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21 mars 2015

Journée - Hymne au printemps

Hymne au printemps / Félix LeclercDSC_0513

Les blés sont mûrs et la terre est mouillée
Les grands labours dorment sous la gelée
L'oiseau si beau, hier, s'est envolé
La porte est close sur le jardin fané...

Comme un vieux râteau oublié
Sous la neige je vais hiverner
Photos d'enfants qui courent dans les champs
Seront mes seules joies pour passer le temps

Mes cabanes d'oiseaux sont vidées
Le vent pleure dans ma cheminée
Mais dans mon cœur je m'en vais composer
L'hymne au printemps pour celle qui m'a quitté

Quand mon amie viendra par la rivière
Au mois de mai, après le dur hiver
Je sortirai, bras nus, dans la lumière
Et lui dirai le salut de la terre...

Vois, les fleurs ont recommencé
Dans l'étable crient les nouveau-nés
Viens voir la vieille barrière rouillée
Endimanchée de toiles d'araignée

Les bourgeons sortent de la mort
Papillons ont des manteaux d'or
Près du ruisseau sont alignées les fées
Et les crapauds chantent la liberté
Et les crapauds chantent la liberté...

DSC_5526Mes commentaires...

Le printemps... Hier, c'était la première journée du printemps. Aujourd'hui, c'est la Journée mondiale de la poésie. Et c'est aussi la 18e Journée de l'Hymne au printemps. Peut-être votre bibliothèque publique participe-t-elle à cette journée ? Chaque année, ma bibliothèque, reçoit une invitation afin de mettre de l'avant la poésie, les chansons, les textes de Félix Leclerc. Nous en profitons pour aussi mettre en évidence la poésie et la chanson québécoise en général. C'est une belle occasion de célébrer la poésie, un fabuleux poète et l'arrivée du printemps par la même occasion !

Revenons aux mots de Félix Leclerc...

Je les ai entendus chanter de nombreuses fois avant de les lire sur papier. Je ne peux donc simplement les lire sans me balancer un peu au rythme de la musique qu'ils évoquent en moi.

J'ai toujours trouvé étrange que l'on associe autant ce texte de Leclerc avec le printemps. Évidemment, il y a le titre. Et oui, je sens le printemps dans les dernières strophes. Mais je vois aussi beaucoup l'automne et l'hiver. Les premières strophes s'opposent si violemment aux dernières. Et on sent le froid, la mort, la nature figée dans l'automne puis l'hiver. Bien sûr, ensuite, tout renaît dans le printemps, mais j'ai toujours trouvé que le début du texte était beaucoup plus puissant que la fin. Comme si le déclin de la vie était plus puissant que son renouvellement. Même si les images du renouveau sont fortes, je les trouve moins frappantes que celles de la mort de la nature. Le désespoir qu'amène l'automne et l'hiver me semble plus fort que l'espoir amené par le printemps. Mais c'est une simple perception personnelle, je suppose.

Mais bien sûr le titre lui-même annonce une célébration. Un hymne est un chant, un poème lyrique souvent chanté et que l'on dédie à la gloire de quelqu'un, d'une idée ou même d'un sentiment. C'est un hommage grandiose. Et le poète ici veut rendre un hommage au printemps. Au printemps, oui, mais à la nature et aux saisons en général, je crois. Car la nature doit mourir pour renaître. La neige doit tout recouvrir pour permettre aux bourgeons de sortir de la mort. L'hiver est promesse du printemps. L'hiver est nécessaire au printemps. Et le poème a besoin des vers sombres pour annoncer les vers lumineux. On le sent dans les mots, mais aussi dans la mélodie.

Bien sûr, le texte parle aussi d'amour et de liberté. Ces thèmes me semblent secondaires. Pour moi, les saisons sont au centre du poème. Probablement parce que je les aime toutes. J'aime autant l'hiver que le printemps, l'automne que l'été... et pour moi, les vers de Félix Leclerc bercent toutes les saisons. Autant, je sens la fin de l'été au début avec ses blés murs, puis l'automne qui fane le jardin et qui chasse l'oiseau. Je vois ensuite la neige tout recouvrir et je sens le froid et le vent s'infiltrer en moi. Puis, les bourgeons, les fleurs, la vie, la chaleur, la lumière qui reviennent petit à petit.

Alors oui, c'est un texte associé au printemps, mais c'est surtout, pour moi, un hymne aux saisons.

Félix Leclerc a écrit ce texte en 1949.

Pour poursuivre un peu...

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5 avril 2015

Le moment captif d'un dimanche : faire un saut

2015-04"La vie ce n'est pas d'attendre que l'orage passe, c'est d'apprendre à danser sous la pluie." [Sénèque]

Hop, hop. On sautille d'un pied à l'autre. Et lorsqu'on a simplement envie de pleurer, il suffit de danser. Et si on ne sait pas danser, ce n'est pas de notre faute !

Hop, hop. On s'élance. Sous le soleil et sous la pluie. Avec ou sans parapluie. Avec ou sans élégance.

Hop, hop. On se fout de la pluie, on se fout de l'orage. On se laisse envahir par le rire, on se laisse envahir par la rage.

Hop, hop. Petit lapin nous entraîne dans une farandole. Petit lapin nous fait faire des cabrioles.

Hop, hop. On oublie la pluie.  On s'enveloppe de nuages. On danse peu importe le temps qu'il fait, peu importe notre âge. Et on aime la vie, avec tous ses orages.

"L'élan fait partie du saut." [Halil Sarkis]

16 mars 2015

Je reviendrai avec la pluie de Takuji Ichikawa

Pluie1Je reviendrai avec la pluie / Takuji Ichikawa ; traduit du japonais par Mathilde Bouhon. – [Paris] : Flammarion, 2011. – 320 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-0812-5217-2

Quatrième de couverture

Depuis la mort de sa femme Mio, Takumi vit seul avec son fils Yûji, âgé de six ans. Il gère le quotidien et l'éducation de son fils du mieux qu'il peut. Une seule chose le fait tenir, la promesse faite par Mio qu'elle reviendrait avec la pluie. Le premier jour de la saison humide, cette promesse se réalise. Durant six semaines, le temps se suspend pour Mio et Takumi.

En 2003, plus de trois millions de lecteurs japonais tombent amoureux de Je reviendrai avec la pluie. Suite à son immense succès, le livre a inspiré un film et une série télé encensés par la critique, ainsi qu'un manga sacré best-seller. Takuji Ichikawa défend une vision idéalisée de l'amour et met au service de cette histoire bouleversante une écriture d'une sensibilité rare, poétique et pleine de fantaisie.

L’auteur

Takuji Ichikawa est né à Tokyo en 1962. Il étudie en économie à l'Université de Dokkyo. Il commence à écrire après la naissance de son fils et publie d'abord ses histoires sur Internet à la fin des années 90. Il publie son première recueil d'histoires pluie2en 2002.

En 2003 parait son premier roman, Ima, ai ni yukimasu (Je reviendrai avec la pluie) qui connaît un immense succès. Le roman sera adapté au cinéma ainsi qu'en manga. Il poursuit aujourd'hui une carrière d'écrivain.

Bibliographie partielle - en français

  • Ima, ai ni yukimasu (Je reviendrai avec la pluie) (2003)
  • Dis-lui que je l'attends (2014)

Voir une bibliographie plus complète en japonais sur le site Nautiljon.

Mes commentaires

Commençons par dire qu'encore une fois, je n'ai pris ce roman qu'en raison de son titre. Certains titres me semblent exceptionnels... On ne peut que vouloir lire le roman qu'ils représentent.

Ces derniers temps, j'ai l'impression de ne lire que des contes, des fables. Et le roman de Ichikawa ne fait pas exception et me rappelle un peu La fille de l'hiver de Eowyn Ivey. On retrouve beaucoup de poésie et de lyrisme dans l'histoire de Takumi, Mio et Yûji.

Lorsque Mio, sa femme, meurt, Takumi doit élever seul son fils de 6 ans. Ce n'est pas facile pour lui, il est un peu maladroit, névrosé, étourdi. Il a aimé sa femme follement. Elle lui manque. Mais il doit s'occuper de son fils qui lui aussi a besoin de sa mère. Leur quotidien est routinier, lent, répétitif. Pour alléger la douleur de son fils, Takumi invente une planète où sa mère se trouve. Et pour de pas l'oublier, pour ne pas que son fils l'oublie, il veut écrire sur sa femme et sur leur relation. Le père et le fils survivent difficilement au départ de Mio et ne peuvent oublier les paroles qu'elle a dites avant de mourir : "Je reviendrai avec la pluie". Presqu'un an s'est écoulé depuis sa mort et la saison des pluies arrive. Reviendra-t-elle ?

La première partie du roman est lente, douce et complètement dans l'attente de ce retour impossible. Et pourtant comme elle l'avait promis, Mio est là. Elle apparaît soudainement dans la forêt. Mais sans souvenirs. Il faudra donc que Takumi lui raconte leur histoire d'amour et leur vie ensemble. Petit à petit, elle se souvient. La vie semble reprendre normalement pour Takumi, Mio et Yûji. Mais ils savent que ce n'est que temporaire. Avec la fin de la pluie, Mio devra repartir.

Roman d'amour ? Conte fantastique ? Les deux ? Rien de tout cela ? Difficile à dire. Pour moi, c'est avant tout l'histoire d'un père et de son fils. Puis, c'est aussi bien sûr l'histoire de Takumi et Mio. Leur histoire avant et leur histoire maintenant. C'est l'histoire improbable de deux personnes très différentes qui se sont rencontrées deux fois. Et puis, c'est une histoire de deuil, de souvenirs, de mort, de vie. Et finalement, c'est également une histoire japonaise. Et on s'immerge dans la culture d'un pays qu'on croit connaître mais qui recèle bien des mystères.

Certains ont trouvé de la mièvrerie dans les mots d'Ichikawa. Peut-être. Bizarrement, je n'ai vu que de la tendresse, de la douceur, du rêve et de l'espoir. Je ne suis pas amatrice des romans d'amour, mais je n'ai pas considéré que le roman d'Ichikawa était un "roman d'amour". Une histoire d'amour peut-être, mais ce n'est pas pareil... si cela fait du sens ! Probablement pas !

Certains se sont ennuyés. Il est vrai que le roman est très lent. Même les dialogues sont brefs, banals. Mais c'est cette lenteur qui m'a charmée. Tout va toujours si vite, un peu de lenteur fait parfois du bien. Même le retour de Mio n'est pas fracassant. Il est normal, à peine surprenant.

Un texte parfois poétique, parfois un brin naïf. C'est ce qui fait le charme du roman. Et bien sûr, l'aspect fantastique de l'histoire. Car oui, Mio est revenue avec la pluie. Comment et pourquoi ? Je vous laisse le découvrir. Je dirai simplement que la touche improbable et fantastique de l'histoire est simple, légère, inattendue et presque possible ! Le fantastique devient normalité.

Le texte est simple, bref, poétique et émotif. J'aurais aimé pouvoir le lire en japonais. Lire les "Vraiment" et les "Hmmmm" dans la langue d'origine... J'ai la vague impression que la poésie doit être encore plus présente.

En résumé, j'ai beaucoup aimé la tendresse de ce roman. J'ai aimé la banalité, la normalité du quotidien des personnages. J'ai adoré le retour improbable d'une mère morte trop vite. J'ai aimé cette histoire d'amour... un amour doux entre un homme et une femme... un amour éternel de parents pour leur fils... un amour impérissable d'un garçon pour sa mère et son père.

(L'auteur nous dit que son roman est autobiographique. C'est son histoire d'amour avec sa femme - qui elle, est toujours vivante. Et ça, je trouve que c'est un vrai roman d'amour.)

L'avis de Mind The Gap, Lutinielle, Vance, Miss G, Sayyadina, Brouillard, Xavier Plathey.

Les mots de l’auteur (Extraits)

« Voici ce que je me suis dit quand Moi est morte. Celui qui a créé notre planète n’en a-t-il pas conçu une autre en même temps, quelque part dans l’univers ? La planète où vont les défunts. La planète Archive. » p.7

« Car, comme elle me l’avait dit elle-même : Lorsque la saison des pluies sera de retour, je reviendrai sans faute voir comment vous vous débrouillez, tous les deux. » p.62

« Mais ça ne fait rien : ça ne s’arrêtera pas là. Les fins et les commencements sont aussi différent que les sorties et les entrées. Lorsqu’on est à l’entrée, on est sûr qu’il y a quelque chose de l’autre côté. Quelque chose de merveilleux, à n’en pas douter. » p. 136

Pour en savoir un peu plus …

3 mars 2015

La réparation de Katia Gagnon

KG1La réparation : roman / Katia Gagnon. -- [Montréal] : Boréal, 2011. -- 216 p. ; 22 cm. -- ISBN 978-2-7646-2089-2

Quatrième de couverture

La journaliste Marie Dumais apprend dans les actualités le suicide d’une élève du secondaire, Sarah Michaud. Il semble que l’enfant était victime d’intimidation. On lui confie une série de papiers sur l’affaire.

Elle interroge les professeurs et les autres élèves. Elle rend visite aux parents. Ce sont de pauvres gens qui n’ont pas su défendre leur fille perdue parmi les petits bourgeois fréquentant le collège privé où Sarah n’a été acceptée que grâce à ses dons exceptionnels pour les mathématiques. Tout le monde voudrait tant qu’on cesse de parler de cette affaire, mais Marie veut savoir la vérité. Pourquoi Sarah Michaud est-elle morte ?

Dans ce premier roman mené comme un suspense, Katia Gagnon nous tient en haleine jusqu’au bout. Elle nous fait partager le destin d’êtres marqués, mais elle célèbre aussi tout le bien que peut apporter un regard qui réchauffe, une main tendue, l’amour et la compassion d’inconnus que la vie place sur notre chemin.

La Réparation est un hommage à ceux qui survivent et à ceux qui leur permettent de le faire.

L'auteur

Katia Gagnon est née en 1970. Elle a étudié à l'UQAM où elle a obtenu un baccalauréat en communications. Depuis 1996, KG2elle est journaliste dans le quotidien La Presse. Elle y occupera diverses fonctions dont éditorialiste et directrice des informations générales.

Elle publie son premier roman en 2011, La réparation. Elle continue d'écrire et de travailler comme journaliste.

Bibliographie

  • Au pays des rêves brisés (avec Hugo Meunier - Témoignages)  (2008)
  • La réparation (2011)
  • Histoires d'ogres (2014)

Pour lire certains de ces articles dans La Presse. Son compte Twitter. Une entrevue avec l'auteur dans la revue Les libraires.

Mes commentaires

Nous avons deux histoires dans le roman. Ce que le quatrième de couverture ne dévoile pas. Nous avons bien sûr, l'enquête de la journaliste Marie Dumais sur le suicide d'une adolescente, victime d'intimidation. Et nous avons aussi l'histoire de Marie-Lune Provencher, sauvée par la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse), d'une mère abusive. On devine assez rapidement le lien entre les deux histoires. Ce qui n'enlève rien à l'intensité de ces deux mêmes histoires.

Je ne peux parler de ce roman, sans devenir un peu émotionnelle. Ce sujet me touche. Et Katia Gagnon l'a très bien abordé. Ce qui est rare. Elle n'est pas tombé dans l'exagération. L'intimidation n'a pas besoin d'être frappante, parfois elle est insidieuse. Mais elle est là.

J'ai appris aussi que l'auteur s'est inspirée d'un fait divers qu'elle a voulu à l'époque couvrir. Un jeune garçon, victime d'intimidation, disparaît. L'auteure, qui couvre les affaires sociales, essaie de contacter l'école du jeune garçon pour essayer de comprendre les raisons de cette disparition. On lui refuse l'accès à l'école. Elle en fera un reportage fictif. Ce qui en fait un texte intimement réaliste.

Maintenant, revenons au texte. Gagnon écrit très bien. Et elle sait doser son intrigue. Son écriture est simple et nous rejoint facilement. Parfois, un peu simple... à la limite de l'analyse... C'est même ce qu'on lui reproche parfois. Mais, selon moi, l'auteure arrive à ne pas basculer complètement dans le journalisme pur et simple. Le texte demeure fluide, doux et prenant.

On reproche aussi à l'auteur de ne pas assez condamner les intimidateurs et leurs "complices" (écoles, parents, etc.). Je dirais que oui, j'aurais voulu, moi aussi, plus de conséquences. Mais je comprends. D'un côté, il n'y a souvent aucune conséquence. Trop souvent. Et aussi... rien n'est aussi simple que ça. Coupables, non coupables... Il y a des vies. Pas des excuses mais des circonstances... Rien n'est simple.

Mais ici, j'ai de la difficulté à poursuivre mon avis car j'ai peur de trop en dire... Disons, que malgré le fait que j'ai adoré le roman de Gagnon, j'ai eu beaucoup de difficulté avec la "2e histoire". J'ai trouvé que cette histoire n'était pas nécessaire au roman et que surtout elle aurait plutôt eu sa place dans un autre roman. Elle aurait mérité un autre roman. Dans La Réparation elle était de trop. Et surtout c'était trop prévisible. Cette 2e histoire est forte, mais n'est pas nécessaire ici.

Mais l'essentiel du roman est l'intimidation. Et Katia Gagnon nous fait parfaitement comprendre et fait vivre les ravages de l'intimidation. Peu importe sa forme ; sa violence ou sa subtilité.

L'avis de Karine:), Suzanne, Prospéryne, Stellabloggeuse, Bouquineuse boulimique, Kay.

Les mots de l'auteur (Extraits)

"Persuader l'école de la laisser fouiner dans les couloirs n'allait pas être facile. Tout le monde était encore traumatisé par le décès de la jeune fille. Déjà, les parents accusaient l'école secondaire de leur fille, un collège privé, d'avoir fermé les yeux sur l'intimidation dont elle était victime. Aucune personne sensée ne voudrait d'une journaliste dans ce portrait." p. 16

"Leurs actes d'intimidation n'étaient jamais directs. Elle n'a jamais été frappée ou quelque chose du genre. Non, c'était plutôt de l'exclusion, des mauvaises blagues... -- Oui, répondit la directrice. Ils ont minimisé les actes. Ils ont prétendu que c'était fait simplement pour rire, qu'ils n'avaient rien contre la petite Michaud." p. 86

"-- Harceleurs, vous y allez un peu fort. Il ne s'agissait que de blagues, d'un goût douteux, je le reconnais, mais rien de violent. Cette histoire a été largement exagérée. En partie par votre faute, les journalistes.

Rien de violent. Marie, incrédule, souligna deux fois l'expression. Elle sortie de la classe, soufflée." p.97

Pour en savoir un peu plus

23 février 2015

Point de vue

149c_1979Je n'aime pas ce titre. Mais c'est le seul qui me vient à l'esprit. L'Or Rouge parle d'un sujet grave et je ne pense qu'à cela depuis des jours. Nous avons pleins de livres sur le sujet à la bibliothèque - avec sûrement de meilleures analyses que les miennes - et je suis loin d'être une experte sur le sujet. Mais j'aimerais partager une petite tranche de vie sur l'intimidation.

Comme je l'ai dit à L'Or, j'ai été victime d'intimidation au primaire. Ma soeur a aussi été victime d'intimidation et pour elle ce fut beaucoup plus violent. Au point que j'ai dû, en tant qu'adolescente (qui avait été elle-même, je le rappelle, victime d'intimidation), intimider son intimidatrice pour qu'elle laisse ma soeur en paix. C'est tout dire. Je n'entrerai pas dans les détails... c'est l'histoire de ma soeur.

Je veux simplement partager une histoire en particulier de cette période... Cette histoire a changé ma vie. Je suis qui je suis à cause, malgré et grâce à cette histoire. Cette histoire a eu lieu dans une période difficile de ma vie, que je me rappelle avec encore des larmes au coin des yeux. J'ai été chanceuse. Et je suis forte aujourd'hui à cause de cette période de mon enfance. Et à cause de cette histoire en particulier.

Ce texte sera très long... je vous avertis... Mais pour ne pas trop alourdir, je couperai le texte en deux articles.

J'étais une enfant très timide, très introvertie. J'aimais les livres et l'imaginaire ; longtemps j'ai eu des amis imaginaires ; je n'aimais pas les pantalons et ne mettais que des robes ; j'étais très sensible et un peu naïve ; j'avais les cheveux longs et gras ; j'avais un duvet foncé au-dessus des lèvres et de gros sourcils ; et j'avais des notes incroyablement bonnes... Tout ceci a fait que j'étais un peu la cible préférée des enfants de mon école. J'avais quelques amies. Rassurez-vous. Mais certaines ce sont avérées de "fausses" amies. Passons. Enfin, j'ai eu un primaire (au Québec de 6 à 10-11 ans) absolument horrible. Quelques bons moments, d'accord, mais en gros, je préfère l'oublier.

Je ne vous conterai pas tous les incidents et toutes les intimidations. Il y en a eu beaucoup. Je veux quand même souligner deux choses. Premièrement, j'ai quand même quelques bons souvenirs de ces années d'école. Comme quand des enfants de ma classe prenaient des livres pour moi à la bibliothèque car j'avais atteint mon maximum et qu'ils n'en voulaient pas... Mais ils sont peu nombreux. Cependant, ils sont importants. Il faut être capable de se souvenir des bons moments. Et deuxièmement, ma vie familiale et les amis que j'avais à l'extérieur de l'école ont fait que sur les photos je souris. (C'était, je suppose moins pire dans le temps qu'aujourd'hui... les réseaux sociaux ne me suivaient pas chez moi.).

Alors voilà l'histoire.002_1980

À mon école, plusieurs enfants riaient de moi et me harcelaient, mais une petite fille se démarquait du lot. Je l'appelerai R. J'habitais un quartier pas très riche et assez dur. Dans le temps, c'était loin d'être aussi "dur" qu'aujourd'hui, mais quand même. R. était haïtienne. Cela n'a rien à voir avec ce qu'elle était et ce qu'elle m'a fait, mais cela va avoir un rapport avec ce que cette histoire m'a fait réalisé.

R. était très "tof" comme on disait. C'était une dure. Elle menait l'école. Elle faisait peur à beaucoup de monde. Je n'étais pas "spéciale" dans ce sens. Et même ceux qu'elle n'intimidait pas, avaient un peu peur d'elle. En plus d'être "tof", elle avait à l'occasion de graves - et complètement terrifiantes - crises d'épilepsie. Imaginez une fille criant, plantant un compas dans la main d'un autre élève, s'écroulant, bavant et convulsant sur le plancher, et vous aurez une idée de ses crises. Elle le savait et utilisait cela pour faire peur aux autres.

Aux récréations, on devait jouer dehors. Et on était obligé de jouer au ballon chasseur. Je ne sais pas si vous connaissez le ballon chasseur, mais dans sa version cour d'école, c'était assez violent. Ce ne l'est sûrement plus, mais dans le temps... ouf. Je détestais jouer au ballon chasseur. C'était un cauchemar quotidien, et même bi-quotidien puisqu'on y jouait deux fois par jour. Je n'étais, et ne suis toujours pas, sportive. Je déteste le sport, et je n'étais et ne suis pas bonne. J'étais la "poche". La dernière à être choisie dans les équipes, c'était moi. Ça faisait partie évidemment du tout : nerd et poche dans les sports. Les équipes étant formées en début d'année, mon équipe était prise avec moi. Je n'arrivais jamais à attraper le ballon et j'étais incapable de "tuer" quiconque les rares fois que je l'attrapais - je n'avais pas assez de force dans mon lancer. Mon but était évidemment de me faire tuer rapidement pour sortir du carré, mais le problème c'est que j'avais peur du ballon et des "garnottes" pourtant interdites. Alors ce qui arrivait, c'est que j'esquivais le ballon. Pour ça, j'étais très bonne... intuable... mais cela faisait que je restais souvent seule sur notre terrain et tout le monde me garrochait le ballon pour me tuer. Cela finissait de deux façons : soit la cloche sonnait et la partie ne finissait pas (ce qui n'était pas très populaire dans aucune des équipes) ou alors je me faisais tuer et j'avais un bleu resplendissant pour en témoigner. Enfin... j'haïssais ce jeu.

R. jouait au ballon chasseur. Elle n'était jamais dans mon équipe. Elle était très forte. Une très bonne joueuse que tous voulaient dans leur équipe. Parce que quand R. était dans ton équipe, tu gagnais. Elle n'était jamais dans mon équipe. Et dans un nombre incalculable de parties, je restais seule dans mon carré face à elle qui, en bonne joueuse, faisait tout pour m'éliminer. Le problème c'est qu'elle était experte en "garnottes" hyper puissantes et que celles-ci atterrisaient - beaucoup trop souvent pour être une erreur - dans mon visage. Évidemment, il est interdit de viser le visage ou la tête. Mais malgré mes nombreuses visites à l'infirmerie, personne n'a jamais rien dit et elle n'a jamais été "punie" pour ses gestes. Je faisais des cauchemars de ces récréations. J'étais heureuse quand il pleuvait et que nous devions rester à l'intérieur.

Avant que vous ne me le demandiez, non, rien n'a jamais été fait pour cette situation. Pour deux raisons. Tout d'abord, dans le temps, on ne trouvait pas cela très grave. Quelques minutes à l'infirmerie et quand ma tête ne tournait plus, on me renvoyait en classe. Et ensuite, j'étais vraiment une enfant renfermée et je n'en ai jamais parlé à mes parents.

Je suis déjà longue alors je continue bientôt dans un 2e article...

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14 février 2015

Parlons-nous d'amour

2015-02-14"L'amour est un dialogue de sourds." [Emmanuel Cocke]

"Mais allez... dis-moi... qu'est-ce qu'il y a ?" "Mais rien." "Mais dis-moi, il y a quelque chose ?" "Mais non, à la fin!" "Mais alors pourquoi tu me tournes le dos ?" "Mais je ne te tourne pas le dos, je regarde par là, tout simplement." "Mais il n'y a rien par là... je suis certain qu'il y a quelque chose." "Oh mais enfin, tu m'énerves avec toutes tes questions. Je te dis qu'il n'y a rien." "Mais tu viens de dire que je t'énerve... allez, retourne-toi, on va en parler." "Mais, il n'y a rien à dire, enfin... tu ne m'écoutes pas."

On s'aime, on se questionne, on doute de tout, on ne s'écoute pas, on pleure et puis on oublie. Et on s'aime.

"L'amour est une interrogation continuelle." [Milan Kundera]

22 février 2015

Le moment captif d'un dimanche : compréhension

2015-03-05"Pour me libérer de ce que je vis, je vis." [Antonio Porchia]

Laissez-moi vivre ! Laissez-moi courir ! Laissez-moi mourir ! Laissez-moi pleurer ! Laissez-moi rire !

Je suis libre de crier et je suis libre de me taire. Je suis libre de vous dire quoi faire et quoi ne pas faire. Mais vous êtes libre de ne pas m'écouter.

Je ne vous dirai pas comment respirer. Mais vous pourrez me reprocher de ne pas l'avoir fait. Si je l'avais fait, vous auriez alors pu me reprocher de l'avoir fait. Je suis libre de ne rien comprendre à ce que je dis. Et je suis libre de ne rien comprendre à ce que vous dites.

Je ne suis pas libre de mes mouvements. Je ne peux pas bouger. Le passé m'enrobe de ses regrets et emprisonne mon désordre. Je suis libre de crier et je suis libre de me taire. Je décide de crier mon immobilité. Je piétine ma prison de plâtre et je m'envole vers une cage invisible. Suivez-moi dans cette liberté éphémère et infinie. Nous serons éternellement libres.

"Nul ne peut apprendre aux autres à se libérer s'il n'a pas commencé à se libérer lui-même." [Mariano Picon Salas]

24 mai 2015

Le moment captif d'un dimanche : une histoire sans fin

2015-03"Donde se termina el arcoiris, ¿en tu alma o en el horizonte? [Pablo Neruda]

Sur une route, je roule. Il pleut. Beaucoup. C'est l'été. Presque l'automne mais encore l'été. Il pleut. Il fait chaud. Je tiens le volant fermement. Il pleut beaucoup.

Puis soudainement, la pluie cesse. Je respire. La route sera plus facile, je me dis. Le soleil perce les nuages violemment. La violence de son apparition est frappante. Il y a quelques secondes, les nuages envahissaient ma vision. Et maintenant, le soleil l'obscurcit.

Je cligne des yeux. Soudainement, elles apparaissent. Un carrousel de couleurs. Un arc-en-ciel est né.

Je soupire, légèrement blasée. J'en ai vu dans ma vie des arcs-en-ciel. Toujours beaux mais anodins. Et puis, je regarde à nouveau. Et je réalise que je vois l'endroit impossible. Le lieu insaississable... où les leprechauns cachent leurs chaudrons remplis d'or... où les rêves se cachent et où ils se réalisent.

J'ai beau accélérer, il s'éloigne sans pitié. C'est la première fois que je vois l'endroit où les couleurs rejoignent le sol et je ne peux que tenter de l'atteindre. Mais je sais qu'il n'existe pas. Ce n'est qu'un conte pour enfant. Une illusion d'optique.

Mais j'aime croire aux berceuses et je suis convaincue que si on ose les chanter, elles se réaliseront... les couleurs nous berceront et nos rêves se matérialiseront.

"Somewhere over the rainbow way up high -- There's a land that I heard of once in a lullaby -- Somewhere over the rainbow skies are blue -- And the dreams that you dare to dream really do come true." [The Wizard of Oz]

4 janvier 2015

Le moment captif d'un dimanche : givrures

0534"La pensée se glace en se traduisant en phrases." [Gérard de Nerval]

Qu'est-ce que j'écris ? Il me semble que je n'ai rien à dire. Rien à écrire. C'est la peur, je crois. Je me sens rouillée. Mes doigts sont figés sur le clavier. Et pourtant j'ai plein d'idées. Les mots se bousculent dans ma tête. Mais ils n'arrivent pas à s'ordonner.

J'ai les doigts gelés. Il fait froid dans la maison. Je dois monter le chauffage, que je me dis. Mais je ne bouge pas. J'essaie de rassembler mes pensées pour les faire naître. Cela fait trop longtemps que je n'ai pas écrit. J'ai trop d'idées. Elles s'éparpillent dans un vide qui me semble infini.

Je suis incapable d'écrire. Je suis glacée. Tout se fissure en moi. Je dois me resaisir et laisser les mots se déposer doucement sur la page lumineuse. Je les prends. Je ferme les yeux. Et j'attends. Un à un, ils se placent et se figent. Ils se forment et se transforment et des phrases se fixent. Et mes idées se cristallisent enfin en phrases... qui peut-être feront du sens ou peut-être pas... on verra !

"Les pensées peuvent vivre longtemps comme les nébuleuses qu'un rien, un jour, cristallise." [Pierre Dehaye]

21 février 2014

Quelques livres de Camilla Läckberg - Derniers commentaires

Läckberg005 - CopieCommentaires encore plus personnels

Cette auteure, comme je l'ai déjà mentionné, m'a été chaudement recommandée. C'est toujours délicat les recommandations aussi personnelles. C'est une collègue et on parle souvent littérature et lecture. Nous avons des goûts similaires et avons souvent les mêmes critiques à formuler. Donc, je suis entrée dans mes lectures pleine d'espoirs et de promesses.

Et même si dans l'ensemble, j'ai bien aimé les romans, disons que ce ne fut malheureusement pas le même coup de coeur que pour ma collègue. Mon intérêt premier pour les livres était de lire des romans policiers. Le premier roman est assez bien construit. Et j'ai bien aimé suivre les personnages principaux dans l'enquête, spécialement Erica. Mais en reprenant le roman, je réalise que certains éléments qui m'apparaissent faibles dans les deux romans suivants - du point de vue, intrigue policière - sont déjà présent dans La princesse des glaces. Il y a beaucoup trop de coïncidences et de hasards.

Et beaucoup trop de personnages secondaires. Ceux liés aux deux personnages principaux, Erica et Patrick, que ce soit d'un point de vue familial ou professionnel sont très intéressants. Mais justement, ils prennent beaucoup trop de place. Ils sont trop présents, on les connait trop finalement. Ceci fonctionnerait très bien dans une série de télévision car au fil des épisodes et des saisons, on en viendrait à les connaître de plus en plus et à les aimer ou les détester. Mais ici, ils prennent presque le dessus sur l'enquête. Dans le premier roman, ce n'est pas si évident, mais cela le devient dans les deux suivants.

On sent que l'auteure est attachée à ses personnages. Elle les décrit avec soin et avec beaucoup de détails. Mais, ce n'est pas ce que je recherche en premier lieu quand je lis un roman policier. Je veux une intrigue solide. Et j'ai eu l'impression de perdre petit à petit cet aspect dans les romans. Et il y a trop de personnages secondaires dans les fameuses intrigues. On se perd dans la vie de tous ces gens qui n'ont parfois que très peu à faire dans l'intrigue. Encore une fois, ce n'est pas l'écriture de Läckberg, elle travaille beaucoup sur ses personnages. Mais à un point tel qu'on oublie qu'ils sont de près ou de loin liés à une enquête. Dans Le tailleur de pierre, j'en suis même venue à attendre les passages dans le passé pour connaître le développement de ces personnages qui n'ont finalement qu'un mince lien avec l'intrigue (oui, ils sont liés au présent, mais tous ces passages n'étaient pas obligatoires).

J'ai trouvé que l'auteure perdait vraiment le fil de ses intrigues. Et à force de personnages et de détails, elle avait de la difficulté à cerner les morceaux qui permettraient de résoudre l'intrigue. Particulièrement dans le troisième roman où on a l'impression que tout se résout trop vite, et que c'est presque un accident si on trouve le coupable. C'est pratiquement secondaire. Je crois que l'auteur a beaucoup de talent - et le premier roman en est la preuve - mais elle se laisse emporter par ses personnages.

J'ai adoré l'omniprésence de la ville et les saisons dans les romans. On a véritablement l'impression de connaître Fjällbacka et de vivre l'été, l'hiver, la chaleur et le froid.

Mais revenons aux personnages. Dans le premier roman, j'ai bien aimé Erica. Une auteure prise avec le décès de ses parents, la relation abusive de sa soeur, ses sentiments face à sa ville natale, la découverte du cadavre de son amie d'enfance, sa relation naissante avec Patrick. Je l'aimais bien. Un peu naïve parfois mais attachante. En ouvrant le deuxième roman, j'avais hâte de la retrouver. Mais l'auteure a décidé de mettre l'emphase sur Patrick et son travail (et ses collègues). Et là j'ai décroché. Tout d'abord, de relation naissante on passe à une Erica enceinte jusqu'au cou qui n'est plus qu'une femme enceinte - on oublie l'écrivaine indépendante, curieuse et un peu fonceuse. Elle a chaud, elle se plaint car Patrick n'est pas là - et ce dernier est aussi bien différent du premier livre - et elle n'apporte pratiquement rien à l'intrigue. Elle est la conjointe du policier que l'on retrouve pendant quelques minutes quand le personnage principal passe par chez lui. Dans le troisième roman, elle reprend un peu plus de place. Mais parce qu'elle a finalement accouché et qu'elle est amie avec la mère de l'enfant assassiné. Je dois avouer que je suis très déçue par l'évolution d'Erica. Alors que l'auteure met beaucoup de soin à l'écriture des autres personnages, on dirait qu'elle ne veut plus rien savoir d'Erica (je ne dis pas que c'est ce qu'elle fait, c'est simplement l'impression que j'ai à la lecture des romans). Je trouve aussi étonnant certains comportements et certaines répliques... parfois très vieux jeux et conservateurs. Est-ce la société suédoise ou l'auteure... je ne sais pas. Mais, comme je l'ai déjà dit, j'ai trouvé très intéressant le fait qu'elle soit dépassée par la maternité et qu'elle ne ressente pas l'amour qu'elle pensait ressentir pour sa fille. C'est quelque chose qui arrive plus souvent qu'on ne le croit et on en parle peu.

Et finalement (ouf c'est long, je sais) ... l'auteure a commis un crime impardonnable pour la lectrice que je suis. Je réalise que pour beaucoup de gens, c'est un geste banal et que même ils vont apprécier et cela va les inciter à poursuivre avec la lecture du quatrième roman et qu'ils vont avoir hâte qu'il soit publié. Mais pour moi, c'est le pire "tue-la-lecture" possible. Déjà que le fait que les personnages soient si importants et surtout de plus en plus importants d'un livre à l'autre me dérange un peu beaucoup. Ceux qui me connaissent, savent que je ne suis pas particulièrement fan des séries. J'en lis rarement, et j'ai même choisi de ne pas lire un livre qui me tentait parce que je savais qu'il y avait une suite. La seule trilogie que j'ai adorée est Lord of the Rings, et encore je n'ai pas apprécié les "annexes". J'ai parfois aimé d'autres séries, mais je les ai rarement toutes lues en entier. Et en général, je trouve que l'auteur aurait dû arrêter l'écriture après le premier, à la limite le deuxième tome. (Cela inclut des séries très connues et populaires que je laisserai sans titre;-) ). Les seules séries que je lis sont habituellement les séries policières parce que cela n'implique habituellement que le fait que c'est le même enquêteur qui revient de livre en livre. Il y a bien quelques détails sur sa vie et certains personnages reviennent aussi, mais généralement, on n'a pas besoin de lire le livre précédent pour lire le roman actuel et on n'a pas besoin de lire le suivant. J'aime bien donc, les romans de Kathy Reichs par exemple.

Alors voilà. À la fin du roman Le tailleur de pierre, on nous laisse sur ce qu'on appelle un "cliffhanger". Cela ne concerne pas l'intrigue mais les principaux personnages. Quelque chose d'important pour eux. Et ça, cela m'a mis en colère. J'ai fermé le livre enragé et la série se termine ici pour moi. Je ne lirai pas les autres. Je me fous de savoir comment cela tournera pour Erica et Patrick et comment ils vivront avec le téléphone et la nouvelle qu'ils viennent de recevoir. La lecture est pour moi un choix et un plaisir. Je n'aime pas qu'un auteur me "force" à lire son prochain livre. Alors voilà...

Voir aussi:

 

Extraits

"La maison était abandonné et vide. Le froid pénétrait le moindre recoin. Une fine pellicule de glace s'était formée dans la baignoire. La peau de la femme avait commencé à prendre une teinte légèrement bleutée. C'est vrai, elle ressemblait à une princesse, là dans la baignoire. Une princesse des glaces." (p.9 - La princesse des glaces)

"Assis en tailleur sur le sol en ciment, il parcourait méthodiquement les cartons de dossiers l'un après l'autre. Desdécennies de destins humains passaient par ses mains et il était peu à peu frappé par le nombre de gens et de familles qui revenaient sans cesse dans les registres de la police. En voyant le même nom de famille surgir pour la énième fois, il se dit que les actes criminels semblaient parfois se transmettre  des parents aux enfants et même aux petits-enfants." (p. 28 - Le prédicateur)

"Parfois, c'était comme si elle était hors du monde réel, enfermée dans une toute petite bulle qui n'arrêtait pas de rétrécir. Elle était devenue tellement petite qu'Erica avait l'impression de pouvoir toucher les parois intérieures si elle tendait la main. Maja dormait sur son sein. Elle avait essayé de la coucher pour qu'elle s'endorme toute seule mais, comme chaque fois, elle s'était réveillée au bout de quelques minutes, en protestant bruyamment contre l'énorme culot de vouloir poser sa petite personne dans un lit de bébé." (p. 314 - Le tailleur de pierre)

27 avril 2014

Le moment captif d'un dimanche : défilé

2014-04-20"Même quand l'oiseau marche on sent qu'il a des ailes." [Antoine Marin Lemierre]

Je les entends... chutttt... nous devons être complètement silencieux si on veut les entendre. De jolis gazouillis et quelques piaillements. Une belle petite famille: papa, maman et dix petits oisillons. Ils semblent figés mais bientôt ils s'envoleront.

Ils attendent le bon moment. Il faut que tous ces petits oisillons soient prêts à quitter la sécurité de l'étagère. Ils sont un peu hésitants, mais ils savent qu'ils doivent se lancer. Malgré la petite boule de nervosité dans le creux de leur estomac, ils sont joyeux, ils rigolent. Ils ont une chanson dans le coeur. Ils veulent chanter et ils veulent voler. C'est le début de leur vie. Ils quitteront bientôt leurs parents. Mais pas tout de suite. Ils ne sont pas encore tout à fait prêt à s'élancer dans le vide. Alors ils gazouillent et piaillent gaiement. 

"Chante-la ta chanson -- La chanson de ton cœur --La chanson de ta vie -- Chante-la ta chanson -- L´oiseau le fait -- Le vent le fait -- L´enfant le fait aussi" [Jean Lapointe]2014-04-20b

Petite note... Ces jolis oiseaux colorés se trouvaient sur une tablette dans un magasin d'antiquités, je crois. Ou alors dans un magasin général dans un petit village. Je ne me souviens plus exactement. Ils sont un peu kitsch, je sais bien mais tellement mignons. Et puis, ils m'ont rappelé mon petit oiseau bleu et jaune qui un jour a disparu de ma vie pour s'envoler je ne sais trop où... J'imagine qu'il a suivi la chanson de sa vie, la chanson de son coeur...

3 mars 2014

Dans la nature... l'Ecomuseum

001Je l'ai déjà dit, parfois, on connait plus les autres pays que son propre pays. Et on visite de fond en comble les villes situées "ailleurs". Parce qu'on croit connaître sa ville de fond en comble. Mais on ne connait habituellement pas vraiment sa ville. Je pensais connaître Montréal avant de partir pour Barcelone. Mais je ne la connaissais pratiquement pas. Je ne connaissais que quelques coins. Et surtout, avant de partir, j'avais l'impression qu'il n'y avait rien à connaître.

Quand nous sommes revenus, je l'ai déjà dit, nous avons acheté des guides touristiques sur le Canada, le Québec et Montréal. 003Et là, j'ai réalisé qu'il y avait un million d'endroits de ma ville que je ne connaissais pas. La plupart des endroits que nous visitons, nous avons découvert grâce aux guides, mais aussi grâce aux blogues d'immigrants au Québec. Et oui, ce sont les autres qui nous ont pointés vers les endroits magnifiques de la ville où je suis née.

J'aime les animaux et je recherche les endroits où je peux les voir. J'aime évidemment les endroits où, même si ce sont des endroits "fabriqués", les animaux sont bien traités. J'ai visité un tas de parcs animaliers un peu partout, récemment j'ai parlé un peu du Parc Oméga. Mais tous ces endroits sont à l'extérieur de ma ville. Évidemment. Il faut de l'espace pour faire un parc animalier, non ? Il y a bien le Biodôme, mais c'est un espace intérieur. Et j'ai quelques souvenirs du zoo Le Jardin des Merveilles qu'il y avait au Parc Lafontaine, mais c'était un zoo urbain et il fut démantelé en 1989, je crois (tiens, il faudrait que je fasse quelques recherches sur ça...).

002Et donc quand j'ai lu sur un blogue qu'il y avait un parc animalier sur l'Île de Montréal, je ne le croyais pas. Et puis, je me suis rappelée que si je ne connaissais pratiquement pas Montréal, je connaissais encore moins l'Île. Après tout, avant d'emménager à Pointe-Claire, j'avais l'impression que c'était tellement loin... Non, je ne connaissais pas ma ville, ni mon Île. Et l'Île de Montréal est grande. Si grande, que j'ai appris récemment qu'il y avait des chevreuils dans l'est de l'Île dans le parc-nature de Pointe-aux-prairies. J'ai même eu la chance d'en voir à quelques occasions.

Quelques recherches plus tard, j'avais la localisation de l'Ecomuseum et quelle surprise, ce n'était pas très loin de chez moi. Mais j'avais tant de questions. Comment ne pouvais-je pas savoir qu'il y avait un parc animalier sur l'Île de Montréal ? Sûrement qu'il n'existe que depuis quelques années ! Sinon, je l'aurais connu ! Et non... il existe depuis plusieurs années. Mais comme je pensais connaître mes environs, comme l'ouest de l'île m'apparaissait être à des milliers de kilomètres... et surtout comme je ne lisais rien sur ma ville... j'ignorais complètement l'existence de l'Ecomuseum et toute son histoire. J'ai dû remédier à la situation immédiatement ! Et j'ai visité le parc plusieurs fois, en été et en hiver !

Quelques informations pratiques...004

Le parc animalier Ecomuseum est situé dans l'ouest de l'Île de Montréal à Sainte-Anne-de-Bellevue. Il est ouvert 364 jours par année de 9 h 00 à 17 h 00. Il ne ferme que le 25 décembre. On peut donc visiter le parc et voir les animaux en toute saison, il y a donc parfois des animaux en hibernation et qu'on ne verra pas pendant l'hiver mais d'autres seront plus actifs selon la saison. Par exemple, lorsque j'y suis allée en hiver, je n'avais pas pu voir les ours, mais le renard arctique était en pleine forme. Alors qu'en plein mois de juillet, le pauvre renard arctique était caché sous des buissons et semblait avoir bien chaud. C'est donc une nouvelle visite à chaque fois.

005En 1981, le Dr. John Bider fonde la Société d'histoire naturelle de la vallée du Saint-Laurent qui a pour mission principale d'éduquer les enfants sur l'environnement. Il choisit un terrain dans la pointe ouest de l'île de Montréal pour y installer un zoo extérieur. Le Dr. Bider veut restaurer ce terrain qui avait déjà été un milieu humide mais était depuis longtemps utilisé comme une décharge, particulièrement dans les années '60 lorsque l'autoroute 40 fut contruite dans l'ouest. En 1988, le zoo Ecomuseum ouvre ses portes. Le parc est bien modeste à ses début mais le docteur est déterminé et grâce à son travail et à celui du comité fondateur, du personnel et des bénévoles, il réussit à créer un lieu unique - organisme sans but lucratif - dédié à l'éducation, la recherche et à la protection de l'environnement.

Le parc n'a jamais cessé de grandir et d'évoluer. En plus d'être ouvert au public, il propose nombres d'activités éducatives pour les écoles et les enfants. Certains locaux sont aussi réservés à la recherche et aux soins animaliers. Notons que c'est en 1996 que l'Ecomuseum commence à ouvrir l'hiver, pour offrir 364 jours au public.

006Le parc, aménagé sur 11,3 hectares, propose un parcours extérieur et quelques installations intérieures. Il nous présente plus de 115 espèces d'animaux vivants, tous provenant de la vallée du Saint-Laurent : aigles, hiboux, corneilles, canards, renards, loups, coyotes, ours noirs, loutres, caribous, porc-épic, grenouilles, et bien d'autres. Dans la zone intérieure, "Du jour à la nuit", on peut voir des couleuvres, tortues, poissons, etc.

2013 a été une triste année pour l'Ecomuseum puisqu'il a perdu ses trois ours. Homer, le mâle a dû être euthanasié en octobre et les deux femelles, Suzie et Marge, en décembre. Les ours emblèmes du parc étaient très âgés et étaient malades. Ce fut très difficile pour les employés et les visiteurs du parc.

Quelques liens à consulter...

25 février 2014

Colère et résignation

La semaine dernière j'avais un rendez-vous chez un dermatologue. La semaine dernière je n'ai pas vu ladite dermatologue. Cette semaine, je vous propose mes réflexions plus que personnelles et une tranche un peu trop personnelle de ma vie. Mais je suis trop découragée et en même temps en colère. Et je crois que PisTout est un peu tanné de m'entendre chialer alors je vais profiter de cette plateforme pour me confier et me défouler. Vous avez la permission de ne pas lire le reste, je comprends parfaitement ! ;-)

Il y a plusieurs mois, j'ai découvert une tache brunâtre sur mon bras (près de l'aisselle). C'était de la grandeur d'un 0,25$. Pas de démangeaison, pas de croûte, tout lisse et pas très grande. J'étais très, très, très - ai-je assez insisté sur le "très"? - stressée alors je me suis dit que c'était relié. Cela m'était déjà arrivé de faire des "plaques" lors de grands stress. J'ai donc un peu oublié sa présence. Je regardais de temps en temps, mais rien ne changeait.

DSC_0297J'avais d'autres chats à fouetter. Et puis, soudainement... cela a doublé de grandeur. Je m'en suis aperçue par hasard car ce n'était pas évident. Je me suis dis qu'il fallait faire quelque chose. J'ai été à la pharmacie, fais une petite consultation et reparti avec quelques conseils et crèmes. Et avec la résolution d'aller chez le dermatologue.

J'imagine que malgré le fait que je suis au courant de la situation ici et que j'avais eu beaucoup de difficulté à avoir un nouveau gynécologue, j'étais encore sous l'illusion que ce ne serait pas si difficile que ça de trouver un dermatologue. Je veux dire, je ne cherche pas un médecin de famille, je veux voir un "spécialiste". J'ai mis les crèmes et j'ai commencé à chercher un dermatologue. Et là, j'ai frappé mon premier mur. Mais pas trop fort, car je n'étais pas très énervée encore et je ne faisais que commencer à chercher. Je me suis vite aperçue que les dermatologues oeuvrant dans l'aspect médical de la chose, et bien, ce n'est pas courant ! Des dermatologues qui font de la dermatologie plastique ou esthétique, ça il y en a des tonnes. Si j'ai besoin de botox, pas de problèmes, mais faire analyser ma tache... ouf pas facile. Faire une recherche sur internet avec dermatologue ou dermatologie... il y a peu de clinique publique non esthétique. Les quelques numéros que j'ai trouvés, j'ai appelé. Je me suis fais dire aussitôt qu'il me fallait un billet de mon médecin de famille. N'ayant pas ledit médecin... ça partait mal. Cela impliquait donc que je devais aller à la clinique sans rendez-vous pour avoir ce billet.

En passant, j'ai su de source sûre - c'est à dire un médecin - que cette histoire d'avoir un billet de médecin généraliste pour voir un spécialiste c'est dans 90% des cas de la foutaise. De la magouille. Parce que si on pouvait aller voir un spécialiste (qui gagne une tonne d'argent) sans passer par un généraliste (qui en gagne un peu moins), cela voudrait dire qu'on n'irait pas voir ce généraliste. Donc une visite payante de moins (avec la carte d'assurance-maladie, on s'entend) pour le généraliste. Il y a donc comme une entente... Sans commentaire.

Alors, comme je ne voyais pas d'urgence... j'ai reporté (ma faute, ma très grande faute), le fameux rendez-vous à la clinique, si déprimante, sans rendez-vous. Je n'avais juste pas le temps ni l'envie de perdre des heures et des heures (sans exagération aucune) à la clinique sans rendez-vous. Donc j'ai un peu laissé les mois passés.

Et puis dans le Temps des Fêtes, j'ai remarqué que la tache n'était plus ronde mais commençait à être plus un ovale pas très régulier. Et ça, je sais que ce n'est pas bon. Alors, je me dis "en janvier, je vais à la clinique et je prends rendez-vous chez un dermatologue". Vous noterez ici, ma très grande stupidité... oui, car y avoir pensé avant, et comme on dit "avoir su ce que je sais maintenant"... j'aurais pris un rendez-vous chez un dermatologue avant d'avoir mon billet de médecin - en mentant tout simplement. Mais bon... je continue...

Mais janvier arrive, les jours passent trop vite et je ne vais pas à la clinique sans rendez-vous. Demain, je me dis. Procrastination, oui mes amis. Et puis, un matin... je me lève et je m'habille. Et là... oh my, wtf... la tache est comme le triple de ce qu'elle était et un des côtés est comme rougeâtre... et un peu bosselé (rien qui pique, pas de croûte, rien de "suintant", juste plus gros et un peu rouge). J'ai senti mon coeur battre un peu plus vite. Bon j'appelle aujourd'hui. J'arrive dans la salle de bain... et là panique totale... j'ai des taches sur la joue droite ! Panique complète. Crise d'hystérie et visite à une clinique sans rendez-vous immédiatement. Une clinique un peu plus loin mais moins déprimante que celle près de chez moi. Pendant l'attente - pas longue, juste 2 heures - j'ai eu le temps de réaliser que les taches sur mon visages étaient sûrement dues aux crèmes échantillons que j'avais reçues dans un grand magasin deux jours plus tôt. J'ai la peau sensible et il y avait sûrement trop de parfum dans les crèmes. Mais la tache sur mon bras avait encore changée et donc je voulais le fameux billet.

Le médecin est d'accord avec moi pour mon visage, n'est pas du tout inquiet pour mon bras, me prescrit une crème et me donne le fameux billet. Je repars moins inquiète et forte de mon billet. Et là, je recommence ma recherche de dermatologue non esthétique. Calvaire. C'est pas facile. Et le médecin qui m'avait été recommandé à la clinique ne prend plus de nouveaux patients. Comme les 10 autres que j'ai appelés. Je commence à être un peu découragé, lorsque oh miracle ! une dermatologue près de chez moi, me donne un rendez-vous 3 semaines plus tard. Je suis si surprise que j'ai dû redemander au moins 3 fois, si c'était une clinique privée.

Et donc, la semaine dernière, je vais au fameux rendez-vous. Mais je n'ai jamais pu voir la dermatologue qui avait overbooké ses rendez-vous - c'est selon les critiques, très commun pour elle. Parfois, elle ne vient même pas à ses rendez-vous. Qu'un médecin puisse agir ainsi avec ses patients me dépasse. Je retourne chez moi. Le lendemain, j'ai commencé ma recherche pour un autre dermatolgue. Je vous avoue que j'ai pleuré. Ce fut un long, très long calvaire. J'ai commencé par chercher des dermatologues "médicaux", mais je ne trouvais que des cliniques privées. Mais... les cliniques privées ne font en général que de la dermatologie esthétique. Parce que bien sûr c'est plus payant d'enlever les rides que d'aider les gens avec des problèmes médicaux, le psoriasis, l'acnée et les cancers de peau... ça ne rapporte pas. J'ai fini par trouver quelques cliniques privées, j'ai noté les prix - très élevés - les délais - tout de même très longs - et je les garde dans ma manche.

Et puis, je continue ma recherche. Après ma mauvaise expérience, les médecins que je trouvais, j'allais voir les commentaires sur les sites d'évaluation des médecins. Et là, les larmes sont revenues. Je ne comprends pas. Pourquoi les commentaires sont-ils toujours "médecin très froid", "pas intéressé", "ne m'a jamais regardé", "n'écoute pas quand on lui parle", "m'a prescrit un traitement au laser coûteux", "m'a à peine regardé, m'a dit que je n'avais rien et j'avais un cancer", "cela a pris 1 an pour avoir un rendez-vous, j'ai attendu 3 heures, et la consultation a pris 5 minutes"... Je ne comprends pas. Pourquoi devenir médecin quand on se fout des gens et de leurs problèmes ?

Les seuls médecins avec des bons commentaires, je n'ai soit, jamais réussi à les rejoindre, soit, ils ne prennent plus de patients. J'en suis venu à appeler ceux avec les moins pires commentaires... délais d'attente entre 8 et 12 mois et ce, quand il y avait une réponse ou qu'ils prenaient de nouveaux patients. Après 4 heures de recherches et d'appels, j'ai fini par avoir un rendez-vous pour la fin du mois d'avril. D'ici là, je vais continuer à chercher. Et si jamais ma tache change trop, j'irai tout simplement au privé.

Je pourrais continuer encore et encore à écrire mais je sais qu'il y a des situations bien pire que la mienne. Alors, je vais respirer par le nez et essayer de refouler cette aversion pour les médecins... et surtout pour ces spécialistes qui trouvent plus important d'effacer des rides que de diagnostiquer et prévenir des cancers, d'enlever des tattoos que de guérir des psoriasis et autres maladies de la peau...

Merci pour m'avoir laissée ventiler un peu et désolée pour ce long texte !

17 novembre 2013

Moment captif d'un dimanche : provisions provisoires

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Moment captif d'un dimanche : provisions provisoires

"Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu'ensuite ils ne savent plus retrouver. Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage" [Christian Bobin]

Vite, vite, le temps file. Tu auras besoin de beaucoup de vivres pour survivre à l'hiver. Il te faut faire des provisions. Il ne suffit pas de cacher ses victuailles, il faut aussi les accumuler sans son gros bedon.

Un chat au loin. Il ne t'a pas vu. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Un raton-laveur t'observe tranquillement de son trou en haut du saule. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Certains paressent, toi, tu manges, d'autres s'amusent, toi, tu manges. Ton ventre devient de plus en plus gros. Il le faut. L'hiver sera sûrement difficile. Tu sais ce que tu dois faire. 

Tu deviens une petite boule de poils toute ronde. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Tout le temps. Enfin, maintenant. L'hiver approche et tu as si peu de temps pour te préparer. Alors, tu travailles fort pour bien remplir ta panse. Il faut faire des provisions. Et se protéger du froid qui s'annonce. Peut-être la dame de la maison là, t'offrira quelques noix à l'occasion, mais tu ne peux te fier à la générosité occasionnelle des bêtes à deux pattes qui hantent les alentours. Il faut faire tes propres réserves. Et fouiller, sans arrêt,  parmi les feuilles mortes. Alors, tu besognes, tu farfouines partout, et tu grignotes. Petite boule de poils toute ronde et ébouriffée dans le soleil d'automne.

"Un écureuil, sur la bruyère, Se lave avec de la lumière. Une feuille morte descend, Doucement portée par le vent." [Maurice Carême]

20 février 2014

Quelques livres de Camilla Läckberg - Commentaires

Läckberg002 - CopieLa princesse des glaces : roman / Camilla Läckberg ; traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain. -- Arles : Actes Sud, c2008. -- 381 p. ; 24 cm. -- ISBN 9782742775477. -- (Coll. Actes noirs)

Quatrième de couverture

Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d’une amie d’enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d’eau gelée. Impliquée malgré elle dans l’enquête (à moins qu’une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l’oeuvre), Erica se convainc très vite qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Sur ce point – et sur beaucoup d’autres –, l’inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint.[...]

Commentaires personnels

Erica Falk revient à Fjällbacka, sa ville natale, à la mort de ses parents, afin de s'occuper de la probable vente de la maison familiale. Elle en profite pour continuer sa dernière biographie et pour redécouvrir sa ville. Elle découvre par hasard, le cadavre de son ancienne amie d'enfance, Alexandra ; nue dans une baignoire d'eau glacée et avec les poignets tailladés. Erica a de la difficulté à croire à un suicide et l'autopsie lui donnera raison. Elle s'implique rapidement dans l'enquête. Patrick Hedström, l'enquêteur en charge, est aussi un ami d'enfance d'Erica et a toujours eu des sentiments pour elle. Ils travailleront rapidement ensemble pour tenter de découvrir le meurtrier d'Alexandra. Comme dans toute petite ville, les rumeurs et les ragots font rapidement surfaces. Et très vite, les enquêteurs sont plongés dans les secrets, les mensonges, les jalousies et les vieilles histoires de la petite ville et de ses habitants.

Dans ce premier roman de la série, l'accent est beaucoup mis sur le personnage d'Erica : sa vie, son travail d'écrivain, son désir de rester dans sa maison familiale, sa relation avec ses parents décédés et surtout avec sa soeur qui est dans une relation difficile avec un mari abusif. On la suit aussi dans son enquête personnelle sur le meurtre de son ancienne amie d'enfance. On assiste également à la naissance d'une idylle avec Patrick, le policier en charge de l'enquête. Les personnages principaux sont très intéressants et bien développés. Les personnages secondaires sont également très bien développés. Ils s'intègrent très bien à l'histoire et on a envie de les retrouver. L'intrigue principale est classique mais très bien menée et les indices sont révélés petit à petit. Et la fin est inattendue.

On peut trouver l'écriture un peu simple et l'histoire d'amour un peu cliché, mais étrangement cela ne m'a pas dérangé du tout. J'ai beaucoup aimé les descriptions de la ville ainsi que des secrets et tragédies qui se cachent chez ses habitants. L'hiver suédois m'a enchanté et l'auteur nous y plonge avec délicatesse - si cela peut faire du sens ! Et j'ai particulièrement aimé le personnage d'Erica. Elle n'est pas sans défaut, mais c'est ce qui fait son charme.

Le prédicateur : roman / Camilla Läckberg ; traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus. -- Arles : Actes Sud, c2009. -- 375 p. ; 24 cm. -- ISBN 9782742781799. -- (Coll. Actes noirs)

Quatrième de couverture

Dans les rochers proches de Fjällbacka, le petit port touristique suédois dont il était question Läckberg003 - Copiedans La Princesse des glaces, on découvre le cadavre d'une femme. L'affaire se complique quand apparaissent, plus profond au même endroit, deux squelettes de femmes... L'inspecteur Patrik Hedström est chargé de l'enquête en cette période estivale où l'incident pourrait faire fuir les touristes et qui, canicule oblige, rend difficiles les dernières semaines de grossesse d'Erica Falck, sa compagne.
Lentement, le tableau se précise : les squelettes sont certainement ceux de deux jeunes femmes disparues vingt-quatre ans plus tôt. Revient ainsi en lumière la famille Hult, dont le patriarche, Ephraïm, magnétisait les foules accompagné de ses deux petits garçons, Gabriel et Johannes, dotés de pouvoirs de guérisseurs. Depuis cette époque et un étrange suicide, la famille est divisée en deux branches qui se haïssent.[...]

Commentaires personnels

Nous retrouvons encore une fois Erica et Patrick dans ce deuxième roman. Alors qu'ils commençaient à se fréquenter dans le premier roman, ils vivent maintenant ensemble dans la maison familiale d'Erica et cette dernière est enceinte. C'est maintenant l'été et il fait très chaud. La petite ville de Fjällbacka est remplie de touristes qui viennent profiter de la mer. Le cadavre d'une jeune fille est découvert et Patrick se charge de l'enquête. Mais en déplaçant le corps, les squelettes de deux autres femmes sont découverts. Son enquête le mène à une ancienne enquête liée à une famille connu, la famille Hult. Et on plonge dans le passé... un prédicateur et ses deux fils qui réalisent des guérisons miraculeuses, des disparitions mystérieuses, des soupçons, une dénonciation et le suicide du principal suspect. Le passé est lourd et pèse toujours sur la famille d'aujourd'hui. Il s'agit maintenant, pour Patrick et son équipe, de voir comment le passé rejoint le présent.

Et oui, nous retrouvons encore une fois Erica et Patrick. Mais j'ai nettement eu l'impression de perdre Erica dans ce roman. Le personnage principal est maintenant Patrick entouré de ses collègues. Erica est reléguée au second plan, en femme au foyer, enceinte jusqu'au cou, incapable de faire quoi que ce soit dans la chaleur et se battant avec des visiteurs qui s'imposent et avec sa soeur qui, même si elle a quitté le mari abusif, répète la même histoire avec un nouvel amant. Elle va bien contribuer un peu à l'enquête, mais à peine. Les personnages principaux et surtout leurs attitudes et réactions m'ont paru disparaître derrière les clichés. Seuls les personnages secondaires, comme Martin Molin (policier et principal collègue de Patrick), Mellberg, Annika, Gösta, Ernst et même la soeur d'Erica, Anna, m'ont paru plus intéressants et développés. Je me suis vraiment ennuyée d'Erica. Elle m'a semblé vraiment disparaître dans ce roman. Et je n'ai pas pu accepté l'évolution beaucoup trop rapide de la relation entre Erica et Patrick et surtout certaines attitudes très vieux jeux de Patrick (qui ne cadre pas du tout avec le personnage du premier roman).

J'ai aussi été un peu déçue par l'intrigue policière. Alors que le tout me semblait bien démarrer, j'ai trouvé que l'auteur a très mal exploité le côté "prédicateur sectaire". Les secrets de famille, les rumeurs, les mensonges et les révélations font encore parties de l'intrigue, mais sans rien fracasser. La conclusion était décevante et prévisible. Il y avait beaucoup trop de personnages du côté de l'intrigue policière... les acteurs du drame passé, la famille d'aujourd'hui, les autres familles des disparitions actuelles... beaucoup trop de monde, beaucoup trop de liens. Et à la fin, je ne suis plus du tout intéressée ni à l'enquête, qui a traînée en longueurs, ni au dénouement que j'ai trouvé peu crédible.

Läckberg004 - CopieLe tailleur de pierre : roman / Camilla Läckberg ; traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus. -- Arles : Actes Sud, c2008. -- 377 p. ; 24 cm. -- ISBN 9782742786626. -- (Coll. Actes noirs)

Quatrième couverture

[...] Un pêcheur de Fjällbacka trouve une petite fille noyée. Bientôt, on constate que Sara, sept ans, a de l’eau douce savonneuse dans les poumons. Quelqu’un l’a donc tuée avant de la jeter à la mer. Mais qui peut vouloir du mal à une petite fille? Alors qu’Erica vient de mettre leur bébé au monde et qu’il est bouleversé d’être papa, Patrik Hedström mène l’enquête sur cette horrible affaire. Car sous les apparences tranquilles, Fjällbacka dissimule de sordides relations humaines – querelles de voisinage, conflits familiaux, pratiques pédophiles – dont les origines peuvent remonter jusqu’aux années 1920. Quant aux coupables, ils pourraient même avoir quitté la ville depuis longtemps. Mais lui vouer une haine éternelle.

Commentaires personnels

Erica et Patrick ont maintenant une petite fille. Et ce n'est pas facile ni pour l'un ni pour l'autre. Évidemment, un drame n'est jamais loin et cette fois c'est le corps d'une petite fille qui est retrouvée dans la mer. Patrick se rend sur les lieux pour découvrir qu'il connaît l'enfant. C'est la petite fille d'une amie d'Erica. La mort d'un enfant n'est jamais facile, encore moins lorsqu'on connaît la famille et surtout lorsque l'on découvre que la mort d'apparence accidentelle est en fait un meurtre.

Ce troisième roman de Läckberg est construit un peu différemment des précédents. Alors que dans les deux premiers romans nous avions bien quelques retours en arrière dans le passé, ici ce procédé est beaucoup plus présent et important. Nous avons une histoire carrément parallèle. On se doute bien que cette histoire a une incidence dans le drame du présent, mais tous les liens ne seront révélés qu'à la toute fin.

Nous sommes immédiatement plongés dans l'histoire de la famille de la petite fille et des gens qui les entourent. Les chicanes, les querelles et guerres entre voisins qui prennent parfois des tournures tragiques, les secrets et mensonges, ... les vies troubles et troublées d'habitants de la petite ville d'apparence tranquille font encore une fois surface lors de l'enquête de Patrick.

L'intrigue est cette fois beaucoup mieux ficelée que dans le deuxième roman. J'ai retrouvé l'intensité du premier roman. Mais elle n'est pas sans défaut. Beaucoup trop de personnages, encore une fois. Et on place nombres d'éléments inutiles. On a l'impression que l'auteur avait envie de parler de certaines choses et qu'elle trouve le moyen d'en parler peu importe leur place dans l'intrigue : syndrome d'asperger, pédophilie... ces éléments m'ont semblé alourdir l'intrigue et ne rien y apporter.

Mais en général, l'intrigue principale fut très bien menée... enfin, jusqu'à la fin qui, elle, est complètement décevante : le dénouement et coupable, les liens entre l'histoire passée et le drame actuel... tous improbables. Et surtout, la façon dont Patrick résoud le meurtre... digne des mauvais drames policiers...

Les personnages secondaires sont encore une fois les plus intéressants. Mais surtout l'histoire se déroulant dans le passé. J'aurais carrément pu ne lire que ces passages. Erica est un peu plus présente dans ce roman, mais à peine. J'ai aimé son questionnement sur l'instinct maternel cependant. Très rafraîchissant et inhabituel. Même commentaire sur le caractère difficile de la petite victime. On parle rarement des enfants ayant ce genre de comportement. Bravo, à l'auteure.

Mais la fin... la toute fin... que dire... j'y reviens.

Voir aussi :

Sources à consulter

27 janvier 2014

Le poison des roses de Mirjam Pressler

Roses1Le poison des roses : roman / Mirjam Pressler ; traduit de l'allemand par François Mathieu et Dominique Taffin-Jouhaud. -- [Paris] : Calmann-Lévy, c2007. -- 262 p. ; 21 cm. -- ISBN 9782702138090. -- (Coll. Suspense (Calmann-Lévy (Firme)) [14].

Quatrième de couverture

Auteur de romans policiers à succès, Lisa Bratt mène seule une vie bien rangée après deux divorces, dans un univers douillet et volontairement isolé. Mais un soir, elle ramène chez elle Annabella, une jeune SDF victime d’une agression dont elle a été par hasard le témoin.

Leur trouble cohabitation dérègle totalement l’existence de Lisa. Elle continue cependant à travailler à son prochain roman – dont l’héroïne, une passionnée de roses, projette d’empoisonner son mari – et un jeu subtil s’installe bientôt entre la vie réelle et la fiction…

Mais la nuit où Lisa découvre Annabella totalement ivre, ce sont les souvenirs de sa propre enfance qui remontent à la surface. Après la mort de sa sœur jumelle, son père parti, Lisa n’a plus été pour une mère alcoolique que l’« enfant de reste »…

Tout en nuances, ce roman d’une grande justesse raconte, dans un style sobre et précis, le glissement inexorable d’une vie banale vers le cauchemar. Du grand art, qui n’est pas sans rappeler celui de Patricia Highsmith.

L'auteurRoses2

Mirjam Pressler est né en 1940 à Darmstadt en Allemagne. Elle étudie en art à Akademie für Bildende Künste à Francfort et les langues à Munich. Elle vivra un an en Israël. Puis elle retourne en Allemagne où elle a plusieurs différents emplois. Elle commence à écrire en 1979. L'année suivant, en 1980, son premier roman, Chocolat amer, reçoit le prix du livre de l'enfance et de la jeunesse d'Oldenbourg. Elle continue d'écrire, principalement pour la jeunesse, et est également traductrice. Elle reçoit de nombreux prix dont un prix spécial de la littérature jeunesse pour son travail de traductrice et des prix pour l'ensemble de son oeuvre. Elle vit aujourd,hui à Munich où elle continue à écrire et à traduire.

Site de l'auteur en allemand.

Bibliographie partielle

Bibliographie très extensive. Principalement des romans jeunesse et quelques romans pour adultes. Quelques titres ont été traduits en d'autres langues dont le français et l'anglais. Je n'ai cependant pas pu trouver de listes autres qu'en allemand. On peut trouver sa bibliographie complète en allemand sur Wikipedia.de.

Commentaires personnels

Encore une fois, je n'aurais jamais découvert ce roman, s'il n'avait été présent sur ma liste d'élagage. J'ai trouvé le quatrième de couverture alors j'ai décidé de le lire avant de l'envoyer dans la vente de livres... oui, car 5 prêts en 2007 et rien après, c'est la mort d'un livre en bibliothèque publique qui manque d'espace, à moins d'être un classique. Cruel mais c'est la vie.

Donc, nous avons ici une auteur de romans policiers, Lisa, un peu asociale et recluse. Elle a peu d'amis, sort rarement de chez elle. Elle consacre ses journées à l'écriture de son prochain roman dans lequelle elle raconte le futur assassinat d'un homme par son épouse qui cultive des roses. Un soir, elle assiste à une altercation entre une jeune fille et son copain. Elle intervient et finit par ramener cette jeune fille sans abri, Annabella, chez elle. Cette décision impulsive ne ressemble pas à Lisa, mais elle est d'abord heureuse de cette cohabitation. Mais rapidement, Annabella envahit la vie de Lisa. La jeune fille s'incruste chez Lisa et commence à envahir tous les aspects de sa vie. Elle profite de Lisa et la manipule. Elle finit même par influencer le roman que Lisa écrit.

Le roman oscille d'ailleurs entre les pages que Lisa écrit et sa relation avec Annabella. Les personnages du roman de Lisa prennent vie petit à petit et nous assistons à leur histoire. Les deux histoires s'entremêlent et se parlent. Ces deux histoires sont intéressantes mais comme d'autres lecteurs j'ai eu un faible pour l'histoire de la cultivatrice de roses. Et j'aurais presque voulu avoir un autre roman vraiment consacré à cette famille. Mais le roman dans son ensemble est vraiment bien construit.

La narratrice, Lisa, est un personnage beaucoup plus complexe qu'il n'apparaît au tout début. Et le personnage d'Annabella me semble décrit de façon superficiel. On n'arrive pas à vraiment connaître Annabella, mais cela m'apparait essentiel à l'histoire. L'essentiel du roman est la perception que Lisa a de son aventure avec Annabella. Et surtout ce sont ces sentiments qui sont mis au premier plan. Elle a besoin de sauver la jeune fille, elle s'essaie au rôle de sauveur, de mère, de mentor... Elle croit pouvoir sauver Annabella, elle est certaine qu'elle peut construire une relation avec elle. Mais Annabella n'est pas un ange. Elle manipule, profite de Lisa. Elle est même volontairement cruelle et perverse. Elle s'amuse et joue les victimes pour mieux profiter de l'auteur. Elle ne veut pas jouer le jeu de la relation mère-fille que Lisa veut tant vivre. Cette relation malsaine transforme tout de même Lisa. Elle l'oblige à confronter son passé, ses relations passées et actuelles, ses démons intérieurs. Mais Annabella finira par dépasser les limites de l'auteure.

Le roman de Pressler m'a envoûté. J'ai bien aimé ce jeu de manipulations qui va dans les deux sens. Car même si Annabella est le personnage qui est foncièrement et ouvertement manipulateur, Lisa exerce sa propre manipulation aussi. Le texte a bien quelques longueurs et j'ai eu quelques soupirs d'exaspérations face à la prétendue naïveté de la narratrice. Parfois, j'ai ragé devant l'obstination de Lisa a vouloir "sauver" la jeune fille. Et j'ai douté de la crédibilité de certaines actions des personnages. Et comme je l'ai dit, j'aurais bien aimé voir plus de finalité dans le roman que Lisa écrivait. Mais ces petites critiques ne changent pas le fait que j'ai beaucoup aimé le roman. Mirjam Pressler a une écriture efficace et joue avec les mots. Elle fait également parlé sa narratrice a une tierce personne. Lisa raconte son histoire a une personne, en lui disant "tu". Ce n'est pas un procédé facile et c'est souvent mal utilisé. Pressler le fait très bien.

Très bon roman. Alors pourquoi ne sort-il pas ? Je l'avoue, je ne l'ai pas élagué. Je l'ai mis dans la section "coup de coeur" (même si ce n'est pas nécessairement un coup de coeur, je l'ai suffisamment aimé pour l'y mettre) et évidemment quelqu'un l'a emprunté tout de suite. Tant de livres oubliés, trop de livres oubliés.

Extraits

"Il est étrange, n'est-ce pas, qu'il soit beaucoup plus difficile de raconter des épisodes gais et agréables que de narrer des événements dramatiques; C'est pareil en littérature, quand un auteur décrit trop de faits joyeux au quotidien, les lecteurs que nous sommes se mettent à penser, oui d'accord, j'ai pigé : il sourit, elle sourit, le soleil brille dans le ciel azuré, les pensées fleurissent dans les massifs du jardin public, mais qu'est-ce que ça signifie, qeul rapport avec moi; et nous nous ennuyons, alors que les déceptions, les humiliations, une haine subconsciente éveillent des souvenirs et nous incitent à comparer, apprécier classifier ce qui nous est personnel en fonction de ce qui vient d'ailleurs, et à recréer constamment notre passé jusqu'à en avoir limé toutes les aspérités." p. 45

Sources à consulter

9 février 2014

Le moment captif d'un dimanche : réflexion

2014-02"Ne regardez pas le passé, vous ne serez pas en mesure d'y retourner de toute façon."

Ne te retourne pas vers le passé... Ne vis pas dans le passé... Ne vis pas pour le passé... Je suis bien d'accord. Mais si on ne regarde pas une fois de temps en temps en arrière, on risque d'oublier les beaux moments.

On risque aussi d'oublier les moments tristes. Et si on oublie trop, on n'apprend rien. Il est difficile parfois de se souvenir. Et il y a bien sûr des moments qu'on voudrait oublier à tout jamais. Des moments qu'on regrette et qu'on voudrait pouvoir changer. Des moments qui n'auraient jamais dû avoir lieu. Regrets, honte, impuissance,... cela fait partie du passé qui envahit le présent. Et qui doit éclairer l'avenir.

Mais le passé ne doit pas être oublier. Et il ne doit pas nous retenir. Le passé nous enseigne comment  poursuivre notre route. Il est notre histoire, nos histoires. Il y a des larmes dans le passé et il y a des rires. À ne regarder qu'en avant, on oublie le chemin parcouru. Alors, il faut parfois se retourner et surprendre le coucher de soleil qui éclaire notre dos.

"On ne peut comprendre la vie qu'en regardant en arriere ; on ne peut la vivre qu'en regardant en avant." [Sören Kierkegaard]

16 janvier 2014

J'haïs le hockey de Barcelo - Commentaires personnels

Hockey1J'haïs le hockey : roman / François Barcelo. -- [Montréal] : Coups de tête, c2011. -- 111 p. ; 21 cm. -- ISBN 9782896710003. -- (Coups de tête ; 45)

Quatrième de couverture

Antoine Vachon haït le hockey. À la suite de l'assassinat de coach de l'équipe de hockey de son fils, Antoine se voit pourtant contraint de le remplacer à pied levé, sans savoir alors que sa vie va changer. Le flou persiste. Qui a assassiné le coach ? Et surtout, pourquoi ? Le fils d'Antoine aurait-il quelque chose  à voir dans tout cela ? L'entraineur était pourtant connu et apprécié dans sa communauté, il s'occupait bien de ses joueurs, trop bien peut-être...

François Barcelo signe ici un roman vif, nerveux, outrageux, sensible, noir, étonnant, skakespearien, tragique , sportif, amoureux, désillusionné, un roman sur l'amour, sur la trahison, sur l'incompréhension...

Commentaires personnels

Quel horroble quatrième de couverture. Il commence pourtant très bien et attire mon attention, ensuite il en dit un peu trop. On peut presque deviner. Et puis, ce dernier paragraphe... hum, il me semble qu'on a dû oublier un adjectif, non ? Non mais, c'est quoi l'idée de l'éditeur de décrire ainsi le roman de son auteur... peut-on avoir plus fourre-tout comme énumération. C'est dommage car si certains adjectifs collent très bien et d'autres moins bien, c'est le côté "je vous fais une analyse toute faite du roman de mon auteur... vous n'avez pas y réfléchir" qui m'achale vraiment beaucoup. Heureusement, cela ne m'a pas empêcher de lire le livre et de l'aimer.

Disons-le tout de suite, je ne déteste pas le hockey. Mais je ne suis pas non plus une fan finie. J'aime bien écouter une partie mais je trouve un peu fou, la passion de certains amateurs et je dois avouer que je me bidonne bien lors des commentaires de certaines émissions sportives. Des analyses dignes des plus sérieuses analyses politiques ou économiques transposées au moindre jeu ou joueurs. C'est fascinant. Mais il faut souligner que ce n'est pas particulier au hockey, c'était bien pire en Espagne avec le fùtbol ! Mais je m'éloigne... Et juste pour terminer cette disgression, il faut souligner qu'on n'a pas besoin d'aimer ou haïr le hockey ou même de connaître le jeu, pour lire et apprécier le roman. Juste être un peu familier avec la passion ou la haine qu'on peut entretenir avec un sport...

Et donc, le personnage principal, Antoine Groleau haït le hockey, de façon viscérale. Et disons qu'au Québec, quelqu'un qui haït le hockey à ce point, surtout un "gars", c'est rare (c'est évidemment beaucoup plus commun que la mythologie hockeyesque québécoise veut le laisser croire, mais bon.). Ce n'est pas le personnage le plus reluisant, c'est un peu un perdant, comme on dit... mais avec un "grand coeur", vous voyez le genre ? Il a perdu sa femme, son emploi... il est désespéré. Et donc malgré le fait qu'il déteste le hockey et qu'il n'y connait absolument rien, il se voit obligé de devenir le coach de l'équipe de son fils, après que l'entraîneur habituel ait été assassiné. Il ne veut pas "jouer au coach", mais c'est d'abord, pour lui, un moyen de se rapprocher de son fils. Puis cette mésaventure d'entraîneur suppléant et inadéquat se transforme en enquête - ou quête - pour savoir ce qui est vraiment arrivé au coach et surtout pourquoi... Les réponses qu'il imagine ou finit par découvrir sont loin d'être jolies.

Et donc le roman commence un peu sur note humoristique mais rapidement, l'humour devient noir et puis, on ne rit plus du tout, et on touche un peu le tragique. Des choses horribles ont eu lieu, les personnages morts et vivants, jeunes et vieux ne sont pas ce qu'ils semblaient être et le "gars" un peu looser redevient rapidement un père. Le roman est court et le rythme rapide. Et la fin est inattendue et troublante. Et oui, on tombe dans des sujets difficiles, mais le roman est si court qu'on n'arrive pas à réaliser sur le moment tout le tragique de l'histoire. C'est très efficace comme écriture.

Dernier point... le narrateur, comme vous pouvez le lire dans les deux extraits que j'ai mis plus bas, s'adresse continuellement au lecteur. Habituellement, dans un roman, je supporte difficilement. Cela passe mieux à l'écran je trouve, petit ou grand - mais pas toujours. Il est difficile de briser le 4e mur, surtout en littérature, sans tomber dans le surfait et le cliché. Mais ici, étrangement, cela ne m'a pas du tout incommodé, j'ai même été amusée et charmée par ces répliques.

La bibliographie de l'auteur est longue et bizarrement c'est le premier livre que je lis de Barcelo. Ce ne sera pas le dernier.

(Oh et pour la forme, il y a une grosse différence entre dire "je hais le hockey" et "j'haïs le hockey"... le deuxième est plus viscéral !)

L'avis de Richard , Fibula, La Bouquineuse

Voir aussi : J'haïs le hockey de Barcelo - L'auteur

Extraits

"Je vais vous avouer une chose : j'haïs le hockey. Oui, je sais que c'est pas français, qu'on doit dire "je hais le hockey". Ou encore "je déteste le hockey". Mais quand on haït le hockey comme j'haïs le hockey, on a le droit de dire "je l'haïs". Si je suis là avec vous ce soir, c'est parce qu'on a trouvé personne d'autre. J'ai le malheur d'être le père de l'un d'entre vous et le président Beauchemin avait mon numéro de téléphone." p.30

"Je parie que vous y avez pensé avant moi : Colombe ! Vous avez raison : ça pourrait être Colombe. Elle est en forme. Elle a fait un demi-marathon l'été dernier. Ce n'est pas pour rien qu'elle est si bien conservée. Et elle est forte. Je le sais, elle m'a giflé, deux ou trois fois avant de me mettre à la porte." p. 74

Sources à consulter

13 octobre 2013

Le moment captif d'un dimanche : hululer

2013-10"Sans remuer ils se tiendront -- Jusqu'à l'heure mélancolique -- Où, poussant le soleil oblique, -- Les ténèbres s'établiront." [Baudelaire]

Il est là. Silencieux. Il attend le moment parfait pour se fondre à la nuit. Il surveille le soleil qui se perd de l'autre côté de l'horizon. Il est vigilant mais il ne m'a pas vu. Je suis triste qu'il ait fait cette erreur. Il doit tout savoir, il devrait tout voir.

J'essaie de rester immobile. Je ne fais pas un son. Mais je sais qu'il ne peut pas ne pas m'entendre même s'il semble ne pas se rendre compte de ma présence.

Car il porte en lui la connaissance de la nuit. Il contrôle les ombres des ténèbres. Il est magique et méthodique. Il est lumière sombre, l'étincelle de l'obscurité. Sans lui, la nuit nous envahit. Sans lui nous serions perdus dans le noir.

Il regarde le soleil mourir. Et lorsque le soleil meurt, il commence à chanter. Il nous dit enfin qu'il est vivant, plein de vie, plein de nuit. Il sait tout, il nous protège de nos peurs, des fausses terreurs que la nuit amène. Il chasse le froid et nous dévoile la beauté du ciel sans étoile, du brouillard envoûtant et la nuit noire et sans lumière.

"Quand le hibou chante, la nuit est silence"[Charles de Leusse]

12 janvier 2014

Le moment captif d'un dimanche : perspective

2013-12d"Icebergs, icebergs, cathédrales sans religion de l'hiver éternel." [Henri Michaux]

D'immenses falaises de neige ont envahi ma terrasse. Je m'enveloppe de mon manteau et je sors pour déneiger un peu. Il y a tant de neige que je dois sortir par en avant et faire le tour de la maison pour me rendre en arrière.

J'approche des marches en me creusant un chemin. C'est qu'il y a beaucoup de neige dans la cour. J'approche des marches pour monter à la terrasse. Je commence à pelleter les premières marches. Je lève la tête pour regarder la terrasse et j'ai soudainement l'impression de me retrouver dans une chaîne de montagnes enneigées. La neige accumulée sur les rebords ressemble à des falaises immenses entourant une plaine blanche immaculée.

Je me sens devenir minuscule. Je commence à marcher dans l'immensité de ce paysage hivernal. Il fait froid, il y a de la neige à perte de vue. C'est calme. On n'entend que le vent qui soulève des nuages de neige à intervalles irréguliers. Je m'approche d'une falaise. Elle est immense. Elle semble glacée, brutale et si fragile. Je continue à marcher dans la neige. J'essaie d'être le plus légère possible. On ne sait jamais avec la neige. J'ai l'impression que je suis au bout du monde. La vie m'apparaît infinie et si courte. J'entends ma respiration. Je la vois aussi dans le froid qui m'entoure. Je me sens si petite dans ce paysage glacé.

Un mouvement attire mon attention. Mon chat me regarde par la fenêtre. Il semble se demander ce que fait dans les marches, la pelle dans une main, immobile. Je retrouve ma grandeur normale et je commence à détruire les falaises et la plaine enneigées.

"Il faut sans cesse se jeter du haut d'une falaise et se doter d'ailes durant la chute." [Ray Bradbury]

6 octobre 2013

Le moment captif d'un dimanche : volez, volez....

DSC_0887a"Si les singes savaient s'ennuyer, ils pourraient devenir des hommes" [Johann Wolfgang von Goethe]

Ils sont là-haut... Sur le haut de l'édifice le plus haut et ils s'occupent à comploter. Quand vous ne trouvez plus vos clés, quand le lait a tourné, lorsque le temps semble manquer ou lorsque rien ne semble fonctionner, c'est la faute aux singes volants. Simplement la faute de ces singes qui veulent s'envoler.

Mais c'est une erreur de croire qu'ils sont méchants ces singes volants. C'est la faute de la méchante sorcière de l'Est... elle les a ensorcelés, ils n'y peuvent rien.

Ils sont là-haut... sur le haut de cet édifice sur Main Street... bien loin de Oz. Encore une fois, ils n'ont pas eu le choix. De Oz à Burlington, mes pauvres amis, vous n'avez rien pu dire. Le jour, on les voit, on les pointe du doigt, sur le haut de leur station. On rigole, on cite faussement "fly my pretties, fly"... mais ils s'en moquent. Ils vous laissent croire n'importe quoi, ils vous laissent les juger. Car ils complotent, vous voyez. Ils préparent leur évasion. Et ils savent qu'un jour, ils partiront loin, loin... aux pays des singes volants.

"On apprend pas aux vieux singes à faire des grimaces" [Proverbe français]

22 décembre 2013

Moment captif d'un dimanche : luminosité

2013-12a"Toute blanche dans la nuit brune - La neige tombe en voletant" [Jean Richepin]

Il neige beaucoup depuis quelques temps. Et il grêle. Et il grésille. Et il verglace... Peut-on dire verglacer ? Je ne crois pas non... on doit plutôt dire qu'il tombe de la pluie verglaçante. Et peut-on dire qu'il grésille ? J'imagine que non mais j'ose croire que oui. Ne peut-on imaginer les mots que l'on veut ?

Et donc, ces derniers jours, il a neigé, il a grêlé, il a grésillé et il a verglacé. Ce qui produit des paysages hivernaux des plus variés et des luminosités étranges. On pourrait penser que c'est un truc de la lentille ou un clin d'oeil d'un certain outil informatique, mais lorsque l'on regarde par la fenêtre, certaines images irréelles se matérialisent vraiment.

On entend le vent frôler le toit. On devine la neige vierevolter. On entend la pluie verlaçante, la grêle ou le grésil sur la fenêtre. On se lève doucement, incapable de dormir. Et on ouvre légèrement les rideaux... Et on sait que Noël sera blanc, peut-être un peu glissant... La lumière des nuits d'hiver envahit ma chambre et illumine mes rêves.

"La neige. C'est de la lumière dont la terre est couverte. Des franges d'écume sur les rochers. Un vol de papillons blancs" [Roger Mondoloni]
23 juillet 2013

Le goût des pépins de pomme de Katharina Hagena

Pepin1Le goût des pépins de pommes / Katharina Hagena ; traduit de l'allemand par Bernard Kreiss. -- [Paris] : Éditions Anne Carrière, 2010. -- 285 p. ; 18 cm. -- ISBN 978-2-253-15705-2. -- (Coll. Livre de poche ; 32131).

Quatrième de couverture

À la mort de Bertha, ses trois filles et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans leur mainson de famille, à Bootshaven, dans le nord de l'Allemagne, pour la lecture du testament. À sa grande surprise, Iris hérite de la maison. Bibliothécaire à Fribourg, elle n'envisage pas, dans un premier temps, de la conserver. Mais à mesure qu'elle redécouvre chaque pièce, chaque parcelle du merveilleux jardin, ses souvenirs font resurgir l'histoire émouvante et tragique de trois générations de femmes. Un grand roman sur le souvenir et l'oubli.

L'auteur

Katharina Hagena est née en 1967 à Karlsruche. Elle fit des études en littérature allemande et anglaise à Marbourg,

Fribourd-en-Brisgau et Zurich. Elle passera deux ans à Dublin pour y rédiger une thèse sur James Joyce qu'elle présente en 1995.

Elle commence à enseigner la littérature en 1995, tout d'abord au Trinity College à Dublin Pepin2puis à l'Université d'Hambourg et à celle de Lünebourg. Elle occupera ces postes jusqu'en 2002. Elle vit aujourd'hui à Hambourg avec sa famille et travaille comme pigiste. Elle publie également des romans pour adultes et pour enfants.

Site de l'auteur (en allemand)

Bibliographie sommaire

  • Der Gerschmack von Apfelkernen (Le goût des pépins de pommes) (2008)
  • Grausi schaut unter den Stein (pour enfants) (2008)
  • Albert Albatros albert (pour enfants) (2010)
  • Vom Schlafen und Verschwinden (L'envol du héron) (2012)

Commentaires personnels... (bon...disons plutôt expérience de lecture !)

Je ne sais si j'aurais lu ce livre s'il n'était pas arrivé sur mon chariot de dons à évaluer. Le titre et la couverture auraient sûrement attiré mon regard, mais comme le livre date de 2008, je ne pense pas que j'aurais croisé son chemin. Il était donc sur mon chariot de dons. Petit livre de poche pas tout neuf. Nous ne gardons que rarement les livres de poche, ils vieillissent malheureusement trop mal. Ils vont donc directement dans la vente de livres (s'ils sont encore présentables, on s'entend). 

J'ai donc pris le livre pour le mettre de côté et c'est alors qu'il a attiré mon attention. Le titre bien sûr que je trouve magnifique. Surtout que les pépins de pomme sont toxiques. Bon, il faudrait en manger beaucoup pour que cela cause des problèmes, mais le titre m'a tout de suite intrigué. La couverture est bien jolie, je lis donc le quatrième de couverture. Là, bon, c'est ok. Il ne m'attire pas particulièrement mais n'est pas non plus inintéressant. Ce n'est pas habituellement, le genre de livre qui m'intéresse. Et le fait que le personnage principal soit bibliothécaire me fait hésiter... je n'ai pas trop eu de chance avec les bibliothécaires dans la littérature. Mais le titre... le titre m'envoûte littéralement ! Alors, je décide de l'acheter et de le lire.

Disons-le tout de suite, le titre ne fut pas le seul à m'envoûter ! Et quand j'adore un livre, soit je le lis en un respire, soit je le savoure à petites doses. Et c'est ce que j'ai fait avec le roman de Katharina Hagena. J'ai mis un temps fou à lire les 285 pages. Quand je lisais plus de 20 pages à la fois, je m'obligeais à le reposer. Pour que jamais il ne se termine.

Je vous préviens tout de suite cependant... ce n'est pas un grand roman. Rien de renversant. Et les avis (fort nombreux sur Babelio et sur la blogosphère) sont partagés. Mais moi... il m'a touchée.

L'histoire ? Une vieille dame, souffrant d'Alzheimer depuis de nombreuses années, décède. Ses filles et son unique petite-fille se réunissent pour les obsèques. Et c'est Iris, la petite-fille, qui hérite de la maison familiale. Va-t-elle la garder ? Elle ne croit pas mais elle emménage quelques jours pour y réfléchir et pour se décider. Le récit se partage ensuite inégalement entre le quotidien d'Iris pour les quelques jours qui suivent et les souvenirs. Le passé prend la majeure partie du texte. Nous revivons la vie des différentes femmes qui ont laissé leurs parfums à la maison. Trois générations. Il y a bien quelques traces des hommes aussi. Mais si peu. Les souvenirs sont parfois ceux d'Iris, réels ou devinés, parfois ceux d'autres personnages. On sent bien qu'il y a une part de vérités et une part de mensonges dans ses souvenirs d'événements passés. Mais se souvenir n'est-il pas souvent travestir la réalité ? On embellit, on amplifie, on diminue. On tricote des souvenirs sur ce qu'on nous a raconté. On s'approprie les souvenirs des autres. Et on oublie la plupart des moments passés.

Il y a beaucoup de souvenirs dans ce roman. Et beaucoup de secrets. Beaucoup de larmes aussi. Et quelques rires. Beaucoup d'improbabilités aussi, surtout dans le présent, mais contrairement à certains, cela ne m'a pas dérangé. Comme les souvenirs, la mémoire altère parfois aussi le présent et c'est ainsi que j'ai lu les moments "actuels" du roman. Et les robes anciennes, les rencontres fortuites et fréquentes, les pics-nics improbables et les jardins impossibles ne m'ont pas causé de soucis dans ma lecture.

L'écriture de Hagena est douce, remplie de descriptions charmantes et souvent invraisemblables. Et les figures de style sont innombrables. Je me demande à quoi le roman ressemble en allemand. Dans cette traduction française, il m'a paru rempli de musique, de saveurs et d'odeurs. Je n'aime habituellement pas les longues descriptions et les figures de style qui se multiplient, mais ici j'ai tout simplement adoré.

Et à chaque fois que j'ai refermé le livre, je n'ai pu m'empêcher de plonger moi aussi dans mes souvenirs. Et de les voir autrement. Les magnifier, les romancer, les transformer, les diminuer... Et à les revivre et les raconter dans ma tête, ils m'ont semblés nouveaux.

(Note: Et la bibliothécaire dans tout cela ? Et bien, pour moi, c'est la seule petite contrariété du roman... quand lirais-je une description réaliste d'un bibliothécaire ? Je ne l'espère plus vraiment !)

Extraits

"Tante Anna est morte à seize ans d'une pneumonie qui n'a pas guéri parce que la malade avait le coeur brisé et qu'on ne connaissait pas encore la pénicilline." p. 9

"Bertha commençait par croquer rapidement un large anneau autour du ventre de la pomme, puis elle grignotait prudemment le bas autour de la fleur, ensuite le haut entourant le pédoncule, quant au coeur, elle le jetait au loin par-desus son épaule. Anna mangeait lentement et consciencieuement, de bas en ahut - tout. Les pépins, elle les mâchonnait durant des heures. Lorsque Bertha lui disait  que les pépins étaient empoisonnés, Anna répliquait qu'ils avaient un goût de massepain. Elle ne recrachait que la queue. C'est Bertha qui m'a raconté cela un jour en constatant que je mangeais les pommes exactement comme elle." p.71

"Les billets se sont multipliés. Lorsque nous étions à Bootshaven, il en voltigeait de toutes parts. Comme il y avait toujours du courant d'air, les papiers flottaient lentement à travers la cuisine comme les grandes feuilles des tilleuls en automne, dehors, dans la cour." p.161

À consulter

 

8 septembre 2013

Elle nous a quitté aussi

BeFunky_null_3Elle est partie au début de ce mois de septembre. Elle a vécu 99 ans. Mais il semblerait, selon ses médecins,  qu'elle aurait pu vivre encore plusieurs années si ce n'était de cette tumeur qui l'avait prise par surprise à ses 98 ans. Et pourtant, elle l'avait combattue. Et elle avait fêté ses 99 ans après deux opérations (à la jambe et au sein). Elle riait encore, elle nous racontait une tonne d'histoire. Elle marchait doucement avec sa marchette. Elle s'installait avec sa couverte sur le balcon pendant des heures pour regarder son lac. Et elle nous chicanait même encore quand on lui cachait des choses. Il faut dire que cela ne donnait rien de lui cacher les choses puisqu'elle les devinait immanquablement. Elle savait tout ma grand-mère. Tout ce qui était important. Il suffisait qu'on se demande "hum, devrait-on appeler grand-maman pour lui dire" pour que le téléphone sonne 2012-12et qu'on entende sa voix nous demander "bon qu'est-ce qui se passe là". Comment elle faisait pour tout savoir ? Je crois que c'est l'amour infini qu'elle avait pour sa famille et ses amis. Son coeur nous entendait toujours.

Quelques jours avant qu'elle nous quitte, j'étais à l'hôpital avec elle. Cette tumeur était en train de gagner et il avait fallu l'amener aux soins palliatifs. Elle y était depuis deux jours et on lui donnait de la morphine pour apaiser la douleur. Malgré tout, elle parlait et nous reconnaissait sans problème. Elle se plaignait même du manque de diversité dans les repas.

Je me suis retrouvée seule avec elle pendant quelques minutes. Elle avait les yeux fermés et elle semblait dormir. Je lui tenais la main. J'étais un peu triste. Sereine avec son départ imminent - à 99 ans, elle avait eu une vie incroyable et belle, et elle n'était très malade que depuis quelques jours -  mais triste tout de même. Toujours certaine qu'elle dormait, j'ai dit doucement "je vous aime grand-maman". Elle a ouvert les yeux, m'a regardée et a dit d'un ton légèrement exaspéré "j'le sais !". Je n'ai pu m'empêcher de rire. Elle savait tout ma grand-mère !

1 janvier 2013

Dans ma tête, je m'imagine...

Dans ma tête, je m'imagine...
des  boules de poils et de plumes...

AnimauxHiver

...dans le froid de ce début d'année,
dans la neige des derniers jours...

As-tu froid ?
As-tu trouvé une cachette bien chaude ?
Attends-tu bien sagement le printemps
ou marches-tu sur la neige parfois folle, parfois dure,
à la recherche de ton prochain repas ?

Ton poil et ta plume te protègent-ils suffisamment ?
Ou ris-tu discrètement de moi avec ma peau toute nue
qui même recouverte de chauds manteaux
tout de même grelotte ?


Boules de poils, boules de plumes,
venez dans ma chaumière imaginaire vous réchauffez un peu...
et rire de ceux qui ont peur
de l'hiver si doux et frileux.

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Quelques pages d'un autre livre ouvert...
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