Quelques pages d'un autre livre ouvert...

14 janvier 2018

Le moment captif d'un dimanche : se consacrer

2017-11-05 (2)"Religion : une affaire du dimanche" [Georg Christoph Lichtenberg]

Une petite église de village. Une église à visiter. Une autre. Tant de belles églises à visiter. Nous poussons la porte doucement. On ne veut pas déranger. Il n'y a aucun bruit. On entre.

Et puis, il est là. Il garde l'entrée. On arrête. On ne bouge plus. On ne sait trop que faire. Doit-on lui demander la permission d'entrer ? Il nous regarde. Non. Il nous fixe. Il semble voir notre âme. Si nous avions une âme. De toute façon, il semble nous voir complètement.

Il ne bouge pas. Ses yeux, intenses, nous paralysent. Il devine nos pensées, nos peurs, nos erreurs et nos espoirs. Il nous connaît. Il nous reconnaît. Il est omniprésent. Omnipotent. Éternel.

Je m'approche. Je lui touche la tête. Il ferme les yeux et ronronne.

"Une société d'athées inventerait aussitôt une religion" [Honoré de Balzac]

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06 janvier 2018

Au détour d’une route sinueuse

Lors de notre vie à Barcelone, nous avons essayé de profiter au maximum de la région. Nous avons visité les endroits plus connus : Figueres, Tarragona,DSC_4315 Sitges, Girona, … Mais nous avons aussi voulu voir les endroits moins connus.

Alors, parfois, pour une fin de semaine ou même juste pour la journée, nous prenions la route pour découvrir petits villages, dolmens, abbayes,… Nous prenions souvent la côte, mais cette fois-ci, nous avons pris une route loin de la côte, nous dirigeant directement dans les Pyrénées. Notre guide nous donnait le nom de deux petits villages à visiter : Rupit et Beget. Pas d’étoiles, dans le guide, mais nous avons tout de même mis le cap pour Beget. 

La route fut longue. Très longue et très, très, très tortueuse. Je dirais même, interminable. Au milieu des montagnes. Nous commencions à regretter notre décision, quand enfin, le village est soudainement apparu.

De façon complètement inattendu et totalement hors du temps. Beget est un village incroyablement bien préservé. Bien sûr, il s’est modernisé mais quand on arrive dans ses rues pavées inégales, quand on voit ses ponts et ses maisons de pierres, on a vraiment l’impression de reculer dans le temps. Son église, l’Église de Sant Cristòfal, est particulièrement remarquable et semble légèrement disproportionnée pour ce petit village.

DSC_5881Nous garons la voiture à l’extérieur du village et commençons à nous promener dans les petites rues tortueuses. Les maisons sont toutes en pierre et ont de jolis balcons en bois – dont plusieurs sont décorés de petits animaux en plâtre.

Nous nous sentons complètement envoûter par Beget. Chaque pas, nous fait découvrir une maison ou une petite rue qui nous semble unique. Nous avons déjà visité plusieurs villages de ce genre, en Espagne, en France, en Allemagne… mais bizarrement, Beget nous émeut. Et puis, il y a ce cours d’eau qui traverse le village et les magnifiques ponts qui divisent le village en différents secteurs.

Le village est petit mais nous ne nous lassons pas de le parcourir. La rivière est aussi très jolie. Et nous décidons de la suivre. Dans le village, elle forme parfois un bassin et quelques personnes s’y baignent. Nous continuons de la suivre et sortons un peu du village. Une route toute bordée d’arbres est parallèle au torrent et nous poursuivons notre marche. La petite route tombe finalement sur un chemin un peu plus grand. De l’autre côté un champ. Nous traversons le chemin et allons sur un petit pont et nous voyons le torrent qui se poursuit au loin. Des gens semblent se baigner dans le torrent, plus loin, où il y a de grandes roches. On dirait qu’il y a aussi un peu plus de mouvement et quelques bassins.

Nous ne voyons pas d’accès près du pont. PisTout suggère alors de passer par le champ. J’hésite… c’est une propriété privée, après tout. Il insiste. JeDSC_5391 finis par céder. C’est que ça semble si beau. Nous retournons à la voiture pour prendre des serviettes et notre lunch. Il est presque 14 h et on commence à avoir faim. Puis nous reprenons le chemin. Une fois près du pont, nous passons sous une petite barrière et entrons dans le champ pour nous rapprocher du torrent. Une fois le champ traversé, le chemin n’est pas facile et je dois parfois m’accrocher aux arbres.

Mais finalement, il est là… et il est magnifique. Plus grand que dans le village, rempli de roches, de petites chutes et beaucoup plus tranquille. Nous marchons encore un peu. Les gens que nous avions vu au loin ne sont plus là. Nous cherchons une belle roche pour pouvoir pique-niquer tranquille. Et pour évidemment se baigner un peu. Et nous trouvons l’endroit parfait. Loin de la route, sur le bord de la rivière, un endroit parfait et magnifique.

Nous tombons absolument en amour avec l’endroit. Et nous y retournerons souvent. Nous avons même parfois fait des détours pour pouvoir voir Beget et surtout pour pouvoir pique-niquer à la rivière.

C’est un long et tortueux détour mais nous ne pouvons résister à l’idée de voir le village et de mettre nos pieds dans le torrent. (Lire le moment captif d’un dimanche)

Nous avons même fait souvent visiter l’endroit à la famille et amis qui venaient nous visiter à Barcelone. Encore une fois, la route est très longue pour s’y rendre et plus d’une personne ont parfois eu des nausées sur la route sinueuse, mais tous ont été émerveillé par le village et tous ont adoré les piques-niques sur le bord de ce superbe cours d’eau perdu dans les Pyrénées.

Beget :

  • Communauté autonome : Catalogne
  • Province : Gerone
  • Région : Ripollès / Alta Garrotxa – Pyrénées orientales 
  • Commune : Camprodon
  • Altitude : 541 m.
  • Population : 27 (2005)
  • Cours d’eau bordant le village : la rivière Beget – source de la rivière Llierca – et le torrent Trull
  • Montagne : Comanegra, Montfalgars

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Le village de Beget existe depuis longtemps et on trouve sa trace comme paroisse depuis 1168. À la fin du XVIIIe siècle il avait 662 habitants et plus de 1 300 en 1860.

En 1969, le village de Beget est incorporé à la municipalité de Camprodon et est aujourd’hui essentiellement composé de résidences secondaires. Le village est déclaré site historique en 1983 – apparemment juste après la construction de la seule route carrossable s’y rendant !

Le noyau urbain est formé de trois secteurs que parcours 2 petits cours d’eau et qui sont connectés par des ponts de pierre. Le village est dominé par l’église romane de San Cristóbal qui se trouve dans le secteur le plus ancien du village et qui conserve un air très médiéval. Elle fut possiblement construite au Xe siècle. Elle renferme une sculpture magnifique, La Majesté de Beget, qui est reconnue comme une des plus belles de Catalogne.

Le village comporte également une petite place, la chapelle de Remei, l’égilse romane de Sant Valenti de Salarsa, une fontaine et une tour.

Pour en connaître un peu plus :

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31 décembre 2017

Le moment captif d'un dimanche : se réfléchir

2017 Noel"L'avenir, c'est du passé en préparation." [Pierre Dac]

C'est le temps de l'année où on se penche sur l'année qui vient de se terminer et où on réfléchit à l'année qui se prépare. C'est ce temps de l'année.

C'est le temps de l'année où on sourit en se rappelant certains moments et on essaie d'en oublier d'autres. Et on se surprend à rêvasser aux moments possibles. On fait des plans, on élabore des stratégies, on fait des résolutions, et on se permet quelques rêves.

C'est ce temps de l'année.

Ce temps où on prend le temps de réfléchir au temps qui passe...

"L'existence est illusoire à moins d'être transposée en réflexion" [Jean Ethier-Blais]

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25 décembre 2017

Joyeux, joyeux Noël !

Père Noël est-il venu faire un tour par chez vous ?

Y a-t-il laissé de l'amour, de la joie, des étoiles et des clochettes ?

Et bien, il est là !

Dans chacun de nos coeurs !

1juillet

Joyeux Noël à toutes et à tous !

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24 décembre 2017

Le moment captif d'un dimanche : noëliser sa vie

2018An"Celui qui n'a pas Noël dans le coeur ne le trouvera jamais au pied d'un arbre" [Roy Lemon Smith]

Aujourd'hui, c'est la veille. C'est l'attente. Mais Noël est une pensée. Un rêve. Irréaliste ? Peut-être. Mais pendant quelques jours, on peut bien laisser les lumières de Noël illuminées notre coeur. Nos coeurs. Ton coeur et mon coeur. On se permet d'être un brin romanesque. C'est la veille de Noël.

Pendant un moment, on se dit que Noël est devenu trop commercial, impersonnel et que les cantiques vont nous rendre fous. Mais le moment que Noël se termine, on attend le prochain.

Parce que que dans le fond, on aime bien se perdre dans les lumières, les boules, les guirlandes, la tourtière, la tarte au sucre et les cadeaux. Parce que c'est la veille de Noël et on a bien le droit !

"Le temps, c'est quand on va d'un Noël à l'autre" [Paul Villeneuve]

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10 décembre 2017

Le moment captif d'un dimanche : chavirer

2017-11-02a"Tout peut basculer si vite dans une vie, si vite que le passé s'efface comme dans un rêve." [Christophe Gans]

Lorsqu'un instant, tu as cru que le monde était stable, tu as oublié de le voir chavirer. Le silence rassurant est soudainement devenu vacarme. Et tu ne te rappelles déjà plus des moments paisibles, des heures tranquilles, des souvenirs doux.

Ton monde est maintenant bouleversé. Tu es tourmenté par les incertitudes, par des peurs réelles et inventées. Tu essaies de te bercer d'illusions, tu t'étourdis d'espoirs. On te dit que tu es naïf. Que tu devrais être plus réaliste. Mais tu décides de ne pas les écouter.

Tu t'accroches de toutes tes forces et tu essaies de ne pas basculer. Ni en arrière. Ni en avant. Tu restes calme.

"Plus l'être humain vieillit, plus il bascule dans le passé, comme si le bonheur, la plénitude réside dans l'espérance des choses, dans leur vécu." [Marc-André Paré]

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05 décembre 2017

La piscine de Jonathan Gaudet

Piscine02La piscine / Jonathan Gaudet.  — Montréal : Héliotrope, [2016] – 239 p. ; 18 cm. – ISBN 978-2-92397-586-3. – (Coll. : Noir)

Quatrième de couverture

Les Mares-Noires, Centre-du-Québec.

Dans la douce lumière d'un matin d'été, un bruant se pose sur la branche d'une épinette, un coyote s'attarde près d'un bosquet. À la fenêtre, une femme berce son bébé. Soudain, à la radio, un bulletin spécial interrompt la programmation : une violente explosion est survenue à la centrale nucléaire. L'un des bâtiments du complexe est la proie des flammes, et sept employés y sont prisonniers. Parmi eux, son mari. Le cri qu'elle pousse ébranle toute la forêt.

Treize ans plus tard, il a bien fallu refaire sa vie. La femme est remariée, le bébé est devenu une adolescente rebelle. Pour l'observateur lointain, le drame est affaire du passé. Mais qu'on s'approche un peu de la scène ; on ne manquera pas de déceler une tension entre la mère et la fille. Une tension qui glisse vers la rage et qui menace d'exploser à son tour.

L’auteur

Jonathan Gaudet est né à Joliette au Québec en 1977. Il a fait des études en littérature. Il enseigne le français un peu partout à travers le monde, notamment à Buenos Aires,

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en Louisiane, Athènes, Ottawa et Prague. Il publie son premier roman en 2013. Il vit aujourd'hui à Vienne où il continue à enseigner. En plus d'écrire, il est également musicien et compositeur.

Bibliographie partielle

  • La dérive des jours (2013)
  • Escale à Prague (2015)
  • Le journal du corsaire (2016)
  • La piscine (2016)

Mes commentaires (attention : spoilers)

Oh la la. Que vais-je pouvoir dire de ce roman qui fut une déception magistrale ? Car je sens un travail incroyable de l'auteur. L'écriture est superbe. Le texte travaillé. Le sujet riche et plein de promesses. Et pourtant, le roman de Gaudet me semble complètement vide. Vide d'histoire, vide de contenu, vide de sens. Mais avec beaucoup de très beaux passages. Des citations, j'aurais pu en mettre des dizaines. Car le texte est très beau. Mais j'ai vainement cherché à m'accrocher à une quelconque histoire.

Tout d'abord, dès la quatrième de couverture, on nous laisse entendre que le roman sera noir, inquiétant, tendu. Et puis, tout au long du roman, on dessine une intrigue, une menace qui semble sans cesse s'approcher. Mais en vain... il n'y a rien d'inquiétant, rien qui ne nous surprenne.

Je reviens à l'histoire. Nous sommes dans un village fictif québécois, Mares-Noires, qui abrite une centrale nucléaire. Le roman commence par un prologue où on nous présente une adolescente en fugue qui subit un suivi psychologique. Puis le roman poursuit en nous présentant Catherine, mère d'une petite fille qui vient de naître. Son mari, David, travaille à la Centrale et ils vivent depuis peu dans ce petit village et elle trouve cela difficile. Puis, un matin, il y a un grave accident à la Centrale. Alors que Catherine tente désespérément d'avoir des nouvelles de son mari, la nouvelle tombe : David est mort.

Puis nous retrouvons Catherine des années plus tard, alors qu'elle a refait sa vie avec un autre homme et que sa fille est une jeune adolescente. Les relations sont tendues entre la mère et l'adolescente. C'est normal. Mais on sent que Catherine a un comportement bizarre. Et puis, elle avoue à sa fille que son père n'est pas mort. Et l'on saute alors à l'histoire de David. Avant, pendant et après l'accident à la Centrale. On nous raconte sa fuite et sa vie vaguement vagabonde. Mais même si David a quitté volontairement sa vie antérieure, il retourne régulièrement voir sa fille en secret, sans se faire voir.

Finalement, David revoit Catherine et lui dit que c'est à cause d'elle s'il est parti. Une autre tragédie survient alors. Et le roman s'achève sur le retour de l'adolescente chez elle.

Et c'est tout. Pourquoi, David est-il vraiment parti ? Qu'a-t-il fait pendant toutes ces années ? Pourquoi Catherine est si névrosée ? Pourquoi l'adolescente fugue-t-elle vraiment ?

Évidemment, je ne vous dis pas tout, et au fil de notre lecture on se doute de bien des choses, et on déduit le reste. Mais il demeure que beaucoup de questions demeurent et que beaucoup d'improbabilités minent l'histoire. Tout va trop vite, l'auteur passe sous silence beaucoup de choses et laissent le reste dans un flou - volontaire ou non.

On croit d'abord qu'on va lire un roman noir, un suspense, un roman psychologique, puis on ne lit finalement rien de tout cela. Et puis, je ne vous parle pas du léger aspect spirituel que l'auteur a voulu introduire dans son histoire.

Il y avait beaucoup de belles et bonnes idées dans ce roman et tellement de potentiel. Et le texte est très beau. Dommage.

Les mots de l’auteur

« Le coyote fait un tour sur lui-même et s’immobilise à nouveau. Leurs regards se croisent. Pupilles froides et fixes. À la fois proie et prédateur. Le coyote reste droit. La femme ne détourne pas les yeux, fascinée par l’anthropomorphique tristesse de la bête qui lui fait face. Le bruit lointain d’un moteur fait dresser les oreilles au coyote. Tête penchée et cou étiré vers l’avant, il revient sur ses pas et se retourne une dernière fois avant de réintégrer l’ombre de laquelle il est venu. L’aurore chasse jusqu’au souvenir de sa présence. » p. 23

Pour en savoir un peu plus…

  • Avis de Daniel Marois dans le Huffington Post
  • Avis de Michel Bélair dans Le Devoir
  • Avis sur Babelio
  • Avis de Josée Lapointe sur La Presse plus
  • Avis sur le site Critiques Libres
  • Avis d'Hugo Prévost sur La Pieuvre.ca

 

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03 décembre 2017

Le moment captif d'un dimanche : inventer sa saison

dec"L'arbre se sauve en faisant tomber ses feuilles." [Pierre Jean Jouve]

Les arbres sont décharnés. Je ne vois que du gris et du brun. Et peut-être un peu trop de vert. L'été n'a d'abord pas voulu nous quitter. Il avait tant tardé à arriver que je crois qu'il a tout simplement oublié qu'il devait un jour partir. Puis, il s'est sauvé sans crier gare et nous a laissé complètement glacé. Il nous offre un froid d'hiver. Mais nous ne sommes qu'encore en automne. Non ?

J'attends chaque saison avec anticipation et joie. Et je pleure lorsque celle-ci tarde à venir. Depuis quelques années, je ne sais plus quelle saison attendre. J'ai l'impression qu'elles se mélangent et se confondent. Mais peut-être que ce fut toujours ainsi et que ma mémoire me fait défaut.

J'ai des souvenirs de printemps qui après avoir été pluvieux, deviennent de plus en plus chauds et fleuris, d'étés torrides, puis d'automnes qui s'encolorent et font tomber les feuilles doucement et qui deviennent de plus en plus froids pour laisser la place aux hivers tourmentés. Eux, sont parfois trop froids, trop enneigés, parfois les deux... mais jamais ni l'un, ni l'autre.

Je me dis que je fabule. J'aime chialer sur les saisons... elles ne sont jamais parfaites. Non ?

"On voudrait avoir ce courage des oiseaux en hiver." [Françoise Lefèvre]

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29 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : orbites

2017-10-29"Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé" [Danse macabre, Charles Baudelaire]

Ils en ont peur. Ils croient qu'ils volent leur âme. S'ils les regardent trop longuement, ils perderont leur humanité. Car ces yeux sont vides, noirs, dépouillés de vie. Ils sont froids et cruels.

C'est une oeuvre d'art. Votre ossature. Sans elle vous n'existez pas. Vous n'êtes qu'une carcasse désertée de toute force. Sans lui, vous n'êtes qu'une enveloppe.

Ils détournent le regard. Ils n'osent le regarder en face. Ce visage les terrorise. Mais ils ne peuvent s'empêcher de le regarder. Il les fascine.

C'est votre mortalité qui vous dévore des yeux. C'est votre vie qui s'échappe. C'est votre passé qui sera oublié et votre furtur qui n'existera jamais. C'est votre présent qui s'efface à jamais.

Il les regarde. Les yeux vides, noirs, dépouillés de vie. Il ne voit rien.

"Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature." [Danse macabre, Charles Baudelaire]

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22 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : écorcher mon âme

2017-10-22"Que tout est fugitif, éphémère ! Ne dure que ce qui nous déchire !" [Michelle Guérin]

Mon âme se déchire. On déchiquette mon coeur. Je ne sais plus que penser. J'oscille entre le vrai et le faux. Ce que je croyais savoir s'évapore. Un voile couvre mes yeux. Et je sombre.

J'essaie d'ouvrir les yeux. Je n'arrive pas à me réveiller. Mes mains se tendent dans le vide. J'essaie de m'agripper à la vie. Je ne trouve rien.

Quelque chose me retient. Les griffes monstrueuses de mains décharnées m'emprisonnent. Ma peau est en lambeau. Mes cris sont silencieux. Mes yeux pleins de noirceur. Je suis paralysée.

Je ne rêve plus.

"La mort : une griffe. Qui refuse de lâcher sa proie." [Henning Mankell]

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21 octobre 2017

Vouloir croire aux fantômes, 3-3

Et dites-moi, maintenant vous croyez aux fantômes ? Probablement pas. Moi, oui. Encore. Malgré tout. Même si parfois, j'ai eu des doutes. J'ai douté defrayeurmes yeux. Douté de ce que je voyais ou pensais voir. Parce que les histoires de fantômes, on aimerait parfois ne pas les vivre.

Comme cette nuit, il y a plusieurs années, où je dormais chez mes parents. J'étais en visite pour la fin de semaine et je couchais avec ma soeur dans sa chambre qui était mon ancienne chambre. J'avais passé bien des nuits blanches dans cette chambre. Des bruits, des mouvements, ... cette chambre et cette maison m'ont donné bien des sueurs froides. Quand je suis déménagée, j'étais bien contente de ne plus ressentir cette pression. Que j'étais la seule à ressentir. Donc, je devais bien sûr m'imaginer des choses. Après une super soirée avec ma famille, ma soeur et moi allons nous coucher. Évidemment, nous papottons pendant un long moment. Elle me raconte des anecdotes de sa vie d'adolescente, je lui raconte mes déboires de jeune adulte en appartement depuis peu. On rit beaucoup. Puis, elle me dit qu'elle a beaucoup de difficulté à dormir ces derniers temps. On discute, on parle de ses migraines. Puis, on finit par s'endormir. Soudainement, je me réveille. Je suis tournée vers le mur. Je sens ma soeur qui s'agite dans le lit à côté de moi. Je me retourne. Et je la vois qui se débat. Le problème c'est qu'elle n'est pas complètement à côté de moi mais semble flotter à quelques centimètres du lit. Elle se débat. Je ne suis pas capable de dire quoi que ce soit. Puis j'arrive à dire son nom. Je ne me rappelle pas si j'ai crié ou murmuré. Elle est retombée sur le matelas. Et a ouvert les yeux. "Quoi ?", qu'elle dit endormie. "Rien, rendors-toi." Ce qu'elle fit immédiatement, mais pas moi. Le lendemain, je lui raconte ce que j'ai vu. C'est alors qu'elle me dit qu'elle rêve souvent que deux bras sortent du plafond pour la prendre et essayer de l'attirer.

Évidemment, j'étais à moitié réveillée. Elle a beaucoup de difficulté à dormir. Moi aussi, d'ailleurs. Nous nous convainquons que tout ça c'est des histoires. C'est des histoires, non ? Des histoires de fantômes pour nous faire peur.

Mais parfois les histoires de fantômes, on espère aussi qu'elles ne sont vraiment qu'une simple histoire de fantômes. On préfèrerait nettement que ce qu'on a vu c'était vraiment un fantôme.

Comme cette nuit dans mon nouvel appartement. Mon premier appartement. J'avais passé le week-end à déménager avec ma coloc. Toute la fin de semaine, moi, ma coloc et nos copains avions nettoyé, fait de la peinture et fêter un peu. Premier appartement, c'était énervant. Puis le dimanche est arrivé. Ma coloc devait retourner chez ses parents car elle travaillait tout l'été dans sa ville. Son copain l'a évidemment suivi et mon copain - oui, mon PisTout - est retourné chez lui. Je me suis donc retrouvée seule en ce dimanche soir, dans mon nouveau chez moi. Je regarde la télé jusqu'à tard... je dois avouer que j'avais un peur d'aller me coucher. Du haut de mes 21 ans, je me sentais bien fragile tout d'un coup. Mais je finis par aller me coucher. Je ferme les lumières et je m'enveloppe dans mes couvertes. J'ai toujours eu de la difficulté à dormir. Et je me réveille fréquemment pendant la nuit. Et donc, vers 2 h du matin, je me réveille. J'ouvre les yeux. Et là, dans le coin de ma chambre je vois une forme noire. Un homme se tient à côté de mon lit. Je suis tellement habituée à voir des formes quand je me réveille la nuit, fantômes ou hallucinations noctures, que je me retourne simplement dans mon lit vers le mur en me disant : "non, je ne continuerai pas à voir des fantômes ici., NON...". Et je parviens à me rendormir. Je me réveille le matin, assez fière de moi. Non, je traînerai pas les fantômes de chez mes parents dans mon nouvel appartement. Je me lève et quand je sors de ma chambre pour aller dans le corridor, je me retourne et je vois la porte d'entrée grande ouverte. En une fraction de seconde, je me rappelle mes amis quittantr l'appartement, je me rappelle leur dire au revoir, je NE me rappelle PAS avoir verrouillé la porte et je me rappelle l'homme dans le coin de ma chambre pendant la nuit. Je ferme les yeux, vais fermer la porte en tremblant, mets le verrou et me répète sans arrêt : "c'était un fantôme, c'était un fantôme, c'était un fantôme."

Parce que parfois on espère vraiment que ce qu'on a vu était un fantôme !

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20 octobre 2017

Croire encore aux fantômes, 2-3

Et alors, vous croyez aux fantômes ? Moi, oui. Encore. Malgré tout. Mais je sais que mes petites histoires ne vous ont pas convaincus. C'est normal. Les DSC_9748histoires de fantômes, à moins de les vivre, sont toujours tellement incroyables. Il y a toujours mille et unes petites explications pour ces moments inexplicables. 

Évidemment, aujourd'hui, j'ai beaucoup lu. J'ai lu sur les hallucinations nocturnes, sur les images résiduelles sur notre rétine, sur les rêves éveillés, sur l'apnée du sommeil, ... enfin toutes ces choses qui peuvent expliquer ces choses.

Bien sûr, ces hallucinations nocturnes peuvent expliquer pourquoi soeurette venait me voir la nuit. Car quand elle était toute petite, genre cinq ou six ans, je la voyais fréquemment à côté de mon lit. Je me réveillais au milieu de la nuit et soeurette était là. Elle me regardait tranquillement et ne répondait jamais quand je lui parlais. Et quand j'ouvrais la lumière, elle n'était jamais là. Si je me levais pour aller dans sa chambre, elle était bien endormie dans son lit.

Et bien sûr, ces hallucinations nocturnes expliquent parfaitement ce matin ensoleillé où je paressais dans mon lit. Un samedi matin de mes 19 ans. Ou peut-être 20 ans. Je ne sais plus. Il était bien passé 9 h 00. J'ai toujours aimé dormir le matin. Mais même si j'étais encore dans mon lit, je ne dormais plus depuis longtemps. Difficile de dormir quand dans la maison tout le monde est réveillé et s'active bruyamment. Mais je ne voulais pas me lever. En cette belle journée d'automne, j'étais bien enveloppée dans mes draps et je n'avais pas envie de me lever. Mon lit est contre le mur de la fenêtre et j'étais tournée vers celle-ci. Mes stores verticaux, bien que fermés, laissaient amplement passer la lumière du jour. J'entends ma mère crier quelque chose à soeurette. Mon père passe la tondeuse dehors. J'ouvre les yeux. J'observe les rayons de soleil se faufiler à travers les lattes des stores. Je me retourne et mon coeur s'arrête. Debout à côté de mon lit et penché sur moi, il y a un homme masqué. Je ne vois que ces yeux. Il a un couteau dans une main et il se rapproche d'un coup. Je me rappelle avoir crié et fermé les yeux. J'étais certaine que j'allais sentir le couteau d'une seconde à l'autre. Je ne sens rien. J'ouvre les yeux. Il n'y a personne.

Évidemment... il y a sûrement de belles explications bien logiques. Après tout, j'aime les histoires de fantômes donc j'ai tendance à sauter un peu aux conclusions.

Mais il y a aussi ce matin où j'étais couchée dans le lit de mes parents. J'avais environ 7 ans. Soeurette était encore un bébé dans sa bassinette. Mon moment préféré de la semaine était le dimanche matin. Je me levais très tôt et j'allais me coucher dans le lit avec mes parents. Pour dormir bien sûr. Je n'ai jamais été matinale, même enfant. Je me glissais entre les deux et il me semble que je dormais tellement mieux, tellement bien. Ma mère se levait toujours la première. Soeurette avait besoin de son biberon. Je prenais alors toute sa place à côté de mon père. J'aimais bien rester là dans le lit tout chaud. À écouter mon père ronfler et à écouter ma mère s'activer dans la cuisine. Parfois je me rendormais, parfois non. La porte de la chambre était grande ouverte et les rideaux cachaient à peine le soleil. Ce qui n'empêchait pas mon père de ronfler. Il aimait le dimanche matin où il pouvait dormir. Et puis, il y a eu ce matin, où j'ai ouvert les yeux soudainement. Il m'avais semblé sentir quelqu'un près de moi. Sur le lit, j'ai vu un homme debout. Je me souviens parfaitement de ces jambes tout à côté de moi. Le reste de son corps était flou. Je me suis figée. Je n'étais plus capable de bouger. Je voulais appeler mon père, mais je n'étais pas capable. Quand j'ai finalement pu dire "papa", l'homme a sauté en bas du lit. Mon père s'est tourné vers moi et m'a dit : "arrête de faire bouger le lit, ma chouette, papa veut dormir." Et il s'est rendormi.

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17 octobre 2017

Croire aux fantômes, 1-3

Vous, vous croyez aux fantômes ? Moi, oui ! Surtout en ces jours d'octobre si pleins de douces terreurs halloweenesques ! J'ai toujours quelques histoires Croire01à raconter à ceux qui me demandent si je crois aux fantômes. Je ne sais pas si ces histoires parlent vraiment de fantômes, mais elles m'ont toujours fait lever un sourcil en disant de façon dramatique : "il y a peut-être une explication bien rationnelle à tout ça, mais je ne la connais pas...".

Je pourrais vous raconter pleins de petites anecdotes bien mystérieuses qui ont fait que j'ai parfois passé des nuits blanches.

Comme la fois où j'ai dormi dans la chambre de ma soeur chez mes parents alors qu'elle restait en résidence au cégep. Ma soeur a toujours eu des petits animaux, des lapins, des hamsters, des rats... à cette époque, elle avait un joli hamster. Elle ne pouvait évidemment pas l'amener dans sa chambre à la résidence. Elle le laissait donc dans sa chambre chez mes parents pendant la semaine. À cette époque, je vivais déjà en appartement, mais j'allais parfois passer une nuit au milieu de la semaine pour voir mes parents et passer un peu de temps avec ma mère. Toute la nuit, son hamster a fait du bruit, princpalement en courant dans sa roue. Toute la nuit, je me suis réveillée en pestant contre le hamster qui m'empêchait de dormir. J'ai bien pensé me lever pour mettre la cage dans la salle de bain, mais il faisait un peu froid et je n'avais pas envie de quitter les couvertures bien chaudes. Quand je me suis levée le matin, je n'ai pas pensé à aller voir le trouble-fête. Il n'y avait plus de bruit et je me suis dit qu'il devait dormir puisqu'il avait couru toute la nuit. Je vais donc prendre un café dans la cuisine avec ma mère. Elle me demande si j'ai passé une bonne nuit. "Horrible !", que je m'exclame. "Le maudit hamster a tourné dans sa roue toute la mautadine de nuit." Ma mère me regarde bizarrement. "Hum, c'est que le hamster de ta soeur est mort la semaine dernière...".

Et puis, il y a la fois où j'écoutais tranquillement la télévision dans le sous-sol chez mes parents. J'étais seule et tout le monde dormait tranquillement dans leur lit. J'écoutais des vidéos. C'était avant Musique Plus. Il avait une émission qui passait très tard et qui présentait des vidéos. Je crois que cela s'appelait Nuit blanche, mais je ne suis pas certaine. Duran Duran, A-ha, Corey Hart,... la soirée était bonne. Et puis, soudainement, la porte de la chambre froide, située à côté de la télévision, s'est ouverte tranquillement. Mal fermée, aurais-je pu me dire. Le problème c'est que ladite porte est toujours verrouillée.... et avec un verrou de box. Je respire tranquillement. Bon, peut-être que le verrou était mal mis, la porte mal fermée. C'est quand la porte s'est refermée tranquillement que je me suis levée, fermée la télévision et été me réfugier dans mon lit. Le lendemain, je me suis levée avant tout le monde. La porte était bien fermée et verrouillée. 

Évidemment... il y a sûrement de belles explications bien logiques. Après tout, j'aime les histoires de fantômes donc j'ai tendance à sauter un peu aux conclusions.

Mais il y a aussi la fois, il y a à peine deux ans, où mon père est venu nous visiter. Mon père ne croit pas aux fantômes. Il ne croit pas en grand chose, en fait. Pendant sa visite, nous voulions lui faire visiter notre ville et les coins que nous adorons. Nous allons donc nous promener dans le vieux Pointe-Claire. On lui montre les vieux édifices, l'église, le moulin. Il est surpris par le village. Il ne connaissait rien de la région et de son histoire. Nous l'amenons dans un pub pour prendre un verre. Le pub est dans un ancien hôtel datant du milieu du XIXe siècle. Nous sommes assis près du foyer. Il ne connait rien de l'endroit. Il fait dos au foyer. Je suis à côté du côté du passage et mon PisTout en face de lui. De l'autre côté, une table avec deux personnes. Nous jasons, nous rions. Soudainement mon père se retourne et regarde derrière lui. Je lui demande ce qui se passe. "Quelqu'un m'a poussé", dit-il. "Papa, il n'y a personne." Il regarde autour de lui. "Tu es sûre ? Quelqu'un m'a vraiment poussé." Nous nous regardons tous. Personne n'a passé, personne ne s'est même approché de nous. Mon père regarde autour de lui, prend une gorgée de sa bière. Et change de sujet. Il ne croit pas aux fantômes.

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15 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : échéance

2017-10-15"Une bonne terreur, de temps en temps, vous remet les idées en perspective." [Elizabeth Vonarburg]

Il s'écoule entre nos doigts et il glisse sur nos vies. Invariablement, il va nous transformer en un vague souvenir. Notre corps s'évanouira, nos rêves se transformeront en cauchemars, nos pensées s'effaceront. On nous oubliera.

Et cela nous terrifie. Nous ne voulons pas disparaître. Nous voulons être éternels. Nous voulons qu'on se souvienne à jamais de nos rires, nos songes, nos espoirs, nos sourires, nos larmes, nos exploits et nos défaites.

Nous essayons alors de ne jamais mourir. Nous laissons nos traces partout. Pour qu'on ne nous oublie jamais. Nous serons éternellement des ombres anonymes.

"Celui qui regarde longtemps les songes devient semblable à son ombre. " [Proverbe indien]

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11 octobre 2017

L’accident / C. L. Taylor

Accident02L’accident / C. L. Taylor ; traduit de l'anglais par Luce Michel.  — [Paris] : Marabout, 2015 – 355 p. : 23 cm. – ISBN 978-2-501-09631-7

Quatrième de couverture

Sue Jackson mène une parfaite vie de famille. Mais le jour où sa fille Charlotte se jette sous un bus,  tout vole en éclats. Le coma de l'adolescente met Sue face à une sombre réalité qu'elle ne peut ignorer.

Après avoir découvert dans le journal intime de Charlotte une phrase qui la glace d'effroi. Sue n'a d'autre choix que de plonger dans la vie privée de sa fille. Une quête de la vérité qui détruit sa confiance en ses proches et la contraint à fouiller dans les profondeurs troubles de son propre passé.

Sue est prête à tout pour protéger sa fille. Mais si elle-même était la cause du danger que court Charlotte ?

L’auteur

Carol Louise Taylor est née à Worcester en Angleterre en 1973. Elle étudie en psychologie à l'Université de Northumbria à Newcastle-on-Tyne. Elle occupe différents emplois et travaille entre autres comme concepteur graphique et développeur web.

Elle commence à écrire dans sa jeunesse et publie ses premières nouvelles en 2005. Elle publie son premier roman, Heaven Can Wait, en 2009, sous le pseudonyme de Cally Taylor. Ses nouvelles et ses romans ont reçu plusieurs prix. Accident01

Aujourd'hui, elle vit avec sa famille à Bristol.

Bibliographie

  • Heaven Can Wait (sous le pseudonyme de Cally Taylor) (2009)
  • Home For Christmas (sous le pseudonyme de Cally Taylor) (2011)
  • The Accident (2014)
  • The Lie (2015)
  • The Missing (2016)
  • The Escape (2017)
  • The Treatment (2017)

Mes commentaires (attention spoilers)

Quelle belle lecture, je vous le dis. Pas parfaite, oh que non, mais parfaite pour moi, en ce moment où j'ai besoin de me changer les idées et ne pas trop réfléchir. Bien qu'elle ne fut pas sans émotion, oh que non ! 

Le roman de C.L Taylor se divise entre l'enquête désespérée d'une mère pour comprendre pourquoi sa fille a tenté de mettre fin à ses jours et l'histoire d'une relation amoureuse infernale entre une femme et un manipulateur, véritable pervers-narcissique. Ce qui nous donne un excellent suspense couplé d'un très bon roman psychologique. Mais je dois avouer que j'ai légèrement plus aimé le roman psychologique que le suspense. Bien que de toute évidence les deux histoires vont se rejoindre. Bien sûr, parce que sinon, ça servirait à quoi d'avoir deux histoires dans un roman...

La vie de Sue Jackson était parfaite : un mari aimant, une adorable fille adolescente et une vie paisible. Mais un terrible accident va venir tout changer. Sa fille Charlotte se jette intentionnellement devant un autobus et est maintenant à l'hôpital dans un coma. Pourquoi sa fille a-t-elle voulu mettre fin à ses jours ? Sue ne comprend pas. Elle est persuadée que sa fille n'a pas voulu se tuer et que quelqu'un d'autre est responsable. Elle cherche à comprendre, à savoir, et elle commence son enquête. Elle retrace les pas de sa fille, lit son journal, interroge ses amis. Et découvre peu à peu les secrets de sa fille.

La vie de Sue Jackson n'a pas toujours été parfaite. Il y a longtemps, elle est tombée en amour avec un homme qu'elle croyait merveilleux. Mais rapidement sa relation est devenu malsaine. L'amour de sa vie s'est transformé et est devenu de plus en plus contrôlant. Et elle se trouve prise dans une relation avec un homme manipulateur, pervers et violent. Cette partie de la vie de Sue nous est racontée à travers des flashbacks très difficiles à lire tant ils décrivent bien la lente et sournoise descente aux enfers d'une relation avec un pervers-narcissique. Sue a réussi à s'en sortir mais elle vit toujours dans la peur que cet homme ne la retrouve.

Le roman est très prenant. L'auteur réussit à nous captiver jusqu'à la fin. On suit Sue dans sa recherche désespérée de la vérité. Elle se sent seule, personne ne veut la croire, mais elle persévère pour sa fille. Et on suit Sue dans sa relation tragique et son cheminement vers la liberté. Les émotions de Sue sont très bien rendues et on s'attache à son personnage, malgré ses faiblesses et même si je l'ai parfois trouvé exaspérante.

Comme je l'ai dit, c'est la relation de Sue avec son ancien petit ami qui m'a vraiment secouée. J'ai connu quelqu'un proche de moi qui a vécu une relation semblable et c'est incroyablement difficile. L'horreur s'installe sournoisement, sans qu'on ne s'en aperçoive et après elle semble normale. Comme Sue, cette personne a réussi à s'en sortir mais ce fut déchirant et cela l'a changée à jamais. Taylor a réussi à transmettre toutes les émotions d'une telle relation, du début à la fin. C'est une lecture très difficile. Mais l'auteur réussit très bien à exprimer toute la complexité de cette histoire d'amour toxique. 

Oh et l'autre histoire est aussi très intéressante !

Les mots de l’auteur

« Je me suis levée et j’ai enfilé mon manteau. Comment osaient-ils se montrer aussi moralisateurs et plus pieux que tous les saints réunis juste parce que mon mec avait un peu trop bu et l’avait un peu trop ouvert ? – Je vais bien, ai-je insisté. Mieux que bien, même. Je suis plus heureuse que je ne l’ai été depuis un bail. » p. 134

Pour en savoir un peu plus…

08 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : savoir s'égarer

2017-10-08"Les fées nous endorment, nous ouvrent les portes de leur royaume, qui se referment sur nous sans qu'elles aient pris la précaution de nous en remettre la clé." [Jean Tétreau]

Tu avances avec précaution. Tu ne sais plus où tu te trouves. Tu avais pourtant suivi la route attentivement. Les yeux rivés sur le chemin. Ne le quittant que pour analyser la carte.

Mais le chemin s'est emparé petit à petit de tes pas. Il a pris possession de ta direction et t'a mené là où il le voulait. Dans un endroit que tu ne reconnais pas. Qui n'existe pas sur ta carte.

Tu regardes autour de toi. Tu ne reconnais pas les arbres. Tu ne reconnais pas le ciel. Tu sais que tu es perdu. Dans un monde qui n'existe pas. Tu laisses la route te guider et la forêt t'avaler doucement. Tu sais qu'on t'observe depuis une éternité. Tu as d'abord cru avoir peur. Mais tu sais que c'est inutile. Tu souris et tu attends.

"La vie est un contes de fées qui perd ses pouvoirs magiques lorsque nous grandissons." [Robert Lalonde]

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02 octobre 2017

Identité

Peut-être qu’on se surprend sur mon silence sur ce qui se passe en Espagne. En Catalogne. Peut-être pas… Vous vous en foutez sûrement. Enfin...

J’allais dire : sur ce qui se passe dans mon pays. Car l’Espagne est mon pays. Ainsi que le sont la Catalogne et le Québec.192g_Peratallada_26mai

En effet, je n’ai rien dit. Je n’ai pas partagé d’articles. Je n’ai rien dit de mon indignation et je n’ai pas partagé mon opinion.

Vous savez, je suis présentement en larmes. À cause de ce qui se passe. C’est inimaginable. C’est terrible. C’est fou ce qui se passe dans un pays démocratique. Ce n’est pas unique… malheureusement.

Le gouvernement d’Espagne se trompe. Le droit de vote, le droit à l’autodétermination est vital. Ce n’est pas optionnel. Il fallait laisser les catalans décider. Pour ou Contre. Le droit de voter n’est pas une option. Même si ce n’est pas constitutionnel. C’était une erreur du gouvernement espagnol.

Mais. Mais. Je suis espagnole, vous savez. Ma famille a quitté l’Andalousie au milieu du XXe siècle pour adopter Barcelone comme terre d’accueil. Ils aiment la Catalogne. Un père, des grands-parents, des oncles, des tantes. Ils y ont vécu ou ils y vivent présentement. Des cousins, des petits- cousins, des petits-petits cousins y sont nés. Ils parlent catalans. Certains sont pour l’indépendance. D’autres non. Mais tous, aiment leur terre d’accueil ET leurs racines andalouses. Un n’empêche pas l’autre.

On oublie que tous les catalans (d’origine ou d’adoption) ne sont pas indépendantistes. Et que tous les espagnols ne sont pas contre l’auto-détermination.

J’ai visité l’Espagne. J’aime Barcelona, Madrid, Sevilla, Santiago de Compostela, Bilbao, Girona, Toledo, Málaga, Vic, Calafell, Tarragona, Valencia, Zaragoza, San Sebastian, Pamplona, Peratallada, Rupit, Alicante, Logroño, Soria, Nerja, … C’est mon pays. Je l’aime. J’ai un faible pour la Costa brava et pour la région de Soria, je l’avoue. Mon époux a vécu 4 mois à Madrid. Il adore cette ville et ses habitants. Moi, moins… mais on s’accorde pour Peratallada, Beget et les villages blancs des Alpujarras

J’ai vécu près de 7 ans à Barcelone. Ma famille vit dans les environs de cette ville extraordinaire que je considère encore mon chez moi autant que Montréal et Pointe-Claire. Quand l’avion approche de la ville, mon cœur se serre. J’arrive chez moi. Je me suis fait des amis et des connaissances merveilleuses… Joaquim, Núria, Alberto, Carles, Rosa, … Ces gens si ouverts et accueillants.

Mais je n’oublie pas aussi tous ces gens – oui, ces catalans - si fermés, arrogants, intransigeants, que j’ai rencontrés lors de ces années. Ces regards méprisants et ces mots que l’on m’a dit. Je m’en souviens. Je ne peux les oublier. C’est une chose d’être un visiteur, un conférencier, un touriste en Catalogne. C’est autre chose que d’y être un résident étranger. Car oui, j’étais et je suis, une étrangère. Même en ayant ma citoyenneté espagnole. Je n’étais pas une catalane. C’est une chose de voir la région pendant quelques jours et une autre d’y vivre et de venir d’ailleurs. Car bien que j’aie parfois vécu l’accueil chaleureux des gens dans certains endroits, j’ai aussi vécu la fermeture complète à l’étranger – touristes ou pas – dans d’autres endroits. Plus qu’une fermeture, un rejet et un dédain total.

C’est évident pour moi que le gouvernement espagnol se trompe. Il devait laisser aux catalans le droit de tenir ce référendum. De faire leur choix. Mais le gouvernement catalan se trompe aussi s’il déclare l’indépendance après ce vote… tant de gens n’ont pas osé se rendre aux urnes. Beaucoup ont eu peur de la répression policière ou n’ont pas voulu affronter la loi espagnole. D’autres ont voté uniquement pour montrer leur opposition à cette interdiction. D’autres s’en foutent complètement et n’ont pas ressenti le besoin d’aller voter. Car oui, les images sont une chose, la vie quotidienne une autre.

Ce qui se passe présentement dans mon pays est horrible. Les affrontements, la répression policière, … tout ça… La liberté, la démocratie, les cultures distinctes, … c’est important. Primordial.

Mais… tout n’est pas si blanc et noir quand il s’agit d’identité.
Je suis québécoise, catalane, canadienne, espagnole, un peu italienne aussi, je suis de Saint-Michel, Montréal-Nord, Villeray, Barcelone, Calafell et Pointe-Claire… sans oublier Ayer’s Cliff et Alicún… Je suis multiple et je pleure aujourd’hui.

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01 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : mirage

2017-10-02"L'eau, goutte à goutte, creuse le roc." [Théocrite]

Cela prend des années pour s'apercevoir que nos yeux nous jouent des tours. Mais petit à petit les masques s'effritent. La roche se transforme en sable tranquillement. Et les monstres apparaissent enfin. Là où ils ont toujours été.

Ils se cachent parfois. Ils savent comment être invisibles. On ne les voit pas. On ne les voit plus. Mais ils ont toujours été là.  Ce ne sont pas des mirages. Nous n’imaginons pas des fantômes. Ils sont là.

On a ri de nous. On nous a pointés du doigt en disant qu’on inventait des croque-mitaines. Mais les monstres sont réels, il suffit de vouloir les voir.

"Si tout est illusion, nos illusions sont illusoires." [Alain Pontaut]

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27 août 2017

Le moment captif du dimanche : surveillance

2017-08 (3)Observer, c’est perturber.” [Hubert Reeves]

Silence... Ne voyez-vous pas qu'il me regarde ? Il m'observe de ce globe oculaire impassible. Il ondule vers moi. Prêt à me digérer.

Il me semble qu'il chuchote mon nom. Écoutez, il crie mon nom. N'entendez-vous pas ? Il a la mauvaise prononciation car il déclame mon nom à reculons.

Il ne bouge pas. Il me surveille, je suppose. Il m'évalue et capture mes mouvements. Il a saisi toutes mes émotions. Il sait tout de moi. Regardez, il mémorise mon âme.

Son regard me caresse. Je ne suis plus. Je n'existe plus vraiment. Il m'a transformée. Je normalise ainsi l'importance de vivre. Il ne ferme jamais l'oeil. Je vivrai éternellement.

L'important, c'est de savoir ce qu'il faut observer.”  [Edgar Allan Poe]

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17 août 2017

Silence

2618Silence.

C'est toujours horrible. Mais là, c'est chez moi. Chez mon ancien chez moi. Là où j'ai marché un millier de fois.

C'est toujours horrible. Incompréhensible. Insoutenable.

Silence.

Mon père, ma famille, mes amis... ils sont tous ok, mais sous le choc. C'est chez nous.

Cela peut être ici, là, chez moi, chez vous, chez nous.

Silence.

Une photo d'un endroit que j'adore. Sans lien avec la tragédie. Juste pour me rappeler.

Silence.

Je n'ai pas peur. Juste triste et silencieuse. Et en colère.

 

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