DC2AsLe chuchoteur / Donato Carrisi, traduit de l'italien par Anaîs Bokobza. -- [Paris] : Calmann-Lévy, 2011. --574 p. ; 18 cm. -- ISBN 978-2-253-15720-5. -- (Coll. Livre de poche : thriller ; 32245)

Quatrième de couverture

Cinq petites filles ont disparu. Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche. Depuis le début de l'enquête, le criminologue Goran Gavila et son équipe ont l'impression d'être manipulés. Chaque découverte macabre les oriente vers un assassin différent. Lorsqu'ils découvrent un sixième bras, appartenant à une victime inconnue, ils appellent en renfort Mila Vasquez, experte en affaires d'enlèvement. Dans le huis clos d'un appartement, Gavila et ses agents vont s'échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire... Un époustouflant thriller littéraire inspiré de faits réels.

L'auteur

Donato Carrisi est né en 1973 à Martina Franca en Italie. Il étudie d'abord en droit puis en criminologie et en sciences du comportement. Sa thèse portera sur un tueur en série italien, Luigi Chiatti, surnommé le "Monstre de Foligno". Puis il délaisse le droit et dès 1999, il commence à écrire des scénarios pour la télévision et le cinéma.  Son premier roman, Le Chuchoteur, a gagné de nombreux prix dont le prix Camaiore, le prix Bancarella, le prix SNCF du polar européen et le prix des lecteurs du Livre de poche et plusieurs autres. Il vit présentement à Rome.

Bibliographie

  • Il suggeritore (2009) (Le Chuchoteur, 2010)
  • Il tribunale delle anime (2011) (Le Tribunal des âmes, 2012)

Filmographie

  • Casa famiglia (série, 2001)
  • Casa famiglia 2 (série, 2003)
  • Era mio fratello (film pour la télévision, 2007)
  • Nassiryia – Per non dimenticare (film pour la télévision, 2007)
  • Squadra antimafia – Palermo oggi  (série, 2009)
  • Moana (télévision, 2009)

Site web de l'auteur en français et en italien.

Commentaires [très] personnels

Comment commenter sans trop en dire. Je vais y aller de mon expérience de lecture tout simplement, puisque j'ai déjà teinté mon commentaire avec mes précédents billets... Donc... depuis des mois - disons honnêtement des années - je n'ai pas eu de coup de coeur pour une lecture... et encore moins pour un roman policier. Le problème, d'après moi, c'est sur-lecture. J'ai tant lu de romans policiers qu'il me semble maintenant toujours être déçu par ma lecture. J'ai peut-être trop d'attentes... probablement. Mais il demeure que cela fait une éternité que je n'ai pas été emballé par une lecture d'un roman policier. Jusqu'au roman de Donato Carrisi.

Le quatrième de couverture n'est pas un très bon résumé du roman, selon moi. Oui, nous avons bien comme prémisse la découverte des 6 bras de fillettes. Mais beaucoup de gens ont tout de suite assumé que l'histoire se dirigerait vers l'enlèvement de petites filles et obligatoirement vers la pédophilie. Et bien qu'un des cas est bien relié à la pédophilie, le reste du roman en est bien loin.

Le roman commence de façon classique. Des fillettes disparues, leur bras gauche découvert dans des fosses, des policiers enquêtent. Mais voilà, qu'un sixième bras est trouvé appartenant à une fillette inconnue. Qui est-elle ? Parmi les enquêteurs, un criminologue réputé, le Dr. Goran Gavila. Ce dernier participe activement aux enquêtes de la police. Mais ce cas est différent, il implique des enlèvements en série d'enfants. Ils vont donc faire appel, à une enquêtrice spécialisée dans les enlèvement, surtout le rapt d'enfants.

Le roman suit donc l'enquête de cette équipe composée également de quelques policiers. Le texte principal suit en grande partie la perspective de l'enquêtrice Mila Vasquez. Mais il est cependant entrecoupé de rapports d'un directeur de prison sur un mystérieux prisonnier qui doit être relâché sous peu [avec une police de caractère plus petite] et des réflexions d'une petite fille manifestement prisonnière [texte en italique]. Ces deux disgressions vont s'avérer très importantes.

J'ai rarement été aussi prise par une lecture. Contrairement à certains avis, je n'ai pas eu de la difficulté à me plonger dans le roman... une fois passée le premier chapitre, ceci dit. Comme je l'ai déjà dit, j'ai commencé ma lecture et j'ai corné la page à la fin du premier chapitre. Sans avoir été accroché, sans plus y penser. J'ai repris la lecture plusieurs jours plus tard. Mais là, je ne l'ai plus cessée. Deux jours plus tard, j'avais terminé le roman avec un sentiment enivrant d'une lecture trépignante et un sentiment de vide laissé par la dernière page tournée.

Je dois avouer que le roman est très "visuel". Je verrais sans peine un film de ce roman, ou même une série télé. Cela pourra peut-être déplaire à certains lecteurs. L'auteur écrit des scénarios et cela transpire dans son roman. Nous sommes très loin des romans policiers à la "agatha christie". Et c'est tant mieux. [Ne vous trompez pas je suis une amoureuse folle des romans d'Agatha!!!]. Le suspense monte petit à petit et les rebondissements sont multiples. J'avoue que j'ai été bluffé par certains revirements. Mais en repensant à ma lecture, je m'aperçois que certaines choses auraient pu être devinées. Mais ma lecture était si intense et rapide que je n'ai rien vu. Et j'en suis bien contente. Sinon, je n'aurais pu me dire "wow, je ne l'avais pas vu venir, celle-là" et cela aurait été dommage.

Les personnages sont légèrement caricaturaux et ils sont développés un peu comme dans certains films ou séries du genre. Mais les croire superficiels est faux. L'auteur réussit à créer des personnages humains avec nombres de défauts mais pas trop et plusieurs qualité, mais pas à l'excès. Les relations entre les personnages se développent tranquillement et, selon moi, de façon assez réaliste. Je ne supporte habituellement pas les relations "vaguement amoureuses" entre les principaux protagonistes, mais ici, la relation entre Mila et Goran se déroule doucement et réserve beaucoup de surprises. Elle est essentielle aux personnages et le dénouement m'a prise par surprise (même si je sais que beaucoup de lecteurs l'avaient deviné... je répète, j'ai lu tout d'un trait ;-) ).

Le roman m'a beaucoup fait pensé a certaines séries policières que j'aime beaucoup: Criminal Minds, CSI, etc. Le texte est centré sur une enquête policière, c'est  le focus principal. Mais on se penche parfois un peu sur les personnages, leurs vies, leur personnalité, les rapports entre eux... et chaque épisode amène un élément nouveau au personnage. On s'attache tranquillement à eux, même ceux qui sont d'abord déplaisants. Des liens se dessinent au fil de la saison,  mais le coeur du texte demeure l'enquête. C'est la même chose ici. L'enquête est au centre du roman, mais chaque chapitre nous fait connaître un peu plus les personnages et les raisons qui les font agir ainsi. Parfois, c'est un peu cliché, mais cela s'intègre tout de même bien au texte.

Je dois quand même dire que certains passages m'ont achalée et m'ont semblé "faciles" : on piétine ? faisons appel à un personnage sans rapport qui va faire débloquer un peu l'histoire ; on est dans une impasse ? quel heureux hasard, on trouve miraculeusement cet indice venu de nulle part. Mais c'est minime dans l'ensemble. Et on sent que l'auteur maîtrise bien son sujet. Il a étudié en droit et en science du comportement après tout. Et il dit s'être inspiré de cas réels (brrr, cela donne des frissons !).

Maintenant qu'en est-il de l'intrigue ? Il est difficile de la raconter sans trop en révéler. Disons simplement que les corps des cinq fillettes seront retrouvés un à un, amenant une enquête distincte à chaque fois. Et la fillette du 6e bras ? Je ne peux le dire ! Et le tueur ? C'est un psychopathe, oui... et il chuchotte. Voilà. Vous savez tout. 

En conclusion... j'ai adoré ma lecture ! L'aimerez-vous ? Peut-être... peut-être pas... Pour moi, ce fut une lecture passionnate survenue juste au bon moment.

Lire aussi : Je chuchotte un coup de mon coeur

Extraits

"Pas de compassion. Il ne nous y a pas autorisés. Il ne nous a laissé que la peur. On ne peut pas avoir pitié pour ces petites victimes. Il veut seulement nous faire savoir qu'elles sont mortes... Vous trouvez que cela a un sens ? Des milliers d'oiseaux dans le noir, contraints à crier autour d'une lumière improbable. Nous ne pouvons pas les voir, mais eux, ils nous observent - des milliers d'oiseaux. Que sont-ils ? C'est simple. Mais c'est aussi très illusoire. Et il faut se méfier des illusionnstes : parfois, le mal nous trompe en revêtant la forme la plus simple des choses." p. 16

"[...], Goran avait accroché dans sa salle de cours la photo en noir et blanc d'un enfant. Un petit d'homme dodu et sans défense. Ses étudiants la voyaient tous les jours et finissaient par se prendre d'affection pour cette image. Quand - plus ou moins au milieu du semestre - quelqu'un avait le courage de lui demander de qui il s'agissait, il les mettait au défi de deviner. Les réponses étaient variées et pleines de fantaisie. Et il s'amusait de leurs expressions quand il leur révélait que cet enfant était Adolf Hitler. Après la guerre, le chef nazi était devenu un monstre dans l'imaginaire collectif, et pendant des années les nations qui étaient sorties victorieuses du conflit s'étaient opposées à toute autre vision. Ainsi, personne ne connaissait les photos de l'enfance du Führer. Un monstre ne pouvait pas avoir été un enfant, il ne pouvait pas avoir ressenti autre chose que de la haine, avoir vécu une existence similaire à tant d'autres enfants de son âge, qui étaient par la suite devenus ses victimes." p.32

"Les yeux vifs, les cheveux emmêlés, une dent de devant qui manquait, une tache de gras bien visible sur son pull vert, arborée comme une médaille. Billy Moore reposait pour toujours sur cette photo et dans le petit cimetière à côté de l'église de l'institut. Il n'était pas le seul enfant à y être enterré, mais sa tombe était la plus belle. Un ange de pierre déployait ses ailes en un geste protecteur." p. 228

Sources à consulter