24 mai 2015

Le moment captif d'un dimanche : une histoire sans fin

2015-03"Donde se termina el arcoiris, ¿en tu alma o en el horizonte? [Pablo Neruda]

Sur une route, je roule. Il pleut. Beaucoup. C'est l'été. Presque l'automne mais encore l'été. Il pleut. Il fait chaud. Je tiens le volant fermement. Il pleut beaucoup.

Puis soudainement, la pluie cesse. Je respire. La route sera plus facile, je me dis. Le soleil perce les nuages violemment. La violence de son apparition est frappante. Il y a quelques secondes, les nuages envahissaient ma vision. Et maintenant, le soleil l'obscurcit.

Je cligne des yeux. Soudainement, elles apparaissent. Un carrousel de couleurs. Un arc-en-ciel est né.

Je soupire, légèrement blasée. J'en ai vu dans ma vie des arcs-en-ciel. Toujours beaux mais anodins. Et puis, je regarde à nouveau. Et je réalise que je vois l'endroit impossible. Le lieu insaississable... où les leprechauns cachent leurs chaudrons remplis d'or... où les rêves se cachent et où ils se réalisent.

J'ai beau accélérer, il s'éloigne sans pitié. C'est la première fois que je vois l'endroit où les couleurs rejoignent le sol et je ne peux que tenter de l'atteindre. Mais je sais qu'il n'existe pas. Ce n'est qu'un conte pour enfant. Une illusion d'optique.

Mais j'aime croire aux berceuses et je suis convaincue que si on ose les chanter, elles se réaliseront... les couleurs nous berceront et nos rêves se matérialiseront.

"Somewhere over the rainbow way up high -- There's a land that I heard of once in a lullaby -- Somewhere over the rainbow skies are blue -- And the dreams that you dare to dream really do come true." [The Wizard of Oz]

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17 mai 2015

Le moment captif d'un dimanche : deuxièmement

2015-05-17"Couple, au sens mécanique : système de forces parallèles et de sens contraires." [Pierre Baillargeon]

Nous avons peur, nous ne touchons presque pas le fond. Nous décidons de nous faire confiance. Et à tour de rôle, nous tenons l'autre. Nous empêchons l'autre de tomber. Et l'autre nous empêche de nous arrêter. Nous décidons d'aller dans la même direction, même si nos chemins sont parfois différents.

Nous avons parfois de la difficulté à comprendre l'autre. Parfois, l'autre nous exaspère. Nous lui disons d'avancer, d'arrêter de nous ralentir. Nous voudrions les pousser. Mais nous savons que peut-être demain, nous serons celui qui a peur d'avancer, celui qui voudra s'immobiliser sans raison. Alors nous nous agrippons à l'autre pour l'aider et nous nous lançons ensemble dans le vide.

"Être amoureux, c'est avoir perdu pied complètement" [Anne Barratin]

 

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12 mai 2015

Pièces importantes et effets personnels de la collection Lenore Doolan et Harold Morris, ...

HN2Pièces importantes et effets personnels de la collection Lenore Doolan et Harold Morris, comprenant livres, prêt-à-porter et bijoux : maison de vente Strachan & Quinn, 14 février 2009, 10h et 14h, heure de New York / Leanne Shapton ; traduite de l'anglais (États-Unis) par Jukata Alikavazovic. -- [Paris] : Éditions de l'Olivier, 2009. -- 135 p., principalement des ill. ; 24 cm. -- ISBN 978-2-87929-699-9

Quatrième de couverture

Lenore Doolan et Harold Morris se rencontrent dans une soirée, tombent amoureux, vivent ensemble et se séparent. Fin de leur histoire et début de ce livre. Les objets, vêtements, etc., qui ont accompagné leur liaison et vont être mis aux enchères, sont photographiés et rassemblés dans ce catalogue.

Lenore et Harold se sont prêtés avec talent, sensibilité et humour, à la mise en scène imaginée par Leanne Shapton qui invente ainsi un genre unique : le catalogue-roman entre littérature et art contemporain.

L'auteur

Leanne Shapton est née à Toronto en 1973. Illustratrice, directrice HN1artistique pour de nombreux périodiques (dont The New York Times), et auteure, Shapton a fait des études à l'Université McGill ainsi qu'à l'Institut Pratt.

Son premier ouvrage, Was she pretty?, publié en 2006, fut sélectionné pour le Doug Wright Award, un prix récompensant les BD et romans graphiques. En 2012, elle écrivit une autobiographie sur son passé d'athlète. En effet, elle participa a de nombreuses compétitions en natation. Cette autobiographie, Swimming Studies, remporta le National Book Critics Circle Award.

Elle vit présentement à New York.

Bibliographie partielle (très partielle)

  • Was she pretty? (2006)
  • Important Artifacts and Personal Property From[...] (2009)
  • Swimming Studies (2012)
  • Sunday Night Movies (2013)

Site de l'auteur.

Mes commentaires

Wow. Juste wow... Quel livre ! J'ai absolument tout adoré, autant son improbalité que sa réalité. Autant le fait que je ne savais que penser de cet objet quand je l'ai tenu pour la première fois dans mes mains, que le fait que j'ai été renversé par cette démarche si particulière... et, quand j'y pense, si évidente !

Mais revenons au début. Je reçois un chariot de dons à évaluer. Nous recevons souvent des dons de livres à la bibliothèque. Parmi les livres, il y avait ce document. La couverture me dit que c'est une sorte de catalogue pour une vente aux enchères. Étrange. Je lis la quatrième de couverture qui semble confirmer cette impression. Je feuillette... Des photos d'objets accompagnés d'une description de ceux-ci, de dimensions et de prix. Bizarre. Un catalogue parmi les dons ? Vraiment curieux. Ce n'est pas habituel, disons.

Revenons au titre et à la quatrième de couverture... ceux-ci annoncent la vente aux enchères des objets ayant appartenus à un couple... Un couple célèbre ? Peut-être. Mais honnêtement, je n'ai jamais entendu parler de Lenore Doolan et Harold Morris. Habituellement, les ventes aux enchères d'objets personnels concernent des gens célèbres et connus. Mais c'est probablement moi... je ne connais pas tout le monde, tout de même !

Je commence à lire les premières pages. On semble carrément entrer dans la vie intime d'un couple avec ces objets - souvent insignifiants - ayant marqué leur vie commune. Des objets sans intérêts... des lettres, des courriels, des mots écrits sur des menus, des photos, des vêtements, des tasses, des objets insignifiants - sauf le fait qu'ils aient appartenu à ce couple... Je suis décontenancée, je ne comprends pas. Les objets d'une vie deviennent dans ce catalogue une histoire. Car si parfois la description est vague et générique : "Lot 1030 Parapluie de l'hôtel St.Regis. Parapluie marron et blanc de l'hôtel St. Regis. Bon état,  un peu défraichi. Longueur : 29 in. 10-20$ - Inclus dans le lot, une photographie de Doolan dans sa rue avec le parapluie. 6 x 4 in." ; la plupart des descriptions sont très personnelles et semblent raconter une histoire d'amour : une rencontre, une romance, des conflits, des réconciliations, des doutes et puis une rupture.

Et puis, beaucoup de lettres, de courriels, de notes glissées dans des livres ou dans des poches de manteaux, de mots écrits sur des menus ou des programmes de théâtres. Qui deviennent des dialogues. Leonore et Harold se parlent continuellement : "Lot 1149 Programme de théâtre. Programme des Misérables. Dans la marge, Doolan et Morris ont écrit alternativement : Atroce / Insupportable / Qui nous a invités ? / Costume marron / Sa fille joue Éponime ? / Doublure d'Éponine / Elle n'est même pas dedans ? / Il faut qu'on reste / Tu me revaudras ça / Ok / Ok / Je t'aime. 7 x 5 in. 10 -15 $ ".

J'arrête ma lecture pour internéter mon questionnement... (oui, internéter... c'est un mot..). Quelques clics confirment mon doute : tout ceci est un montage, un roman, un exercice de style, une fiction ! Quelques sites semblent dire le contraire, mais c'est confirmé par l'auteur et voici la page wikipedia de "Leonore", Sheila Heti de son vrai nom !

Leanne Shapton dit avoir eu l'idée de son oeuvre après avoir vu la vente aux enchères d'objets ayant appartenu à Truman Capote. En feuilletant le catalogue de cette vente, elle réalise qu'elle lit un peu sur la vie de l'auteur. Elle a l'impression d'être un "voyeur", d'entrer dans la vie intime de Capote. Comment une lampe, une tasse, une brosse à dent... comment ces objets peuvent-ils devenir synonymes de ce qu'une personne a été... Les objets de nos vies nous racontent. Ils font partis de nos vies. Que nous soyons matérialistes ou minimalistes, ils reflètent nos vie, notre relation aux autres et aux objets.

Elle décide donc de créer une relation de toute pièce. Deux "acteurs" (deux amis, Sheila Heti, une auteure, et Paul Sahre, un designer graphique), des objets ordinaires, des descriptions et beaucoup d'extraits de lettres et de mots... et nous avons un roman-photo en quelque sorte. L'histoire racontée est classique, banale : un homme et une femme se rencontrent, commencent une relation, apprennent à se connaître, se découvrent, s'exaspèrent, ne se comprennent plus, s'éloignent, se séparent...On se doute bien de toute façon de l'issu de cette relation... cette vente aux enchères en est l'aboutissement.

Mais de découvrir tout cela à travers des objets est fascinant et nous oblige à regarder les objets qui nous entourent d'un autre oeil... Que dirait-on sur notre vie si on observait et analysait les objets qui nous entourent ; les cartes et les lettres que nous avons reçus ou envoyés, les photos que nous conservons, les bibelots que nous exposons dans notre salon, les vêtements que nous portons... Tous ces objets - ou l'absence de ces mêmes objets - nous définissent.

Évidemment, on sent la main de l'auteure, on voit bien que ces amoureux s'écrivent un peu trop... beaucoup de notes trouvées dans les poches de manteaux et qui laissent présager l'évolution de la relation. Rien n'est innoncent dans les objets choisis et décrits. Même les "dommages" et le fait que certains objets ne sont "pas photographiés" ont leur raison d'être. Rien n'est laissé au hasard dans ces descriptions d'objets. On peut même parfois comprendre des choses dans les prix ! Mais ce n'est pas important... on peut oublier ces "efforts".

Car ce roman est tout simplement captivant... et l'implication sociologique tout aussi hallucinante - les objets nous définissent-ils à ce point et que signifie l'idée que nous vendons aux enchères les objets d'une vie ?

J'ai adoré !!!!!!! (je n'étais pas certaine si c'était clair :P ). Ce fut pour moi une rencontre inattendue et incroyable !

Le livre pourrait devenir un film et apparamment que Brad Pitt et Natalie Portman auraient été approché pou tenir les rôles principaux.

Les mots de l'auteur

"Lot 1105 - Liste manuscrite. Liste, écrite par Doolan sur du papier jaune. -- Texte : Pour : drôle, bon au lit, autre monde,  voyages, art / Contre ; dépressif - alcoolique ? obsédé par la célébrité, mauvaise haleine, tout le temps en voyag, ne s'intéresse pas à la nourriture, trop réservé. -- Feuille pliée cinq fois en deux. 14 X 8 1/2 in. -- 10-15 $" p. 47

"Lot 1107 -- Photographie -- Morris et Doolan, déguisés en Dustin Hoffman / Benjamin Braddock et Anne Bancroft / Mrs Robinson. -- Auteur inconnu. Le cliché a été plié. 6 X 4 in. -- 20 - 30$" p. 47

Pour en savoir un peu plus...

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10 mai 2015

Le moment captif d'un dimanche : protection

2015-07"L'asile le plus sûr est le sein d'une mère." [Jean Pierre Florian]

On est un bébé, un enfant, on se blottit sur notre maman. On grandit petit à petit, on se sauve et on veut montrer qu'on est grand. Mais parfois on ne comprend plus rien, on a peur et on pleure doucement ou même violemment. C'est d'elle qu'on rêve alors secrètement.

Elle n'est pas toujours parfaite. Elle fait pleins d'erreurs et redevient parfois elle-même une fillette. Elle peut bouder et crier, chialer et sembler n'être jamais satisfaite.

Il arrive aussi qu'elle nous a quittés. Depuis un jour, depuis des années. On vit notre vie : on court, on travaille, on aime, on soupire, on haït, on respire, on sanglote, on hurle, on chante, on rit... sans répit, pour l'éternité. Et quand je sens que je vais m'échouer, quand je crois que je vais m'écrouler, je rêve de son sourire, je rêve de sa voix et je m'imagine me perdre dans son infinité.

"Une mère connaît les recettes, celles qui nourrissent, celles qui font grandir." [Pam Brown]

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