Un livre ouvert... les pages de ce livre à la fois journal personnel et grimoire propose des réflexions sur l'art, la littérature, le cinéma, l'histoire, le passé, le futur et la vie...
"Il faut croire aux étoiles Tes angoisses et tes tourments Ne sont qu'un qu'un grain de sable Qu'une larme dans l'océan" [Richard Anthony]
Croire aux étoiles est facile. Je lève la tête et je vois les étoiles. Mais les voir dans la lumière du soleil est plus difficile. Je me dis donc que le soleil est une étoile et je n'ai plus alors aucune difficulté à y croire.
Mais bizarrement, les angoisses et les tourments ne se mèlent pas au sable ou à l'eau de la mer... ils semblent se miroiter doucement sur la plage dorée et l'océan lumineux.
C'est sûrement ma mauvaise manie à contempler la mer et à méditer le sable qui font que je ne peux que ruminer sur les problèmes quotidiens et les questionnements existentiaux... L'image s'infiltre dans les pensées et ne les quitte plus. Elle les oblige à approfondir les incertitudes. Elle les contraint à affronter la réalité. Elle impose les chagrins, les peurs, soucis...
Oh... mais elle laisse tout de même un peu de place pour une tranquille évasion, et les rêveries, les désirs et les châteaux en Espagne... Tout de même !!!
"La mer touche au plus profond de l'homme. Dans la lumière du soleil, n'est-elle pas le miroir de l'âme humaine? " [Philippe Plisson]
"Pour être un membre irréprochable parmi une communauté de moutons, il faut avant toute chose être soi-même un mouton." [Albert Einstein]
Il y a parfois de ces expressions que nous utilisons sans même y penser vraiment. Et si parfois on s'y arrête un instant, au moment où on les prononcent, par exemple, on ne prend pas toujours bien le temps de les comprendre vraiment ou alors de chercher à savoir leur fondement. Pourquoi dit-on ceci ou cela ?
"Suivre comme un mouton". On sait probablement tous ce que cela signifie... suivre les autres sans réfléchir, faire comme les autres... enfin... c'est évident. On sait que suivre comme un mouton n'est pas signe de volonté propre, voire de grande intelligence. Quand on suit comme un mouton... on est un "suiveux" ! On suit la conduite du plus grand nombre, on ne se démarque pas, et on ne se questionne pas... on suit aveuglément !
Je suppose que j'ai toujours supposé qu'un mouton suivait naturellement...et que sa nature était de suivre les autres. Est-ce que le mouton est vraiment un suiveux ? Je ne pouvais pas le dire vraiment. Mais si l'expression existait c'est qu'elle devait bien venir de quelque part... Il y avait bien sûr Rabelais et ses moutons de Panurge dans son Quart Livre... et ce Panurge de jeter un mouton à la mer pour se venger d'un négociant méchant... tous les autres moutons du troupeau suivirent ce mouton et entraînèrent également le négociant qui s'accrocha désespérément au dernier mouton... tous à la mer !
Mais de voir réellement ces moutons qui se suivaient tranquillement un à la suite de l'autre, en une belle file... et bien je dois dire que j'ai trouvé cela touchant. Bizarre non? Pourquoi touchant ? Je ne saurais trop le dire. Je les ai trouvés doux, tranquilles, paisibles. Ils ne se cassaient pas la tête avec des centaines de questions et doutes. À part peut-être le premier de la file... Pourquoi a-t-il décidé de se diriger par ce chemin ? Pourquoi a-t-il choisi d'être le premier, celui qui prend les décisions? Regrette-t-il son choix ? Se sent-il responsable des autres qui le suivent ?
"Quand les brebis vont au champ, la plus sage va devant" [Proverbe français]
"Un sentiment, c'est de la vie organisée selon nos rêves" [Jean-François Somain]
Vous savez parfois, il suffit d'un regard, d'un sourire... pour nous faire redécouvrir quelque chose qu'on ne voyait plus. Et que pourtant nous avait aussi émerveillé, il y a longtemps. Et qu'on faisait - on fait encore - découvrir à toute la visite qui vient à nos portes.
Un soir. Un vendredi, je crois. Ils partiront dimanche. Ce petit garçon que je ne vois pas souvent. Il a eu 10 ans lors de son séjour chez nous à Barcelone. Deux jours plus tard, il repartait à Montréal. Nous ne voyons, malheureusement pas souvent notre filleul...
Nous avons donc décidé de l'amener voir la "fontaine de couleur" comme je l'appelais quand j'avais son âge. La Fontaine magique de son vrai nom - francisé -. Elle existe depuis le 19 mai 1929 et elle a commencé à offrir ses premières couleurs lors de la grande Exposition Universelles. Carles Buigas l'a imaginé.... plus de 3000 ouvriers ont travaillé à sa construction... puis "Les Fontaines Magiques du MontJuic" ont commencé à coulé en 1929.
Les fontaines coulent - habituellement - toute la journée. Mais c'est le soir qu'elles s'emparent d'un peu de féerie et de magie et qu'elles s'affolent alors en mélangeant couleurs et sons. Les jets d'eau sont alors peints de couleurs et enveloppés de musique.
C'est un arrêt obligatoire à Barcelone... une pause unique et surnaturelle. Mais très achalandée ! Il y a des gens partout... par milliers. On avance avec difficulté... on trouve difficilement de la place... Nous avons cessé il y a longtemps de tenter aller voir ce spectacle... Sauf avec la visite... il faut bien alors faire l'effort.
Mais les yeux de mon neveu, son visage charmé, son sourire plus coloré que les fontaines... mon rappelé que les gens, les foules, le trajet, l'heure tardive... enfin tout ça, ce n'était pas vraiment important... On ne doit jamais oublié d'être émerveillé !!!
(oui, c'est mon petit neveu, sur la photo... il devait s'approcher pour voir et "sentir" - de ses mots - la couleur...)
"À quoi bon soulever des montagnes quand il est si simple de passer par-dessus?" [Boris Vian]
Il y a des paysages qui nous font réaliser des évidences. Des trajets dans les montagnes sont fréquents. Principalement les Pyrénnées, parfois les Alpes du Sud. Mais la montagne est toujours différente. Froide, douce. Verte, blanche. Parfois grise et noire.
La plage est écervelée. La ville est dramatique et émouvante. La campagne, lyrique et humoristique.
La montagne, elle, est changeante et immuable. Parfois inquiétante. Souvent joyeuse. Tranquille. Les hauteurs sont silencieuses.
Quand la chaleur envahie les rues de Barcelone, c'est la montagne qui chante mon nom. Et elle me mumure des secrets que je ne comprends pas toujours. Mais dont je cherche à m'envelopper.
"La montagne est déconcertante. Son paysage est plissé et secret. Les mots et les habitudes butent sur le passage des cols." [Jason Goodwin]
"Même pour le simple envol d'un papillon tout le ciel est nécessaire" [Paul Claudel]
Un mois d'août très chaud. Une envie de fuir la ville si bruyante, si bourdonnante et bouillante. Les Pyrénées nous semblaient une invitante destination. Plus douce, plus verte que notre rue et notre balcon.
Nous visitâmes quelques petits villages espagnols et une jolie rivière propice à la baignade et au pic-nic. Puis nous nous dirigeâmes vers le côté français. Vous savez cette Cerdagne méconnue.
Et tout près d'un minuscule village au nom si joli, Lló, nous avons suivi un chemin sinueux. Le Sègre quittant joyeusement Lló et ses eaux chaudes sulfureusesnous proposa de le suivre dans des gorges bien vertes, bien fleuries et bien rocheuses. Nous avons suivi la rivière pendant quelques temps... puis envahis par les papillons, nous n'avons pu que nous arrêter pour les admirer. Des centaines d'ailes virevoltaient autour de nous. Légers, voyageurs, solaires, vaporeux et éphémères... ils nous enveloppaient de leur vie fragile. Puissant de leur nouvelle vie, insouciant de la carcasse laissée sur une branche... ils chatouillaient doucement les fleurs indifférentes à ces âmes ressuscitée.
Et, envahie par ces papillons fous, je ne pus que fredonner cette petite chanson que chantaient quelques marionnettes dans une émission bien connue... "Sur le dos d'un papillon, vole, vole, vole un baiser -- Sur une joue, dans un cou, où va-t-il se poser?" J'ai attendu ce baiser... qui me fut donner sur le dos de ma main... une âme chevaleresque sans doute !
"Les papillons ne sont que des fleurs envolées un jour de fête où la nature était en veine d'invention et de fécondité" [George Sand]
"Elle croit que tout change, et seule elle a changé" [Bernard-Joseph Saurin]
En voyant cette dame, seule, au milieu de la place, les yeux presque fermés, j'ai pensé à ma grand-mère espagnole, ma yaya. Je ne me souviens pas de jamais l'avoir vu, jeune. Même en photo.
Elle était vieille. Intransigente. Rigide. Manipulatrice. Et si triste. Elle était minuscule. Fragile.
Elle avait travaillé dure toute sa vie. Dans une Espagne difficile. En guerre. Elle avait élevé ses enfants avec peu de moyens. Elle les avait éduqués, en avait pris soin. Elle était le pilier. Avant son mari. La famille, c'était elle. Et n'acceptait pas qu'elle n'était plus le centre de la famille. Elle n'acceptait pas le changement. Sans se rendre compte qu'elle avait aussi changé. Qu'elle avait besoin des autres.
Et elle faisait payer cette faiblesse, qu'elle ne voyait pas bien, en étant encore plus rigide, sévère et surtout manipulatrice. Et tous se pliaient à sa volonté. Je crois qu'elle en souffrait. Elle aurait tant eu à raconter ; tant eu à offrir, si elle n'avait tenté jusqu'à ses derniers moments d'être la femme d'autrefois et de contrôler la vie de tout le monde. Elle était bien seule, je crois.
"Quand on s'abandonne, on ne souffre pas. Quand on s'abandonne même à la tristesse, on ne souffre plus" [Antoine de Saint-Exupéry]
"C'est à tort que les hommes se plaignent de la fuite du temps, en l'accusantd'être trop rapide, sans voir qu'il s'écoule à la bonne vitesse" [Léonard de Vinci]
J'oublie souvent de prendre le temps de laisser passer le temps tranquillement. Tout va toujours trop vite. Et depuis quelques années, il me semble que tout va encore plus vite.
Je me souviens de l'éternité que les mois prenaient pour arriver enfin à l'été... je me souviens que je calculais que j'aurais 29 ans en l'an 2000 et que cela me semblait impossible... Impossible qu'un jour nous arriverions à l'an 2000 et impossible d'être un jour si vieille !
L'an 2000 est arrivé et mes 29 ans sont loins derrière moi... il me semble que j'étais bien jeune quand nous avons fêté le passage du millénaire !
Les semaines se terminent à une vitesse folle: les dossiers à terminer, les courses à faire, le ménage à rattraper, les choses à faire avant les vacances... qui arrivent rapidement... mais où va donc le temps ? Il me semble courir sans arrêt. Je voltige entre deux minutes et j'essaie de pourchasser les heures qui virevoltent dans mon quotidien.
Le temps passe. Il aime donner l'impression qu'il s'enfuit, qu'il ne nous laissera pas le temps de faire tout ce qu'on voudrait accomplir. Mais il ne fait que passer. Ni rapidement, ni lentement... et il se laisse attraper si on prend le temps de l'écouter. Il m'arrive parfois, pas souvent, de ralentir et même d'arrêter, et de prendre le temps de perdre mon temps. Je culpabilise presque toujours ensuite... c'est dommage. Il ne faudrait pas. On a tout à fait le droit de laisser couler les minutes et de les regarder doucement fondre. Tout à fait le droit.
"Mon passe-temps favori, c'est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps" [Françoise Sagan]
Il y a 17 ans, nous étions dans un bar. Un 15 mai. PisTout et moi. Nous n'étions que des amis à ce moment. Ce qui était plus ou moins vrai. Car environ trois mois auparavant, nous étions un peu plus que des amis.
Cela avait commencé dans le même bar en fait. Les Foufounes électriques. Je me remettais d'une pénible rupture. Ma bonne amie m'avait laissé seule parmi ses amis que je connaissais à peine. Elle avait un nouveau copain et elle m'avait un peu oublié. Elle qui avait insisté pour que je sorte et me change les idées... elle avait disparu ! Je connaissais bien un peu ses amis, mais je me sentais abandonnée. Surtout qu'à mes côtés, il y avait le meilleur ami dudit nouveau copain, qui tentait de me "cruiser" en écrivant des poèmes sur une serviette de table ! Désespérée, je me suis tournée de l'autre côté... un garçon... ami de ma copine. Je connaissais son nom et l'avais rencontré une fois auparavant... et je savais qu'il avait prévu d'aller voir un certain film - il en avait discuté avec ma copine car elle disait que ce film ne l'intéressait pas. Donc... je me tourne et lui dit... "comme ça, tu voulais aller voir "Being at home with Claude" ?" Et de s'ensuivre une conversation fort intéressante sur le cinéma et qui en plus me sauvait des poèmes provenant de l'autre côté.
Finalement, nous avons planifié d'aller voir le film dans la semaine. Suivirent quelques rencontres... enfin, vous savez... pour finalement s'ensuivre un début de relation. Qui évidemment, au bout de quelques semaines lui fit un peu peur. Comme tout jeune homme de 20 ans, il hésitait à s'engager. Comme nous nous entendions bien, nous avons décidé de rester uniquement de bons amis. Et de se voir quand même trois-quatre fois par semaine !
Malgré ma supposée compréhension de ses sentiments... je dois avouer que j'étais un peu fâchée. Mais je l'ai bien caché ! Quand même, on a sa fierté ! Sauf pour mon meilleur ami et ma copine, peu de gens savaient que j'étais tout de même blessée par cette "semi-rupture".
Et donc, quand lors d'une autre soirée aux Foufounes, il m'a dit qu'il aimerait poursuivre une relation plus sérieuse... mon meilleur ami - qui était en fait aussi son meilleur ami... hum vous suivez ? - l'a sévèrement sermonné et averti de ne pas me "niaiser" une seconde fois ! Je ne sais si cela a eu une influence... mais 17 ans plus tard, et bien, nous sommes à Barcelone, à se questionner sur le restaurant à choisir pour souligner toutes ces années !!! :-P
17 ans ensemble... 17 ans de rires, de larmes, de joies, de peurs, de projets, de chicanes, de sorties, de voyages, de compromis, de concessions, de grincements de dents, d'enchantements, de plaisirs, de films, de musiques, de fleurs, d'incertitudes, de promesses, de certitudes, de changements, de questionnements, de tranquillité, de rides, de maladies, de douceurs, de caresses, ...
"Je ne demande pas où mènent les routes ; c'est pour le trajet que je pars" [Anne Hébert]
Partir. Prendre un bagage. Et partir sur la route. Évidemment, les voyages en train, en avion, sont aussi séduisants... Mais la route demeure unique pour nous.
Petite, je n'aimais pas les voyages.... je me souviens surtout d'avoir eu des nausées... en auto, en autocar et en avion. Il faut dire que les gens fumaient beaucoup et j'étais malade tout le long des trajets. Et donc, j'ai associé trajet, voyage et nausées.
Puis, il y a quelques années, nous avons pris la route... pour un long voyage. Mon premier long voyage en voiture. Un "road trip" comme on dit... Nous sommes partis de Montréal jusqu'à la Nouvelle-Orléans. 7000 kilomètre, aller-retour. Sur les autoroutes et les petites routes américaines. Beaucoup d'appréhension avant de partir. Comment se passerait ce voyage ? Nausées, fatigues, chicanes ?
Ce fut une expérience incroyable et complètement renversante. Les routes nous ont adoptées immédiatement. Nous pouvons les parcourir sans fin et sans se lasser.
Bien sûr, la destination est importante. Mais n'est souvent qu'un prétexte. Un prétexte pour faire le trajet. Il nous est arrivé de simplement partir pour la journée, sur les petites routes de la Catalogne ou du Languedoc. Partir le matin, arrêter parfois pour observer un paysage, explorer un monument, picniquer dans un petit coin ou déjeuner dans un petit village... Mais surtout observer, regarder, contempler le paysage, les horizons qui défilent devant et autour de nous.
Nous n'avons pas peur de la route, nous la cherchons... On peut parfois faire des heures de routes pour simplement visiter un endroit qui nous semble plaisant... Et le plaisir se trouve autant dans la visite que dans le trajet...
On arrive parfois à destination complètement épuisés, mais toujours radieux... Et ce week-end, la route nous appelait ! Elle nous a dit que cela faisait longtemps que nous ne l'avions pas saluée. Nous sommes donc partis vendredi matin, direction... la route !
"Comme tout ce qui compte dans la vie, un beau voyage est une oeuvre d'art" [André Suarès]
"Au lieu d'instinct, ne vaudrait-il pas mieux parler d'une fabuleuse pression sociale pour la femme ne puisse s'accomplir que dans la maternité?" (Elisabeth Badinter)
Une fois n'est pas coutume... cette photo n'a - de toute évidence - pas été prise par moi. On y voit ma mère, ses cousines et ses frères. J'aime bien cette photo. Et aujourd'hui, je m'en suis rappelé. Parce que c'est la fête des mères au Québec. Pas ici. En Espagne, c'était dimanche dernier.
Cette photo d'enfants de différents âges, ces sourires, cet immense carosse... me semble bien attendrissante.
La fête des mères... Ma mère était une merveilleuse mère. Mais je crois sincèrement qu'elle n'aurait peut-être pas dû être mère. Elle le fut car c'était naturel. Elle trouva l'amour. Elle se maria, mais elle aurait préféré simplement vivre avec mon père. Mais cela ne se faisait pas beaucoup à cet époque. Cela aurait blessé ses parents et les parents de mon père. Ils se sont donc mariés. Et l'enfant suivait nécessairement. Elle ne s'est pas vraiment posé la question. Et je suis née. Elle fut très heureuse. Et 6 ans plus tard, elle aima ma soeur. Elle nous offrit tout son amour. Elle nous éleva très bien. Elle prit soin de nous, nous fit rire, nous chicana, nous conseilla... elle fut une vraie mère... Mais je ne peux m'empêcher de rêver à ce que sa vie aurait été sans nous... et je me dis que toute femme n'est pas nécessairement une mère. Même si elle est une mère exceptionnelle.
Je ne crois pas être une mère. Comme la mienne, j'aime les enfants. Mais je ne crois pas que ce soit une obligation pour moi, pour une femme, d'avoir des enfants. C'est difficile à dire. Il y a tant d'amies qui ont des enfants. Et je les trouve merveilleuses. Je ne crois pas être de celles-ci. Et si ma mère était encore avec nous, je lui souhaiterais une joyeuse fête des mères, je lui dirais qu'elle est une mère formidable mais que je n'en serai probablement jamais une...
"Cette possibilité que la maternité ne soit pas un don inné, qu'elle se contruise avec l'enfant dans le doute et la folie, dans le tâtonnement de la raison du plus aimant." (Marc Villerouge)
"Si tu ne veux pas que la cigogne vienne, tire en l'air" (Proverbe alsacien)
Dans le ciel de plusieurs paysages se rencontrent parfois de grands oiseaux blancs avec le bout des ailes noires. Leurs nids se trouvent toujours sur les plus hauts toits. Un couple uni pour la vie veille sur leurs oeufs et petits...
On ne les chasse que très rarement. Car tout le monde sait que les cigognes transportent les âmes des enfants à naître. Parfois on les charge même de porter tout l'enfant aux futurs parents.
Un jour, ma mère eut deux enfants. Et la cigogne lui a dit qu'elle n'avait pas le choix. Le premier par obligation sociale, le deuxième par accident. Elle aima tendrement ses deux enfants. Et elle les entoura de soins et d'amour, de moments tendres, de calins, de conseils. Elle essuya les larmes, chatouilla les pieds et chassa les monstres. Elle leva les bras en l'air plusieurs fois, exaspérée par les bétises de ses deux filles. Puis, elle les entourait de ses bras doux et les consolait tendrement. Elle ne regretta jamais ses maternités et elle garda toutes les cartes offertes à l'occasion de la fête des mères. Mais parfois, elle regardait le ciel et se questionnait sur les intentions secrètes des cigognes...
Une petite fille devient une femme quand elle commence à dire du mal de ces poupées. (Patrick Sebastien)
Je ne sais pourquoi, tout comme cette triste citation, ces deux poupées, seules, dans leurs poussettes, m'ont légèrement bouleversée.
J'ai toujours trouvé ces paroles, désolantes... Une sorte de certitude perverse qui me semble horrible à dire. Je n'ai pas dit du mal de mes poupées quand je les ai rangées ou même données. Je les ai peut-être oubliées un peu. Mais je n'ai pas calomnié mes poupées.
Une petite promenade un samedi ensoleillé de février, sur le bord de la mer à Sitges. Beaucoup de passants profitaient de ces rayons familliers de février. Il fait toujours chaud en février, alors qu'il fait frais et nuageux en mars et avril... Donc, en février, les gens en profitent et déambulent paisiblement sur les promenades des bords de mers. Et les enfants s'amusent... dans le sable, sur le gazon, dans les parcs...
Et ils oublient... abandonnent leurs jouets sur la plage, leurs ballons sur le parterre, et leurs poupées sur la promenade.... Ces poupées m'ont semblé si seules, si perdues... On semblait les avoir sauvagement délaissées... pour courir vers d'autres horizons et d'autres activités plus intéressantes. J'ai tranquillement contourné les poussettes. J'ai regardé aux alentours à la recherches d'enfants... Il y en avait plusieurs. J'ai espéré silencieusement que ces petites poupées seraient retrouvées rapidement... que des enfants accouraient bientôt pour les prendre à nouveau dans leurs bras et leurs raconter leurs secrets.
On m'a demandé pourquoi je conservais tous ces livres. Mais, de répondre moi-même, c'est que j'aime les livres. J'ai besoin d'être entouré de livres.
Parfait, m'a-t-on répondu, mais tu as lu tous ces livres ? Heu, non..., que je réponds, les joues légèrement rouges, j'en ai oublié... d'ailleurs pour me faire pardonner, je vais bientôt parler de ces oubliés.
Très bien, poursuit l'interrogatoire, et bien entendu, nous devons déduire que tu as aimé tous ces livres que tu gardes précieusement. Hum, et bien la vérité, je me sens obligée d'avouer, c'est qu'il y en a quelques uns que je n'ai pas du tout aimé.
Comme par exemple, accuse la procuration qui semble bien connaître mon cas, ces romans de Kate Mosse que tu critiques ou encore certaines déceptions d'auteurs que tu aimes bien généralement... nous notons, Maxime Chattam ou encore Patricia Cornwell... Oui, c'est vrai, que je rétorque vivement, mais j'ai d'autres romans de ces auteurs, je ne veux pas briser ma collection.
Bon, nous voulons bien, poursuit-on durement, mais ces romans que tu n'as jamais terminé, que tu as trouvé si ennuyeux qu'ils n'ont jamais vu leur dernière page tournée par tes doigts. Pourquoi les conserves-tu dans ta bibliothèque? C'est que je suis incapable de me séparer d'un livre, que je confesse en baissant les yeux, je veux les garder tous... même ceux que je n'ai pas aimé, ceux qui m'ont déplue, qui m'ont enragée, ceux qui m'ont ennuyée, qui m'ont fait perdre mon temps. Ils ont tout de même occupé un espace de mon esprit... ils ont fait partie, un instant, de ma vie, et je ne veux pas les négliger. Je ne leur pardonne pas, mais je ne veux pas les renier...
Et bien, conclut-on, c'est ta bibliothèque. Mais ne viens pas pleurer quand tu n'auras plus de place, ou quand tu devras les déplacer. Je le promets ;-)
Je sais... c'est banal... et c'est toujours ainsi. Enfin... depuis que je vis ici, c'est pas mal la même chose à quelques jours d'exceptions près. Fin février... il fait très beau, notre "redoux" de février comme, Pis.Tout et moi, on dit. Début mars, il fait encore très beau. On est joyeux, on gambade follement dans les rues à la recherche des cerisiers et amandiers en fleurs... Et puis, fin mars ? Début avril? Et bien, c'est la flotte... Il pleut, il pleut, il pleut et brrrr... on ressort le foulard déjà mis dans le fond de tiroir.
Et puis, je ne me plains pas... c'est tout de même une température clémente et il y a des fleurs partout... les arbres bourgeonnent toujours allégrement... Mais le ciel est triste à mourir... sombre, gris, pluie, pluie, pluie...
Et puis, c'est toujours pareil... mon humeur suit le chemin des nuages et devient grise, terne... et je deviens une vraie "soupe au lait" ! Qu'on ne me parle pas de travers, svp, qu'on ne me bouscule pas dans le métro, svp... parce que la fille vous sautera au visage sans crier gare... à moins qu'elle ne s'enfonce dans son fauteuil sans qu'il y ait le moindre espoir de la tirer de là...
On annonce du soleil demain... gregnegnegreugnegne... j'aimerais bien, que je dis du fond de mon divan, toute entortillée dans ma couverte bleue toute en toutou doux et le regard accroché sur les insipidités qui passent à la télé (parce que trop amorphe pour cherche la télécommande et changer de poste)... gregnegnegregnegne...
"Jamais les mots ne manquent aux idées ; ce sont les idées qui manquent aux mots" [Joseph Joubert]
C'est une rue très passante. Très achalandée. Toujours des gens... beaucoup de boutiques, beaucoup de terrasses, beaucoup de touristes et beaucoup de citadins.. Et périodiquement, la rue ajoute à sa panoplie d'éléments étranges... des objets éphémères. Par exemple, cette semaine, il y avait kiosques de ventes de rameaux... pour le dimanche des rameaux... parfois ce sont des livres... Et parfois ce sont des expositions de sculptures...
L'année dernière, un artiste a exposé plusieurs de ses oeuvres gigantesques... des sculptures de bronze, de cuivre... immenses et saisissantes !
Je marchais tranquillement. J'admirais innocemment les oeuvres exposées cruellement sur la rue. Exposées à tous... jour et nuit... les gens les touchaient, les observaient... librement... sans gardes pour les retenir...
Il y avait même des enfants qui s'amusaient à y grimper... peut-être pour mieux les comprendre. Pour réfléchir tranquillement... Car cette tête... seule dans son coin... avait peut-être besoin d'être comprise. Des idées pleins la tête... je la comprends... je l'avoue... Ces temps-ci... j'ai la tête pleine d'idées, pleine de rêves et pleine de cauchemars... qui tournent et tournent... sans jamais s'arrêter...
Et on tourne autour de ma tête. On se percute, on se bouscule, on s'emmèle... et on s'oublie parfois tout bonnement... Trop d'idées, trop de rêves... il faut choisir parmi cet entrelacement. Et on le fera... en temps et lieux !
Et bien voici la conversation comme elle s'est (à peu près) déroulée :
"... pis en fait c'est Phyllis qui a fait donner à Sharon, par le serveur du
Athletic Club, la facture de carte de crédit de Jack, pour que Jack et Sharon se
divorcent, pour que Sharon arrête de cruiser Nick et qu'elle s'en aille dans
les bras de Brad, qui dans le fond, depuis bien avant son mariage avec Victoria
(qui est maintenant mariée avec J.T.), savait qu'elle était son âme soeur..."
Vous avez compris quelque chose ? Et bien... malheureusement, moi oui ! Et ce, même sans avoir regardé cette émission (car parle ici - heureusement - d'une émission de télévision) depuis plus de 5 ans... et bien, je savais exactement de quoi, soeurette me parlait !
Car il existe de par le monde télévisuel, ce genre d'émissions qui jouent depuis des années et des années, et qui sont intemporelles, immortelles et qui racontent incroyablement toujours les mêmes histoires improbables qu'on arrive impossiblement à comprendre !
C'est arrivé, il y a maintenant... (au mon dieu, je ne peux faire ce calcul...) disons que j'avais environ 12 ans... ce devait donc être vers 1983... Ma mère avait un emploi pour l'été et je devais donc garder soeurette pendant tout l'été... Ma meilleure amie de 11 ans, restait seule chez elle, en bas de chez moi, pendant que ses parents travaillaient (oui, on était plus confiant en la maturité de ses enfants dans ce temps - ou plus inconscient... c'est selon). Et elle écoutait un "soap opera" assidument. D'ailleurs, c'est elle qui m'a initiée aux émissions américaines ! Et il n'était pas question de le manquer. Il faut ajouter ici qu'il y avait un "acteur-chanteur" en particulier qui nous intéressait, et que à ce moment, les autres histoires, on ne les écoutait qu'à peine. Et puis... peu à peu, au cours de l'été... j'ai aussi commencé à m'intéresser aux autres histoires. Il faut dire que l'émission est quotidienne ! Donc... tous les jours, à l'heure du midi, on écoutait les histoires invraisemblables des personnages de ce soap !
Et... qu'on le veuille ou non, à la longue, à force d'écouter tous les jours et de voir tous les jours les mêmes personnages... on finit par s'intéresser un peu... à peine, mais tout de même... assez pour que quand l'été prit fin, que ma mère termina son contrat et revint à la maison et que je retournai à l'école... je lui demande d'enregister l'émission, parce que je voulais savoir ce qui arriverait à ce chanteur! (Ce qui était idiot, puisque son histoire se termina 10 ans plus tard, mais bon, je ne comprennais pas alors le principe des soaps !) Et évidemment, tant qu'à l'enregistrer... ma mère a fini par l'écouter aussi... Et voilà ! Nous étions piégées. Ma mère se trouva à l'écouter tous les jours et moi aussi.
Cette émission était bien connue. Un "soap" américain qui était diffusé depuis les années 70 et qui a même été traduit en français. Mais de ne pas avoir suivi depuis le début n'avait pas d'importance. Les personnages et les histoires sont improbables et se répètent, et on finit toujours par savoir et comprendre les liens et les historiques des personnages. Et puis, on peut très bien manquer plusieurs émissions, voire des semaines d'émissions sans que cela ne soit trop déroutant ! On retrouve toujours le fils des histoires ! (Bon, sauf, une fois, on manqua une émission, le personnage fut tué et on n'en reparla bizarrement plus jamais dans l'émission!)
Petit à petit, en vieillissant, j'ai arrêté d'écouter l'émission. Mais parfois, si cela "adonnait" et que j'étais à la maison à ce moment, je l'écoutais. Si j'avais des questions, j'appelais ma mère, qui continuait à l'écouter... par habitude tout simplement... Parce que bien sûr, quand on en discutait, c'était surtout pour en rire. Ma soeur - qui avait été attrapée elle aussi - se joignait aux discussions ! Et aujourd'hui... et bien ça demeure un rituel. Je n'écoute plus l'émission, mais ma soeur à Montréal, l'écoute parfois - histoire de continuer la tradition - et me donne les potins de temps en temps:
"Un tel vient de mourir" "Pour vrai ? On a trouvé son corps?" "Non!" = À ce moment, on sait toutes deux, que le personnage peut revenir à tout moment. Pas de corps, pas de certitude de mort ! Mais même s'il y a un corps, un jumeau inconnu peut bien surgir à un moment ou l'autre !
"La fille de 6 ans, de un tel et une telle vient de partir pour une école privée" = Dans ce cas, cela veut dire que le personnage reviendra dans 1 an ou 2 ans mais en ayant 16 ans ! Il faut bien la faire participer plus activement dans les histoires. Peut-être même la faire marier dans 3 ans, avec son ancien beau-père qui a 30 ans de plus qu'elle !
"Un tel et une telle viennent de se remarier pour la 5e fois" "Ils ne savent toujours pas qu'ils sont frère et soeur?" "Bien, en fait, finalement ce n'est pas leur vrai père, c'est leur grand-oncle qui veut la ruine de leur compagnie... oh et ils ont encore changé d'acteur!" = Car tout le monde finit par avoir un lien de famille en quelque part et par vouloir ruiner l'autre ! Et puis, le même personnage peut parfois être joué par un autre acteur !
"Ils se sont rencontrés au café, puis ils ont été voir le médecin et ont finalement été dîner au restaurant où un tel les a vu" = Parce que peu importe la ville, et peu importe le nombre d'habitants, il n'y a qu'un seul café, un seul médecin et un seul restaurant et que tout le monde va toujours aux mêmes endroits !
"Finalement, elle lui a avoué que c'était son bébé?" "Non, pas encore, elle était sur le point de lui dire, mais elle a arrêté" "Et finalement, il lui a dit qu'il la connaissait avant?" "Non, la pause est arrivée et il y a eu un silence de 30 secondes" = Parce que c'est bien plus intéressant de taire et cacher les moindres niaiseries, car sinon, il n'y aurait jamais de drames sans secrets ! Et qu'évidemment, quand on se fait poser une question, on arrête toujours de parler avec un air songeur pendant au moins 30 secondes !
Et ainsi de suite ! Sans arrêt, depuis des décennies... des impossibilités à écouter et surtout à commenter en riant aux éclats ! On ne suit pas vraiment l'émission, nous ne sommes pas accrochées aux histoires, en fait, on trouve tout cela un peu ridicule, redondante et "kétaine". C'est simplement un rituel un peu idiot qui dure depuis des années mais qui bizarrement nous réconforte... après tout... peu importe ce qui arrive, The Young and the Restless va jouer demain !
Titre original: The Young and the Restless
Créé par : William J. Bell, Lee Phillip Bell
Producteurs: Kathryn Foster, Edward Scott
Genre: Drame, Soap Opera (Feuilleton
hebdomadaire)
Et des centaines
d’autres… dont Eva Longoria, Tom Selleck et David Hasselhoff.
L'émission est une des plus vieilles séries télévisuelles. Elle a gagné de nombreux prix principalement aux Daytime Emmy Awards. À ses débuts, l'émission durait 30 minutes. En 1980, on augmenta sa durée à 60 minutes.
Je sais que pour certaines personnes qui me connaissent, j'ai un problème de ponctualité. Carrément un problème avec le temps. Je serai donc brève. Et je ne m'étenderai pas comme j'ai souvent l'habitude de faire. Parce que même si je m'étends parfois dans mes propos, pour moi, le temps c'est important.
Je ne suis jamais en retard. Et si par un malheureux hasard, je suis en retard, cela me blesse pronfondément. Je vais devenir complètement folle, je vais courir, paniquer et quand finalement j'arrive, je vais m'excuser pendant des lunes et en rêver pendant des années.
Et je peux difficilement supporter les retards des autres. Même informels. Si on me dit : "on part dans une demi-heure", pour moi, il faut partir, dans 25-30 minutes, pas 45 minutes plus tard. Si on me donne rendez-vous, je suis là, au moins 10 minutes avant. C'est pour moi, la norme (sauf pour les soupers chez les gens... je connais mes manières tout de même et je laisse le temps aux hôtes de respirer avant d'arriver).
Mais sinon... je suis là en avance et je m'attends à ce que les autres soient là en avance ou à l'heure... Alors quand on me donne un rendez-vous à 14h30 et qu'on arrive à 15h15, pour moi, c'est un calvaire total ! Je ne peux supporter... et je ne comprends pas.
Je sais qu'en Espagne, "tantôt" est toujours de mise et que le "pourquoi faire aujourd'hui ce qu'on peux faire demain" est un mode de vie... tout de même quand j'ai un rendez-vous chez un client à 11h00, que j'arrive à 10h50 et qu'eux arrivent à 11h20... pour moi, c'est une insulte. Même en connaissant la fameuse règle de 20 minutes (qui s'étend à 40 ou 90 minutes pour certains), je ne suis pas capable... pas capable vous m'entendez !!!
Je suis là à l'heure... la moindre des choses c'est qu'on soit là aussi... Je sais, je sais... j'ai un problème pointu de ponctualité pointilleuse...
Enfin, tout ceci pour dire que je devrais peut-être apprendre à vivre avec le temps. Peut-être. Mais que quand on donne rendez-vous le jeudi à 15h00, qu'on avance la rencontre à 14h30, puis qu'on cancelle pour la reporter le lendemain à 14h30 pour finalement arriver à 15h15, et bien je suis relativement de mauvaise humeur !!!! Pfifff !
L'enfance est ce que le monde
abandonne pour continuer d'être monde. [Christian Bobin]
Le balcon de ma voisine. Plus grand que le mien. Laissé à l'abandon. Elle n'y va qu'une ou deux fois par année. Une vieille table en fer forgé blanc et quatre chaises, toutes rouillées. Quelques pots et bacs à fleurs. Abandonnés eux aussi. Dans ces pots et bacs poussent librement des cactus, des géraniums, des mauvaises herbes qui viennent de on ne sait trop où, amenées par le vent. Il y a chaque année des graines de mes plantes grimpantes qui tombent dans ces pots et qui réussissent à grandir... Sans eau, sauf celle de la pluie, sans soin, sans engrais.... Certains cactus sont si grand qu'ils pointent le nez sur mon balcon. Je les laisse faire.
Il y a trois ans, au début novembre, la voisine est sortie sur son balcon et a posé dans le coin, sur ces bacs abandonnés, une petite bicyclette. Bien enveloppée dans du plastique. Petite bicyclette d'enfant entreposée pour l'hiver, je me suis dis. Pourtant au printemps, la petite bicyclette demeura sur le balcon. Les mois ont passés. Le vent, la pluie, les orages, les plantes folles et sauvages, ont peu à peu fait tombé le plastique qui la protégeait.
Et la rouille est venue l'envahir, comme elle a envahi la table et les chaises. Et les plantes ont commencé à reprendre l'espace occupé par la petite bicyclette. Les tiges l'entourant, l'emprisonnant tout doucement... La bicyclette n'a plus quitté le balcon. Abandonnée elle aussi. L'enfant qui la conduisait fougeusement avant, devenu sûrement trop grand. Et la petite bicyclette toute seule, négligée, résignée, fait maintenant partie de ce balcon déserté. S'ennuie-t-elle de l'enfant qui l'avait pourtant aimée mais qui l'a oubliée ? Songe-t-elle aux courses folles qu'elle faisait il n'y a pas si longtemps ?
Elle semble triste mais pourtant, elle me semble aujourd'hui parfaitement s'intégrer dans cet environnement sauvage. Les fleurs de géranium la caressent délicatement, les cactus la protègent des intempéries, les tiges l'enlacent calmement...
Un bateau est une beauté et un mystère quelque soit l'endroit où on le voit. [Harriet Beecher Stowe]
Nous avons souvent des amis, de la famille qui viennent nous rendre visite. Surtout pendant l'été. L'été dernier, nous avions notre filleul. Un gentil et turbulent garçonnet de 10 ans. Ce qui transforma légèrement nos déplacements habituels... Aux visites de musées, d'églises, de parcs se sont ajoutées des activités et des musées qui lui plairaient sûrement plus.
Le musée maritime - El Museu Marítim de Barcelona - faisait partie de notre tour officiel pour jeune garçon aimant les bateaux. Étrangement, nous n'avions jamais visité ce musée... et pourtant nous avons pratiquement vu (et plusieurs fois) la multitude de musées de Barcelone. Nous avons souvent marché le long des murs du musée maritime, nous avons même pris un cocktail dans les jardins pour les fêtes de la Saint-Jean du Bureau du Québec à Barcelone... mais bizarrement nous n'y sommes jamais entrés... Et pourtant ce musée est absolument et complètement magnifique et grandiose.
Des histoires, des archives, des maquettes, des photos, des souvenirs... de l'eau... la mer, l'océan, la rivière, le fleuve... du monde entier, de l'Espagne en particulier. Et surtout, des bateaux...
Dans une pièce immense de ce superbe édifice ancien, il prenait toute la place. La fameuse "Galera Real de Don Juan de Austria"... Et cette galère ne peut qu'étourdir le visiteur qui la contemple. Ce navire nous attend au détour d'un couloir et nous prend complètement par surprise. Immense. Figé. Il semble prisonnier d'une pièce de bois et de pierre. On le contourne... on en fait tout doucement le tour... on monte lentement sur la passerelle et on met les pieds sur le bateau. Et on essaie de comprendre, de sentir, de se rappeler... la mer. Le vent, le sel, le travail, la chaleur, le froid, la pluie, le soleil, les longs mois de solitude, et on ne peut qu'imaginer...
Il est là. Seul. Immense. Grandiose. Pour nous faire voir sa beauté. Pour nous faire imaginer ses mystères. Et on finit par espérer que la mer, tout près, viendra le récupérer un jour.
Il y a des jours précis. On sait exactement où on veut aller. On ne sait pas trop pourquoi on veut aller à cet endroit précis. À part le fait, qu'il est tout près de l'endroit où on se trouve présentement.
Une petite ville agréable. Une auberge accueillante. Un livre nous guidant. Et puis, cette page me disant que tout près, il avait ce moulin. Comment ne pas y aller ? Car enfin. Il est tout de même nommé Moulin de Daudet, même si son vrai nom est Moulin Ribet ou encore Moulin Saint-Pierre. Il est vieux. Mais quand même jeune. On l'a construit en 1814, et il a alors travaillé avec ardeur pendant une centaine d'années. Il n'était pas seul. D'autres moulins existent près de Fontvieille. Et ils travaillaient tous ensemble pour les habitants de la région. Il n'était pas le premier moulin de la région. Mais il fut le premier à faire taire ses ailes. Il arrêta de tourner en 1915. Il cessa alors de vivre. On ne lui donna plus de blé. Il ne travailla plus la farine. Il ne travailla plus.
On ne peut affirmer avec certitude qu'Alphonse Daudet a vraiment habité le moulin comme on dit parfois, pour s'y recueillir, pour y écrire. On dit même qu'il n'y a jamais mis les pieds. Mais il l'a vu. Il l'a regardé. Et il a habité la région, il a écouté les habitants, il a écrit... Ses Lettres de mon moulin sont célèbres. Tout près, il y a même un musée au nom de l'auteur. Et on visite alors le moulin en pensant à Daudet. J'ai fait de même. Je me suis rappelé les contes de l'auteur.
Il faisait un soleil étourdissant. Et il faisait très chaud. Il fallait monter. Parmi les herbes folles. Les fleurs ensauvagées qui nous chatouillaient les jambes. Il était là. Silencieux. Calme. Il ne bougeait pas. Il ne parlait pas. Une brise parcourait ses ailes sans même les faire frémir. Il me dit que les lettres de Daudet avaient encore beaucoup à me dire. Je fermai les eux et j'écoutai. Et petit à petit le vent se leva et, sans même un seul mouvement, les ailes du moulin se mirent à tourner.
Il faut faire tourner le moulin lorsque le vent souffle.[Proverbe
français]
Il y a des crimes littéraires qui ne le sont vraiment qu'aux yeux de certains. Personnellement, je ne me sens pas vraiment coupable... bon peut-être un peu, mais ce n'est que sporadique comme sentiment. Peut-être uniquement quand je parle à certaines personnes qui pour eux c'est un crime ou encore quand je lis que je serais supposée ne pas commettre ce "crime".
C'est un excellent article chez Allie qui m'a rappelé ce crime. Elle présentait Bonne Année, Charlie Brown. Ce dernier, dans le film, doit lire Guerre et Paix pendant les vacances... ce qui a amené le sujet de la lecture de ce roman de Tolstoï... qu'elle fera et que je n'ai jamais fait et que je ne ferai possiblement jamais pour des raisons, qui pour certains sont complètement criminelles et que même personnellement, je juge parfois enfantines.
Car voyez-vous il y a des lectures que je ne fais pas parce que je ne veux pas les faire... parce que je ne peux supporter l'auteur même si je n'ai jamais rien lu de ce dernier, parce que je ne peux supporter la mode d'un livre, d'un auteur ou d'un genre, ou parfois parce que j'ai lu des extraits ou un roman qui m'ont laissée de glace et que je ne peux me pousser à lire autres choses de cet auteur, malgré les critiques élogieuses, les avis enthousiasmes.
C'est le cas de Proust, par exemple. Des extraits bien rédigés j'en ai lu, étudié et analysé des masses, et j'ai lu Du côté de chez Swann... je peux vous parler en long et en large de l'auteur, de son oeuvre et de la qualité de son écriture... mais jamais je ne vais relire un autre roman de Proust ! C'est que j'ai cru mourir d'ennui à la lecture de cet auteur reconnu et encensé par tous, depuis toujours... Et ne pas aimer ou lire Proust, c'était un crime pendant mes études littéraires et c'est encore un crime pour une grande majorité de lecteurs !
Mais pendant mes études littéraires, le plus grand crime était de ne pas être complètement gaga sur la littérature russe ! Avoir aimé et lu quelques oeuvres de Tchekhov, Gogol et Dostoïevski, ce n'était pas assez. Il fallait avoir tout lu de tous les auteurs connus et non. Il fallait passer des heures à discuter et rediscuter de la littérature russe. Dans les pauses pendant les cours, il fallait commenter tel ou tel passage ; pendant les vins et fromages, il fallait analyser le contexte socio-politique de telle ou telle oeuvre... et toujours de littérature russe. C'était "in", c'était ce qu'il fallait lire ! Et je dois avouer que je n'en pouvais plus d'en entendre parler. Et quand on me demanda mon opinion sur telle figure dans tel passage de Guerre et Paix, j'ai dit fièrement que je n'avais pas lu et que j'avais bien d'autres choses à lire avant ce roman. Et je suis encore incapable aujourd'hui d'ouvrir le roman... peut-être un jour (et voilà, Allie, le grand mystère ;)).
Et il y a de ces auteurs que je n'aime pas et ne lis pas, même si je n'ai pas détesté le roman que j'ai lu. Et même que parfois, je n'aime pas et ne lis pas, sans même avoir lu un seul roman de leur plume. Je n'aime pas leur style ou même parfois leur attitude, leur personnalité. Et malgré les commentaires positifs, je ne lirai pas. Ou encore, ils sont tellement à la mode, sur tous les magazines, dans toutes les entrevues, à la radio, à la télévision... partout... que je peux supporter de lire leur oeuvre. Parfois, je vais m'efforcer de lire... je vais aimer ou non. Mais c'est très aléatoire. Et non, je n'aime Nothomb, même si j'ai bien aimé Stupeur et Tremblements, je n'ai pu supporter son deuxième roman, et malgré les bonnes critiques sur certains de ses autres romans, je ne peux me résoudre à lire autre chose d'elle... c'est viscéral, je la vois sur une couverture, les poils me hérissent sur les bras... Et c'est ainsi, pour Jardin, Arcand et plusieurs autres.
Et il a donc des livres que je ne lis pas... que je ne pense pas lire... pour des raisons purement futiles, complètement enfantines, littéralement superficielles, totalement frivoles et entièrement subjectives.
La réflexion est une sotte habitude humaine, le fruit d'une conscience coupable.
La liberté animale consiste à vivre l'instant présent.[Théodore Roszak]
Un ciel mécontent. Un vent étourdissant. Des vagues bouleversantes. Une plage déserte.
La plage de San Sebastian est habituée à une mer coléreuse. Elle se laisse alors envahir par un vacarme étrangement silencieux. Peu de gens s'aventurent alors sur le sable. Parfois un promeneur solitaire. Des gens qui comme moi aiment espionner les vagues perpétuellement fragiles et puissantes.
En cette journée, il n'y avait que moi sur ce bout de plage. Quelques minutes avant un rendez-vous important. Mon regard perdu dans le gris et le blanc. Ma pensée accaparée par les moments à venir avec quelques dérapages sur les futilités de ma vie, mon passé, mon présent, mon futur... enfin toutes ses idées qui nous assaillent sans cesse.
Et puis, je n'ai plus été seule. Je ne l'ai pas vu arriver. Un moment mon regard était dans les vagues, et ensuite il apercevait ce chien solitaire. Tranquillement assis sur le sable, face à la mer, le regard aussi perdu dans les vagues. Tout petit sur cette immense plage déserte. Est-ce qu'il rêvait comme moi ? Est-ce qu'il réfléchissait à sa vie ? Ou vivait-t-il simplement le moment présent ?
Je ne pus m'empêcher de croire qu'il contemplait comme moi la mer et rêvait tout simplement... se questionnant sur la mer, sur le passé, sur le présent, sur le futur, sur la vie, sur sa vie...
Comme beaucoup de lecteurs frénétiques et ma foi compulsifs, j'ai une quantité de livres à lire. Et qui attendent bien sagement en petites piles. En règle général, ces piles de livres à lire - qu'on appelle allégrement les PALS - se trouvent dans mes bibliothèques. Bien placées en piles verticales devant les rangées horizontales de livres lus. Il y en a aussi parfois par terre, près de mon lit. Pour la lecture du coucher. Et parfois aussi à côté du sofa.
Mes livres à lire sont donc bien visibles. Et ils attendent. Parfois, la pile diminue. Mais d'autres livres viennent souvent s'y ajouter. Rien de bien extraordinaire. Ils vivent la vie habituelle et commune de bien des piles de livres à lire à travers le monde des lecteurs déraisonnables.
Mais voilà. Il y a les autres. Il y a les oubliés, les perdus... Car il arrive que pour diverses raisons inexcusables, certains livres à lire, certains livres non lus, se retrouvent sur les tablettes de mes bibliothèques parmi les rangées horizontales de livres terminés, de livres lus... Je les ai reçus ou je les ai achetés; ils sont arrivés chez moi. Parfois, ils ont passé un certain temps dans une pile verticale, parfois non. Et ils ont été placés sur une tablette sans avoir été lu ! Sur la photo volontairement floue, on peut voir deux de ces livres jamais ouverts et perdus dans la foule des lus -ainsi qu'un jamais terminé car vraiment ennuyant et un autre jamais terminé pour aucune raison valable puisque très intéressant, mais ça c'est une autre histoire criminelle.
Pourquoi n'ont-ils pas été lus ? Aucune raison, aucune excuse... ce sont des livres voulus, qui me semblent intéressants, que je veux lire, mais que j'oublie de lire. Quand je termine un livre et que je vais me chercher une nouvelle lecture, j'oublie tout simplement ces livres perdus dans la multitude de mes bibliothèques - un peu partout dans la maison ...
Je n'ai qu'à les retirer des étagères et à les mettre à la verticale dans les piles de livres à lire - comme on se doit de faire - pour me rappeler de les lire, me dira-t-on ! Oui, je le sais. Mais c'est que si je les retire de leur rangée, celle-ci perdra sa cohésion... Il y aura des trous. Ces trous seront comblés et je ne pourrai plus les remettre ensuite. Excuse faible. Oui, je le sais.
Mais je promets que ma prochaine lecture sera un de ces livres perdus... et finalement retrouvé !
Le soleil accepte bien
de passer par de petites fenêtres. [Frederik
van Eeden]
Conjugaison.Ils croient, vous croyez,
il croit et tu crois.Je ne crois pas.
Ce qui ne m'empêche pas de toujours entrer, toute petite, dans ces lieux silencieux. Divinité, démiurge. Je ne vois que dispersion d'illuminations lyriques. Pour être honnête j'y vois aussi l'acquisition d'une croyance
fictionnelle qui empêche l'autonomie émotionnelle. Mais ce n'est pas le moment qui fut capturé.
La veille, il y avait eu tempête. Un cyclone en fait. Et nous étions en voyage justement dans une de ces régions... l'Aquitaine. Mer déchaînée, arbres fous, vents et pluies... Mais le lendemain, le ciel bleu et le soleil envahissaient les paysages; ils voulaient se réapproprier la nature.
Un long retour vers Barcelone. Un arrêt de temps en temps. Pour observer ces lieux si délicieux que peut-être nous ne reverrions pas. Quelques pas dans ce petit village coquet. Je ne peux qu'ouvrir la porte de cette église. Modeste mais grandiose. Remplie des espoirs et désespoirs de ces fidèles. J'entre doucement. Il n'y a personne. Que le silence et le soleil.
Un soleil qui semblait conquérir les lieux. Il proclamait son droit d'envoyer ses rayons accaparer les bancs inoccupés. Et je peux que voir ces rayons se transformer en plaintes, en rires, en hurlements silencieux, en sanglots, en sourires... Ces bruissements extérieurs envahissant ces lieux intimes et froids.
Le Soleil extérieur a soif du soleil intérieur. [Jakob Böhme]
Il y a des pluies de printemps délicieuses
où le ciel a l'air de pleurer de joie. [Jean-Paul Toulet]
Et pourtant ici, malgré le parapluie - mais peut-être est-ce une ombrelle - de la jeune dame, le soleil nous criait de rire aux éclats.
Lors d'une promenade dans ce minuscule village médiéval non loin de la Costa Brava, au nom si catalan de Pals, nous nous sommes arrêtés devant cette grille.
De douces courbes de fer légèrement rouillées nous empêchèrent d'aller plus loin. Mais ne nous empêchèrent pas de capturer cette gracieuse dame au parapluie illuminée d'un soleil éblouissant d'avril.
Elle nous a semblé si loin. Impossible de la toucher, de voir ce qu'elle semble chercher sur le sol. Entourée d'un tranquille vert chatoyant, elle n'arrivera probablement jamais jusqu'à la grille. Éternellement cachée sous ce parapluie - mais peut-être est-ce une ombrelle - elle nous soupire des souvenirs de pluies et de soleils passés.