute la journée, j'ai pensé au livre et j'avais hâte au trajet du retour. Le soir... j'avais pleins de projets. Que j'ai mis de côté pour lire. Jusqu'à 2h00 du matin. Le lendemain... je n'ai pu que lire et quand j'ai reposé le livre, j'en voulais encore. Trop court, ce livre de 568 pages.

Je prépare mon article parce que pour une fois, je veux le faire tout de suite (oui, j'écris rarement un texte après avoir lu le livre... bon, jamais !) et essayer de transmettre ce qui m'a fait "coup de coeurer" ce roman policier. Parce que ce n'est pas nécessairement le style, l'histoire ou ... bon... je rédige et je vous reviens.

Mais j'annonce officiellement que je vais enfin mettre un "vrai" coup de coeur "récent" sur la table des "Coups de coeur" demain !

(PS - Bon, je regarde mon montage, de la couverture avec le "coup de coeur" et c'est weird... mais je laisse... mais weird...)


Lire aussi: Le chuchoteur de Donato Carrisi

5 février 2013

Le brunissement des baleines blanches de Boucar Diouf

 Balenine2Le brunissement des baleines blanches / Boucar Diouf. -- [Montréal] : Le Intouchables, [c2011]. -- 127 p. : ill ; 23 cm. -- ISBN 978-2-89549-422-5

Quatrième de couverture

Globi, une femelle bélouga qui souhaite sauver sa famille de la pollution du Saint-Laurent, décide de quitter le grand fleuve pour rejoindre les mers du sud. Mais, pendant son escapade, incapable de garder le cap, elle échoue sur une plage de la Nouvelle-Angleterre. Secourue par des biologistes, elle se retrouve quelques jours plus tard nageant dans un aquarium avec un vieux phoque retraité du cirque, nommé Jo Groenland. Le phoque, qui a toujours rêvé de retourner vivre dans la nature, lui propose un stratagème qui leur permettra de prendre le large. Cette mise en scène digne des plus grands spectacles leur redonnera la liberté ! De retour dans l'estuaire, l'artiste réalisera cependant que la vie d'un phoque libre n'est pas aussi simple qu'il l'imaginait.

L'auteur

Boucar Diouf est né au Sénégal en 1965 (certaines sources donnent 1966). Il a étudié à l'Université Cheikh-Anta-Diop de Balenine1Dakar où il a fait une maîtrise et une attestation d'études approfondies à la faculté des sciences. En 1991, il reçoit une bourse pour venir faire des études en océanographie à l'Université du Québec à Rimouski. Il obtient son doctorat en 1998. Après son doctorat, il décide de rester au Québec. Dans ses propres mots: "Finalement, j’ai décidé de faire ma thèse de doctorat sur les adaptations au froid chez les poissons. C'est après avoir soutenu ma thèse, cinq ans plus tard, que je me suis posé la question fatale : « Qu'est-ce que tu vas faire avec une telle spécialisation au Sénégal où il fait quarante degrés à l'ombre ? »"

Il est tout d'abord chargé de cours à l'Université du Québec à Rimouski, où il enseigne la physiologie animale et la biochimie. Rapidement, cependant, ses talents d'humoriste sont remarqués. Il consacre de plus en plus de temps à l'humour. Il participe à divers concours et prépare de nombreux numéros. En 2005, il remporte le Prix de la révélation au festival du Grand Rire de Québec. Sa carrière d'humoriste est lancée. Il monte plusieurs spectacles et se taille rapidement une place sur la scène québécoise. Il devient également un chroniquer et animateur pour plusieurs émissions de télévision dont la très populaire émission Des kiwis et des hommes.

Il vit aujourd'hui dans la ville de Québec avec sa famille. Il poursuit sa carrière d'humoriste, animateur, écrivain. Il continue également de s'impliquer socialement pour l'intégration des communautés culturelles. Il visite régulièrement les écoles et bibliothèques et est invité à différents congrès. Il a reçu de nombreux prix et distictions dont le prix Jacques-Couture pour la promotion du rapprochement interculturel en 2006. Il n'oublie pas la science et continue de s'impliquer dans le monde de l'enseignement et de l'océanographie. Depuis janvier 2013, il anime une nouvelle émission Océania sur la mer, les animaux qui la peuplent et les gens qui vivent par et pour la mer.

Bibliographie partielle

  • Mystérieuse de Kaloua (2005)
  • Sous l'arbre à palabres, mon grand-père disait... (2007)
  • La commission Boucar pour un raccommodement raisonnable (2008)
  • Le brunissement des baleines blanches (2011)

Site web de l'auteur

Commentaires personnels

Quel magnifique conte ! Et un conte éducatif, en plus. On peut sans hésitation qualifier son texte de "mélange entre la poésie et la science" comme le fait Alexandre Shields dans son article du Devoir (Le Devoir, 9 mai 2011).

belugaL'auteur aime le fleuve Saint-Laurent. Mais très pollué, celui-ci se porte plus ou moins bien. Pour sensibiliser les gens aux problèmes environnementaux du fleuve, l'océanographe a choisi de mettre au centre de son texte, la baleine blanche du St-Laurent, le béluga.

Selon l'auteur, le béluga est véritablement le symbole du fleuve Saint-Laurent et de ses problèmes. Le béluga est un cétacé qui vit dans les eaux arctiques et subarctiques. Sauf pour une population isolée vivant dans le Saint-Laurent et dans le fjord du Saguenay. On estime que cette population y vit depuis environ 7000 ans. Elle est estimée aujourd'hui à environ 1000 individus. On a longtemps accusé le béluga de détruire les populations de saumon et morue et il fut victime d'une chasse sauvage. Aujourd'hui, c'est la pollution qui menace le cétacé. Les bélugas du Saint-Laurent demeurent à l'année dans le fleuve, ils sont donc particulièrement affectés par la pollution et on note de nombreux cas de cancers.

Boucar Diouf a mis près de huit ans pour écrire son texte. L'idée lui vient alors qu'il est guide pour les enfants à l'école de la mer sur la Côte-Nord. Il aime vulgariser la science pour les enfants et veut les amener à aimer la mer et à la comprendre. Et surtout les sensibiliser aux liens entre l'homme et l'environnement. Il veut alors écrire un conte sur la mer.

"Le brunissement des baleines blanches" nous raconte donc l'histoire d'une jeune femelle béluga, Globi, qui veut sauver sa famille d'une maladie qui menace son espèce. Malgré les dangers, elle quitte son environnement (l'estuaire du Saint-Laurent) et part à l'aventure pour trouver un milieu plus sain. Elle se retrouve cependant dans un aquarium sur la côte américaine. Elle y fait la connaissance d'autres résidents de la mer, dont un phoque du Groenland. Mais Globi doit sauver sa famille et avec l'aide de ses nouveaux amis, elle réussit à s'échapper. Ensemble, ils repartent pour le fleuve Saint-Laurent.

Le conte, par définition, doit distraire et instruire. Et le conte de Diouf suit exactement cette ligne directrice. Son principal défi était de rendre la science qu'il voulait diffuser, poétique. Et je crois qu'il a assez bien réussi. L'aspect philosophie et l'aspect morale, que l'on retrouve aussi souvent dans les contes, sont également présent.

C'est une belle histoire que l'on lit avec plaisir. J'ai beaucoup appris en lisant le conte de Boucar Diouf et j'ai voulu en apprendre plus. Mais il est vraiment important de savoir, quand on ouvre le livre, que c'est un conte jeunesse. Car je dois avouer que dans notre bibliothèque, il était classé avec les livres adultes. Et au début de ma lecture, j'ai eu de la difficulté avec le texte. J'étais un peu surprise, je trouvais les phrases légèrement "enfantines et simples". Et je trouvais l'aspect "vulgarisation scientifique" un peu trop évident. Comme le but est de donner des informations tout en divertissant, le texte devient parfois didactique. J'ai même fait une pause dans ma lecture pour faire quelques recherches sur cette oeuvre de Diouf pour rapidement m'apercevoir que son public cible était les jeunes. Ma lecture a pu ensuite se poursuivre avec plaisir.

Les mots sont doux, le conte puissant et triste. Les personnages sont attachants et les problèmes décrits sont malheureusement trop réels. Et j'espère bien que l'auteur reprendra, comme il le dit, son personnage de Jo Groenland, le phoque philosophe. C'est un superbe personnage, haut en couleurs, sage et drôle.

Une fois ma lecture terminée, j'ai cependant tout de suite fait reclassé le livre dans la section jeunesse. Les adultes peuvent bien entendu se perdre dans le beau texte de Boucar Diouf, mais il reste un conte pour enfants.  Et il doit être abordé comme tel, sinon, la lecture peut être déroutante. Car le livre est finalement: " "C'est une belle et poétique histoire pour enfants, mais elle me semble invraisemblable.[...]" "Tu ne comprends pas. Ce qui est important dans cette histoire, c'est la morale de la fin. Dans un conte, on peut prendre un légume et en faire un super-héros, pour autant que ses actions contribuent à améliorer la société dans laquelle on vit." ". p.103

ExtraitsJaime_la_plumeQ

"Je suis Jo Groenland dit "le Voyageur". Je me suis produit sous tous les chapiteaux de la planète. J'ai dansé et fait tourner des ballons sur les musiques endiablées des Beatles et d'Elvis Presley. J'ai fraternisé avec des éléphants d'Afrique, des tigres du Bengale, des caïmans de l'Onénoque. Bref, je suis la fierté de tous les pinnèedes de la Terre". p. 36

" "Je me demande, fit le Cajun, si Beethoven ou Mozart savaient qu'un jour leur musique serait écoutée par les morues..." "Je suis certain, cracha Joe Groenland, que s'ils l'avaient su, ils n'auraient pas créé une si belle musique [...]"." p. 72

Sources à consulter

24 août 2012

Jade, l'enfant de la mer de Stéphane Bourget

jade11Jade, l'enfant de la mer / Stéphane Bourget. -- [Varennes] : Éditions ADA, [c2001]. -- 248 p. ; 21 cm. -- ISBN 978-2-89667-388-9

Quatrième de couverture

La petite Jade a 5 ans. Durant des vacances au bord de la mer, Lucille, la plus sage et la plus âgée des baleines qui sillonnent les mers, lui annonce qu'un jour, elle deviendra une sirène. Lorsque Jade fait part de cette discussion à sa Mamie Dutour, qui est émerveillée par l'imagination de sa petite-fille, celle-ci est loin de se douter de l'importance que prendra cette chimère dans un avenir rapproché. Quelques année plus tard, un 25 décembre au matin, l'enfant est la seule survivante d'un terrible accident de voiture qui la plonge dans un coma traumatique. C'est alors que sa grand-mère devra affronter plusieurs épreuves pour la survie de sa petite sirène, qui est dorénavant tout ce qui lui reste au monde.

L'auteur

Stéphane Bourget est né à Montréal en 1960. Il abandonne les études très jeune et rejoint rapidement le monde du travail.  Il retourne cependant sur les bancs d'école dans sa quarantaine pour terminer son secondaire et faire des études en informatique. Il est cependant avant tout un écrivain et livre plusieurs romans, notamment en littérature jeunesse.

Bibliographie

  • Max la Loupe enquête - Père Noël a disparu (2009)
  • Le Témoin du passé (2008)
  • Jugement au sommet (2008)
  • L'ange déchu - Tome 1 Perception (2009)
  • Max la Loupe enquête - Tome 1 Le manoir hanté (2009)
  • Max la Loupe enquête - Tome 2 Le monstre du lac Kawatapy (2009)
  • Simon (avec Maxime Bourget) (2010)
  • Max la Loupe enquête - Tome 3 Le loup-garou de Sainte-Geneviève (2010)
  • Max la Loupe enquête - Tome 4 Le mystère de l'Arboretum Morgan (2011)
  • Jade, l'enfant de la mer (2011)

Blog de l'auteur.

Résumé et Commentaires personnels

Une petite fille, Jade, et sa grand-mère se promènent sur la plage. Jade lui confie alors, qu'une des baleines qu'elles peuvent voir au loin, vient de lui apprendre qu'un jour elle se transformera en sirène. Sa grand-mère est attendri par l'imagination de sa petite-fille et lui donne alors le surnom de "petite sirène". Quelques années passent et un drame survient un 25 décembre. Jade et sa famille venaient de célébrer Noël avec sa grand-mère, lorsque sur le chemin du retour, un horrible accident de voiture tue son père et sa mère. Jade est l'unique survivante mais est dans un profond coma. Sa grand-mère qui vient de perdre sa fille et son gendre doit maintenant s'occuper de sa "petite sirène".

Toute la vie de la grand-mère se dirigera alors vers sa petite-fille. Elle consacrera tout son temps à la guérison, au réveil de Jade. Elle tentera par tous les moyens de rester le plus possible avec la petite fille, lui parlant, lui racontant la vie qui passe, célébrant son anniversaire, tentant d'être positive, souriante. Mais le temps va passer et Jade reste absente. Se réveillera-t-elle un jour ? Et alors que sa grand-mère doit petit à petit reprendre sa vie, elle devra affronter de nouvelles épreuves.

Je dois dire que comme Allie, c'est la couverture qui a attiré mon regard. La couverture et le titre. Je l'ai déjà dit, une couverture et un titre peuvent me faire reposer un livre ou le garder. Et puis le quatrième de couverture. Il m'a tout de suite accroché. Mais il m'a aussi un peu trompé. Et je m'attendais à un peu plus de fantaisie ou fantastique dans le texte. À tout le moins à un aspect plus "conte". Et ce n'est pas ça. Je m'attendais aussi à ce que la baleine soit... hum... comment dire... plus présente. L'imagination a une place importante et la baleine aussi, éventuellement, mais pas assez selon moi.

Le texte de Stéphane Bourget est centrée sur "les relations" entre Jade et sa grand-mère. La relation qu'elles avaient avant l'accident, la relation presqu'à sens unique (mais pas tout à fait) que maintient à tout prix la grand-mère pendant le coma de sa petite-fille et finalement la relation après...

C'est un texte triste mais tout de même ensoleillé. Un roman sur le deuil, la mort et la maladie, le courage, l'espoir,  l'acceptation et l'imagination. Comme Allie, j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup d'humanité, d'émotions et de sentiments dans les mots de Bourget. Mais peut-être un peu trop de "bons sentiments". Il m'a semblé à un moment être enveloppé par trop de belles actions, beaux sentiments, bonnes personnes... un peu trop... sirupeux. Même si cela m'a achalée par moment, j'ai tout de même beaucoup aimé le texte.

Les personnages principaux, Jade et la grand-mère, sont très bien menés. On a l'impression de les connaître petit à petit, et on s'attache vraiment à eux. J'ai cependant eu de la difficulté avec les personnages secondaires qui m'ont paru caricaturaux. Autant dans leurs actions que dans leurs dialogues.

Jade, l'enfant de la mer est un beau petit roman qui se lit rapidement mais qui réussit, malgré quelques petites maladresses, à nous toucher doucement et à nous faire questionner sur la mort, la vie, et l'imagination.

L'avis d'Allie.

Extrait

"5h12. Moins de deux heures après s'être endormie, Christine se réveilla en sursaut. Ses yeux étaient ouverts, mais son esprit ne l'était pas tout à fait. Elle jeta un regard furtif en direction de son réveil. Elle porta ensuite une attention particulière aux bruits environnants et ne remarqua rien de particulier. Pendant qu'elle reprenait ses sens, elle se demandait bien ce qui pouvait être responsable de ce brusque réveil. Elle ne dut pas attendre longtemps pour connaître la réponse. Le tintement strident de la sonnette de la porte d'entrée du rez-de-chaussée se fit entendre. Son coeur sortit presque de sa poitrine." p. 24

Sources à consulter

20 juin 2012

Désherber en silence...

Desherber2Désherber... Élaguer... entre les deux, je préfère encore dire le deuxième. Oui, parce qu'enfin, il me semble que dire que je fais du "déherbage" me semble beaucoup trop péjoratif. Comme si j'enlevais la "mauvaise herbe". Car, si souvent - trop souvent - se sont de très "belles fleurs" que l'on doit élaguer !!! 

Alors j'aime mieux dire que je dois faire une évaluation périodique des collections qui entre dans le processus de développement de nos collections. Ouf... Reste qu'il faut élaguer. Parce que la bibliothèque, elle n'agrandira pas de façon magique. Et lorsque chaque mois, je fais la sélection de nouveaux livres, je sais qu'il faudra qu'éventuellement j'en élague presque la même quantité !

Il y a l'élagage continuel... le facile... les livres qui arrivent sur mon bureau parce qu'ils sont en piètre état. Endommagés par les usagers et le temps... les pages déchirées, parfois raturées... les couvertures brisées... les tranches sales et tachées... Et alors, il est facile de prendre une décision: un classique ? un best-seller beaucoup lu ? On le remplace. Ou on essaie de le réparer, le relier... le sauver. Sinon, hop... on l'élague. Bye bye livre. Et puis, il y a les multiples copies. Un livre populaire est souvent acheté en plusieurs copies, histoire de diminuer les listes d'attente pour le prêt. Mais quand la popularité diminue, et bien on élimine les copies. Façon facile et en plus sans culpabilité de faire de la place sur les rayons. Ça, c'est le facile.

Et puis, il y a l'élagage évident... lorsqu'on veut garder à jour une collection. La nouvelle édition du Guide du Routard sur l'Espagne vient de paraître et a fait sa place sur les rayons ? Hop, l'ancienne édition est à l'éliminer. La dernière biographie du pape Jean-Paul II date de 1999, et sur les 7 autres, 4 datent de 1984, 2 de 1985, 1 de 1994 ? On regarde l'état des livres, on en élague quelques uns et on trouve une biographie plus récente. Le livre le plus récent sur l'histoire de la Grèce date de 2005 ? Vite, on actualise le sujet, et on élague les livres trop vieux. Il s'agit de vérifier l'actualité de l'information, la pertinence, etc. Ça, c'est l'évident.

Mais il y a aussi l'élagage qui brise le coeur... Celui qui se fait chaque année et que je viens de terminer, j'ai nommé l'élagage de la fiction. Comme je suis en charge du développement des collections en français, je suis aussi responsable de l'élagage des romans. Et ça c'est difficile... Je le répète, nous sommes vraiment au maximum de notre espace. Donc acquérir de nouveaux livres signifie obligatoirement en éliminer. Et comment, je fais cet élagage ? Je suis notre politique qui précise que l'élagage doit se baser sur l'année de publication, le nombre de prêt et surtout la date du dernier prêt.

Alors, je fais faire une liste... une longue, longue, longue liste de tous les titres comprenant ces renseignements. Je fais retirer des étagères, ceux qui n'ont pas été empruntés depuis 4 ans et on me les apporte par chariots dans mon bureau. Et alors commence l'évaluation individuelle. Est-ce un classique ? Un incontournable d'un auteur reconnu ? A-t-il gagné des prix ? Oui. Alors même s'il n'a pas été emprunté depuis longtemps, il retourne sur les tablettes. Mais si la réponse est non, alors, je dois être intraitable. Bye bye, cher roman.

Mais parfois, ça me brise littéralement le coeur. Je lis le quatrième de couverture... l'histoire semble intéressante. Je lis quelques critiques du roman... toutes excellentes. Soupirs. Et pourtant, le roman a été emprunté 5 fois pendant les premiers mois de son acquisition et après plus rien. Ou alors, il fut trèes emprunté pendant la première année, puis rien depuis 4 ans. Pourquoi ? Pourquoi l'a-t-on oublié ?

Il faut dire que trop souvent, les gens ne dépassent pas les rayons avec les Nouveautés. Donc, une fois que nous enlevons le livre des nouveautés pour le mettre en rayonnage... il disparaît des regards. Et alors, si le roman n'est pas d'un auteur hyper connu ou très populaire... il a besoin d'avoir un sacré bon titre pour que les gens qui vont en rayonnage prennent la peine de le sortir pour au moins lire le quatrième de couverture !

Et alors, nous essayons de les sortir, d'en parler... nous avons une table "Coups de coeur", nous faisons des bibliographies, etc. Et puis, parfois, je triche... quelques uns des romans que je devais élaguer, j'en étais incapable, alors j'ai testé: je les ai remis dans la section "Nouveautés". Et vous devinez, non ? Et oui, ils ont été immédiatement empruntés !!!

Mais je dois élaguer... c'est nécessaire. Alors, je désherbe, impitoyablement. Et il arrive quoi des livres que nous élaguons ? Ils seront vendus par les Amis de la bibliothèque, ou encore envoyés dans des associations à but non-lucratifs. Et ils auront peut-être la chance de vivre à nouveau !!!

7 juin 2012

Crime littéraire: superficialité

Je marche tranquillement dans les rangées de la librairie, de la bibliothèque... ou m[eme... de la vente de garage. Qu'est-ce qui attire mon regard ? Une image bien sûr. CouvertureMais parfois il n'y a pas d'image. Alors c'est le titre. Et oui. Je suis très souvent bien superficielle. La couverture ou le titre sont parfois l'unique raison pourquoi, je prends un livre dans mes mains.

Donc, je prends le livre. Je regarde la couverture. L'image est importante. Évidemment. J'ai déjà reposé un livre qui avait une couverture que je trouvais horrible. J'ai déjà hésité à acheter un livre que je voulais intensément parce que je n'aimais tout simplement pas la couverture. Ou encore, parce que le livre ayant été adapté au cinéma, ne se trouvait plus qu'avec l'affiche du film en couverture... ÇA... je ne suis pas capable... vraiment. Comme si le roman n'existait plus que parce qu'il avait été adapté au cinéma ! Pfff.

Mais si l'image ne me fait pas reposer le livre ou s'il n'y a tout simplement pas d'image... alors c'est le titre. Mais je dois avouer que le titre est aussi parfois le premier contact. Mais oui... quand le livre est bien posé sur une tablette, on ne voit que la tranche. Alors, le titre est le premier contact. Et encore une fois, ce premier regard est important. Bien sûr, j'ai souvent lu des livres dont je détestais les titres - particulièrement des traductions - parce que je savais que je voulais le lire... à cause d'une critique, de l'avis d'un ami. Ou parce que je me suis forcée à tourner le livre, malgré son image, malgré son titre affreux, pour lire le quatrième de couverture. Mais, il ne faut se le cacher... la couverture et le titre sont pour beaucoup de lecteurs, PRIMORDIAL... (alors auteurs... si vous ne pouvez pas contrôler la couverture, tentez, du moins (car, je sais que parfois c'est impossible, car le travail éditorial et publicitaire s'infiltre partout) de trouvez un "bon" titre !)

Mais j'avoue avoir reposé des livres sans même lire le quatrièeme de couverture, simplement parce le titre m'apparaissait insignifiant, inintéressant ou stupide. Ou que la couverture était - à mes yeux - horrible.

Mais si mon regard accepte la couverture, si mon esprit concède le titre... alors la prochaine étape est évidemment le quatrième de couverture. Alors là, c'est encore plus compliqué et difficile. Parfois, il n'y en a pas... ou alors qu'une ligne ou deux... Désolée, mais moi, il me faut un résumé. Même si je connais et aime l'auteur... un titre n'est pas suffisant. Parfois, ce sont des critiques que l'on retrouve à l'arrière, et ça je ne suis pas capable s'il n'y a pas au moins un petit résumé. Et puis, ça m'achale... je veux un résumé, pas des fleurs lancés par les autres ou un pitch de marketing.

Mais il n'est pas facile de rédiger un quatrième de couverture. Oh non. Et j'ai bien souvent été trompée par un quatrième de couverture alléchant... on lit le résumé, on se dit que le roman semble très très intéressant et on pleure de dépit. Ou le roman n'est pas aussi bon que le résumé le laissait entendre... et donc on s'est laissé avoir par un pitch d'éditeur (et ça, à la limite, je peux accepter). Ou alors, le résumé ne correspond pas du tout, mais alors là, pas du tout, au contenu du roman. On pense lire un roman d'horreur et on se retrouve avec une histoire d'amour... on pense avoir choisi un thriller et on a un roman psychologique... C'est carrément enrageant...

Mais le pire crime demeure à mes yeux, les quatrièmes de couverture en disant trop peu. Comme si on avait voulu garder le secret, ne pas trop en dire... sauf que combien de livres ne seront pas lus parce le résumé ne "résume" pas bien le roman ?!?! Et je le vois tous les jours. Des romans que j'achète parce que j'ai lu des critiques, j'ai vu un résumé sur mon outil de sélection (résumé qui est souvent très différent du quatrième de couverture)... et je me dis "Wow, quel roman intéressant!!!" Et puis, il arrive, et le quatrième de couverture ne dit rien... quelques mots, quelques phrases... et alors les gens qui prennent le roman - pourtant en section Nouveautés (et on s'entend que c'est "la" section hot que la plupart des usagers ne dépasse pas !!!) - le reposent immédiatement. Rien ne les a accrochés. L'image, la couverture, le titre... c'est bien beau... mais s'il n'y a pas un "BON" résumé du roman, les gens ne le prennent pas. Et je fais partie de la "gang" !

Et alors, j'essaie de remédier à mon crime de superficialité... en essayant d'atténuer la superficialité des autres... Je fais des affiches "accrocheuses" de ces romans que je sais être excellents, et dont je suis certaine qu'ils vont plaire à beaucoup de mes usagers. J'en parle dans nos bulletins, je les mets dans nos bibliographies thématiques, je les mets sur notre table "Coups de coeur des employés"... Mais ça m'enrage, je vous jure... c'est quoi l'idée des éditeurs de ne mettre aucun quatrième de couverture ou alors que quelques lignes... ou pire, un résumé qui en dit trop ou pas assez... ou encore qui ne rejoint pas du tout le contenu réel de l'histoire...

Il y a des romans qui dorment sur nos étagères. Ce sont d'excellents romans. Mais certains ont une couverture si horrible que cela me gène de les mettre dans mes coups de coeur, même s'ils sont excellents. Certains ont un titre si insignifiant que c'est honteux de les publiciser. Certains ne sortent qu'une fois que je les ai annoncés dans notre bulletin, en faisant moi-même un résumé...

Alors... oui, c'est un crime, cette superficialité... mais il y a tant de livres à lire qu'il faut bien se baser sur quelque chose, non ?

 

7 mars 2012

Lorsque j'étais une oeuvre d'art de Schmitt

568303-gfLorsque j'étais une oeuvre d'art : roman / Eric-Emmanuel Schmitt. -- [Paris] : Albin Michel, 2004. -- 252 p. ; 18 cm. -- ISBN 2-253-10958-4. -- (Coll. Livre de Poche ; 30152)

Quatrième de couverture

Lorsque j'étais une oeuvre d'art est un livre sans équivalent dans l'histoire de la littérature, même si c'est un roman contemporain. Il raconte le calvaire d'un homme qui devient son propore corps, un corps refaçonné en oeuvre d'art au mépris de tout respect pour son humanité. Malléable, transformable, il n'est plus qu'un corps sans âme entre les mains d'un esprit diabolique dont le génie tient avant tout à son manque de scrupule. [Michel Meyer, Eric-Emmanuel Schmitt ou les Identités bouleversés]

L'auteur

Éric-Emmanuel Schmitt est né à Sainte-Foy-lès-Lyon en France en 1960. Il étudie en littérature et en philosophie. Il enseigne pendant quelques mois à Saint-Cyr alors qu'il fait son service militaire. Il enseignera ensuite quelques ego2années à Cherbourg puis à l'Université de Chambéry.

Il écrit depuis sa jeunesse et il publie dans les années 1990, des pièces de théâtre qui connaissent beaucoup de succès. Il écrira ensuite plusieurs romans et il touchera même au monde de l'opéra.

Depuis 2002, il vit à Bruxelles et a obtenu sa naturalisation belge en 2008. Il a donc aujourd'hui une double nationalité.

Biographie plus compléte et première bibliographie (partielle) 1991-2008 : ici

  • Le Sumo qui ne pouvait pas grossir (2009)
  • Concerto à la mémoire d'un ange (2010)
  • Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent (2010)
  • La femme au miroir (2011)

Site de l'auteur, ici.

Résumé

Un jeune homme s'apprêtant à faire une autre tentative de suicide en sautant en bas d'une falaise se fait offrir par un homme un marché étrange. Cet homme, un artiste très connu, lui propose d'attendre 24 heures avant de se suicider, si d'ici là, il ne lui a pas fait changer d'idée, il ne l'empêchera pas de se tuer. Le jeune homme accepte et le suit dans sa magnifique et déemesurée demeure et lui propose alors un marché encore plus étrange.

L'artiste propose au jeune homme de lui offrir son corps et de devenir entièrement sa possesion et ultimement son oeuvre d'art. Le corps du garçon deviendra le canevas de sa plus grande création. Le jeune homme accepte et signe sa liberté, sa volonté, sa vie à l'artiste. Il devient un objet, une Oeuvre d'Art. Il n'a plus aucun droit.

L'oeuvre d'art voit le jour sous les soins d'un médecin et la vision de l'artiste. Et le monde entier accourt admirer "le monstre". Celui-ci vit tout d'abord sa nouvelle vie en triomphe, mais peu à peu, cette nouvelle forme d'esclavage lui pèse. Comment peut-il échapper à l'artiste et au monde de l'art alors qu'il n'est plus qu'un objet ?

Commentaires personnels (très) personnel

Le titre m'a intrigué. Le quatrième de couverture, évasif, m'a accroché. Je voulais absolument lire ce livre d'un auteur que j'aime bien. Et puis, le livre est resté dans ma PAL pendant quelques années. Il y a quelques semaines, il s'est retrouvé ouvert entre mes mains. Pour une lecture longtemps retardée mais longtemps voulue. Et maintenant, je ne sais pas trop comment aborder mon commentaire. Car c'est le 2e livre de Schmitt que je critique sur ce blog et malheureusement, c'est encore une déception. Et pourtant j'aime vraiment beaucoup l'auteur. J'ai adoré La part de l'autre, L'évangile selon Pilate, Oscar et la dame rose et beaucoup d'autres. Ce n'est pas que j'ai détesté "Lorsque j'étais une oeuvre d'art", non pas du tout... mais c'est tout de même une déception. Car je n'ai pas aimé, je n'ai pas détesté... il m'a semblé fade et sans surprise... voyons voir...

Le problème c'est que j'ai aimé lire ce conte à saveur philosophique. J'aime beaucoup la plume de Schmitt. Et toujours le cas. De ce point de vue, Schmitt nous offre encore une fois un texte magnifique. Chaque phrase est fluide et le texte s'enchaîne facilement entre prose et chanson. Et il est facile et plaisant de se perdre dans les mots et le style de l'auteur.

Mais j'ai malheureusement décroché en ce qui concerne le propos de l'auteur.

Fable ou conte philosophique, texte existentialiste ? Je ne sais trop. Mais les thèmes de ce court texte sont facilement identifiables. Et ce dès les premières lignes. Et avec ces thèmes que l'on comprend dès le début (je dirais presque dès le titre et le quatrième de couverture), on devine rapidement la fin.

Re-résumons. Un homme veut en finir avec la vie. Il a déjà essayé plusieurs fois, mais sans succès. Il rate ses suicides. Pourquoi, veut-il se suicider ? Il se sent ordinaire, il se sent sans intérêt, il se sent laid. Car il est le frère des jumeaux Firelli, des mannequins d'une beauté incroyable, apparamment.  Donc, la vie est horrible et il veut mourir. Il pense que cette fois, il réussira à se suicider, mais sur cette falaise qu'il a choisi, il y a Zeus-Peter Lama. Un artiste fabuleusement talentueux et connu mondialement qui lui  propose d'acquérir les droits à son corps pour en faire une oeuvre d'art. Lama cherche à toujours repousser les limites de l'art et travailler le corps de cet homme est son prochain projet. Le jeune Firelli renonce donc à tous ses droits d'être humain pour devenir un objet et une oeuvre d'art. Il renonce à son suicide. Mais renonce aussi à sa vie. Il meurt "officiellement" et devient Adam-Bis, l'ouvre de Lama. Les mutiliations-transformations artistiques le rendent méconnaissable et même ses frères ne le reconnaîtront plus.

Évidemment, les inconvénients et mauvais côtés de cette nouvelle vie font rapidement oublier tous les avantages et l'euphorie des premiers jours. Il a perdu sa vie, sa liberté. Il n'a plus aucun droit. Il est un objet. D'autant plus, qu'il rencontre un vieux peintre et sa fille qui l'encouragent et surtout lui donnent la volonté de reconquérir et réclamer son droit à la vie et à la liberté.

De beaux sujets : le suicide, la vie, la mort, la définition de la beauté et la laideur, les limites de l'art, les limites de la liberté, les droits à la vie, à l'existence, l'esclavage, le voyeurisme, le matérialisme... et bien sûr le fameux "pacte avec le diable"

Le problème pour moi, c'est que c'est tellement prévisible et cliché... que je n'ai pu y croire un instant. Je sais qu'en tant que fable/conte, le texte se doit de faire passer ses messages de façon évidente... Mais je ne pouvais croire à la situation. Même un innocent pouvait comprendre le contrat qu'il passait. Il renonçait à sa vie et ses droits pour les donner à l'artiste (oui, bon, pour les besoins du récit, on va dire que c'est possible dans notre société occidentale d'aujourd'hui). Il se suicide donc de toute façon. Mais pour ensuite se rebeller contre cette condition d'objet. Dis donc l'innocent, tu brailles parce que tu es moins beau que tes frères, tu veux te tuer, mais à la place tu mets ta vie entre les mains d'un artiste complètement fou et égocentrique et après tu te rebelles... je dis en baillant "Assume!!!". Surtout qu'on ne peut pas dire que faire un pacte avec le diable et ça aille mal puisse encore surprendre qui que ce soit! (Le lecteur y compris)

Certaines idées étaient bonnes: le musée, la vente aux enchères, l'exposition chez un particulier... mais bizarrement j'étais absolument incapable d'y croire... et ce, je le répète, même en gardant en tête le but de cette fable.

Le personnage principal m'énervait sans arrêt, Lama était inbuvable et les autres personnages insignifiants. Les seuls qui m'ont intéressés sont les "fameux" jumeaux. Peut-être était-ce le but de l'auteur après tout... mais si c'est le cas, il a tout de même perdu sa cible car je n'ai jamais réussi à entrer dans ma lecture. Tout est trop gros et irréaliste.

Mais le pire dans tout cela c'est la fin... car c'est une sorte de "happy end" complètement inapproprié. What the hell... je n'ai pu m'empêcher de penser ! Tout est bien qui finit bien !!! Et en plus, le méchant Lama reçoit ce qu'il mérite. L'oubli total. Bordel, il manquait juste ça.Quelle déception.

Je me rend compte que je suis loin d'être objective. Que mon commentaire n'est fait que de ressentis. Et aucune analyse objective. Mais bon... j'assume. Contrairement au personnage principal.

L'avis de : Allie, Edith Cannac, Keven Girard, Alecto, Isabelle, Sunniva, Flo_boss, Kenza,

Extraits

"La force de la beauté, c'est de faire croire à ceux qui la côtoient qu'ils sont eux-mêmes devenus beaux. Mes frères gagnaient des millions en vendant cette illusions. On se les arrachait pour des soirées, des inaugurations, des émissions de télévisions, des couvertures de magazines. Je ne pouvais blâmer les gens de tomber dans le piège de ce mirage, j'en avais été moi-même la promière victime. Enfant, j'étais perduadé d'être aussi magnifique qu'eux." p. 20

"Il ne peignait pourtant rien de ce qui est visible. Il peignait l'air. Un air précis, celui du matin même, entre la mer illimitée et le ciel illimité. Si je quittait son cadre, je ne voyais plus qu'avec mes yeux, j'inventoriais des éléments connus, répertoriés, l'ordinaire d'un bord de mer, la plage de la marée basse, les rochers endormis, les oiseaux profitant du retrait des eaux pour chasser à même le sol, l'éther éblouissant. J'y voyais ce qui avait été et n'était déjà plus, un moment du temps, cet air-là de dix heures du marin [...]" p. 116

"Comme La Joconde de Vinci ou le David de Michel-Ange, j'avalais les crétineries sans broncher. Pour être une oeuvre d'art célébrée et commentée par le monde entier, il faut soit être très bien élevé comme Mona Lisa, soit ne comprendre que l'hébreu ancien comme David, soit, comme moi, s'en foutre royalement." p. 169

Sources à consulter

9 février 2012

Le petit jardin des Fées d'Anne Duguël

fesjpg copyLe petit jardin des Fées / Anne Duguël. -- [Verneuil-sur-Seine] : Éditions [Mic_Mac], 2010. -- 20 cm. ;176 p. -- ISBN 978-2917460177

Quatrième de couverture

"Attention! Si vous n'avez pas le coeur bien accroché, n'ouvrez pas ce livre ! L'indicible vous y attend !"

Résumé

Trois petites filles se retrouvent pendant les vacances d'été à Pastourou, petit village du Tarn, et s'amusent dans un petit jardin clos qu'elles appelent le "Petit jardin des Fées". Le jardin appartient à la grand-mère de deux des petites filles, Vanille, 9 ans et Fleur, 7 ans. Mais cette année, un horrible drame arrive et elles ne viendront plus jouer dans le petit jardin.

Plusieurs personnages nous racontent leur version de ce drame selon leur perspective, leur vision des faits. Petit à petit, le passé rejoint le présent et les indices dessinent lentement l'histoire terrible du petit jardin.

L'auteur

Anne Liger-Belair est née en 1945 à Ixelle en Bruxelles. Elle fait des études en Arts-déco en Belgique. Elle sera journaliste principalement au Moyen-Orient. Elle s'installe en France au début des années 70 et collabore à plusieurs magazines tels Hara-Kiri, fesjpg2Pomme d;api, Charlie Hebdo, Pif, etc. Elle animera également a la radio, une émission sur la bande dessinée.

Elle publie son premier album pour enfants en 1987 intitulé Prince charmant poil aux dents.

Elle est surtout connue pour ses ouvrages écrits sous le pseudonymes de Gudule et destinés aux enfants. Elle signe la plupart de ses romans et nouvelles pour adultes de Anne Duguël et Anne Carali. La plupart de ses romans fantastiques sont réunis sous les titres "Le Club des petites filles mortes" et " Les filles mortes se ramassent au scalpel".

Le blog de l'auteur.

Bibliographie partielle

  • Et Rose elle a vécu (1990)
  • Agence Torgnole, frappez fort (1991)
  • Amazonie sur Seine (1991)
  • Le Corridor (1991)
  • Mémé est amoureuse (1992)
  • Asylum (1994)
  • Gargouille (1995)
  • Lavinia (1995)
  • La Baby-Sitter (1995)
  • La Petit Fille aux araignées (1995)
  • Petite chanson dans le pénombre (1996)
  • Ne vous disputez jamais avec un spectre (1997)
  • Au Gringo's bar (1998)
  • Entre chien et louve (1998)
  • Mon âme est une porcherie (1998)
  • Dans la bulle de l'ange (1998)
  • Petit théâtre de brouillard (1999)
  • Un jour, je serai assassinée sous ma douche! (1999)
  • L'amour en chaussettes (1999)
  • J'ai 14 ans et je suis détestable (2000)
  • Barbés Blues (2001)
  • Regardez-moi! (2001)
  • La Mort aux yeux de porcelaine (2001)
  • La Bibliothécaire (2001)
  • Géronima Hopkins attend le Père Noël (2002)
  • Kaïra (2002)
  • Nous ne retrouvons pas les chiens (2004)
  • La Ménopause des fées 1 : Le Crépuscule des dieux (2005)
  • La Ménopause des fées 2 : Le retour (2006)
  • La Ménopause des fées 3 : La Nuit des porcs vivants (2007)
  • La poupée aux yeux vivants (2008)
  • Gare à la poupée Zarbie (2008)
  • Du moment que ce n'est pas sexuel (2008)
  • Le Petit jardin des Fées (2010)

Commentaires personnels

En lisant le titre, on pourrait penser à un conte. Mais déjà la couverture, si on la regarde bien, nous fait songer qu'un ogre y est présent. Mais les ogres ne font-ils pas partie des contes ? Certainement. Et aussi bref soit-il, le quatrième de couverture nous permet déjà d'anticiper les pires cauchemars. 

Trois petites filles passent l'été à s'amuser dans un petit village français. Elles ont choisi comme terrain de jeux, un petit jardin emmuré qui appartient à la grand-mère de deux des fillettes. Un jour, elles décident qu'elles vont attraper les fées qui se cachent sûrement dans le jardin. Pour les attraper, elles doivent les attirer. Elles vont donc passer leur temps à se déguiser, écouter de la musique et surtout à danser. Le conte commence dans l'insouciance des enfants. Il se terminera dans le drame. Mais ça on le sait dès les premières pages, car on nous annonce qu'un drame est arrivé à une des fillettes.

Le texte est composé de la narration de plusieurs personnages. Tour à tour, ces narrateurs vont raconter les événements qui ont mené au drame. Il n'y a donc pas de narration neutre... Ils sont neuf personnages à nous parler, à raconter ce dont ils se souviennent, ce qu'ils pensent, ce qu'ils ont observé. La soeur, l'amie et la grand-mère de la fillette prennent très souvent la parole, mais également de nombreux autres résidents du village. Les voix sont différentes, et cela peut déstabiliser la lecture au début. Mais on s'habitue rapidement aux mots et styles des différents narrateurs.

Le livre est donc une succession de narrateurs qui racontent l'histoire. Mais à leur manière et surtout à leur vitesse. On ne nous dit presque rien au début. Petit à petit, au fil des narrations, on nous en révèle plus. Et on a l'impression de ramasser des indices, découvrir les protagonistes, comprendre le passé, découvrir les victimes, les bourreaux ... pour voir apparaître le dénouement, que l'on finit par deviner bien sûr. Mais redouter. Et espérer qu'on se trompe.

Et à travers les récits si différents de ce même drame, on a l'impression de lire également sur la beauté et l'horreur des petits villages, sur ce qui fait de nous, des héros et des monstres, sur les conséquences de nos actes, sur le poids des paroles, des rumeurs, des secrets et des silences, ... Chaque personnage nous raconte le drame, mais nous aussi raconte la vie. La plume de l'auteur est tout simplement sublime et on se perd avec bonheur dans cette abondance de voix. Et malgré les horreurs de ce petit jardin, malgré les larmes et le sang qui y ont coulé, on ne peut s'empêcher d'y voir aussi les petites fées...

L'avis de : Serge Perraud, Lionel Labosse sur Altersexualite.com, Lucie Chenu,

Extraits

"Comment naît la rumeur ? Nul ne le saurait le dire. Elle semble - dans les petits villages, du moins - sourdre du sol à la manière des sources, et s'infiltrer insidieusement dans les consciences avant de devenir une lame de fond qui submerge tout." p. 47

"Mais pouvais-je savoir, inconsciente que j'étais, que les lieux ont une mémoire ? Qu'ils gardent à jamais le souvenir des faits qui s'y sont déroulés ? Le petit jardin, théâtre d'événements insoutenables, était maudit. L'air qu'on y respirait asphyxiait lentement. Sa terre suintait la mort comme celle d'un cimetière. Et c'était cet "écrin" vénéneux que j'avais offert à mes petites filles." p. 77

Sources à consulter

12 novembre 2011

La Table des Matières de Sylvie Fayet-Scribe

TM1La table des matières : roman / Sylvie Fayet-Scribe. -- Paris : Ed. du Panama, c2007. -- 452 p. ; 20 cm. -- ISBN 978-2-7557-0175-3.

Quatrième de couverture

Qui a torturé puis assassiné Margaret Penfield, une respectable bibliothécaire américaine ? Et pour quel mobile ? Parce qu’elle avait identifié la plante qui promet l’immortalité décrite par Hildegarde de Bingen au XIIe siècle ?

Pour Laurette Lerbier, révéler au grand public le nom de cette plante fabuleuse serait le point d’orgue de l’exposition sur les jardins qu’elle prépare au Muséum d’histoire naturelle. Elle décide de jouer les Miss Marple et se lance à la recherche de l’énigmatique source de jouvence. L'enquête la mène dans le monde méconnu des précurseurs d'Internet. Des savants de la Renaissance aux encyclopédistes mondialistes du XIXe siècle, en passant par les jansénistes de Port-Royal et les bibliographes révolutionnaires du siècle des Lumières, le but de sa quête ne cesse de se dérober alors que les menaces se font plus précises.

Accompagnée du séduisant Lucas du Prat, savant botaniste de la police scientifique, Laurette pourra-t-elle déjouer ce qui ressemble de plus en plus à un complot féministe international aux desseins bien mystérieux ?

Un roman historique qui emprunte les chemins de l’intrigue policière, dans le clair-obscur des bibliothèques et la lumière des jardins.

L'auteurTM2

Syvie Fayet-Scribe est née en 1956 à Saint-Ouen près de Paris. Elle enseigne l'histoire et les sciences de l'information à la Sorbonne (maître de conférences). En 1994, elle cofonde la revue électronique Solaris : information, communication. Elle fera partie du Comité de rédaction. (La revue ne semble pas avoir été mise à jour depuis 2001). Elle écrit quelques ouvrages dont Associations féminines et catholicisme, de la charité à l'action sociale, en  1990 et L'Histoire de la documentation en France: culture et technologie de l'Information : 1895-1937, en 2000. Elle participera à de plusieurs ouvrages collectifs et écrira des articles,  par exemple, Mouvements de jeunesse chrétiens et juifs sous la direction de Gérard Cholvy, Histoire de l'accès à l'information scientifique et technique : enjeux théoriques et heuristiques (Actes du XIIe Congrès national des sciences de l'information et de la communication,) etc. Elle écrit son premier roman La Table des matières en 2007.

 

Résumé

Une jeune bibliothécaire préparant une exposition sur les jardins et surtout sur Hildegarde de Bingen voit son bureau fouillé. Alors qu'elle se rend à un dîner au cours duquel elle apprend l'assasinat d'une bibliothécaire américaine. Petit à petit, Laurette Lerbier découvre que ces deux éléments sont peut-être reliés.

Elle se lance dans une enquête qui l'oblige à retracer l'histoire de la documentation: la création de la table des matières, l'élaboration de bibliographies et des grands catalogues, la création des fiches, la classification, etc. Elle se voit rapidement prise dans une intrigue qui semble de plus en plus dangereuse et qui implique la société de l'information, les jardins médiévaux et une société secrète.

Commentaires très personnels (mais alors là, très très très personnels)

Alors, j'ai décidé d'en parler après tout. Je ne m'attarderai pas des heures sur mon commentaire, car j'ai déjà beaucoup exprimé mon opinion sur ma difficile lecture... même si je l'ai faite jusqu'au bout. Je ne pouvais m'empêcher de lire jusqu'à la fin les 452 pages de ce roman... Vous vous souvenez... j'en parlais d'abord ici, dans un texte sur mes crimes littéraire et ensuite ici, alors que je terminais enfin ma lecture. On m'a demandé quel était le livre et j'hésitais au début à la dire. Après tout... quelqu'un a écrit ce livre et y a mis tout son coeur (enfin, j'imagine). Et ça me fait toujours quelque chose... je suis un peu sentimentale dans ce sens.

Alors j'ai pioché un peu sur le web et j'ai lu quelques critiques. Et je suis tombée sur le blog de l'auteur elle-même. Elle y parle de son roman, de ses idées, de ce qu'elle voulait faire, etc. Alors je me suis dis, que je devais lire un peu ce qu'elle disait. Je n'ai pas changé d'opinion, mais je comprends un peu sa démarche. Et j'ai décidé de parler un peu plus du livre.

La supposée intrigue policière est un prétexte. Un prétexte pour faire le portrait de différentes figures de l'histoire des sciences de la documentation. En nous présentant ces personnages historiques, l'auteur non seulement nous raconte les grandes étapes et inventions documentaires mais nous plonge directement dans l'époque du personnage. Nous passons donc de la Renaissance au XXe siècle, de Pierre de la Ramée à Suzanne Briet, en passant par Paul Olet, sans oublier de revenir au Moyen âge avec Hildegarde de Bingen.

L'auteur connaît bien son sujet : l'histoire des sciences de l'information. Donc, ces chapitres se lisent bien, avec intérêt. On en apprend un peu sur l'époque dans lequel chacun de ces hommes et de ces femmes ont vécu. Évidemment, tout ça est romancé. On prête des gestes, des paroles et des sentiments à ces personnages. Cela fonctionne assez bien. En fait, ces passages sont franchement plus intéressants que l'intrigue moderne et policière. Cette dernière est maladroite et selon mon avis, vraiment décousue.

J'aurais vraiment préféré que l'auteur laisse de côté Laurette et tout ce flafla policier assez peu convaincant pour se concentrer sur les personnages historiques. Quitte à n'en prendre qu'un seul et à romancer sa vie. Cela aurait été bien plus réussi. Car l'intrigue est vraiment mal menée, sans suite logique... les liens sont faibles et on oublie franchement de quoi il en retourne tellement les "nouvelles" sur chacun des personnages prennent la place. Quand on revient au "présent", on se dit... ah oui, tiens, je l'oubliais elle ! Et franchement... aujourd'hui, je ne peux même pas me souvenir pourquoi la bibliothécaire à été assasinée... Et on a vraiment l'impression que l'auteur en rajoute: secte féministe secrète, torture dans un couvent, enfin... on a de la difficulté à suivre et à y croire !

Mais l'auteur semble bien connaître son métier. Et même si, personnellement, je peux reprocher un aspect vraiment trop historique et "français" à sa formation, c'est vraiment son style d'écriture qui est difficile à lire et à suivre. Le roman se rapproche par moment d'un mauvais harlequin ou encore d'un polar de bas de gamme... Les clichés et les maladresses sont innombrables. Il suffit de relire quelques uns des extraits que j'ai mis dans mes autres textes... et encore ce ne sont que quelques exemples parmi des centaines.

Je ne veux pas trop parler des notions ou de la profession... les clichés là aussi sont innombrables. Disons tout simplement que la formation semble être incroyablement différente entre le Québec et la France. Mais je peux admettre qu'on ne voit pas les choses de la même façon. Et n'oublions pas aussi que l'auteur est spécialisée dans l'aspect historique de la profession donc ceci explique sûrement cela.

Mais j'aimerais simplement dire que même si on a toutes les connaissances, que l'on a une bonne idée... le style d'écriture est aussi important. Et lire certains passages (comme celui mis plus bas) était tout simplement insoutenable !

Je crois sincèrement que l'auteur aurait dû centrer son propos sur la romantisation de la vie d'un ou deux des personnages historiques tout en faisant attention aux phrases, métaphores et hyperboles utilisées !!!

Je respecte son travail et ce qu'elle a voulu transmettre... beaucoup moins le résultat. Alors voilà !

L'avis de DocDocDoc,

Extraits

" - Comment, tu ne veux pas goûter à quelques câlineries sur un lit de livres? Nos corps nus sentiraient la rugosité de l'écorce d'une couverture, la caresse d'une page, et nos narines inhaleraient l'acidité sensuelle de l'encre.

Indifférente à la beauté des arguments de Philippe, Laurette avait attrapé un ouvrage qui semblait retenir toute son attention. Sa tête et ses longues jambes étaient calée, on l'aurait crues sur la plage. Malgré son teint bronzé, le visage de Philippe Mérières s'emproupra:

- Et puis arrête de faire la mijaurée, ma petite Laurette, cela ne te va du tout. Tu joues à quoi avec moi? Tous les êtres autour de toi n'existent pas uniquementpour répondre à tes seuls désirs !

- Laissez-moi, Philippe, un peu de respect pour le travail intellectuel de votre collègue, s'il vous plaît. Ce livre me transporte au septième ciel." p. 244p.

Sources à consulter

 

4 novembre 2011

Des lectures et des lecteurs

BobVous savez, quand j'ai ouvert les pages de ce livre virtuel, je me promenais déjà sur les blogs littéraires depuis un temps. J'ai vite découvert un univers fantastique rempli de gens qui se passionnaient pour la littérature, les livres et la lecture.

Petit à petit, j'ai discuté virtuellement avec certains d'entre vous. Je suis assez discrète et je fréquente souvent des lieux sans y laisser de mots. Mais je considère certains endroits comme essentiel à ma vie littéraire.

Pendant plusieurs années ces visites virtuelles et ces échanges furent essentiellement pour discuter livres et lectures, découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux livres. Je n'étais pas toujours d'accord avec les avis mais j'ai adoré découvrir, argumenter, et discuter.

Depuis quelques mois, je travaille à nouveau en bibliothèque. Et parmi mes responsabilités de bibliothécaire, je fais le développement de collection pour les ouvrages en langue française (oui, je suis en milieu bilingue français-anglais).

Le développement de collection était ma spécialisation lors de la maîtrise en Bibliotéconomie et Sciences de l'information, alors j'étais bien heureuse de replonger dans les achats, les évaluations, l'élagage, etc.

Mais faire les acquisitions des livres - fictions et non-fictions -  ce n'est pas facile. Il y a pleins de critères à prendre en compte. Évidemment, les critiques doivent être lues... surtout pour les romans. Et on a pleins d'outils pour le faire... et bien sûr, la "critique" journalistique compte aussi... Mais pas seulement... L'important c'est de ne pas se fier uniquement à sa propre opinion. Et donc, bien sûr que j'achète pleins de livres pour la bibliothèque que je n'achèterais pas pour moi...

Où je veux en venir avec tout ça ??? Et bien... à vous !!! à ceux que je connais et à ceux que je ne connais pas mais que je visite régulièrement...

Vous êtes une de mes principales sources de "commentaires et critiques"... vous m'aidez à faire le tri parmi les critiques, les opinions, les avis... je ne dis pas que je me base uniquement sur vos blogs... pas du tout, mais sans vous, ma tâche serait beaucoup plus difficile. Avec vos textes, j'ai appris beaucoup... quand je suis indécise sur un livre, je vais voir vos avis, et j'arrive à me faire une idée... ce livre plaira-t-il même s'il ne me plait pas ? pourquoi ? vos mots sont là et sont très importants. Les "critiques" officielles sont importantes, mais les avis non-officiels sont tout aussi importants selon moi... la bibliothèque est là pour pleins de gens différents... Sans vous, je serais parfois bien perdue dans tous ces avis qui se contredisent... surtout pour les genres que je connais moins.

Alors merci !!! Merci Suzan (j'espère que tu te soignes !, ma chère dame), Karine :) (ma québécoise toi !), Allie (trop de mercis pour toi), Loutarwen (petite maman, va), L'or des chambres (je te lis toujours mon amie), Lhisbei (you sci-fi girl), Mango, Hélène, Fashion, Marguerite, Jules, Bladelor, Ankya (comment se porte ta caverne?), Ciorane (ta cuisine m'inspire tant, je viens d'acheter des livres sur les bentos !!!), Lou (ma Halloween girl), Lily (on s'ennuie de toi), Lauraoza, Pimpi, Miss Alfie, Charlie Bobine, SeriaLecteur (mon polareux préféré), Cuné, Brize, Fleur, Keltia3, Malorie, Tamara, Sylvie, Yueyin, Valeriane, ..... et un tas d'autres que j'oublie...

Vraiment, honnêtement... MERCI... vos avis m'aident à avoir une idée plus claire des centaines et centaines de livres qui me font de l'oeil mais que mon budget m'empêche de mettre sur nos rayons... Et vive les amoureux des livres qui partagent leur passion dans un monde virtuel mais si réel !!! :D

2 septembre 2011

Terminée, cette lecture étrange.

TM1_copyAlors, elle est terminée cette lecture. Terminée. Plouf et soupirs... Lecture ratée ? Disons... à côté de la cible. Quelques bons passages tout de même, mais que j'aurais aimé lire dans un autre livre.

Le livre se partageait entre une pseudo-intrigue semi-policière teintée de mystère simili-société pas tout à fait secrète qui fricoterait peut-être dans un complot ancien et des retours en arrière sur la vie de vrais et faux personnages qui ont contribué aux bases des sciences de l'information : "inventeur" de la table des matières, premiers encyclopédistes et bibliographes, etc.

Alors, moi je dis, en bon espagnol, "fuera" (dehors) l'histoire du meurtre, de la société secrète et du complot... parce que "ouf" c'était pénible, fort peu crédible et complètement inutile... Et pitié sur la partie "bibliothéconomie", parce que j'ai beau savoir que les méthodes de travail sont parfois différentes entre le Québec et la France, mais là, c'était difficile à croire et certains passages m'ont vraiment attristée. Encore une fois, je me demande vraiment dans quel siècle, l'auteur a fait ses études, bon sang !!!

Je crois en faire un billet tout de même... pas pour tout détruire, mais pour ne pas perdre ma lecture.

Mais avant d'essayer de comprendre un peu plus le roman et de partager mon commentaire personnel... quelques passages qui m'ont fait si rire... (ben oui, on peut bien se faire plaisir un peu aussi ! et puis, je n'ai pas corné toutes ces pages pour rien !!!). Avertissement... les italiques et le gras seront de moi, histoire de bien souligner ce qui a fait lever mes yeux au plafond !!! Et je ne peux m'empêcher d'y aller de mes commentaires ;-)

"Cette personne avait-elle été tuée pour avoir refusé d'avouer le contenu d'un document ? Tels les médecins ou les prêtres, les bibliothécaires ou les documentalistes ont leurs règles, leurs devoirs : le secret est de mise dans la profession." p.9 (Vraiment ! Oui, on suit un code d'éthique, et oui, la protection des renseignements personnels est cruciale... mais refuser de revéler le contenu d'un document !!! c'est de la censure ça!!! page 9, c'est mal parti !!!)

"Attention, danger ! Son odeur est un piège, il sent le goût du grain de blé que l'on mâche enfant pour en faire du chewing-gum, avec un rien de cacahuètes caramélisés" p. 11 [...] Elle avait l'impression que le regard de Lucas coulait sur ses lèvres. Laurette sentait des vaguelettes de frissons un peu partout dans son cou ; elle était la proie d'un courant de rivière qui allait l'entraîner." p. 11 (Oh really, après 30 secondes de conversation ! Suis-je en train de lire un Harlequin ? Et je sais pas, moi, mais une odeur qui me rappelle mon enfance, du chewing-gum et des peanuts... ça ne m'émoustille pas, mais bon, à chacune ses fantasmes... oh et... "il SENT, le GOÛT... hummm)

" - Vous connaissez le dictionnaire de Moreri ? - Un peu, répondit Laurette, c'est un dictionnaire du XVIIe siècle où l'on trouve "les mots et les choses" traités ensemble. [...] Si je me souviens bien de mes cours à l'École des bibliothécaires, je crois que ce dictionnaire a eu beaucoup de succès et à été plusieurs fois réédité." p.103 (Et si je me souviens bien mes cours de bibliothéconomie, on ne perdait pas trop notre temps sur l'histoire des dictionnaires anciens. Oui, c'est très intéressant et on avait un peu d'histoire de la profession, mais il y a tant de choses à apprendre que les dictionnaires anciens n'étaient pas la priorité.)

"Elle était prise, lui dit-elle, d'une envie terrible de se soulager ; elle s'enfuit derrière un bosquet et il entendit le son délicieux d'un petit jet dont le bruit tenace se prolongeait, long comme un ruban d'eau courante qui sortirait d'un gros gobelet et n'en finirait pas." p.174 (sans commentaire... ou plutôt si, je vais devoir meiux écouter la prochaine fois que je vais aller aux toilettes)

"- Mademoiselle Lerbier, baissez votre voix. Combien de fois faudra-t-il vous le dire. Taisez-vous ! Les yeux de la bibliothécaire lançaient des flammes bleues comme celles d'un camping-gaz" p. 214 (Oh dear... quel cliché, il ne manque que le chignon et l'index sur les lèvres... chuttt... "flammes bleues comme celles d'un camping-car" je commence à croire que c'est fait exprès... et ça me fait trop penser "aux yeux noirs comme des poèles à frire"  dans un épisode des Flintstone!!! oui, oui, le poème que Fred avait écrit à Wilma ! )

"- Est-ce un nouveau système de classement ? - Non, plutôt un ancien : on a repris la classification Dewey d'avant Olet" p.240 (Je n'ai même pas pris la peine de mettre le reste car j'aurais dû mettre les deux pages entières qui suivent... la condescendance dans cette phrase est palpable... et pour la forme.. cet "ancien" système est encore utilisé dans des milliers de bibliothéques. La classification décimale universelle est intéressante mais loin d'être la meilleure - comme ces pages le laissent entendre. Oui, ça c'est un soupir de bibliothécaire.)

"Lucas se précipitait vers Laurette, la débâillonna, lui enleva ses liens et se pencha vers elle, le visage confiant : - J'ai eu peur ma fine mouche, tu était scotchée ! Laurette battit ses longues jambes, étira ses bras, lui attrapa la nuque et l'attira à elle pour l'embrasser." p386 (Alors là... quand je viens de frôler la mort, je ne pense qu'à battre mes longues jambes, non mais, c'est qu'il faut sauter au cou du mec, et hop, on oublie qu'on a été torturé... oui, je donne des "punchs".)

Et je passe, un nombre incalculable de pages cornées... d'autres soupirs harlequinesques, le mot archives au singulier, les métaphores à toutes les deux phrases (Philippe Mérières glissa vers elle son regard comme une étoffe soyeuse déroulée par la main experte d'un vendeur habile, p.242), les commentaires sexistes ou si clichés qu'on a de la difficulté à croire qu'ils sont sérieux, les commentaires sur les gynécologues, le vouvoiement de la dame et le tutoyement du monsieur, le sauvetage à la fin, la secte de vierges, ... enfin c'est sans fin...

Mais... voilà... il me faut en faire un billet... je veux approfondir la chose ! à venir donc ! :D

9 juin 2011

Agonie de Jacques Brault - Expérience de lecture

Agonie : roman / Jacques Brault. -- [Montréal] : Boréal Express, 1985. -- 77 p. ; 20 cm. -- ISBN 2-89052-131-1DSC_1654

Expérience de lecture 

J'ai lu Agonie de Jacques Brault vers l'âge de 18-19 ans. Ou alors vers 21-22 ans. Je ne suis pas certaine. Et je dois avouer que je n'en gardais absolument aucun souvenir. Roman poétique très court... il était pourtant anoté de ma main. De longs passages sont soulignés et dux chiffres apparaissent un peu partout à côté de ces passages: 9 et 10. Et si je n'ai aucun souvenir de ma lecture, je ne me rappelle pas du tout de la signification de ces chiffres. J'avais lu Agonie dans le cadre d'un cours au cégep ou à l'Université... je n'en ai encore une fois aucune idée ! 

J'avais besoin d'un livre pour le train. Je savais que j'aurais à attendre un certain temps, donc je voulais un livre. Les livres en cours étaient lourds et voluminueux... pas de "poche" dans mes lectures en cours... Donc, je devais choisir autre chose. Je passe en revue ma PAL et évidemment rien de léger ne me tentait ! Je regarde alors ma PAL prise dans mes bibliothèques. Et je croise du regard Agonie. Je l'ai déjà lu, que je me dis... mais j'y reviens... Oui, je l'ai lu, mais il est minde, léger... Je le prend donc et lis le quatrième de couverture... Et je n'ai aucune idée de quoi traite ce roman ! C'est d'ailleurs un de mes crimes littéraires... d'oublier les mots. Je le prend donc rapidement et cours vers le train.

Je suis assise sur un banc sur le quai et j'ouvre le roman. Et dès les premières lignes, je tombe en amour avec les mots de l'auteur. Je fouille dans mon sac et je trouve un crayon... Les lignes et les annotations se multiplient. Chaque passage me semble important et émouvant. Le poème de Ungaretti m'ébranle et chaque vers repris comme titre des chapitres me semble troublant. Je fais un aller retour constant entre le poème et chacun des chapitres. 

La grisaille des hommes disparait à mes yeux sous la couleur de l'agonie de ses oiseaux. Paradoxalement. Et " Mourir, acte initial plutôt que terminal" résonna dans un "on commençait par où on croyait finir" (p.13).

Je fus possédée par la poésie du roman... "ainsi la beauté, toujours incarnée, toujours en désincarnation, se distinguait-elle du beau universel par son individuation, sa singularité et, selon l'expression chère aux scolastiques, son caractère ineffable en ce qu'elle échappait à toute définition". (p13-14)

Pourquoi diable n'avais-je aucun souvenir de cette première lecture ? J'ai la fâcheuse habitude d'oublier ce que je lis, même les oeuvres que j'aime... mais je ne comprenais pas comment j'avais pu oublier les mots de Brault. Ce professeur gris, ce narrateur terne étaient si vivants, si réels, si tristes et immortels... pourquoi avaient-ils fui ma mémoire ?

Peut-être n'était-ce pas le bon moment. Chaque livre qui croise notre vie ne le fait pas nécessairement au bon moment. Aujourd'hui, il ne disparaîtra plus de ma mémoire. Je vais me souvenir de chaque mot, chaque instant... du livre et de sa lecture.

Le train est arrivé à destination, et je n'avais pas tout à fait terminé ma lecture. J'ai dû attendre jusqu'au lendemain... très impatiemment, je dois avouer. J'ai refermé le livre avec un pincement au coeur... un vrai pincement... je ne parle pas de métaphore, mais de physique... Parce que les mots m'ont captivée et que j'ai lu, tristement, la dernière phrase. Et aussi parce que j'en veux légèrement à l'auteur de n'avoir pas fait commenté le titre du poème par le professeur...

"Perdu, orphelin, je suis à bout de souvenirs et de désolation. Je pouvais le haïr et l'aimer, le perdre et le retrouver, je pouvais me pendre à ses basques et me laisser tomber. Je pouvais..." (p.76)

 Voir aussi sur ce carnet:

7 juin 2011

Agonie de Jacques Brault - Commentaires (très) personnels

DSC_1654Agonie : roman / Jacques Brault. -- [Montréal] : Boréal Express, 1985. -- 77 p. ; 20 cm. -- ISBN 2-89052-131-1

Quatrième de couverture

Un viel homme abandonne, sur le banc de parc où il repose immobile, un pauvre carnet rempli de notes et de souvenirs ; un autre homme, plus jeune, le ramasse et l'emporte chez lui pour le lire. Sa lecture va durer toute la nuit. Une nuit qui est la couleur même de la vie du vieil homme. Cette vie, sous les yeux de son lecteur indiscret, peu à peu prend forme, laisse voir son sillage de douleur et de tendresse mêlées, sa ligne simple comme celle de la mort fuie, incontournable, enfin acceptée.

Dans une langue sobre et juste, vibrante d'émotion, ce récit nous touche dans Jaime_la_plumeQce que nous avons de plus intime: cette agonie qui, nous le savons, se poursuit lentement en nous, dans la suite de nos joies et de nos peines, et qui nous entraîne doucement vers l'acceptation de ce que nous sommes.

 

Poème:

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Commentaires (très) personnels

Un poème ouvre le livre. Agonie de Ungaretti marque le texte dès la première page. Le texte de Brault passe ensuite de la poésie à la prose. La poésie martelant la prose et structurant le récit. Chacun des vers est repris en début de chapitre. Il titre chaque chapitre. Et devient en quelque sorte le thème de ce chapitre. Faisant partie de la trame narrative, chaque vers est non seulement le titre et le thème du chapitre mais est "expliqué" par un des personnages.

Deux personnages. Un professeur inintéressant, fade et gris. Un étudiant, non intéressé, banal et incolore. Le premier semble effacé et sans vie, l'autre est arrogant et insipide. Le deuxième juge le premier. Mais le deuxième finit par être avalé par son obsession pour le premier. Un intérêt démesuré pour une vie qu'il juge morne et ratée.

Suite à une rencontre forfuite, l'ancien étudiant vole le carnet de notes de son ancien professeur - qui, nous laisse-t-on entendre, est maintenant un clochard. La lecture de ce carnet est l'occasion de nous ramener dans ces cours qu'il avait suivi pour passer le temps et s'assurer une bonne note. Le professeur est la risée des étudiants... un raté, un homme insignifiant.

Mais la lecture du carnet, ramène des souvenirs de ces cours, de cet homme gris. Et l'ancien étudiant apprend à connaître le professeur, à connaître cette vie terne, mais surprenante... et finit par devenir le professeur. 

La prose est poétique mais franche et directe. Les temps du roman se croisent et se recroisent et nous laissent contamment dans le doute... nous parle-t-on de hier ou d'aujourd'hui ? Ou de demain ? Le texte passe du carnet de note au poème du début qui continue à être le pivot central, le moteur du roman. Pendant une nuit, l'ancien étudiant devenu homme va lire le carnet et comprendre la finalité de l'ancien professeur et finalement sa propre finalité... et comme les oiseaux du poème comprendre la mort.

Le roman raconte la vie du professeur. Mais le roman raconte aussi la lecture de cette vie. Et l'interprétation et analyse de cette vie vue par les yeux d'un homme qui est devenu ce qu'il redoutait tant :  ce professeur même. Deux temps, deux hommes. Mais les flottements entre ces deux vies nous laissent entendre une même vie, une même mort. Le narrateur, le professeur... l'auteur... La poétique permet de vivre ce questionnement de temps, de voix, de vie. On sent nettement, un soupir devant ces vies grises et jugées médiocres, mais on sent également un cri pour rétablir la légitimité de ces vies. La beauté de ces vies. Une lutte pour la vie.

Jacques Brault est poète. Il écrit surtout de la poésie. Ce roman est donc définitivement une prose poétique. Les phrases se confondent aux vers. Et un poème guide la prose. Cela aurait pu être trop "délicat" ou "aérien". Mais Brault réussit à ancrer ses mots dans le réel. Dans un quotidien, dans des gestes ordinaires et familiers. La poésie est concrète et le lyrisme est prosaïque.

L'avis de Gallo sur le Club des Rats de biblio-net.

Lire aussi sur ce blog:

Extraits

"Le  monde n'a pas bougé depuis cent mille ans. Les humains glissent sur les choses comme un soupir de dieu endormi. Le temps a des allures de libellule sur une fleur." p. 19

"Et puis, le carnet en témoigne. Il n'a pas changé ; il est devenu ce qu'il était. Il comprendra. Il me dira peut-être ce que sous-entend le carnet. Il me dépouillera. Il  me réhabillera. Je vivrai. Il est mort. Il devinait qu'il allait mourir." p.23

Sources à consulter

6 juin 2011

Agonie de Jacques Brault - L'auteur

 DSC_1654Agonie : roman / Jacques Brault. -- [Montréal] : Boréal Express, 1985. -- 77 p. ; 20 cm. -- ISBN 2-89052-131-1

Quatrième de couverture

Un viel homme abandonne, sur le banc de parc où il repose immobile, un pauvre carnet rempli de notes et de souvenirs ; un autre homme, plus jeune, le ramasse et l'emporte chez lui pour le lire. Sa lecture va durer toute la nuit. Une nuit qui est la couleur même de la vie du vieil homme. Cette vie, sous les yeux de son lecteur indiscret, peu à peu prend forme, laisse voir son sillage de douleur et de tendresse mêlées, sa ligne simple comme celle de la mort fuie, incontournable, enfin acceptée.

Dans une langue sobre et juste, vibrante d'émotion, ce récit nous touche dans Jaime_la_plumeQce que nous avons de plus intime: cette agonie qui, nous le savons, se poursuit lentement en nous, dans la suite de nos joies et de nos peines, et qui nous entraîne doucement vers l'acceptation de ce que nous sommes.

L'auteur

Jacques Brault est né un 29 mars de 1933 à Montréal au Québec. Il étudia d'abord au Collège Sainte-Marie à Montréal. Puis JBil fit des études universitaires, à l'Université de Montréal ainsi qu'à la Sorbonne de Paris.

Il enseigna à l'Université de Montréal en Études médiévales et en Études françaises de 1960 à 1996. On a pu l'entendre, à partir de 1970, à plusieurs reprises dans diverses émissions culturelle à Radio-Canada. Il écrit surtout de la poésie mais également de nombreux essais, études et ouvrages critiques. Ses textes sont traduits en plusieurs langues et l'auteur a reçu de nombreux prix et distinctions, dont le prix du Gouverneur général du Canada en 1985 pour son premier récit, Agonie.

Bibliographie partielle

  • Trinôme (collaboration) (1957) - Poésie
  • La poésie et nous (collaboration) (1958) - Essai
  • Nouvelles (collaboration) (1963)
  • Mémoires (1965) - Poésie
  • Entre Mars et Vénus (1965) - Poésie
  • Miron le magnifique (1966) - Essai
  • Alain Grandbois (1968) - Essai
  • Suite fraternelle (1969) - Poésie
  • La Poésie ce matin (1971)
  • Trois partitions (1972) - Théâtre
  • L'en dessous l'admirable (1975) - Poésie
  • Poèmes des quatres côtés (1975)
  • Chemin faisant (1975) - Essai
  • Vingt-quatre murmures en novembre (1980)
  • Agonie: roman (1984)
  • Ductus (1984)
  • Moments fragiles (1984) - Poésie
  • La naissance des nuages (1984)
  • La poussière du chemin (1989)
  • Effets personnels (1990) - Poésie
  • Ô saisons, ô châteaux (1991) - Essai
  • Il n'y a plus de chemin (1990) - Poésie
  • Au petit matin (en collaboration avec Robert Melançon) (1993) - Poésie
  • Au fond du jardin (1996) - Essai
  • Au bras des ombres (1997) - Poésie
  • Bernard de Clairvaux, anthologie (1999) - Essai
  • Ce qu'en disent les fleurs (2000) - Poésie
  • L'Artisan (2006) - Poésie

Résumé

L'oeuvre de Brault débute par un poème de Guiseppe Ungaretti, Agonie. Chaque vers du poème est ensuite repris pour raconter la relation entre un professeur devenu itinérant et son ancien élève. Chaque vers illustre un aspect de la vie de ces hommes qui semblent différents mais qui vont finir par se ressembler. Dans Agonie, la poésie et la réalité finissent par se fondre ensemble.

Les deux hommes se rencontrent d'abord en classe, alors que l'un enseigne et l'autre passe le temps dans un cours qu'il n'aime pas particulièrement. Ils sont loin l'un de l'autre. Puis un soir, l'homme revoit son ancien professeur et lui vole son carnet de notes. Et à travers ce carnet, il va essayer de comprendre ce professeur qu'il méprisait, qu'il ne voulait pas connaître, qui lui parle finalement à travers des mots incomplets et à travers un poème lointain.

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Extraits

"Nous ne l'aimions pas, sans le détester. Il inspirait un calme mépris aux garçons, et aux filles une pitié tranquille. Que d'histoires, pourtant, l'on racontait sur ce minables !" p. 9

"Le noir, ça ne fait pas peur quand on est gris. Mais la douleur revient sur la poitrine, au fond de la gorge. Ça brûle. Les yeux secs. Il n'y a pas d'enfance s'il n'y a pas de larmes." p. 39

Sources à consulter

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