Ogres1Histoires d'ogres : roman / Katia Gagnon. -- [Montréal] : Boréal, 2014. -- 244 p. ; 22 cm. -- ISBN 978-2-7646-2322-0

Quatrième de couverture

Quel destin attend Jade, une jeune escorte adepte de crack ? Et Stéphane Bellevue, ce pédophile en libération conditionnelle qui a purgé une peine pour le meurtre sordide d’un adolescent ?

Après La Réparation, Katia Gagnon nous offre un second roman qui s’inspire d’histoires vraies. Encore une fois, elle met en scène le personnage attachant de Marie Dumais, journaliste en quête de scoops et d’amour. Elle nous entraîne dans son exploration de la marge et des êtres troubles qui y vivent.

Si la plupart des personnages de ce roman sont des écorchés vifs, des carencés affectifs, des êtres humains qui se rejoignent dans leur souffrance, seuls quelques-uns d’entre eux atteignent le point de bascule, celui qui les fait passer à l’acte. Pourquoi ?

L'auteur

Katia Gagnon est née en 1970. Elle a étudié à l'UQAM où elle a obtenu un baccalauréat en communications. Depuis 1996, KG2elle est journaliste dans le quotidien La Presse. Elle y occupera diverses fonctions dont éditorialiste et directrice des informations générales.

Elle publie son premier roman en 2011, La réparation. Elle continue d'écrire et de travailler comme journaliste.

Bibliographie

  • Au pays des rêves brisés (avec Hugo Meunier - Témoignages)  (2008)
  • La réparation (2011)
  • Histoires d'ogres (2014)

Pour lire certains de ces articles dans La Presse. Son compte Twitter. Une entrevue avec l'auteur dans la revue Les libraires.

Mes commentaires

Je dois dire j'ai été réellement surprise par ce 2e roman de Katia Gagnon. Surtout lorsque j'ai réalisé qu'encore une fois l'auteure propose deux histoires dans son roman. Ou plutôt, nous avons d'un côté les vies de différents personnages marginaux et d'un autre côté, on nous retrouve encore une fois, Marie Dumais, la journaliste de La Réparation. On la suit à nouveau dans le reportage qu'elle cherche à écrire : son enquête, les entrevues, etc. Et on est également témoin de sa rencontre puis de sa relation balbutiante avec un libraire.

Donc "deux histoires" encore une fois. Et on retrouve le même personnage. Quand un auteur reprend une technique narrative qu'elle a déjà employée ainsi qu'un même personnage, ça m'inquiète toujours. Surtout que j'avais un peu déploré cette multiplication d'histoires dans le premier roman. Mais c'était sans compter sur le talent de Katia Gagnon. Car j'ai vraiment beaucoup aimé ces histoires d'ogres. Et j'ai adoré retrouvé Marie Dumais... et chose exceptionnelle, j'espère la retrouver dans un futur roman. Je suis conquise !

Nous retrouvons donc Marie qui travaille un nouveau reportage. Cette fois son enquête porte sur Stéphane Bellevue, un pédophile et meurtrier qui est remis en liberté après avoir purgé sa peine de prison. Bien qu'au centre du roman, le personnage de Bellevue n'est vraiment rencontré qu'à travers son passé et les gens qui l'ont connu et l'entourent. Marie va tenter de comprendre ce qui fait que Stéphane Bellevue est devenu le monstre, l'ogre qu'il est maintenant. Et rien n'est blanc ou noir. Rien n'excuse, mais rien n'est simple. On peut comprendre, sans pardonner ou excuser. Comme d'habitude.

Nous suivons donc Marie dans ce reportage, mais aussi dans son propore cheminement personnel, son ouverture aux autres et particulièrement dans sa relation avec un libraire un brin particulier.

Parallèlement, nous suivons aussi l'histoire d'une jeune droguée, Jade, qui après avoir perdu la garde de sa fille, devient prostituée dans un bordel. Autour d'elle évoluent plusieurs personnages de ce monde sordide. Comme pour le premier roman, cette histoire semble isolée et on ne voit pas le lien avec Marie et son reportage. Mais encore une fois, les deux histoires se rejoindront à un moment. Et c'est un lien si triste et en même temps tellement évident.

L'histoire est incroyablement bien menée. On passe d'un personnage à l'autre, d'une histoire à l'autre très facilement, sans jamais perdre le fil. L'écriture est solide et rythmée. On sent parfois l'écriture journalistique. Ce qui n'est pas un défaut. Comme dans son premier roman, on sent que Gagnon ne veut pas tomber dans le sensationnalisme. Elle veut comprendre les gens sans les juger, présenter les faits objectivement. Mais les mots de l'auteure ne sont pas froids. Les émotions sont palpables dans chaque chapitre. Et le texte de Gagnon réussit à nous rejoindre, à nous émouvoir. L'auteure s'inspire de son travail de journaliste et elle maîtrise ses sujets. Mais elle semble pouvoir se perdre dans son écriture romanesque qui lui permet d'exprimer des émotions que ses articles ne lui permettent pas.

Mon seul regret est, qu'encore une fois, certains personnages étaient vraiment intéressants et on ne fait que les effleurer. J'aurais voulu en savoir plus eux. Et même les personnages principaux m'ont semblé peu approfondi. Parfois, on déplore qu'un livre s'éternise, ici on soupire car il est trop rapide.

Les mots de l'auteur...

"J'aime les drames. Une bonne histoire triste, dramatique, avec quelques moments franchement horribles, voilà mon genre d'histoire. Les collègues me demandent souvent pourquoi je couvre toujours les affaires aussi terribles. Ils me trouvent généreuses, ils pensent que je milite pour la justice sociale.

Et moi, je n'ose pas leur dire que j'aime ça. J'aime m'immerger dans le drame de quelqu'un. Regarder par la fenêtre d'une vie. M'imaginer la vivre. Ressentir profondément la peur, la rage, la faim, l'injustice. Je peux regarder par cette fenêre aussi longtemps que je veux, capter tous les petits détails, puis recracher le tout en pleurant sur du papier.

Ensuite, en sortir. Aucun instant nest plus magnifique ce que celui-là. L'histoire est vécue, et enregistrée. C'est fini. Et moi, je sors de cette vie que j'ai vécu l'espace de quelques heures, jours, semaines, et je reprends la mienne. Jamais le soleil n'est si chaud, les draps si doux, le café si savoureux que lorsque je reprends ma vie à moi après avoir vécu un autre drae.

Et une fois sortie du trou, le plus difficile reste à faire. Écrire tout ça. Rendre l'émotion. Comment condenser la misère et la détresse dans un coup de poing qui frappera le lecteur au ventre dès les premières lignes." pp. 209-210

Pour en savoir un peu plus..