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29 juillet 2008

Mathématique du crime

Critique de lecture

Math1Mathématique du crime / Guillermo Martinez ; traduit de l’espagnol (argentine) par Eduardo Jiménez. – [Paris] : Robert Laffont, 2008. – 259p. ; 18 cm. – ISBN 978-2-221-11058-4. Titre original : Crimenes imperceptibles

Quatrième de couverture :

Dans la sereine et studieuse Oxford, alors qu'enfle la rumeur de la résolution imminente du plus ardu problème des mathématiques, le théorème de Fermat, un tueur en série adresse à l'éminent logicien Arthur Seldom de mystérieux messages - fragments d'une démonstration écrite en lettres de sang... Seldom saura-t-il, avec l'aide du narrateur, un jeune étudiant à peine débarqué de son Argentine natale, trouver la clé de l'énigme ?

Mêlant adroitement la singulière atmosphère des collèges britanniques, les tourments de la passion, les abstractions de Wittgenstein et de Gôdel, les mystères des sectes pythagoriciennes et les antiques secrets de la magie, Mathématique du crime, roman policier de construction classique et pourtant hors normes, nous tient en haleine jusqu'à son dénouement, un magistral acte de prestidigitation...

L’auteur :

Guillermo Martínez est né un 29 juillet de 1962 en Argentine, à Bahía Blanca. Il étudia à l’Universidad Nacional de Buenos Aires, où il obtient un Doctorat en Mathématiques logiques. Après avoir obtenu son diplôme, il restera deux ans au Mathematical Institute d’Oxford en Angleterre où il fera un post-doctorat. Après son séjour à Oxford, il retourne en Argentine.

Il commence à écrire à 17 ans, un livre de contes intitulé, La jungla sin bestias (inédit). Cette œuvre obtiendra le Primer Premio del Certamen Nacional de Cuentos Roberto Arlt.  Il écrit ensuite plusieurs essais et articles et publie un recueil de nouvelles,Math2 Infierno grande, en 1989 – qui obtient le Premio del Fondo Nacional de las Artes -  et son premier roman, Acerca de Roderer, en 1993. Il collabore également au journal argentin, La Nación. Il publia Crímenes imperceptibles, en 2003 et reçut la même année, le prix Premio Planeta pour son roman qui fut traduit en plus de 30 langues. Le roman fut adapté au cinéma en 2008.

Il participa au programme international de l’Université de l’Iowa « Writing Program » et il obtient plusieurs bourses du Banff Centre for the Arts ainsi que des fondations MacDowell et Civitella Ranieri. Il enseigne présentement à l’Université de Buenos Aires.

Site de l’auteur.

Bibliographie partielle :

  • Infierno grande (1989)     
  • Acerca de Roderer (1993)
  • La mujer del maestro (1998)
  • Borges y las matemáticas      (2003)
  • Crímenes imperceptibles      (2003)
  • La fórmula de la inmortalidad (2005)
  • La Muerte Lenta de Luciana B (2007)

Résumé:

Le roman met en scène un jeune mathématicien argentin qui vient à Oxford pour faire son doctorat. Il loue une chambre chez une dame handicapée et sa fille musicienne.

Alors qu’il vient à peine d’arriver, la femme chez laquelle il loge est retrouvée morte. Il découvre le corps en même temps qu’un célèbre logicien, Arthur Seldom, ami de la femme et de sa fille. Cette mort pourrait sembler naturelle si ce n’était que Seldom reçut un mystérieux message l’avertissant de la mort. D’autres morts suivent ainsi que les messages adressés à Seldom. Toutes ces morts pourraient paraître naturelles, presque imperceptibles. Parallèlement à l’enquête de la police, Seldom et le narrateur, le jeune mathématicien argentin, décident de mener leur propre enquête.

Commentaires personnels et expérience de lecture :

Ces derniers temps, j’avais envie d’un « bon » roman policier. Le genre de roman dans lequel on se perd complètement, capté par l’intrigue. Lecture captivante qui permet d’oublier sa journée. Et dernièrement, j’avais été souvent laissé « sur ma faim », comme on dit… J’ai acheté le roman, un après-midi, attirée par le titre et la référence aux mathématiques. J’ai pris une chance.

Et j’ai été comblée par ma lecture ! Le récit est bien rédigé, l’écriture efficace. J’ai lu le roman en français, et bien que j’aurais aimé le lire en espagnol, je crois que la traduction est adéquate.   

(J’ai acheté le livre dans la section française de ma librairie sans même regarder le nom de l’auteur. Je voulais relaxer, et dans ces moments, lire en français et en anglais est plus approprié et facile… Mais avoir remarqué le nom de l’auteur, j’aurais probablement acheté le roman en espagnol… j’aime bien lire – quand je le peux – dans la langue d’origine).

L’intrigue est très bien menée et a réussi à me tenir en haleine pendant tout le roman. Ce qui est rare. Et je dois avouer que je n’ai pas « deviné » ni le dénouement, ni le revirement, ce qui est de plus en plus rare également. La construction de l’intrigue est ce qu’on pourrait qualifier de classique. On assiste à une enquête très classique, dans la veine des romans d’Agatha Christie et autres… pas d’effusion de sang, pas de laboratoires, pas de techniques modernes… des dialogues et des déductions. On suit le narrateur dans ses découvertes et ses déductions. On découvre Oxford, son monde, son atmosphère à travers ses yeux. On rencontre les personnages et on les comprend par le narrateur.

On nous plonge dans l’atmosphère lourde et feutrée du collège anglais – peut-être un peu trop « stéréotypé » mais efficace. Les références aux mathématiques sont évidemment nombreuses et il n’est pas nécessaire d’être un érudit pour les comprendre. J’aurais cependant personnellement aimé que les mathématiques soient plus présentes et impliquées dans la résolution de l’intrigue.

J’ai terminé le roman rapidement et je me souviens à la fois de l’intrigue et du dénouement… ce qui est un très bon signe ! Et maintenant, je veux absolument voir le film… c’est parfois décevant, mais je veux tenter ma chance…

L’avis de Clarabel, Paulana et de Florence Meney sur le Guide culturel du site de Radio-Canada.

Citations:

"[...]En ce sens, la musique est aussi abstraite que les mathématiques: elle ne peut pas distinguer des catégories morales. Je ne penses pas que la haine émette une vibration spéciale." p. 24-25

"Le crime parfait, écrit-il, n'est pas celui qui reste mystérieux, mais celui qui est résolu avec un faux coupable." p. 144

"Ce que j'ai voulu dire, c'est qu'il existe, en mathématiques, un moment de démocratie, lorsqu'on expose, ligne après ligne, une démonstration. N'importe qui peut suivre le chemin une fois qu'il a été tracé. Mais il y a bien entendu une période d'illumination antérieure: ce que vous avez appelé le mouvement du cavalier... Seuls de rares élus, parfois un seul pendant des siècles, réussissent les premiers à percevoir le pas exact dans l'obscurité." p. 126

Sources à consulter :

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17 janvier 2008

Critiquer

LabyrinthOui, bon, je relis ma critique du roman de Kate Mosse. Et je me sens un peu coupable d'avoir été si dure avec son oeuvre. Elle y a de toute évidence mis beaucoup de temps et d'énergie. Loin de moi, l'idée de diminuer son travail...

Mais d'un autre côté, je suis un peu fatiguée de ces longs romans historiques/ésotériques/thrillers qui promettent une révélation incroyable, qui prennent des centaines de pages pour y arriver et qui finissent en queue de poisson.

J'avoue que ma propre critique fut longue... et j'avoue que j'ai critiqué plus que le roman de Mosse...

Sur une note positive, je veux souligner tout de même que l'intrigue et la "fameuse révélation" du roman de Kate Mosse ont tout de même la qualité d'être assez crédibles et intéressantes.

Mais... il reste tout de même que je n'ai jamais pu accrocher au roman et ce, pour toutes les raisons que j'ai énumérées dans mon article... Et pourtant j'aurais vraiment voulu aimer Labyrinth...

;-)

21 août 2016

Le moment captif d'un dimanche : façonner sa vie

2016-09-18"Une seule enfance est supportable : la nôtre" [Pierre-Henri Simon]

L'enfance passe et repasse. Une fois terminée, elle ne nous quitte pourtant pas. Mais quels souvenirs de nos 8 mois, 18 mois, 2 ans, 5 ans ? Des images qui fuient. Des photos jaunies. Aucune importance donc. Mais on dit que l'enfance influence notre vie d'adulte. On dit aussi qu'on oublie tout de notre enfance. On dit tant de choses sur l'enfance.

Des souvenirs inventés. Des souvenirs racontés. Je me souviens de moments dont je n'ai pas de souvenirs. Mais ces images sont fortes, réelles et colorées. On m'a tant raconté ces instants qu'ils ont pris vie dans ma tête. Ils sont réels. Aussi réels que les moments furtifs que je crois me souvenir vraiment. Ces moments que j'ai vécu, seule, sans quelqu'un pour me raconter comment j'ai pleuré, j'ai ri, j'ai aimé ou j'ai eu peur.

Est-ce que ces moments que je me rappelle sont plus importants que ceux que j'ai oubliés ? Peut-être. Je ne sais pas. Je ne suis pas experte en enfance. J'aimerais parfois oublié certains moments et me rappeler d'autres. Je ne choisis pas. Je vie et revie. Et je rêve et cauchemarde. Mais je me souviens d'avoir vieilli. Et d'avoir oublié.

"Il y a des choses de l'enfance que seule l'enfance connaît" [Colum McCann]

4 septembre 2016

Le moment captif d'un dimanche : arrogance ou humilité

2016-07-19"La fierté et la bêtise sont faites du même bois." [Proverbe allemand]

Il ne sait pas s'il devrait être fier ou s'il est devrait se sentir honteux. Il aime bien pavaner. Mais il sait qu'il n'est pas unique. Il est fort, robuste et ancestral. Il fait parti d'une lignée majestueuse et fière. Il se bat régulièrement pour prouver qu'il est redoutable. Et il se battra jusqu'à son dernier souffle.

Mais il sait qu'il n'est pas exceptionnel. Il y en a d'autres. Tout aussi fiers et magnifiques. Il se sent un peu sot de parader ainsi. Pour qui se prend-il à la fin ? Il n'est pas meilleur que les autres. La vanité n'est pas jolie. Il se sent coupable. Il devrait être humble. Et il pourrait simplement se reposer. Oublier de tenir sa tête haute. Se fondre dans le troupeau. Laisser les autres prendre la place, se battre, protéger et mener.

Il relève la tête. Il ne peut cacher sa fierté. Il s'est battu pour arriver là. Il a travaillé fort. Il est peut-être fou d'avoir fait tout ça, d'avoir tant fait d'efforts, tant de sacrifices, mais il ne regrette rien. Il est fier de sa vie, fier de ses accomplissements, fier d'avoir pu protéger les siens. Il aurait pu avoir une autre vie, mais il est fier de celle qu'il a eu.

"Il y a une dignité à vieillir comme on a vécu." [Pierre-Henri Simon]

5 février 2017

Le moment captif d'un dimanche : simplement s'entortiller

2017-06« Dans la nature, rien n'est parfait et tout est parfait: un arbre peut être tordu et ses branches tourmentées, il est toujours beau.» [Alice Walker]

Tu te sens tout croche. Tu te crois difforme, tu te sais différent. Chaque jour, tu aimerais être semblable aux autres. Mais tu sais que cela ne sera jamais possible.

Tu baisses la tête. Tu te courbes. Tu n'oses pas lever la tête. Pourtant, on t'a toujours dit que tu étais magnifique. Que peu importe tes imperfections, tes bosses, tes difformités, tu étais unique et exceptionnel.

Mais c'est difficile. Tu ne sais plus. Tu ne sais pas. Tu doutes. On t'a menti. On t'a sûrement menti. Parce que pourquoi on devrait te trouver beau. Tu es courbé, tu es cassé. Tu ne te sens pas à la hauteur. Tu penses être trop différent pour qu'on t'aime.

On te dit que tu es beau. Tu es unique. Tu doutes. Mais tu regardes autour de toi. Et quand tu ouvres tes yeux, tu vois finalement toutes les imperfections. Toutes ces imperfections. Et tu te sens moins seul. Tu te dis que tu aimes. Et qu'on peut bien t'aimer.

« Il n'y a point de forêt sans arbres tordus ». [Proverbe Bulgare]

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31 décembre 2017

Le moment captif d'un dimanche : se réfléchir

2017 Noel"L'avenir, c'est du passé en préparation." [Pierre Dac]

C'est le temps de l'année où on se penche sur l'année qui vient de se terminer et où on réfléchit à l'année qui se prépare. C'est ce temps de l'année.

C'est le temps de l'année où on sourit en se rappelant certains moments et on essaie d'en oublier d'autres. Et on se surprend à rêvasser aux moments possibles. On fait des plans, on élabore des stratégies, on fait des résolutions, et on se permet quelques rêves.

C'est ce temps de l'année.

Ce temps où on prend le temps de réfléchir au temps qui passe...

"L'existence est illusoire à moins d'être transposée en réflexion" [Jean Ethier-Blais]

15 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : échéance

2017-10-15"Une bonne terreur, de temps en temps, vous remet les idées en perspective." [Elizabeth Vonarburg]

Il s'écoule entre nos doigts et il glisse sur nos vies. Invariablement, il va nous transformer en un vague souvenir. Notre corps s'évanouira, nos rêves se transformeront en cauchemars, nos pensées s'effaceront. On nous oubliera.

Et cela nous terrifie. Nous ne voulons pas disparaître. Nous voulons être éternels. Nous voulons qu'on se souvienne à jamais de nos rires, nos songes, nos espoirs, nos sourires, nos larmes, nos exploits et nos défaites.

Nous essayons alors de ne jamais mourir. Nous laissons nos traces partout. Pour qu'on ne nous oublie jamais. Nous serons éternellement des ombres anonymes.

"Celui qui regarde longtemps les songes devient semblable à son ombre. " [Proverbe indien]

12 février 2018

Rêver d’une chute

Lors de notre retour au Québec en 2010, nous voulions redécouvrir notre région. Depuis, nous avons faits de nombreuses escapades vraiment incroyables. Mais il y avait une chose que nous n’avions pas encore pu faire : un pique-nique digne de ce nom sur le bord d’une rivière.

Oh, nous en avions bien fait plusieurs… mais il est difficile au Québec de trouver un bord de rivière accessible – ou même le bord d’un lac. Ironique, puisqu’il y a tant de plans et cours d’eau au Québec ! Mais à moins de faire des heures et des heures de routes, les cours d’eau sont difficilement accessibles… beaucoup de terrains et propriétés privés ici.645292-gf

À la bibliothèque, il y a un merveilleux livre : Guide des chutes du Québec de Michèle Depeyre et Michel Gauthier, malheureusement épuisé (mais disponible en ligne), et que j’ai emprunté une bonne dizaine de fois – ce qui est un cercle vicieux, puisque si je ne l’avais pas emprunté, nous aurions dû l’élaguer, car il n’avait pas été emprunté depuis longtemps, et j’aurais pu l’acheter… mais là, les statistiques de prêts sont trop bonnes pour l'élaguer ! Enfin, tout ça pour dire que dans ce merveilleux livre, nous avons découvert de superbes chutes.

Mais nous n’avions pas encore trouvé un endroit pour rivaliser avec Beget… Impossible ? Évidemment ! Car Beget est unique. Mais il est possible de trouver un autre endroit unique aussi merveilleux.

Dans le fameux livre, il y avait une chute dans les Cantons de l’Est. Mais un peu loin… Nous allons régulièrement près d’Ayer’s Cliff, c’est « mon coin », le coin de mon enfance. Mais cette chute est près des lignes américaines et donc un peu plus loin. Mais, j’ai finalement convaincue PisTout d’aller jusqu’au Mont Hereford.

Nous roulons et roulons. Le chemin est magnifique même si nous le trouvons interminable. Des champs infinis, beaucoup de vaches et même quelques chevreuils. SAMSUNG CAMERA PICTURESNous trouvons enfin le stationnement. Et nous prenons le sentier pédestre avec, je l’avoue, peu d’espoirs. Mais le chemin arrive près d’une rivière. Le courant est fort. On poursuit notre chemin en suivant les indications. Le chemin est agréable et paisible. Le bruit de la rivière enterre complètement le bruit de la route non loin.

Nous arrivons à un croisement, poursuivre le chemin vers le sommet ou se diriger vers la chute à Donat. Nous arrivons enfin. La randonnée ne fut pas bien longue, à peine 1,5 km. Il y a un petit banc. Nous nous asseyons. Il semble y avoir une petite chute en face de nous. La rivière est très belle, assez large, elle tourbillonne allégrement.

Mais nous sommes déçus. Cette chute est minuscule. Nous décidons d’avancer un peu surSAMSUNG CAMERA PICTURES le bord de la rive même s’il n’y a pas de chemin. Il nous faut trouver un bon endroit pour casser la croûte. Le bord de la rivière est un peu ardu à suivre mais nous continuons. On arrive à une autre petite chute. Nous trouvons un endroit pour nous assoir et manger un peu. La rivière est très belle et le paysage magnifique. Nous sommes tout de même bien contents de nous être déplacés. Mais quand même un peu déçus. Nous ne voyons pas bien pourquoi les auteurs l'ont incluse dans leur livre.

Après le lunch, PisTout décide de poursuivre un peu l’exploration… c’est qu’on entend une eau qui semble encore plus tumultueuse un peu plus loin. Nous continuons à avancer même si c’est un peu difficile et que le risque de tomber dans la rivière est assez grand. Mais il fait chaud et on décide que l’exploration mérite bien de risquer de se mouiller. La rivière n’est pas profonde, il n’y a pas vraiment de danger.

Nous avançons la tête baissée, pour voir où nous mettons les pieds et suivons laSAMSUNG CAMERA PICTURES rivière qui tourne un peu… on avance et levons la tête. Nous nous arrêtons soudainement. Complètement époustouflés. Elle est là. La chute à Donat. La vraie. Celle qui méritait une entrée dans le livre. Et elle est tout simplement incroyable. Haute, majestueuse et complètement déchaînée.

Nous nous approchons. Elle est vraiment impressionnante. Elle semble avoir plus de 10 mètres de haut avec plusieurs paliers. Elle saute d'une roche à l'autre. On monte un peu. On se sent envahi par les eaux qui s'affolent. Nous ne sommes pas habillés pour poursuivre notre route alors nous rebroussons chemin. De retour sur le sentier de randonnée nous décidons de continuer un peu le chemin qui semble monter. Après quelques minutes, nous sommes en haut de la chute. Ce qui nous permet de la contempler d'un autre angle. La rivière arrive à toute vitesse et se précipite en bas dans un vacarme étourdissant.

Nous retournons à la voiture. Nous sommes vraiment enchantés. Et ensorcelés. Nous savons que nous avons trouvé notre Beget québécois. Complètement différent. Mais le même coup de cœur. Nous sommes amoureux.

Nous avons visité la Chute à Donat des dizaines de fois depuis. Au printemps, en été et en hiver - nous n'osons pas en automne, en raison de la saison de la chasse ! Nous avons même fait un peu de baignade... malgré l'eau, en général, glacée ! Et nous avons fait découvrir l'endroit à sœurette, à des amis... Nous savons maintenant comment se rendre facilement jusqu'à la chute... avec les souliers appropriés ! Et la réaction est toujours la même lorsque nous arrivons au banc à la fin du sentier... "la rivière est bien belle... où est la chute?" puis après la marche dans la rivière... les yeux s'agrandissent devant la magnifique chute à Donat !!!

Chute à Donat :

  • Municipalité : Saint-Herménégilde, près du village d’East Hereford
  • MRC : Coaticook
  • Province : Québec
  • Région administrative : Estrie
  • Région touristique : Cantons de l’Est
  • Montagne : Mont Hereford (sommet 864 m.)
  • Formation : Quatre chutes séparées par des replats rocheux
  • Altitude totale de la chute : 40 m.
  • Altitude de la chute principale : 13 m.
  • Situation : Dans une gorge de 200 m. de longueur avec une profondeur maximale de 50 m.
  • Sentier principal : Neil-Tillotson - Balisé - Sommet à 5,5 km.
  • Sentier pour la chute : Boucle de 3 km, niveau facile, mais l'accès à la chute est difficile
  • Source : Mont Hereford
  • Ruisseau : Ruisseau à Chabot ou Ruisseau sans nom - longueur 1,8 km
  • Embouchure : Ruisseau Goose Neck
  • Coordonnées : 45° 06’ 01’’ N   71° 34’ 44’’ O
  • Forêt : Mixte

Le Mont Hereford propose 12 km de sentiers pédestres. Il est possible de faire de la raquette et du ski de fonds pendant l’hiver. Le stationnement est gratuit.

Un peu d'histoire...

À l'endroit où se trouve présentement le stationnement, il y avait une grande maison et en face (de l'autre côté du chemin) une grange. Cette maison appartenait à Napoléon Beloin qui fut le maire de la municipalité du Canton de Hereford de 1904 à 1906. La maison fut ensuite la propriété de Stalinas Dupuis jusqu'en 1949 et ensuite d'Edouard P. Ducharme. Elle fut alors habitée par le frère d'Edouard, Donat, né en 1909, ainsi que par ses parents.

On dit que Donat parcourait le terrain avec son chien Bonhomme, mais personne ne parle d'une rivière ou d'une chute. Un secret bien gardé ! Donat Ducharme quitte la région en 1958 et décède à Barnston en 1985.

Il ne reste plus aucune trace aujourd'hui de la maison et de la grange. Ne reste plus que des sentiers pour la randonnée, la raquette, le ski de fond ou la motoneige ainsi que la "fameuse" chute à Donat.

Origine et formation :

La chute à Donat est formée de quatre chutes séparées par des replats rocheux. La chute compte en tout 40 mètres et la chute principale a 13 mètres. La chute a été formée par l'érosion fluviale et la gélifraction le long d'axes de fractures dans les schistes ardoisiers appalachiens.

Pour en savoir plus sur la formation du Mont Hereford et de la chute à Donat, on peut lire le panneau d'information situé en haut de la chute. (Cliquer sur la photo pour lire le texte).

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Sources à consulter

17 août 2017

Silence

2618Silence.

C'est toujours horrible. Mais là, c'est chez moi. Chez mon ancien chez moi. Là où j'ai marché un millier de fois.

C'est toujours horrible. Incompréhensible. Insoutenable.

Silence.

Mon père, ma famille, mes amis... ils sont tous ok, mais sous le choc. C'est chez nous.

Cela peut être ici, là, chez moi, chez vous, chez nous.

Silence.

Une photo d'un endroit que j'adore. Sans lien avec la tragédie. Juste pour me rappeler.

Silence.

Je n'ai pas peur. Juste triste et silencieuse. Et en colère.

 

20 octobre 2017

Croire encore aux fantômes, 2-3

Et alors, vous croyez aux fantômes ? Moi, oui. Encore. Malgré tout. Mais je sais que mes petites histoires ne vous ont pas convaincus. C'est normal. Les DSC_9748histoires de fantômes, à moins de les vivre, sont toujours tellement incroyables. Il y a toujours mille et unes petites explications pour ces moments inexplicables. 

Évidemment, aujourd'hui, j'ai beaucoup lu. J'ai lu sur les hallucinations nocturnes, sur les images résiduelles sur notre rétine, sur les rêves éveillés, sur l'apnée du sommeil, ... enfin toutes ces choses qui peuvent expliquer ces choses.

Bien sûr, ces hallucinations nocturnes peuvent expliquer pourquoi soeurette venait me voir la nuit. Car quand elle était toute petite, genre cinq ou six ans, je la voyais fréquemment à côté de mon lit. Je me réveillais au milieu de la nuit et soeurette était là. Elle me regardait tranquillement et ne répondait jamais quand je lui parlais. Et quand j'ouvrais la lumière, elle n'était jamais là. Si je me levais pour aller dans sa chambre, elle était bien endormie dans son lit.

Et bien sûr, ces hallucinations nocturnes expliquent parfaitement ce matin ensoleillé où je paressais dans mon lit. Un samedi matin de mes 19 ans. Ou peut-être 20 ans. Je ne sais plus. Il était bien passé 9 h 00. J'ai toujours aimé dormir le matin. Mais même si j'étais encore dans mon lit, je ne dormais plus depuis longtemps. Difficile de dormir quand dans la maison tout le monde est réveillé et s'active bruyamment. Mais je ne voulais pas me lever. En cette belle journée d'automne, j'étais bien enveloppée dans mes draps et je n'avais pas envie de me lever. Mon lit est contre le mur de la fenêtre et j'étais tournée vers celle-ci. Mes stores verticaux, bien que fermés, laissaient amplement passer la lumière du jour. J'entends ma mère crier quelque chose à soeurette. Mon père passe la tondeuse dehors. J'ouvre les yeux. J'observe les rayons de soleil se faufiler à travers les lattes des stores. Je me retourne et mon coeur s'arrête. Debout à côté de mon lit et penché sur moi, il y a un homme masqué. Je ne vois que ces yeux. Il a un couteau dans une main et il se rapproche d'un coup. Je me rappelle avoir crié et fermé les yeux. J'étais certaine que j'allais sentir le couteau d'une seconde à l'autre. Je ne sens rien. J'ouvre les yeux. Il n'y a personne.

Évidemment... il y a sûrement de belles explications bien logiques. Après tout, j'aime les histoires de fantômes donc j'ai tendance à sauter un peu aux conclusions.

Mais il y a aussi ce matin où j'étais couchée dans le lit de mes parents. J'avais environ 7 ans. Soeurette était encore un bébé dans sa bassinette. Mon moment préféré de la semaine était le dimanche matin. Je me levais très tôt et j'allais me coucher dans le lit avec mes parents. Pour dormir bien sûr. Je n'ai jamais été matinale, même enfant. Je me glissais entre les deux et il me semble que je dormais tellement mieux, tellement bien. Ma mère se levait toujours la première. Soeurette avait besoin de son biberon. Je prenais alors toute sa place à côté de mon père. J'aimais bien rester là dans le lit tout chaud. À écouter mon père ronfler et à écouter ma mère s'activer dans la cuisine. Parfois je me rendormais, parfois non. La porte de la chambre était grande ouverte et les rideaux cachaient à peine le soleil. Ce qui n'empêchait pas mon père de ronfler. Il aimait le dimanche matin où il pouvait dormir. Et puis, il y a eu ce matin, où j'ai ouvert les yeux soudainement. Il m'avais semblé sentir quelqu'un près de moi. Sur le lit, j'ai vu un homme debout. Je me souviens parfaitement de ces jambes tout à côté de moi. Le reste de son corps était flou. Je me suis figée. Je n'étais plus capable de bouger. Je voulais appeler mon père, mais je n'étais pas capable. Quand j'ai finalement pu dire "papa", l'homme a sauté en bas du lit. Mon père s'est tourné vers moi et m'a dit : "arrête de faire bouger le lit, ma chouette, papa veut dormir." Et il s'est rendormi.

1 mai 2017

Antigone au printemps

An1Antigone au printemps

Texte : Nathalie Boisvert
Mise en scène : Frédéric Sasseville-Painchaud
Production : Le Dôme, Créations théâtrale
Conception : Mykalle Bielinski (musique originale), Chantal Labonté (éclairage), Alexandra Lord
Collaboration : Alex Gauvin, Olivier Sylvestre, Émily Vallée-Knight

Distribution : Léane Labrèche-Dor (Antigone) – Xavier Huard (Polynice) – Frédéric Millaire-Zhouvi (Etéocle) – Mykalle Bielinski (La musicienne - et chanteuse)

Présentée à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier du 4 au 22 avril 2017.

Résumé :

Dans un Québec moderne, dans un Montréal intemporel, la tragédie d'Antigone se déroule à nouveau sous nos yeux.

L'histoire débute dans le chalet appartenant à Oedipe et Jocaste à Rivière Éternité. Leur trois enfants, Antigone, Etéocle An3et Polynice, se rappelle leur enfance à jouer près de la rivière. Mais bientôt la vérité sur leurs parents leur est révélée et ce secret insoutenable bouleverse à jamais leur vie. Oedipe et Jocaste abandonnent leurs enfants, ne pouvant vivre avec cette révélation. Les trois enfants sont révoltés et ont de la difficulté à contenir leur rage et leur désespoir.

Chacun exprimera sa colère de sa façon. Étéocle et Polynice vont joindre la révolution qui s'éveille dans leur ville. Mais dans des camps différents. Antigone va suivre son frère Polynice contre l'ordre établi. Étéocle va prendre le parti de son oncle Créon qui veut réprimer l'opposition.

Dans un affrontement sanglant, les deux frères vont se battre violemment et finalement s'entretuer. Antigone réussit à se sauver. Mais Étéocle est montré comme un héros et Polynice comme un traitre. Antigone doit rester entière. Elle se doit de donner à son frère Polynice un enterrement digne - au risque de sa propre vie.

À propos :

Le Dôme, créations théâtrales est une toute nouvelle compagnie théâtrale, fondée par Nathalie Boisvert, Frédéric Sasseville-Painchaud et Olivier Sylvestre. Au mois d'avril 2017, ils présentent leur première pièce Antigone au printemps dont le texte est de Nathalie Boisvert et la mise en scène de Frédéric Sasseville-Painchaud.

Antigone fait partie de la mythologie grecque. Elle est intimement liée au mythe d'Oedipe. Sophocle, il y a environ 2 500 ans, a écrit une tragédie sur sa destinée. Puis en 1944, Anouilh a réécrit la pièce alors que la France était sous l'occupation allemande.

Antigone au printemps de Nathalie Boivert reprend les personnages principaux et certains aspects de l'histoire. Certains personnage seront présents, Antigone, Étéocle et Polynice ; d'autres ne seront que mentionnés, Créon et Hémon, par exemple. Le secret de leur naissance, l'effondrement d'une famille, l'affrontement entre Étéocle et Polynice, la rebellion d'Antigone, tous ces aspects sont présents dans la pièce. Mais l'histoire se déroule aujourd'hui, dans un monde rempli de guerres, de scandales politiques, de désastres écologiques, de manifestations et de contestations sociales, d'affrontements entre manifestants et policiers... et on ne peut évidemment s'empêcher aux manifestations étudiantes québécoises du printemps 2012. Selon les mots de l'auteur : "[...]une tragédie écologique où des oiseaux  tombent du ciel et les gens se révoltent contre cela. Ils manifestent dans un système politique corrompue de Créon." (Article de Raphael Demers, Antigone au printemps, entrevue avec l'auteure et le metteur en scène, Alt. RockPress, 3 avril 2017).

An12Pièce en un acte de 1 h 20 sans entracte. La scène est très dépouillée, un sol couvert de gravier, un bloc de béton et un chemin qui est aussi rivière, mais aussi la séparation entre deux mondes. Aucun décor. Quelques lumières et surtout une musique qui suit parfaitement la tension et le climat de la pièce. Pas de Prologue ici pour raconter l'histoire mais une narration par les trois acteurs entrecoupée de dialogues qui sont plus une énonciation qu'un échange.

La pièce a été présentée pendant le mois d'avril 2017, pour le grand public mais également à des groupes étudiants. On voit aisément comment la pièce peut rejoindre un public plus jeune. Elle demeure accessible, ancrée dans une réalité contemporaine tout en reprenant les mythes anciens.

Mes commentaires :

Vous savez, j'aime beaucoup le personnage d'Antigone. J'ai aimé lire son histoire dans la mythologie grecque puis la tragédie de Sophocle. Mais j'ai particulièrement aimé l'adaptation d'Anouilh. J'ai même décidé - dans un moment de folie, je crois - d'écrire quelques textes sur la pièce d'Anouilh. Je ne suis loin d'être une experte et mes années d'université en littérature française sont loin derrière moi, mais j'ai mis beaucoup de temps et d'efforts dans ces articles, car comme je l'ai dit, j'aime beaucoup le mythe et la pièce. Je ne m'attendais cependant vraiment pas à la popularité de ces articles. Parfois j'ai l'impression que si Antigone n'existait pas sur mon blogue, il n'y aurait pratiquement pas de visiteurs ! Bon, j'exagère un peu, mais honnêtement... le nombre de clics que mes textes sur Antigone ont généré, est hallucinant. Il faut croire que le texte d'Anouilh est encore beaucoup étudié !

Mais cela a aussi généré en moi une sorte de désintérêt pour mes propres textes et pour Antigone. Bon... Antigone encore... que je me disais. Je remettais en question mon engouement pour cette histoire. Il est certain que j'ai toujours trouvé extrême l'obsession d'Antigone. J'ai même pensé supprimer mes articles. Surtout que je ne suis pas une experte en la matière.

Et puis, j'ai vu cette pièce annoncée. Antigone au printemps. Et avec une comédienne que j'aime bien. Je n'ai pas pu résister. Je n'ai rien lu sur la pièce. Je savais cependant que la pièce avait été modernisée, mais rien d'autre. Je ne savais pas à quoi m'attendre et j'avoue que j'avais un peu peur du résultat.

La pièce a commencé, la voix, la musique, ont envahit la salle. Les acteurs ont récité leurs textes. Et j'ai été complètement envoûtée, renversée, hypnotisée. J'ai retenu mon souffle. Et Antigone s'est retrouvée à nouveau dans mon coeur. Non seulement, je me suis réconciliée avec le personnage d'Antigone, mais j'ai finalement pu la comprendre.

Le contexte est différent, bien sûr. Mais l'histoire reste la même. Et la révolte aussi. Révolte contre ce qui ne peut être changé (la vérité de leur naissance) et révolte sur ce qui peut être changé. La rage de vivre des personnages est bien vivante ainsi que leur destin inévitable vers la mort ; comme dans l'histoire mythique.

Mais nous retrouvons les personnages avant le texte d'Antigone. Nous les retrouvons enfants, ensemble, unis. Meurtris mais solidaires. Puis, nous les voyons s'éloigner, se perdre et finalement s'affronter. Les gestes sont horribles, la fin tragique. Le besoin de croire en une cause, la manipulation des faits, des informations, des opinions, la nécessité de se battre pour ses idées... Tout ceci se trouve dans les textes de Sophocle et Anouilh mais ici, tout semble terriblement proche, moins théorique.

Je trouve cependant triste que rien ne change... nous avons, encore et toujours, les mêmes tragédies à vivre et revivre.

Lire aussi:

Pour en savoir plus...

  • Article par Élie Castiel dans la revue Séquence
  • Critique de Pierre-Alexandre Buisson sur la Bible urbaine
  • Article de Raymond Bertin sur la pièce et article sur l'auteure dans la revue Jeu
  • Entrevue avec Léane Labrèche-Dor
  • Article de Gilles G. Lamontagne sur le site Sors-tu?.ca
  • Article d'Esther Hardy sur le site atuvu.ca
2 avril 2017

Le moment captif d'un dimanche : fashion lady

2093"Ce qui a d'enivrant dans le mauvais goût, c'est le plaisir aristocratique de déplaire" [Charles Baudelaire]

"Vous êtes d'un chic, ma chère" que je dis en passant. J'ai dit ça avec un sourire en coin. Je crois bien qu'elle l'a vu. Mais elle ne semble pas se soucier ni de mon commentaire, ni de mon sourire. Elle ne se soucie pas de moi, tout simplement.

Elle sait qu'elle a du style, elle sait qu'elle a du goût et n'a rien à faire de mes bêtises. Mes ennuyeuses paroles sont reçues et tombent immédiatement dans l'oubli.

Elle affiche sa folie comme je trimbale ma conformité. J'essaie péniblement de sauver mes apparences articifielles. Elle balance à tout vent sa fantaisie réelle.  Elle passe la tête haute. Je suis jalouse.

"Le mauvais goût fait passer le temps plus vite" [Andy Warhol]

11 juin 2017

Le moment captif d'un dimanche : rapidité

093_1977"Age is a case of mind over matter. If you don't mind, it don't matter" [Satchel Paige]

À 6 ans, il me manquait quelques dents et un clown sur une poche. À 46 ans, j'ai quelques cheveux blancs et des rides sur le visages, dans le cou, sur les mains.

Contrairement à beaucoup de gens de mon entourage, j'aime mon âge. Je ne panique pas à l'idée de vieillir. C'est parfois étrange mais pas effrayant. Dans ma tête, je ne sais pas trop quel âge j'ai réellement. Je n'ai pas l'impression d'avoir 46 ans, mais je n'ai pas non plus l'impression d'avoir 20 ans. C'est intemporel dans ma tête. Mon corps lui, il sait bien qu'il n'a pas 20 ans, ni même 35 ans. Mais ça c'est une autre histoire.

Mais il y a parfois des moments que ces années qui passent si rapidement me terrifient. J'ai l'impression que le temps passe trop vite et que je n'en profite pas assez. Bientôt j'aurai 50 ans, puis 90 ans. Et est-ce que j'aurai vraiment profité de mon temps sur cette terre ? Est-ce que j'aurai gaspillé des jours, des heures, des années ? Est-ce que je me pose trop de questions ?

"Don't just count your years, make your years count" [George Meredith]

23 avril 2017

Un jour, une rose et un livre

2017-04-23

Combattre un dragon, offrir un livre, tendre une rose. Apprivoiser le dragon, cultiver les mots, cueillir les roses.

« Cervantès et Shakespeare ne se sont jamais rencontrés, mais ils sont tous deux morts, le 23 avril 1616. Pour cette raison, on a décrété que le 23 avril serait la Journée mondiale du livre. On oubliait que l’Espagne du début du XVIIe siècle avait déjà adopté le calendrier grégorien alors que l’Angleterre utilisait toujours le calendrier julien. Les plus grands écrivains à avoir jamais vu le jour sont donc bien morts à la même date, mais à dix jours d’intervalle. On pourrait appeler cela un problème de traduction. » p.120  Au péril de la mer Dominique Fortier

 

 

29 août 2016

Suspendre le temps

2016-08-29bLe temps s'étire. Il semble interminable. Mais il passe à toute vitesse en même temps. Qui a dit que le temps était logique ? Et enfin, les vacances approchent. Enfin. Nous prenons habituellement nos vacances en automne. On a l'habitude. Mais cette année, je dois avouer que j'ai particulièrement hâte à ces vacances.

Car en principe, ce seront de vraies vacances. Et pas un long voyage. Vous savez des vacances où on se repose vraiment. Car même si j'adore voyager, je reviens toujours émerveillée mais épuisée. Complètement vidée. Oui, j'ai fait le vide, j'ai oublié les tracas quotidiens, les petits soucis du travail, j'arrive même à oublier parfois mes mots de passe. Mais je reviens aussi complètement vidée d'énergie. Et alors, je retourne au travail la tête pleine de souvenirs mais vraiment fatiguée.

Doc, j'ai réussi à obtenir une année sans grand voyage. Ce fut difficile, une tâche quasiment 2016-08-29impossible. Mais mon PisTout a finalement accepté. Pas de voyage cette année. Deux semaines ici à la maison. Non seulement ça, mais on ne fera que deux petits séjours à l'extérieur de la maison. Un trois jours au Saguenay et un deux jours à Portsmouth au États-Unis. Et puis, des petites visites de quelques heures autour de la maison. C'est un miracle. Et je sais que c'est très difficile pour PisTout.

Et il ne peut s'empêcher d'essayer de me faire changer d'idée... "on peut faire une semaine ici..." "on peut avoir des billets d'avion pas cher pour là-bas...". Mais je résiste. Je suis forte... même si moi aussi, ça me titille... surtout avec les superbes articles de Karine:) qui nous raconte son séjour en France. Je m'ennuie tellement de pouvoir faire un saut à Quéribus, Céret ou Castelnou, le temps d'une journée... ou de prendre l'avion pour Berlin, Stockholm ou Prague, le temps d'un week-end.

Mais, il y a beaucoup à voir ici aussi... Et j'ai vraiment besoin de ces jours plus relax... et même quelques jours juste à la maison, dans ma cour ou dans mon salon avec un bon livre. Se lever le matin, dans mon lit, à l'heure qui me plait, faire mon café et non pas me réveiller dans un lit que je ne connais pas, à l'heure prescrite par le check-out ou le petit déjeuner obligatoire et programmé et un café inconnu. Décider le jour même si on reste à la maison pour paresser au jardin ou si on saute en voiture pour aller visiter le fort de Chambly, faire du vélo dans les Cantons de l'Est ou du kayak dans les Îles de Boucherville. Ou peut-être un saut au centre-ville, sur la Plaza St-Hubert ou dans le Mile-End. On verra le moment venu.

Encore quelques semaines... le temps semble se suspendre et me narguer... il me dit de patienter... Et puis une fois là, il filera à toute vitesse. C'est un taquin ce temps !

10 avril 2016

Le moment captif d'un dimanche : diablerie

"Il est utile de penser quelquefois. Pour rester heureux, on ne doit pas trop penser." [Gustave Le Bon]

Écoute. Décider qu'on n'écoute plus. Absence de ciel, absence d'infini. Espace clos. Vide limitatif. Vide bien caché. Création d'un maximum de bêtises. Acquisition de croyance fictionnelle. Structuration d'une naïveté. Pardon artificiel. Tranquilité.

Conjugaison. Ils croient. Elle croit. Elle ne croit pas ce que vous croyez et elle déteste ce que vous croyez être. Elle se perd en prières répétitives et y voit des illuminations lyriques. Elle répéte des mots. Elle construit des autels de mots qui la protègent. Elle ne comprend pas et elle ne veut pas comprendre. Elle ne doute plus. Vraisemblablement.

"La religion commence peut-être au bord de la détresse." [Monique Corriveau]

20 février 2016

Cocorico de Pan Bouyoucas

coco1Cocorico : roman / Pan Bouyoucas. – Montréal : XYZ, c2011. – 139 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-89261-649-1

Quatrième de couverture

Pourquoi le coq chante-t-il chaque matin? Cette question toute simple obsède Léo Basilius, un écrivain canadien venu chercher l’inspiration dans l’île grecque de Nysa. À soixante ans, il veut délaisser le polar, qui l’a rendu célèbre, pour écrire le chef-d’œuvre qui lui conférera l’immortalité. Mais tous veulent le ramener au roman policier: des voisins, qui lui racontent leur vie en espérant qu’elle devienne le sujet de son prochain livre, sa femme, qui ne comprend pas pourquoi il s’entête à délaisser un genre dans lequel il excelle et surtout Vass Levonian, le sergent-détective vedette de ses romans qui le supplie de le sortir du coma où il l’a plongé à la fin du dernier polar et de lui faire résoudre un meurtre ou deux. Mais Leo Basilius fait fi de leurs discours. Le jour où une fillette lui pose une question sur la finalité du chant du coq, il croit avoir enfin trouvé l’élément déclencheur de son futur chef d’œuvre.

L’auteur

Pan Bouyoucas, bien que d'origine grecque, est né à Beyrouth au Liban en 1946. Il arrive à Montréal en 1963. Il fait des études en architecture et ensuite en cinéma à l'Université Concordia. Il est d'abord journaliste et critique. Il travaillera aussi comme traducteur. Il commence rapidement à écrire divers textes : textes pour la radio, pièces de théâtre, nouvelles et romans. Il habite aujourd'hui Montréal.

Bibliographie

  • Le Dernier Souffle (1975)coco2
  • Une bataille d'Amérique (1976)
  • Le pourboire (1983)
  • Trois flics sur un toit (1990)
  • Le cerf-volant (1992)
  • Lionel (1994)
  • Nocturne (1995)
  • L'humoriste et l’assassin (1996)
  • La Vengeance d'un père (1997)
  • Hypatie (1997)
  • L'autre (2001)
  • Thésée et le Minotaure (2003)
  • Anna Pourquoi (2004)
  • L’homme qui voulait boire la mer (2005)
  • Portrait d'un mari avec les cendres de sa femme (2010)
  • Cocorico (2011)
  • Le Tatouage (2012)
  • Ari et la reine de l'orge (2014)
  • Le mauvais œil (2015)

Mes commentaires

Petit roman sympathique, nous avons ici une petite fable sur le processus de la création et sur les difficultés d'écrire.

Leo Basilius est un auteur de romans policiers à succès. À la surprise de tous, dans son dernier roman il décide de plonger son personnage principal, le policier Vass Levoninan, dans un coma. C'est qu'il a décidé que c'était son dernier roman policier. Nous avons ici un écrivain en grande crise existentielle. Car tout va bien dans sa vie, il est marié depuis des années avec une femme et ils s'aiment encore, il a des enfants maintenant adultes, pas parfaits mais très bien, il a de l'argent et un succès mondial. Mais il n'en peut plus d'écrire sur la mort, la destruction, l'horreur. Il veut écrire sur la beauté du monde. Et surtout il veut être reconnu comme un grand auteur.

Mais il se sent incapable d'écrire dans son environnement habituel. Il décide donc de partir avec sa femme pour une île grecque, Nysa, où il avait passé un temps dans sa jeunesse et où il avait écrit ses premiers textes, des poèmes et des nouvelles, très loin du monde du roman policier. Il a le souvenir d'un paradis hors du temps où la vie simple et les habitants de l'île, particulièrement une belle jeune femme, l'avaient tant inspiré.

Mais rien ne se passe comme il le voudrait. L'île et ses habitants ont changé, se sont modernisés et l'inspiration ne vient pas. Tout le monde essaie de le ramener vers l'écriture d'un nouveau roman policier : les habitants qui lui racontent des histoires pour l'inspirer, sa femme et même son personnage principal, Vass Levoninan, qui accepte mal d'être plonger dans le coma. L'auteur est littéralement hanté par Levoninan. Il l'entend qui lui parle sans arrêt et finit par converser avec lui.

Et puis, un jour, la question innocente d'un enfant, le lance dans un questionnement qui vire rapidement à l'obsession : pourquoi le coq chante-t-il au lever du jour ? Certain que la réponse lui permettra de retrouver l'inspiration, Léo passe son temps dans les poulaillers à observer les poules et les coqs.

Évidemment, une recherche rapide dans un livre ou sur Internet aurait répondu à sa question. Mais il se lance dans une recherche de sens qui semble sans fin et qui le mène nulle part. Il s'isole de plus en plus et sa femme retourne à la maison le laissant seul avec ses pensées et ses discussions avec son détective dans le coma. Il finira par trouver sa réponse - qui n'est pas la bonne, soi-dit en passant.

C'est un roman qui se lit très rapidement. Bref et concis, avec de très courts chapitres. C'est l'histoire d'un homme finalement très égoïste et centré sur lui-même qui se laisse subjuguer par son obsession pour son travail de création. C'est évidemment une réflexion de Bouyoucas sur l'écriture, sur le travail de l'écrivain. Mais nous aurions pu remplacer l'écriture par tout autre obsession. Un travail ou une passion qui devient une obsession n'est jamais bon, finit par tout envahir et par isoler ceux qu'elle possède.

Je n'ai pas aimé Leo Basilius, l'auteur. C'est pour moi quelqu'un de très égoïste, ses tourments et son introspection d'homme d'âge mûr m'ont laissé de glace et il m'était très antipathique. Je n'ai pas non plus aimé Vass Levoninan, le personnage. Bien que j'ai eu de la compassion pour ce dernier. Quels horreurs son auteur lui a-t-il fait vivre ! Combien d'êtres fictifs aimeraient dire à leur auteur leur façon de penser sur ce qu'ils subissent à cause d'eux ?

Mais j'ai beaucoup aimé le roman ! L'écriture de Pan Bouyoucas est très vive, rapide. En peu de mot, nous saisissons les émotions et doutes des personnages. En quelques pages nous explorons les difficultés que peuvent vivre les écrivains ou tout créateur. On explore également les liens, autant l'amour que les ressentiments, entre le créateur et ses créations. Évidemment on nous parle aussi de vieillissement, d'amour, de nostalgie, de souvenirs, de modernité, de peur face aux changements et de peur face à l'immobilisme. 

Les mots de l’auteur

"Il voulait parler désormais de la beauté du monde et de sa lumière, montrer que lHumain n'a pas que des instincts mauvais, que sa tendance à créer est plus forte que ses funestre impulsions à haîr, tuer, violer, détruire et voler.

Le plus difficile restait à accomplir : comment exprimer cela sans tomber dans le sentimentalisme et la prédication ? Et surtout, sans servir du réchauffé [...]" p. 32

"Pourquoi tu m'as pas fait mourir à la fin de Lumières perdues ? dit-il à son créateur. Tes polars sont d'une logique implacable. De la première à la dermière page, pas un mot n'est arbitraire ou superflu, chaque geste et chaque réplique est mûrement réfléchi. Alors, dis-moi : si t'étais résolu à abandonner le polar à tout jamais, pourquoi tu m'as pas fat mourir à la fin de Lumières perdues ?" p. 71

Pour en savoir un peu plus…

14 février 2016

Le moment captif d'un dimanche : Laissez-nous danser

2016-02-14"En amour, il n'y a pas de plus affreux désastre que la mort de l'imagination." [Georges Meredith]

 "Écoute la musique et laisse-toi aller. N'aie pas peur." "Je ne sais pas danser." "Ferme les yeux et imagine-toi des ailes, imagine-toi valser sur un nuage." "Si je m'envole, je vais tomber." "Mais non, tu ne tomberas pas." "Oui, je vais tomber." "Si tu tombes, je vais te rattraper." "Tu n'en seras pas capable." "Alors, je tomberai avec toi." "Tu dis n'importe quoi." "Alors arrête d'avoir peur et danse avec moi." "Mais je n'entends pas de musique." "Mais oui, écoute bien." "Je n'entends rien." "Ferme les yeux, écoute les étoiles qui chantent. Écoute nos rêves. Est-ce que tu entends l'histoire de nos vies ?" "Regarde, je danse. Je danse avec toi. Nous danserons ensemble sur une musique inventée que personne ne connait. Une musique pour toi et moi."

"Au deuxième temps de la valse -- On est deux, tu es dans mes bras -- Au deuxième temps de la valse -- Nous comptons tous les deux un-deux-trois" [Jacques Brel]

13 novembre 2015

Ce sont des larmes

J'ai la tête en sang. Je ne comprends pas. Ou plutôt, je comprends trop bien et je me sens impuissante. Je voudrais tout changer. Changer 730l'incompréhension et l'intolérance. Effacer la terreur. Mais je ne peux pas. Je suis impuissante. Comme tout le monde j'ai peur. Comme tout le monde je pleure. Je suis désolée. Je veux m'isoler. Et je veux crier.

On écoute en boucle... les images nous agressent. Elles ne veulent plus nous quitter. Et je sais que ces images ne sont rien. Je tremble quand je pense aux gens qui sont là. Aux gens qui étaient là et qui ne sont plus là.

Et je sais que des choses aussi et encore plus horribles sont le quotidien de trop de gens. Hier, aujourd'hui et demain.

Je crie finalement en silence. Je ne crois en rien. Je n'ai rien contre les gens qui croient en quelque chose. Mais je ne comprends rien dans ces conflits de croyance. Ou plutôt, je comprends trop bien mais je n'arrive pas à y croire. Peut-on vraiment faire ça ? Et pourquoi ? Il semblerait. Vraiment ? Je suis désolée. Et je suis fatiguée de crier.

Et on doit continuer à vivre. Non ?

11 novembre 2015

La sœur de Judith de Lise Tremblay

judith01La sœur de Judith : roman. – Lise Tremblay. – [Montréal] : Boréal, c2007. – 166 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-7646-0539-4

Quatrième de couverture

Dans ce cinquième livre, Lise Tremblay brosse un tableau du Québec rural des années d’après la Révolution tranquille, un Québec en pleine effervescence, où de nouvelles valeurs font leur chemin mais où la tradition s’accroche encore. Fine observatrice de l’humain, l’auteur de La Héronnière nous fait revivre ses années par le regard d’une fillette qui sera une adolescente avant la fin de l’été.

L’auteur

Lise Tremblay est née en 1957 à Chicoutimi au Québec. Elle étudie à l’Université du Québec à Montréal et obtient une maîtrise en création littéraire. Elle enseigne la littérature au Cégep du Vieux-Montréal.

judith02Son premier roman paru en 1990, L’hiver de pluie, reçoit en 1991 le Prix de la découverte littéraire de l’année au Salon du livre du Saguenay-Lac-St-Jean ainsi que le prix Joseph-S.-Stuffer du Conseil des arts du Canada. En 1999, elle reçoit le Prix du Gouverneur général pour La danse juive paru en 1997 ainsi que le Prix littéraire du CRSBP du Saguenay-Lac-St-Jean. Son recueil de nouvelles La Héronnière reçoit Le Grand Prix du livre de Montréal, le Prix des libraires du Québec et le Prix Jean-Hamelin.

Bibliographie

  • L'hiver de pluie (1990)
  • La pêche blanche (1994)
  • La danse juive (1997)
  • La héronnière (2003)
  • La sœur de Judith (2007)
  • Chemin Saint-Paul (à paraître en septembre 2015)

Mes commentaires

Le roman de Lise Tremblay peut sembler banal ; le simple récit du passage de l’enfance à l’adolescence d’une petite fille pendant un été à la fin des années 1960. Il ne s’y passe pas grand-chose. La narratrice de 11-12 ans nous raconte simplement ses derniers jours d’école primaire, son été, puis sa rentrée au secondaire. Rien d’autre. Elle partage sa vie qu’elle ne trouve pas très palpitante. Elle aimerait bien plus avoir une vie comme Claire, la sœur de sa meilleure amie Judith.

C’est un texte simple, sincère, dépouillé et terriblement efficace. Il peut être difficile d’écrire un roman avec une enfant-narrateur, mais ici l’auteur réussit parfaitement. Nous croyons aux mots de l’enfant sans se sentir dans une narration trop enfantine.

Le texte nous propose une tranche de vie, qui peut sembler banal et anecdotique, mais qui m’a rejoint comme lectrice. Je n’ai pas grandi à la même époque. Je n’avais pas les mêmes préoccupations, les mêmes doutes, les mêmes sourires, les mêmes larmes. Mais je me suis retrouvée dans le texte. Et surtout dans cette amitié entre les deux fillettes qui ne survivra pas à la fin du primaire, à la fin de l’été et au commencement d’une nouvelle vie au secondaire.

La narratrice vit dans une époque en transition. Et elle-même se transforme. Elle vieillit. Elle forge sa personnalité. Elle passe de l’enfance à l’adolescence avec tout ce qui cela comporte comme transformation : de nouvelles expériences et surtout la perte d’une partie d’elle-même.

Qu’en est-il de l’histoire ? Une fillette passe de l’enfance à la pré-adolescence l’espace d’un été. Elle passe cet été à lire, à penser aux garçons, à se sauver de sa mère, et à papoter avec sa meilleure amie Judith. Leur sujet préféré est bien entendu la sœur de Judith, Claire, qui quitte Chicoutimi pour aller à Montréal afin de participer à un concours de danse. Elle représente à leurs yeux, la fille parfaite : jeune, belle, à la mode, elle a un copain riche et beau, et elle va peut-être danser avec un groupe de musique populaire. Elle est tout ce qu’elles aimeraient être.

Mais rien n’est vraiment parfait. Et la narratrice doit se confronter aux déceptions, les siennes et celles des gens qui l’entourent. Et lorsque l’été finit et qu’elle commence le secondaire, elle a changé.

Les mots de l’auteur

« Le camelot a jeté le journal du dimanche à moitié mouillé sur le tapis de l’entrée. Dès que je l’ai entendu fermer la porte, je me suis levée en courant. Je voulais être la première à voir la photo de Claire. J’ai pris le journal et j’ai commencé à chercher. La photo était à la page 22 et on voyait Claire encadrée de ses deux parents. Monsieur Lavallée portait un complet. L’article racontait l’histoire de Claire, comment elle était passée du quart de finale, à la demi-finale et à la finale du concours de danse. Si elle gagnait, elle allait passer l’année comme danseuse à gogo dans le spectacle d’adieu que Bruce et les Sultans allaient donner partout dans la province. Je n’en revenais pas, si elle gagnait, la sœur de ma meilleure amie allait voir Bruce en personne et peut-être qu’elle allait l’inviter à jouer au mini-putt dans leur cour arrière et peut-être qu’on pourrait le voir. Judith et moi on ne parlait que de ça et on passait une grande partie de notre temps à aider son père à finir le mini-putt avant le début de l’été. Ils avaient un grand terrain et leur père avait décidé de construire son propre mini-putt. » p.9  

Pour en savoir un peu plus…

30 août 2015

Le moment captif d'un dimanche : une lutte acharnée

2015_09_02"Si tu ne peux le combattre, embrasse ton ennemi." [Proverbe chinois]

Il y a des jours où on a l'impression de se battre contre des moulins à vent. On se lève péniblement, notre corps refusant de se réveiller et nos yeux semblant peser une tonne. On se prépare lentement. Rien ne semble vouloir fonctionner. Les rôties sont brûlées, le café est froid, les cheveux se rebellent avec force et les pantalons sont frippés.

On réussit à quitter la maison en catastrophe. On court jusqu'à l'arrêt d'autobus car on est vraiment à la dernière minute. On pense l'avoir raté, la sueur coule dans nos yeux. On a peur pour notre mascara. Et puis, on attend impatiemment l'autobus en retard. Il est rempli de sacs à dos d'ados nonchalants.

On arrive au travail épuisé, pas tout à fait réveillé et vaguement enragé. La journée nous paraît déjà interminable. Elle commence. On voudrait bien la prendre à deux bras et lui dire qu'on ne veut pas lutter contre elle, qu'on veut juste l'embrasser et la vivre pacifiquement. Mais elle est plus forte que nous aujourd'hui. Elle veut se battre et ne nous laissera aucun répit.

Et alors on tourne en rond, on court après le temps, on se bat contre les piles de dossiers, contre l'ordinateur, contre le monde entier,... Et on finit par voir arriver la fin de cette journée. On court se réfugier dans nos draps, on souhaite la bonne nuit à ce jour qui nous a vaincu, aujourd'hui. Demain est un autre jour !

"Ils étaient quatre qui voulaient se battre -- Contre trois qui ne voulaient pas..." [Comptine]

25 février 2015

Journée du chandail rose...

Vous savez, je relis mes textes (ici et ici) et je me rends compte que je ne dis pas grand chose.Je n'ai pas envie de tout raconter. J'ai choisi cette histoire car elle avait une "suite". Ce qui est rare. Mais en la relisant, elle me semble banale. R. n'était pas la seule et je pourrais vous raconter d'autres histoires. Et vousInt savez, certaines sont assez insignifiantes et d'autres plus brutales... Des gestes et des paroles. Mais je crois que ce sont les mots qui m'ont le plus blessée.

J'aimerais souligner quelque chose... Je n'excuse pas les intimidateurs de mon histoire. Mais aujourd'hui, je suis capable de voir des nuances. De voir des vies complexes. Mais la petite fille que j'étais ne voyait pas ces nuances, ces vies... Ce qui fait que à ce moment, j'étais dévastée, malheureuse. Mais vous savez même si on a l'impression que cela ne finira jamais et que c'est la fin du monde... On peut passer à travers et on continue sa vie... cela semble interminable mais ce n'est qu'un moment.

Je vais garder des cicatrices de ces moments toute ma vie. Mais ce ne sont plus que des cicatrices. Elles sont là, mais ne sont qu'un mauvais souvenir. Elles sont importantes, mais sans importance. Je  ne sais pas si cela fait du sens, mais pour moi, oui.

J'ai réalisé hier après-midi que le 25 février - donc aujourd'hui - était la Journée du chandail rose ! C'est une drôle de coïncidence. Ce matin, j'ai mis mon chandail rose. La bibliothèque est près d'écoles et pour moi c'est important qu'on le souligne. Pour savoir comment la journée a commencé, c'est ici.

Je n'ai pas de solutions. Juste des souvenirs...

 

3 juin 2015

Histoires d'ogres de Katia Gagnon

Ogres1Histoires d'ogres : roman / Katia Gagnon. -- [Montréal] : Boréal, 2014. -- 244 p. ; 22 cm. -- ISBN 978-2-7646-2322-0

Quatrième de couverture

Quel destin attend Jade, une jeune escorte adepte de crack ? Et Stéphane Bellevue, ce pédophile en libération conditionnelle qui a purgé une peine pour le meurtre sordide d’un adolescent ?

Après La Réparation, Katia Gagnon nous offre un second roman qui s’inspire d’histoires vraies. Encore une fois, elle met en scène le personnage attachant de Marie Dumais, journaliste en quête de scoops et d’amour. Elle nous entraîne dans son exploration de la marge et des êtres troubles qui y vivent.

Si la plupart des personnages de ce roman sont des écorchés vifs, des carencés affectifs, des êtres humains qui se rejoignent dans leur souffrance, seuls quelques-uns d’entre eux atteignent le point de bascule, celui qui les fait passer à l’acte. Pourquoi ?

L'auteur

Katia Gagnon est née en 1970. Elle a étudié à l'UQAM où elle a obtenu un baccalauréat en communications. Depuis 1996, KG2elle est journaliste dans le quotidien La Presse. Elle y occupera diverses fonctions dont éditorialiste et directrice des informations générales.

Elle publie son premier roman en 2011, La réparation. Elle continue d'écrire et de travailler comme journaliste.

Bibliographie

  • Au pays des rêves brisés (avec Hugo Meunier - Témoignages)  (2008)
  • La réparation (2011)
  • Histoires d'ogres (2014)

Pour lire certains de ces articles dans La Presse. Son compte Twitter. Une entrevue avec l'auteur dans la revue Les libraires.

Mes commentaires

Je dois dire j'ai été réellement surprise par ce 2e roman de Katia Gagnon. Surtout lorsque j'ai réalisé qu'encore une fois l'auteure propose deux histoires dans son roman. Ou plutôt, nous avons d'un côté les vies de différents personnages marginaux et d'un autre côté, on nous retrouve encore une fois, Marie Dumais, la journaliste de La Réparation. On la suit à nouveau dans le reportage qu'elle cherche à écrire : son enquête, les entrevues, etc. Et on est également témoin de sa rencontre puis de sa relation balbutiante avec un libraire.

Donc "deux histoires" encore une fois. Et on retrouve le même personnage. Quand un auteur reprend une technique narrative qu'elle a déjà employée ainsi qu'un même personnage, ça m'inquiète toujours. Surtout que j'avais un peu déploré cette multiplication d'histoires dans le premier roman. Mais c'était sans compter sur le talent de Katia Gagnon. Car j'ai vraiment beaucoup aimé ces histoires d'ogres. Et j'ai adoré retrouvé Marie Dumais... et chose exceptionnelle, j'espère la retrouver dans un futur roman. Je suis conquise !

Nous retrouvons donc Marie qui travaille un nouveau reportage. Cette fois son enquête porte sur Stéphane Bellevue, un pédophile et meurtrier qui est remis en liberté après avoir purgé sa peine de prison. Bien qu'au centre du roman, le personnage de Bellevue n'est vraiment rencontré qu'à travers son passé et les gens qui l'ont connu et l'entourent. Marie va tenter de comprendre ce qui fait que Stéphane Bellevue est devenu le monstre, l'ogre qu'il est maintenant. Et rien n'est blanc ou noir. Rien n'excuse, mais rien n'est simple. On peut comprendre, sans pardonner ou excuser. Comme d'habitude.

Nous suivons donc Marie dans ce reportage, mais aussi dans son propore cheminement personnel, son ouverture aux autres et particulièrement dans sa relation avec un libraire un brin particulier.

Parallèlement, nous suivons aussi l'histoire d'une jeune droguée, Jade, qui après avoir perdu la garde de sa fille, devient prostituée dans un bordel. Autour d'elle évoluent plusieurs personnages de ce monde sordide. Comme pour le premier roman, cette histoire semble isolée et on ne voit pas le lien avec Marie et son reportage. Mais encore une fois, les deux histoires se rejoindront à un moment. Et c'est un lien si triste et en même temps tellement évident.

L'histoire est incroyablement bien menée. On passe d'un personnage à l'autre, d'une histoire à l'autre très facilement, sans jamais perdre le fil. L'écriture est solide et rythmée. On sent parfois l'écriture journalistique. Ce qui n'est pas un défaut. Comme dans son premier roman, on sent que Gagnon ne veut pas tomber dans le sensationnalisme. Elle veut comprendre les gens sans les juger, présenter les faits objectivement. Mais les mots de l'auteure ne sont pas froids. Les émotions sont palpables dans chaque chapitre. Et le texte de Gagnon réussit à nous rejoindre, à nous émouvoir. L'auteure s'inspire de son travail de journaliste et elle maîtrise ses sujets. Mais elle semble pouvoir se perdre dans son écriture romanesque qui lui permet d'exprimer des émotions que ses articles ne lui permettent pas.

Mon seul regret est, qu'encore une fois, certains personnages étaient vraiment intéressants et on ne fait que les effleurer. J'aurais voulu en savoir plus eux. Et même les personnages principaux m'ont semblé peu approfondi. Parfois, on déplore qu'un livre s'éternise, ici on soupire car il est trop rapide.

Les mots de l'auteur...

"J'aime les drames. Une bonne histoire triste, dramatique, avec quelques moments franchement horribles, voilà mon genre d'histoire. Les collègues me demandent souvent pourquoi je couvre toujours les affaires aussi terribles. Ils me trouvent généreuses, ils pensent que je milite pour la justice sociale.

Et moi, je n'ose pas leur dire que j'aime ça. J'aime m'immerger dans le drame de quelqu'un. Regarder par la fenêtre d'une vie. M'imaginer la vivre. Ressentir profondément la peur, la rage, la faim, l'injustice. Je peux regarder par cette fenêre aussi longtemps que je veux, capter tous les petits détails, puis recracher le tout en pleurant sur du papier.

Ensuite, en sortir. Aucun instant nest plus magnifique ce que celui-là. L'histoire est vécue, et enregistrée. C'est fini. Et moi, je sors de cette vie que j'ai vécu l'espace de quelques heures, jours, semaines, et je reprends la mienne. Jamais le soleil n'est si chaud, les draps si doux, le café si savoureux que lorsque je reprends ma vie à moi après avoir vécu un autre drae.

Et une fois sortie du trou, le plus difficile reste à faire. Écrire tout ça. Rendre l'émotion. Comment condenser la misère et la détresse dans un coup de poing qui frappera le lecteur au ventre dès les premières lignes." pp. 209-210

Pour en savoir un peu plus..

24 mars 2015

24 mars 1984

BRIAN (Voix Off)BC1

"Saturday...March 24, 1984. Shermer High School, Shermer, Illinois. 60062. Dear Mr. Vernon...we accept the fact that we had to sacrifice a whole Saturday in detention for whatever it was that we did wrong, what we did was wrong. But we think you're crazy to make us write this essay telling you who we think we are, what do you care? You see us as you want to see us...in the simplest terms and the most convenient definitions. You see us as a brain, an athelete, a basket case, a princess and a criminal. Correct? That's the way we saw each other at seven o'clock this morning. We were brainwashed..."

Breakfast Club

Je ne peux croire que cela fait 30 ans... 1985... J'aurais tant de choses à dire sur ce film... j'y travaille ! Mais que de souvenirs !!!

 

17 juin 2015

Acceptation

2015-06-17Ici, je suis volubile. Je parle de ma mère au moins 3 fois par année: à son anniversaire de naissance (21 janvier), à la fête des mères et aujourd'hui, le 17 juin, anniversaire de sa mort. J'ai aussi mes petites archives de Pauline, où je pose des souvenirs d'elle et des réflexions sur elle.

C'est ici que je partage le vide laissé par son départ. C'est ici que je laisse paraître ma tristesse. Vous êtes mes lecteurs captifs. Je vous oblige à lire mes soupirs. Bon, vous cliquez peut-être rapidement sur le petit x pour vous soustraire à mes mots larmoyants, mais c'est normal. Et je le comprends. J'ai le droit de partager mes états d'âme et vous avez le droit de ne pas les lire.

Mais c'est ici que je suis volubile. Ailleurs, dans ma vie physique, je suis muette. J'en parle peu. J'en parle si peu que même les gens proches de moi oublient que ma mère me manque. Que son absence est un cri quotidien. Parce que je suis forte et que je l'accepte. On me dit que je suis forte et cette force qui semble être mon masque normal est aussi ma faiblesse.

Car je l'accepte en principe. Je l'accepte car il faut bien vivre. Je l'accepte car je ne peux faire autrement et que la vie c'est la vie et c'est la mort. Accepter c'est vouloir vivre dans la douceur. Mais accepter peut aussi vouloir dire pleurer silencieusement tous les jours. L'un n'empêchant pas l'autre.

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Quelques pages d'un autre livre ouvert...
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