Le moment captif d'un dimanche : copier la sagesse
"Nous croyons regarder la nature et c'est la nature qui nous regarde et nous imprègne" [Christian Charrière]
Je suis emballée. Nous allons visité un parc naturel de singes près de Nagano. J'ai vu des centaines d'images de ce parc, de ses sources naturelles d'eau chaude et de ses singes. Certaines photos sont enneigés. Nous sommes en automne. On nous dit qu'on se promènera parmi eux, sans barrière, sans cage. On peut se promener librement dans leur habitat... la forêt ! Car si on se promène dans un parc avec un sentier aménagé, nous pourrions aller dans la forêt autour et en voir autant ! C'est leur milieu. Leur domaine. On pourra les observer librement.
On nous dit de ne pas les toucher, ne pas les nourrir et surtout ne pas les croiser leur regard. Si cela arrive, il nous faut baisser les yeux et regarder par terre.
Je suis emballée. Je vais voir des êtres fascinants dans leur milieu naturel. Nous entrons dans le parc. Nous cherchons. Nous observons. Et ils sont là. Magnifiques. Tranquilles. Agités. Vivants. Des mâles s'épouillant. Des femelles allaitant. Des petits se chamaillant. Des adultes se baignant dans les bassins naturels d'eau chaude. Certains mangent paisiblement, d'autres dorment bonnement. Quelqu'uns grognent, crient, grimacent...
Et plusieurs nous regardent. Certains avec curiosité, quelques uns avec étonnement, d'autres avec surprise et consternation. La plupart ne nous regardait qu'à peine. Ils nous regardaient passés avec un désintérêt froid. Parfois, le regard s'attardait sur nous. Comme pour juger de notre inutilité.
Désabusés ? Dégoûtés ? Fatigués ? Je crois que lorsqu'ils s'attardaient à nous observer, ils nous trouvaient plutôt pathétiques et ridicules. À les regarder avec tant de passion. À les prendre en photos à toutes les secondes alors qu'ils ne faisaient rien de bien extraordinaire. Qui trouverait intéressant de prendre un être se gratter, manger, s'épouiller, se baigner, dormir? Nous avions l'impression parfois de leur faire un peu honte...
Mais nous avons marché dans les sentiers. Nous avons pris des photos. Et puis, près de la sortie, je me suis assise pour me reposer un peu. Et il était là. Seul. Le regard perdu au loin. Je ne me suis pas approchée. Je l'ai laissé tranquille. Mais j'ai pris ma caméra avec son zoom... pour me rappeler de lui et de son regard tranquille, doux, sage et légèrement triste.
"L'homme se vante de descendre du singe. Jamais aucun singe ne se vanterait de descendre de l'homme." [Georges Elgozy]
























