Quelques pages d'un autre livre ouvert...

19 mars 2017

Le moment captif d'un dimanche : perdre son temps

2017-11"Que le temps passe plus vite, quand l'ennui l'étire" [Philippe Besson]

Il y a de ces journées. On sait qu'on devrait profiter de ces heures juste à nous. Toute la semaine à courir à droite et à gauche. Toute la semaine à ne pas avoir un moment à soi. Et puis, aujourd'hui, enfin, la journée entière juste pour soi. Pas de réunions. Pas de courriels. Pas de courses. Pas d'entrainement. Pas de ménage.

On en rêve toute la semaine. On se prépare, on imagine. On planifie pleins de petites choses douces. Des petites choses juste pour soi. Des petites choses qu'on remet toujours à plus tard. On se dit que la journée sera tranquille mais formidable. On fera de chaque instant un délice. On profitera de chaque minute.

Et puis. Il y a de ces journées. On se lève. On se sent las. On a envie de rien. On commence la journée lentement. On paresse. On laisse les minutes se dérober. On se traîne d'une pièce à l'autre. On se dit qu'il faudrait bien profiter de ce temps que l'on a enfin juste pour nous. Mais on ne fait rien. On se dit qu'on a toute la journée. Mais la journée glisse entre nos doigts. Et on regarde par la fenêtre. On n'arrive pas à se décider. Tout nous ennuie. Rien ne nous dit. On laisse laisse les minutes disparaître. Et la journée est terminée. On n'a rien fait. On n'a pas profité de ces instants. On s'est ennuyé profondément. On a perdu son temps.

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15 mars 2017

Dolmen des Fados

Depuis notre retour au Québec, nous nous ennuyons beaucoup de nos petites escapades catalanes et françaises. Nous partions souvent une journée ou un week-end pour explorer la campagne ou les petits villages aux alentours de Barcelone. Et donc, il y a deux ans, quand nous sommes allés voir mon père en Espagne, nous en avons profité pour prendre la voiture et partir sur la route pendant quelques jours. Nous avons beaucoup exploré le Languedoc. Alors là, vraiment beaucoup. C'est un de nos endroits préférés. Mais il reste bien sûr tant de choses à y découvrir.

Et donc, nous avions été visité le magnifique village de Minerve et nous retournions vers notre auberge, un peu fatigués mais très contents de notre 2314djournée. Et puis, alors que je regarde le paysage défilé, jevois soudain un petit panneau avec le mot dolmen. C'est rapide, mais je l'ai vu ! "Oh, un dolmen", je crie littéralement. Mon PisTout soupire. Il me connait trop bien. "Tu veux y aller ? Il commence à être tard." " On y va quand même". Il soupire mais rebrousse chemin. Je regarde sur notre carte. "Je crois que c'est le Dolmen des Fades".

On arrive au site rapidement. Il y a même un endroit bien aménagé pour laisser la voiture. Et des panneaux qui nous expliquent les caratéristiques du dolmen qui semble bien grand. Nous marchons rapidement jusqu'au site, car, en effet, il commence à se faire tard.

Nous apercevons des pierres au loin. On s'approche. Et c'est impressionnant ! Beaucoup plus grand que je ne l'imaginais. Oui, j'avais bien lu la description dans le stationnement, mais je ne m'attendais pas du tout à cette ampleur. Et oui... je sais que tout cela a été restauré, et que tout n'est pas exactement comme on l'a découvert et surtout comme cela était il y a des millénaires... Mais je suis tout de même émue 2314cen approchant. Je ne suis pas seule, PisTout a bien beau rouspété à chaque fois que je veux aller voir un dolmen ou un menhir... il est émotionné lui aussi. Nous sommes impressionés par l'ampleur du site, sa beauté, son histoire.

Nous sommes seuls sur le site. C'est silencieux. Et la nuit tombe petit à petit. On ne peut que se sentir projeter dans le temps. La magie du lieu nous affecte beaucoup. Nous marchons doucement tout autour en prenant beaucoup trop de photos. Puis, nous nous essayons tout près pour l'admirer en silence. Je suis vraiment ébranlée par l'énergie que dégage l'endroit. J'ai soudainement l'impression que nous sommes seuls au monde et que nous ne quitteront jamais ce dolmen. Il sera notre tombe aussi. J'ai un frisson.2314f

Il faut dire qu'il commence à faire vraiment noir. La nuit est presque tombée et on ne voit plus grand chose. Il serait peut-être temps de rebrousser chemin et de dire nos adieux au Dolmen des Fados avant que les fées ne fassent leur apparition et nous retiennent prisonniers de ce lieu éternel. On commence à marcher en direction du stationnement... et je dois avouer que j'ai eu un minuscule moment de panique car la nuit a tombée d'un coup et il faisait vraiment noir. La forêt apparaissait beaucoup plus dense qu'il y avait à peine quelques minutes et le chemin semblait nous échapper.

Mais nous avons retrouvé la voiture et repris la route la tête remplie de poésie et d'émotions.

Caractéristiques

  • Nom: Dolmen Lo Morrèl dos Fados (Dolmen du coteau des Fées)
  • Autres noms: Dolmen de las Fadas (Dolmen des Fées) - Dolmen des Fados - Dolmen des Fades - Dolmen de Pépieux - Allée couverte du Mourrel das Fadas
  • Légende : Le dolmen des Fados est également appelé "Palet de Roland" par les locaux car selon la légende le neveu de Charlemagne, Roland, y aurait laissé l'empreinte de sa main.
  • Situation: Pépieux, Département de l'Aude, France. Le dolmen est situé sur un coteau dans un bosquet de pins.
  • Coordonnées43° 18′ 45″ nord, 2° 40′ 48″ est
  • Axe : sud-ouest / nord-est
  • Fonction: Tombe mégalithique
  • Type: Dolmen - Allée couverte ou Dolmen à couloir large
  • Âge: Bâti à la fin du Néolithique vers - 3000 (donc, plus de 5000 ans) - Toujours en usage au Chalcolithique (ou Énéolithique) et au début de l'Âge du bronze
  • Peuple : Culture de Véraza ou peuple du Vérazien
  • Protection : Inscrit 1943, Classé 1969
  • Restauration : Travaux de sauvegarde à partir de 1962, sous la direction de Jean Guilaine. Consolidation générale en 1972. Remise en état à la fin des années 1990. (Voir détails sur le blogue Lieux sacrées)

2314bDescription

Galerie de 24 mètres incluse dans un tumulus d'environ 35 m. La galerie comprend trois parties :

  • 1 couloir de 12 m. de long par environ 2 m. de large et constitué de piliers en murets de pierres sèches
  • 1 antichambre de 6m. comportant une table de couverture de 6.70m. de long par 2.80 m. de large et pesant environ 9 tonnes
  • 1 "cella" terminale qui est barrée par une dalle de chevet.

L'allée couverte comporte également deux portes qui délimitent l'espace à l'intérieur.

C'est le plus grand dolmen du midi de la France.

De nombreux vestiges y furent découverts : ossements, tessons, poteries, armes, etc. dont le fameux poignard métallique (voir article dans le Bulletin de la Société Préhistorique Française).

Pour en savoir plus

 

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05 mars 2017

Le moment captif d'un dimanche : oublier de dormir

2017-01-15"Avec les insomnies, on peut faire des bouquets noirs de grandes fleurs friables et crissantes comme le sable sous les dents." [Jean-Claude Pirotte]

Elle revient toujours cette vieille amie. Mon insomnie chérie.

Elle me quitte parfois pour quelques nuits. Elle se cache, fait semblant de m'oublier. Elle me donne tous les espoirs, mais jamais pour longtemps. Elle revient toujours celle qui sans cesse me poursuit. Mon insomnie chérie.

Elle revient blanchir mes nuits. Elle égratigne mes pensées ; les torture et les déforme. Elle les peint en noir. Elle les transforme en pantins difformes et grimaçants. Encore une fois elle est revenue cette cruelle ennemie. Mon insomnie chérie.

Elle me rejoint tranquillement chaque nuit. Elle devient une habitude. Elle est confortable. Je la connais. Je connais sa noirceur, sa fragilité, sa monstruosité. C'est une vieille connaissance. Elle reviendra toujours celle qui épuise ma vie. Mon insomnie chérie.

" Elles sont bien noires, les pensées des nuits blanches." [Edmond et Jules de Goncourt]

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02 mars 2017

Le gars des pogos d'Éric Godin

pogosLe gars des pogos : roman /Éric Godin. — Rosemère (Québec): Éritions Pierre Tisseyre, [2014]. – 143 p. ; 20 cm. – ISBN 9782896333004

Quatrième de couverture

Que tous ceux qui ont lu Si j’étais une baleine lèvent la main! Personne… Pour Stéphane, c’en est trop! Trois ans pour écrire un chef-d’oeuvre. Des milliers d’heures pour en sculpter chaque phrase. Tout ça pour… trois cents exemplaires vendus! Entre son ami George qui peine à lire l’arrière des boîtes de céréales et son éditeur qui ferait tout aussi bien de vendre des plats Tupperware, Stéphane se demande où sont passés les lecteurs du temps jadis. À son grand dam, il les découvre au rayon des livres de cuisine… Voilà donc à quoi doit s’abaisser un auteur pour se faire connaître. Rédiger des recettes! Ah! et pourquoi pas? Après tout, ça ne peut pas être bien compliqué… Suffit de trouver un thème facile. Les pogos par exemple… Ainsi débute pour Stéphane une aventure unique, celle d’un canular qui s’avérera on ne peut plus indigeste!

L’auteur

Éric Godin est né en 1982. Il est originaire du village Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier aupogos2Québec. Il publie son premier roman en 2009.

Bibliographie

  • Personne n’aime Robin (2009)
  • Apprendre à compter (2013)
  • La brute et la belle (2014)
  • Le gars des pogos (2014)
  • Le sac d’arachides ; Le flâneur (nouvelles) (2016)

Mes commentaires

J'avais envie de lire quelque chose de léger et rapide. J'étais en général pas mal fatiguée et les vacances semblaient loin. Il fallait que je relaxe mon cerveau et que je lise léger. J'ai donc pris un livre qui avait retenu mon attention lors de son arrivé à la bibliothèque il y a quelques années. Le titre m'avait fait sourire, j'avais fait une grimace à la vue de la couverture et la quatrième de couverture m'avait intéressée. Et génial, il ne faisait que 143 pages.

La quatrième de couverture résume assez bien le livre. Le roman nous présente donc un écrivain dont le livre ne se vend pas en librairie et qui se sent incompris. On ne reconnaît pas immense talent, son génie littéraire. Il est découragé mas surtout en colère. Les gens ne semblent plus lire de la "vraie" littérature - même son meilleur ami n'a pas lu son roman. Qu'est-ce que les gens lisent ? Quels sont les meilleurs vendeurs en librairie ? Les livres de cuisine.

(Et en fait, je dois vraiment confirmer la chose... la quantité de livres de cuisine que nous achetons par mois est incroyable et désespérant ... Et les gens empruntent, empruntent, empruntent. Ce que je trouve vraiment extraordinaire et bizarre, car qu'aujourd'hui, on n'a qu'à entrer quelques ingérdients sur Google et hop, on a la recette. Enfin.)

Et bien merde, se dit-il, je vais en écrire un, livre de cuisine, et n'importe comment en plus ! Et c'est ce qu'il fait, en quelques heures, il pond différentes recettes avec le pogo comme ingrédient principal. Il s'amuse ferme. Et puis, il envoie son manuscrit à son éditeur. Et là, coup de théâtre... on veut le publier ! On lui demande d'autres recettes. Évidemment qu'on va découvrir que c'est du n'importe quoi, qu'il se dit. Mais non. Le livre est publié, a un immense succès. Il est invité partout. Il ne peut croire qu'on croit que c'est un vrai livre de recettes. Il est au désespoir, encore plus découragé et au bord de la dépression. Vive la littérature ! Et les pogos !

Le livre est amusant. Et j'ai souri à plusieurs reprises. Spécialement à la lecture des recettes de pogos que l'on retrouve à la fin. Car ouf... c'est en effet assez drôle et les recettes sont littéralement ridicules. Et j'ose espérer qu'un tel livre n'aurait pas été vraiment publié. J'espère vraiment beaucoup.

Il est bien sûr évident de comprendre ce que le roman de Godin dénonce : le milieu de l'édition, le lectorat et les auteurs. Le milieu de l'édition si brutal, difficile, cruel, mais qui a des règles, des impératifs impitoyables à suivre. Le lectorat qui aime ou n'aime pas, sans pitié et avec intransigeance. Et les auteurs qui versent leur coeur, âme, leur vie dans leur oeuvre et qui espèrent, croient, sont convaincus que tout le monde va comprendre et adorer leurs mots. Et ceux qui se prennent trop au sérieux. 

Le roman est facile à lire, simple et sans surprises. Mais c'est agréable à lire. Et c'est ce que je voulais. Et j'ai même failli acheter des pogos à l'épicerie.

Les mots de l’auteur

« Son pari étant qu’un livre de recettes ne lui rapporterait pas beaucoup, mais le ferait probablement connaître un peu plus, il décide d’y investir le moins de temps possible. Aussi choisit-il de consacrer son ouvrage au mets le plus ridicule qui soit. Si ridicule que, bientôt, le projet qui devait l’aider à se faire connaître devient une pure séance de défoulement et de dérision seyant beaucoup mieux à l’écrivain que de basses manœuvres publicitaires. » p.[50]

Pour en savoir un peu plus…

27 février 2017

L'Alpha de Nadia Bouzid

alpha2L’Alpha : roman / Nadia Bouzid. — [Paris] : Plon, c2012. – 174 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-259-21815-3

Quatrième de couverture

Depuis qu’elle s’est réveillée dans cette maison sinistre et encombrée de vieilleries poussiéreuses, Léo a l’impression de vivre hors du monde. Mais elle n’a pas vraiment le choix depuis qu’un incendie a ravagé son immeuble et qu’elle a échoué à L’Alpha, le vieux cinéma d’art et d’essai du quartier. Andrea, la propriétaire, lui a proposé un étrange marché : la loger en échange d’un travail… qui tarde à venir.

En attendant, Léo se voit confier des tâches plus absurdes et insensées les unes que les autres. Andrea est impénétrable, autoritaire, souvent bizarre. Inquiétante à l’image de sa maison, où elle se déplace en silence, surgissant à l’improviste. Bientôt, Léo a l’impression d’être surveillée par les murs eux-mêmes et finit par ne plus savoir qui elle est, ni ce qu’elle fait là.

Que lui veut Andrea ? Pourquoi personne ne doit-il savoir où elle vit ? Quels sont ces bruits qu’elle entend dans la maison ?alpha1

L’auteur

Nadia Bouzid est née à Strasbourg en France en 1970. Elle a exercé plusieurs métiers, dont factrice, gardienne de musée, régisseuse cinéma et professeur de philosophie. Elle travaille aujourd'ui aux Archives nationales. Elle publie son premier roman, Quand Beretta est morte, en 2008.

 Bibliographie

  • Quand Berreta est morte (2008)
  • L'Alpha (2012)
  • Toujours moins (2015)

Mes commentaires

Léo adore le cinéma et va régulièrement voir des films à l'Alpha, un vieux cinéma d'art et d'essai. Lorsque son immeuble passe au feu, elle va tout naturellement se réfugier à l'Alpha. La propriétaire, Andrea, l'accueille pour la nuit. Et le roman débute avec Léo qui se réveille dans une chambre inconnue et qui s'invente une nouvelle vie. C'est sous le nom de Camille qu'elle accepte la proposition d'Andrea de rester avec elle dans l'immeuble qui habrite le cinéma et d'accomplir pour elle certaines tâches.

Alors qu'au début, les tâches exigées d'elle semblent n'avoir aucun sens, on comprend rapidement qu'Andrea teste la jeune fille et que bientôt, Léo saura pourquoi la propriétaire du cinéma l'a vraiment accueuillie chez elle.

Le roman est très court. Vraiment très court. Le suspense s'installe tranquillement et il semble manquer de pages pour vraiment nous saisir. Ce qui est décevant. Et surtout dommage. Car le roman m'a immédiatement conquise et séduite. J'ai été tout de suite captivée par l'intrigue et par les mots de l'auteure. Les premiers chapitres sont remplis d'un suspense très bien dosé et mené. Qui est vraiment Léo ? pourquoi change-t-elle d'identité ? qui est Andrea ? pourquoi accueille-t-elle Léo/Camille chez elle ? qu'est-ce qu'elle veut en échange ?

L'ambiance est tendue, étrange, parfaite. On se prend au jeu ; on veut savoir. Mais tout reste en surface. Car c'est trop court. On ne sait pratiquement rien des personnages principaux et rien du tout de certains personnages secondaires qui sont brièvement introduits - non, mais je voulais en savoir plus de cette caissière qui fabrique d'étranges poupées. Que de possibilités dans ces pages... Tout est si intriguant, complexe, visuel, cinématographique. Et inexploité.

Et puis, la fin. Correcte, sinistre, intéressante, parfaite... mais prévisible et conventionnelle. J'ai déjà vu et lu ce dénouement souvent. Cela ne me dérange pas comme tel, mais j'aurais aimé plus de texte, plus de contenu... plus de développement pour en venir à cette fin. Car l'auteur sait écrire, sait nous envelopper de son texte. Mais j'ai eu l'impression qu'elle ne fait qu'effeurer son propos. Elle ne semble pas avoir été au bout de ses idées. Identité, dépossession, manipulation, mensonges, secrets, ... Elle aurait pu explorer plus en profondeur la noirceur de son histoire et de ses personnages. Un roman envoûtant mais inachevé, selon moi.

Les mots de l’auteur

"Pauvre  Léo, j’ai repensée. Léo était quelqu’un, ou au moins le serait devenue, à force, mais Camille. Camille faisait ce qu’on lui disait de faire, Camille s’habillait, se maquillait, lisait, agissait exactement comme Andrea le lui demandait. C’était une marionnette sans personnalité, une poupée comme celle que Sonia était en train de fabriquer, un golem modelé dans de l’argile." pp. 81-82

Pour en savoir un peu plus…

 

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22 février 2017

Bondrée d'Andrée A. Michaud

Bondree1Bondrée / Andrée A. Michaud. — Montréal : Québec Amérique, [2014]. – 296 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-7644-2505-3

Quatrième de couverture

Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur dont le souvenir ne sera bientôt plus que légende. Le temps est au rire et à l’insouciance. Sissy et Zaza dansent le hula hoop sur le sable chaud, les enfants courent sur la plage et la radio grésille les succès de l’heure. On croit presque au bonheur, puis les pièges de Landry ressurgissent de la terre, et Zaza disparaît, et le ciel s’ennuage.

L’auteur

Andrée A. Michaud est née en 1957 à Saint-Sébastien-de-Frontenac en Estrie au Québec. Elle fait des études en philosophie, en cinéma et en liguistique à l'Université Laval à Québec. Elle fait également une maîtrise en Études littéraires à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Pendant ses études à l'Université Laval, elle travaille dans un groupe de recherche en histoire du cinéma. Elle publie son premier roman, La femme de Sath, en 1987. En plus d'écrire, elle est également rédactrice et réviseure.

Elle reçoit de nombreux prix, entre autre le Prix du Gouverneur général et le Prix littéraire des collégiennes et des collégiens en 2001 pour son roman Le Ravissement, le Prix Ringuet en 2007 pour Mirror Lake, le Prix Saint-Pacôme, le Prix du Gouverneur général et le Prix Arthur-Ellis pour Bondrée. Son roman Mirror Lake sera adapté au cinéma en 2013 sousBondree2 le titre Lac Mystère.

Bibliographie

  • La femme de Sath (1987)
  • Portraits d'après modèles (1991)
  • Alias Charlie (1994)
  • Cette petite chose (théâtre) (1997)
  • Les derniers jours de Noah Eisenbaum (1998)
  • Un paysage/Eine Landschaft/A Lanscape (théâtre) (2000)
  • Le Ravissement (2001)
  • Projections (2003)
  • Le pendu des Trempes (2004)
  • Mirror Lake (2006)
  • Lazy Bird (2010)
  • Rivière Tremblante (2011)
  • Bondrée (2013)

Mes commentaires

Le roman se déroule en 1967. Chaque été les Duchamp passent leurs vacances à Bondary Pond, un petit lac près de la frontière américaine, entouré de denses forêts et rebaptisé Bondrée. Comme chaque été, ils retrouvent leur chalet et les autres vacanciers - anglophones et francophones - qui reviennent chaque année. Il fait chaud et les jours passent lentement pour la petite Andrée Duchamp ; son activité préférée étant de suivre et d'admirer Zaza et Sissy, deux adolescentes américaines, belles, vivantes, effrontées et un brin trop dégourdies.

Mais les vacances ne se déroulent pas comme prévus. C'est d'abord le corps de Zaza que l'on retrouve dans les bois, prise dans un piège à ours. Bien que l'enquête finit par conclure à un accident, l'atmosphère dans la petite colonie de vacanciers est lourde. Les gens se sentent impuissants face à la situation et se rapprochent - anglophones et francophones - et une nouvelle solidarité s'installe. Unis dans le malheur.

Les deux enquêteurs sont eux aussi inconfortables avec le résultat. Mais ce n'est que lorsque le corps de Sissy est aussi retrouvé pris dans un piège à ours que les enquêteurs peuvent conclure à des meurtres. Un meurtrier est en liberté dans la région et s'attaque aux jeunes filles.

C'est alors que l'atmosphère déjà lourde et triste se transforme et laisse place à la peur, l'angoisse et la paranoïa. Les gens sont dévastés. Les parents surveillent les enfants. Les voisins s'espionnent. L'endroit où les gens venaient se reposer et oublier leurs soucis s'est transformé en un lieu menaçant, un lieu qui ne sera plus jamais comme avant.

Le roman est à voix multiples et la narration change constamment de point de vue. Mais une voix se distingue et c'est celle de la petite Andrée Duchamp. Et bien que le roman soit bien un roman policier et que nous suivons l'enquête au fil des chapitres, c'est aussi le roman de la fin de l'enfance d'Andrée. C'est le récit de son passage de l'enfance à l'adolescence. Elle perd petit à petit son innocence et son insouciance. Elle se voit confrontée à la dure réalité du monde et elle voit la vie, ses proches, les gens qui l'entourent avec de nouveaux yeux. Elle change et grandit au cours de cet été.

Le roman est donc multiple : roman policier, roman psychologique, roman initiatique. L'auteur mélange savamment les genres et son écriture est solide. J'ai tout de même eu un peu de difficulté à entrer dans le roman. Le roman avançait lentement à mes yeux, un peu comme cet été torride. Mais une fois que je me suis laissée prendre par ce rythme lent, par cette mise en place de l'histoire, j'ai pu apprécier les mots de l'auteur. Et puis, le roman accélère un peu. L'enquête avance, la tension monte petit à petit. Et puis, on se rend compte qu'on est pris dans l'intrigue et qu'on veut en savoir plus. Et on veut connaître les personnages. Car si à mes yeux Andrée restait au centre du roman, les autres personnages sont devenus de plus en plus importants. L'auteur nous les rend vivants. C'est toute une communauté qui prend vie.

J'ai beaucoup aimé la plume de l'auteur. J'ai aimé son approche et son dosage entre les genres. Le roman passe d'un été tranquille à un été inquiétant, oppressant. Et nous sommes témoins de cette transformation. Bondrée et ses vacanciers ne seront plus jamais les mêmes.

Les mots de l’auteur

« Ferme les rideaux, Andrée, avait murmuré ma mère d’une voix si lasse qu’on y décelait la lourdeur de tout ce qu’elle redoutait. Quand elle prenait cette voix, on entendait le futur qui se précipitait vers nous avec ses gros sabots et on avait envie de se cacher six pieds sous terre, comme si le futur ne savait pas où nous trouver. La tête basse, elle se tenait sur le tapis de l’entrée, face à la porte, mais elle ne devait rien voir de son reflet dans la fenêtre. Ses cheveux et ses vêtements étaient trempés, son rimmel coulait et elle semblait vidée de toute énergie. Je n’avais vu ma mère dans cet état qu’au décès de son père, grand-papa Fred. Pendant des semaines, après l’enterrement de papy, elle disparaissait à tout bout de champ. Son corps demeurait là, penché au-dessus de l’évier ou du comptoir de la cuisine, mais ce que constituait ma mère s’était volatilisé. Ses mains demeuraient suspendues dans le vide, nos questions glissaient sur ses oreilles et il fallait qu’elle échappe son couteau ou sa patate pour réintégrer son corps. Ces absences m’effrayaient, car la fausse grimace qui figeait alors ses traits appartenait à une inconnue que je n’aurais pas voulu croiser dans le noir. » p. 53

Pour en savoir un peu plus…

19 février 2017

Le moment captif d'un dimanche : réalité

2017-01« Regarder un atome le change, regarder un homme le transforme, regarder l'avenir le bouleverse. » [Gaston Berger]

Ne rien vouloir voir. Ne pas vouloir regarder l'avenir. Faire semblant de ne plus voir le passé. Vouloir l'effacer. Dire qu'on l'a oublié. Puis baisser la tête et se retourner. Se laisser envahir par les images. Des instants importants, des moments anodins. Voir des mirages, des illusions, des rêves brisés, des chutes et des mensonges, des excuses et des échecs.

Baisser à nouveau la tête. Fermer les yeux. Ne plus vouloir voir. Puis soupirer et relever la tête. Se retourner et regarder une autre fois derrière soi. Et puis voir aussi les succès, les victoires, les espoirs, les conquêtes, les idées, les efforts, les plans. Sourire. Les échecs, les succès, tous ces moments sont importants.

Et donc, on se retourne vers le futur. On est prêt à le regarder. On se sent la force de l'affronter. Et peut-être de le changer. Sourire même si on a peur. Mettre son chapeau, son manteau, prendre ses lunettes et regarder le plus loin qu'on peut. Et on avance.

« Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur. » [Winston Churchill]

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14 février 2017

Rapprochement

2017-02-14"Il faut se ressembler un peu pour se comprendre, mais il faut être un peu différent pour s'aimer." [Paul Géraldy]

Qui se ressemble s'assemble, dit le dicton. Mais un autre dicton dit aussi que les contraires s'attirent. Qui croire ? Qui croire, je vous demande ?!?

D'un côté, avoir quelque chose en commun, c'est normal. C'est ce qui nous rapproche. On partage, on se comprend. On rit et on s'insurge ensemble. Mais sans nos différences ce serait bien monotone. Il n'y aurait auncune surprise, aucun émerveillement.

Finalement nos différences ne font-elles qu'on se ressemble un peu ?

 

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09 février 2017

Vingt-quatre mille baisers de Françoise De Luca

24Vingt-quatre mille baisers : nouvelles /Françoise De Luca. — Montréal : Marchand de feuilles, c2008. – 102 p. ; 18 cm. – ISBN 978-2-922944-43-3

Quatrième de couverture

Les nouvelles de Vingt-quatre mille baisers explorent la genèse de l'amour. Des petits abandons de l'enfance aux femmes enchanteresses en passant par les élans littéraires qui font voyager, ces textes brefs nous offrent les talismans du coeur et posent une grande question hypnotique: Comment devient-on qui on est? Avec en filigrane la chanson italienne. Un baume pour le myocarde.

L’auteur

Françoise de Luca est né à San Giovanni in Fiori en Italie.

Elle a grandi en France. Elle a licence en journalisme du Centre universitaire d'enseignement du journalisme de Strasbourg. Elle fait ensuite des études en Lettres et détient une maîtrise de l'Université de Reims. Elle fait ensuite des études en arts à Avignon. 243

Elle travaille comme journaliste et comme enseignante dans diverses régions de France.

Elle s'installe à Montréal au Québec en 2000 et publie son premier roman, Pascale, en 2003.

Bibliographie

  • Pascale (2003)
  • Vingt-quatre mille baisers (nouvelles) (2008)
  • Jason et la tortue des bois (jeunesse) (2011)
  • Sèna (2015)
  • Reine (2015)

Mes commentaires

Bon, je n'aime pas les nouvelles. Même si les recueils de nouvelles dont j'ai parlé ici, je les ai généralement bien aimés. Je ne choisis jamais de lire des nouvelles. Disons, qu'elles viennent à moi ? Parfois c'est parce que j'aime le titre.  Cette fois, c'est la couverture. Celle-ci m'obsédait littéralement.  Et donc, j'ai pris le livre. À ce moment-là, je ne me souvenais même pas qu'il contenait des nouvelles. Et je ne voyais pas le lien entre l'image et le titre. Nos choix de lecture ont parfois des raisons étranges.

Le livre de Françoise De Luca qui n'a que 109 pages, renferme 9 nouvelles très courtes. Les textes sont très poétiques. Et j'ai parfois eu l'impression de lire de longs poèmes plutôt que des histoires. Chaque nouvelle tourne autout de l'amour. L'amour parental, l'amour de la langue, de la musique, des livres, l'amour de l'ailleurs, de ses racines et de l'autre.

Les souvenirs d'enfance, les quêtes d'identité, les désirs de l'ailleurs... on a parfois l'impression que l'auteur se livre, se dévoile. Sûrement un peu. Sûrement pas tout. Les histoires sont des moments, des vies... une enfant qui aime la langue, un premier amour, une mère malade qui va mourir, ce sont des histoires d'amour.

Les textes sont très beaux. Mais contrairement à d'autres avis, je les ai trouvés parfois un peu empesés. Et surtout pas sobres ou dépourvus de fioritures, comme on le dit parfois. L'auteur nous offre des textes pleins de poésie, d'ivresse et de musique. Parfois, j'aurais aimé lire une histoire, connaître un peu les personnages, en savoir un peu plus. Mais l'auteur préfère nous livrer des notes, des mots, des moments, des instants... parfois intimes, parfois sensuels, parfois tristes, mélancoliques ou réconfortants. 

J'ai bien aimé mais je ne le recommenderais pas à tout le monde. Ou plutôt, je dirais qu'il faut savoir aller à la rencontre de ce livre. Et il faut le lire au bon moment pour pouvoir l'aimer.

Les mots de l’auteur

« Je dois à un livre une nuit étrange. Une nuit déviée de son cours, sortie de son lit, une parenthèse du hasard.» p. [41]

« Les rêves d’enfant ne déçoivent pas. Peut-être parce qu’ils n’ont pas de contours  nets, parce qu’ils sont flous et ouverts. Parce qu’ils ne sont qu’un point de départ, souvent juste un désir qui s’est planté dans la mémoire et qui grandit, qui fait son chemin, qui tisse une petite pelote de fils transparents. » p. [49]

Pour en savoir un peu plus…

 

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05 février 2017

Le moment captif d'un dimanche : simplement s'entortiller

2017-06« Dans la nature, rien n'est parfait et tout est parfait: un arbre peut être tordu et ses branches tourmentées, il est toujours beau.» [Alice Walker]

Tu te sens tout croche. Tu te crois difforme, tu te sais différent. Chaque jour, tu aimerais être semblable aux autres. Mais tu sais que cela ne sera jamais possible.

Tu baisses la tête. Tu te courbes. Tu n'oses pas lever la tête. Pourtant, on t'a toujours dit que tu étais magnifique. Que peu importe tes imperfections, tes bosses, tes difformités, tu étais unique et exceptionnel.

Mais c'est difficile. Tu ne sais plus. Tu ne sais pas. Tu doutes. On t'a menti. On t'a sûrement menti. Parce que pourquoi on devrait te trouver beau. Tu es courbé, tu es cassé. Tu ne te sens pas à la hauteur. Tu penses être trop différent pour qu'on t'aime.

On te dit que tu es beau. Tu es unique. Tu doutes. Mais tu regardes autour de toi. Et quand tu ouvres tes yeux, tu vois finalement toutes les imperfections. Toutes ces imperfections. Et tu te sens moins seul. Tu te dis que tu aimes. Et qu'on peut bien t'aimer.

« Il n'y a point de forêt sans arbres tordus ». [Proverbe Bulgare]

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23 janvier 2017

Madame Victoria de Catherine Leroux

Victoria2Madame Victoria / Catherine Leroux. — Québec (Québec) : Alto, [2015]. – 195 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-89694-192-6

Quatrième de couverture

A l'été 2001, un squelette apparaît à l'orée d'un petit bois, à quelques pas de l'Hôpital Royal Victoria à Montréal. Une enquête s'amorce, qui deviendra une quête : découvrir l'identité de cette femme morte sans bruit. Mais toutes les pistes mènent à l'impasse ; celle qu'on a baptisée madame Victoria continue d'attendre que quelqu'un prononce son nom.

Aujourd'hui, la fiction prend le relais.

A partir d'une série de portraits de femmes, Catherine Leroux décline les vies potentielles de son héroïne avec une grande liberté. D'abord nettes comme le jour, ses hypothèses plongent de plus en plus loin dans l'imaginaire, comme des flèches filant vers un point où la mémoire et l'invention se confondent, vers un minuit où tout est possible, jusqu'au dernier souffle.

L’auteur

Catherine Leroux est né à Rosemère au Québec en 1979. Après avoir eu divers emplois (caissière, Victoria1téléphoniste, barmaid, commis de bibliothèque, bergère, journaliste, etc.), elle publie son premier roman, La marche en forêt, en 2011. Son deuxième roman Le Mur mitoyen publié en 2013 a remporté le Prix littéraire France-Québec en 2014. En 2015, elle publie sa troisième oeuvre Madame Victoria qui remporte en 2016 le Prix Adrienne-Choquette. Elle habite maintenant à Montréal.

Bibliographie

  • La marche en forêt (2011)
  • Le mur mitoyen (2013)
  • Madame Victoria (nouvelles) (2015)

Mes commentaires

Roman ou nouvelles ? C'est bizarre, quand j'ai lu Madame Victoria, je ne me suis pas vraiment questionnée. J'ai lu les différentes déclinaisons d'une inconnue comme des parcelles de vies sans lien entre elles. Un fil conducteur oui, mais des histoires différentes. Et puis est venu le temps de rédiger ce billet. Et puis là, je ne sais plus comment décrire le/les texte/s de Leroux. Roman ? Nouvelles ? Les avis sont partagés. Et je suis partagée. Je vais donc mettre les deux dans mes "tags"... aux lecteurs de faire leur propre idée.

Un fait divers réel a inspirée l'auteure. Le 26 janvier 2011, l'émission Enquête diffusait un premier reportage sur la découverte en 2001 du cadavre d'une femme non identifiée dans un stationnement de l'Hôpital Royal-Victoria à Montréal. La mort de la femme remontrerait à 1999 et le reportage tentait de découvrir l'identité de celle qu'on a surnommé "Madame Victoria". Même la célèbre auteure et anthropologue judiciaire Kathy Reichs a participé à l'enquête. À la suite du premier reportage, de nouveaux éléments parviennent aux enquêteurs et un second reportage est diffusé.

Catherine Leroux voit le reportage d'Enquête et décide d'imaginer qui a pu être cette femme inconnue. Et elle nous livre de nombreuses Victoria toutes différentes les unes des autres mais toutes liées dans leur mort anonyme et solitaire. Ces femmes, une dizaine au total, sont toutes différentes mais semblent toute mourir dans l'indifférence ; qu'elles aient été journaliste, comptable, fille-mère, gardienne,...

Si les textes de Leroux sont tout d'abord près des faits connus et rapportés dans le reportage, petit à petit, ils s'en éloignent. Elle remonte le temps, ces personnages vivent aujourd'hui ou dans un autre siècle - passé ou futur. Certaines Victoria sont réalistes, d'autres improbables et impossibles. Et le surnaturel, et même la science-fiction, frôlent certaines de ces vies. Leroux maniant parfaitement tous ces genres. Les textes m'ont tous parus solides et forts.

Chaque vie est donc une nouvelle histoire et c'est pourquoi j'ai pris les textes comme des nouvelles. L'auteur nous présente à chaque fois, une femme, sa vie et sa mort. Il y a certes un fil conducteur, celui qui a trouvé le cadavre et l'enquête qui est menée, et qui revient périodiquement dans de courts chapitres nous rappelant la prémisse des histoires qui suivent. Mais ensuite chaque histoire est véritablement indépendante. Peut-être peut-on parler de roman choral ? Ou encore peut-être peut-on voir le livre comme un recueil de portraits ? Je ne sais pas. Et je n'ai pas envie de savoir, en fait.

L'auteure avoue avoir été touché par l'histoire de celle qu'on a appelé Madame Victoria. Par la solitude, l'anonymat, la violence de sa mort. Elle a voulu donner un peu de beauté et de poésie à cette femme morte seule et sans nom. Elle ne lui a pas redonné une seule vie, mais une multitude de vies. Et elle nous livre des portraits troublants, bouleversants. Ces femmes sont belles, laides, fortes, faibles, remplies d'amour et de haine, elles sont uniques et multiples.

Les mots de l’auteur

« Le lendemain, Victoria se retrouva en possession d’une lettre élogieuse tissée de mensonges qui, en vantant sa foi, sa modestie et ses prodiges intellectuels, la libérait de la misère des campagnes et des prétendants bouseux que lui réservaient ses parents. » p39

« Enfant, elle était convaincue que le mont Royal était un volcan. Cette légende, véhiculée de génération en génération dans toutes les cours d’écoles montréalaises, prenait appui principalement du cratère. Cette croyance maintenant Clara dans une sublime terreur, dans le sentiment qu’à tout moment quelque chose d’énorme, d’extraordinaire et de tragique pouvait se produire. Le volcan a fait d’office de monstre sous le lit, de bonhomme Sept-Heures, mais aussi de château enchanté, d’ami imaginaire. » p. 191

Pour en savoir un peu plus…

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15 janvier 2017

Le moment captif d'un dimanche : l'envolée

2017-05"La pensée a des ailes. Nul ne peut arrêter son envol." [Youssef Chahine]

Je vire, je volte, je virevolte ; je tourne, je billonne, je tourbillonne. Je m'échappe, je m'envole, et puis je m'évapore. Absence de ciel, absence d'infini. Mes mots sans sens, ni direction, dansent vaillamment.

Je connais des mots majestueux, pas nécessairement des grossièretés, mais plutôt des impressionnabilités. Des mots qui voltigent et flottent dans ma tête. Des mots compliqués, des mots simples. Des envies de crier et des envies de rire. Une histoire à raconter. Des verbes à utiliser. Des verbes pour vivre. Pour décrire mes vertiges.

Les mots s'échappent. Ils m'échappent. Ils écrivent des pensées qui n'existent plus. Leurs ailes violent le ciel. Je ne sais plus dire. Je ne sais plus écrire. Je récupère des syllabes et quelques voyelles qui vacillent. Et je recommence.

"Les mots sont des oiseaux sauvages qu'on ne rattrape jamais, une fois lâchés." [Jean Simard]

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01 janvier 2017

Le moment captif d'un dimanche : promesse

9953a"Le monde de la réalité a ses limites ; le monde de l'imagination est sans frontières." [Jean-Jacques Rousseau]

Et bien, la voici cette nouvelle année. Pleine de promesses. Et remplie d'incertitudes. Elle est inexplorée, immaculée. Elle n'est pas innocente, bien sûr. Elle vient avec un bagage riche, éclatant, précieux. Mais aussi avec un sac lourd, oppressant et même parfois embarrassant. Ces moments qu'on veut parfois oublier mais qui sont en nous et nous définissent malgré nous. Malgré tout.

Mais cette nouvelle année est réelle et prête à accueillir les rêves les plus fous. Une nouvelle page qui recevra les joies, les rires, les larmes, les réalisations, les pertes, les moments réels et imaginés de nos vies.

"Chacun recèle en lui une forêt vierge, une étendue de neige où nul oiseau n'a laissé son empreinte."  [Virginia Woolf]

 


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31 décembre 2016

Et encore une fois... demain une nouvelle année

Sommes-nous prêts à changer d'année ?

Laisser aller les moments passés ; les oublier ou les mettre dans une boîte de souvenir.

Laisser arriver les moments inconnus. 

2017JourAn

Et bien, nous n'avons pas le choix ! Alors, voici 2017. Accueillons cette nouvelle année les bras ouverts. Après tout, elle, elle veut bien de nous !

Bonne année à tous !

 

 

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24 décembre 2016

Joyeux Noël !

En attendant les cadeaux et la bonne bouffe en famille,

Mini-Brum vous souhaite un Joyeux Noël !

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23 novembre 2016

Ouvert l'hiver de Sébastien Dulule

OuvertHiver01Ouvert l'hiver / Sébastien Dulude. — Chicoutimi : La Peuplade, [2015]. – 68 p. ; 19 cm. – ISBN 978-2-923530-96-3

Quatrième de couverture

entre c’est ouvert

Une maison s’offre ouverte, débarrée, prête à accueillir qui veut se réchauffer ou dormir, simplement. Tombent de ce calendrier d’hiver quelques poèmes blancs – avec la neige, les yeux et le soir –, s’enchaînent une série de petites pièces ciselées que Sébastien Dulude a voulu glaciales dans leur forme et chaudes dans leur langue. Les engelures, le vin chaud, les tuyaux gelés, le calorifère, la buée, la tempête : ouvert l’hiver dessine ces images connues de notre imaginaire nordique, de part et d’autre de fenêtres brillantes, au bord desquelles le sujet hésite.

Ces poèmes, délicats mais sonores, obsessivement ficelés, aspirent à confondre beauté et rudesse, chaleur et malaise, dans une intimité teintée d’ambiguïté.

L’auteur

Sébastien Dulude est né en 1976 et partage son existence entre Montréal et Trois-Rivières.. Il publie son premier recueil de poésie, chambres,  en 2013. Il a publié dan les revues littéraires Estuaire et Le Sabord et écrit une chronique sur la poésie dans Lettres québécoises. En 2015, il est écrivain en résidence au Salon du livre de Trois-Rivières. Il aime combiner la poésie et la performance et présente régulièrement des spectacles. En 2016, il soutient sa thèse de doctorat en Lettres à l’Université du Québec à Trois-Rivières, plus précisément sur "la performativité dans la poésie québécoise".

Bibliographie

  • chambres (poésie et photographies de performances) (2013)
  • Esthétique de la typographie – Roland Giguère (essai) (2013)
  • ouvert l’hiver (poésie) (2015)

Mes commentaires…

Je ne sais pas s'il faut aimer l'hiver pour lire ces poèmes, mais disons que pour l'amoureuse que je suis de l'hiver, ils m'ont complètement envoûtée. Mais est-ce que ce sont "DES" poèmes ou plutôt "UN" seul long poème qui se poursuit de page en page et nous raconte une seule histoire ? C'est selon. C'est l'un ou l'autre et les deux à la fois. J'ai lu le texte en un instant. Puis, je l'ai relu lentement. Ce fut un moment. Un souffle, un clin d'oeil. Et je l'ai relu et relu. Une fois à haute voix. Il le fallait.

Chaque page nous offre un minuscule poème de trois lignes qui se déplace de page en page. Les premiers poèmes se retrouvent tout en haut des pages puis le recueil se conclue avec des poèmes au bas complètement. J'ai eu l'impression de suivre les mots sur les pages blanches comme s'ils étaient poussés par le vente sur la neige.

Le recueil raconte une histoire. Une histoire d'amour probablement. Ce sont des petits moments entre deux êtres. C'est leur histoire, je suppose. Mais c'est aussi l'histoire d'un lieu, porte, fenêtre, cuisine... et l'histoire de l'hiver. Il fait froid, c'est l'hiver. Même à l'intérieur, il fait froid. Tout est hiver. Tout est froid et blanc. Et pourtant. Tout n'est pas glacial. On sent des moments doux, presque chauds. Ces petits poèmes - qui rappellent évidemment des haïkus sans en être vraiment - sont personnels, intimes.

L'hiver de Sébastien Dulule débute puis se termine. Il recommencera, on s'imagine. Ces poèmes se poursuivent et se suivent. Il imagine, il image. L'auteur joue avec les images. Ces mots sont tourbillonnants et vivants. Ils prennent vie dans notre imagination : "le vent prend ton foulard et le frôle dans mon cou" p. 33 ; "j'ai été suspendu pendant des heures en frimas dans la maison -- la nuit rire sur sa fin et tu te réveilleras : -- je tomberai soudain comme une rosée à tes pieds" p.42

Bien sûr, tout semble froid, dur, glacé, glaçant. L'hiver est vivant, impitoyable, menaçant. Il est dans chaque mot, dans chaque sensation. On le vit, on le voit, on le ressent. Et pourtant, je l'ai aimé cet hiver. Je m'y suis retrouvée. Je m'y suis sentie à l'aise. J'ai grelotté, certes. Mais je m'en suis éprise. Je fut un véritable coup de foudre. Chaque mot m'a trouvée. Retrouvée. Je suis heureuse de retrouver l'hiver.

Les mots de l’auteur

« entre c’est ouvert
mets une couverte sur ma maison
je chauffe pas assez

le foyer est entrouvert
le bois est usé
l’hiver balaie les cendres

l’allée chez toi est gelée
je m’y retrouve mal
l’odeur de l’intérieur évanouie

où tu dors ce soir
le sol y’est-tu assez dur
pour qu’on s’enfonce dans l’hiver
 
» [pp.9-12]

Pour en savoir un peu plus…

  • Article dans Le Devoir
  • Article sur le site Les méconnus
  • Article dans Les Libraires
  • Article sur le site Poème sale
  • Article dans Zone Campus : le Journal des étudiants de l’UQTH
  • Article sur la thèse de l’auteur sur le site En-tête : Nouvelles de l’UQTR
  • Article dans L’Hebdo Journal

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13 novembre 2016

Le moment captif d'un dimanche : s'ensommeiller

2016-11-13"L'insomnie est mauvaise conseillère ; surtout elle exagère les images. Elle transforme facilement l'inquiétude en effroi, l'effroi en épouvante." [Yves Thériault]

Je me couche. J'ai les yeux qui brûlent. Je baille. J'ai de la difficulté à les garder ouverts. Mes yeux sont pleins de sommeil. Je m'endors. Je dors.

Je me réveille. Ce n'est pas le matin. Il fait noir. La lune brille froidement. Toute la maison est endormie. J'écoute le silence. Et les craquements et bruits non identifiés.

Je me tourne. Je ferme les yeux encore une fois. Mais je ne m'endors pas. Je ne dors plus. J'ai le sommeil qui fuit. Et alors je me tourne encore. Et encore. Encore.

J'ouvre les yeux. Les ombres semblent s'agrandir. Elles bougent, se transforment. Je ferme les yeux. Je me tourne. J'essaie de penser à autre chose. Je pense à des petites choses, de petits événements. Et je ne les comprends plus. Je suis certaine d'avoir oublié quelque chose. J'angoisse. Puis, pendant un moment, je sais ce que j'ai oublié. Puis, je l'oublie. Je me tourne. J'ouvre les yeux.

Je referme les yeux. J'ai l'impression de dormillonner. Je crois bien que je dors un peu puisque j'ai l'impression de me souvenir de rêves. Des images se faufilent dans ma tête. J'ouvre les yeux. Les images sont toujours là. Je ne rêve pas. Je rêve éveillée. Mes rêves sont des réalités voilées. Je suis inquiète. Ma chambre semble peuplée de monstres. J'ai peur. Je ferme les yeux.

J'ouvre les yeux. Je les frotte. Il n'y a rien. Je ne vois rien. Je ne dors pas. Mais les images étaient pourtant remplies de poésie. Je me dis que je me rappelerai ces poèmes au matin. Je me tourne. La lune brille un peu moins. Les petits oiseaux commencent à gazouiller. Il fait encore noir. Plusieurs heures ont passé. Et le matin pointe le nez.

Je me tourne. Je sens le sommeil revenir. Je dors à nouveau. Enfin. Mais pour peu de temps. Bientôt, il faut se réveiller pour de bon. J'ouvre les yeux. Je soupire. Je me lève. Je ne me rappelle plus. Que des images effacées. Je suis fatiguée.

Et ce, chaque nuit.

"La poésie vit d'insomnie perpétuelle." [René Char]

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10 novembre 2016

Triste semaine...

Aujourd'hui, une autre triste nouvelle... Sa musique, sa voix, mais surtout ses mots m'ont envoûtée, ensorcelée, LCréconfortée, fait parfois pleurer...

Et pour ne pas passer ce départ sous silence, voici des mots qui résument tous les événements de cette triste semaine...

Leonard Cohen - Democracy

Democracy

[Leonard Cohen]

It's coming through a hole in the air
From those nights in Tiananmen Square
It's coming from the feel
That this ain't exactly real
Or it's real, but it ain't exactly there
From the wars against disorder
From the sirens night and day
From the fires of the homeless
From the ashes of the gay
Democracy is coming to the USA

It's coming through a crack in the wall
On a visionary flood of alcohol
From the staggering account
Of the Sermon on the Mount
Which I don't pretend to understand at all
It's coming from the silence
On the dock of the bay,
From the brave, the bold, the battered
Heart of Chevrolet
Democracy is coming to the USA

It's coming from the sorrow in the street
The holy places where the races meet
From the homicidal bitchin'
That goes down in every kitchen
To determine who will serve and who will eat
From the wells of disappointment
Where the women kneel to pray
For the grace of God in the desert here
And the desert far away:
Democracy is coming to the USA

Sail on, sail on
Oh mighty ship of State
To the shores of need
Past the reefs of greed
Through the Squalls of hate
Sail on, sail on, sail on, sail on

It's coming to America first
The cradle of the best and of the worst
It's here they got the range
And the machinery for change
And it's here they got the spiritual thirst
It's here the family's broken
And it's here the lonely say
That the heart has got to open
In a fundamental way
Democracy is coming to the USA

It's coming from the women and the men
Oh baby, we'll be making love again
We'll be going down so deep
The river's going to weep,
And the mountain's going to shout Amen
It's coming like the tidal flood
Beneath the lunar sway
Imperial, mysterious
In amorous array
Democracy is coming to the USA

Sail on, sail on
O mighty ship of State
To the shores of need
Past the reefs of greed
Through the squalls of hate
Sail on, sail on, sail on, sail on

I'm sentimental, if you know what I mean
I love the country but I can't stand the scene
And I'm neither left or right
I'm just staying home tonight
Getting lost in that hopeless little screen
But I'm stubborn as those garbage bags
As time cannot decay
I'm junk but I'm still holding up this little wild bouquet
Democracy is coming to the USA
To the USA

Et pour aller plus loin... ses propres mots sur cette chanson.

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09 novembre 2016

Je ne veux plus rien entendre

J'ai les yeux rouges, j'ai mal à la tête et j'ai mal au coeur depuis hier soir. Je me bouche les oreilles... je ne peux y croire. Ce n'est pas possible. J'ai peur. C'est inimaginable, mais tristement, pas surprenant. J'espérais cependant. Je ne suis plus capable d'en parler alors je vais me taire.

Je suis découragée. Et j'ai peur.

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31 octobre 2016

Joyeuse Halloween !

"Je rigole face au danger, ensuite je cherche un trou pour me cacher"

[Xander dans Buffy, the Vapire Slayer]

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C'est le temps des fantômes, des squelettes, des citrouilles et 

des peurs contrôlées - ou non !

Joyeuse Halloween !

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