coco1Cocorico : roman / Pan Bouyoucas. – Montréal : XYZ, c2011. – 139 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-89261-649-1

Quatrième de couverture

Pourquoi le coq chante-t-il chaque matin? Cette question toute simple obsède Léo Basilius, un écrivain canadien venu chercher l’inspiration dans l’île grecque de Nysa. À soixante ans, il veut délaisser le polar, qui l’a rendu célèbre, pour écrire le chef-d’œuvre qui lui conférera l’immortalité. Mais tous veulent le ramener au roman policier: des voisins, qui lui racontent leur vie en espérant qu’elle devienne le sujet de son prochain livre, sa femme, qui ne comprend pas pourquoi il s’entête à délaisser un genre dans lequel il excelle et surtout Vass Levonian, le sergent-détective vedette de ses romans qui le supplie de le sortir du coma où il l’a plongé à la fin du dernier polar et de lui faire résoudre un meurtre ou deux. Mais Leo Basilius fait fi de leurs discours. Le jour où une fillette lui pose une question sur la finalité du chant du coq, il croit avoir enfin trouvé l’élément déclencheur de son futur chef d’œuvre.

L’auteur

Pan Bouyoucas, bien que d'origine grecque, est né à Beyrouth au Liban en 1946. Il arrive à Montréal en 1963. Il fait des études en architecture et ensuite en cinéma à l'Université Concordia. Il est d'abord journaliste et critique. Il travaillera aussi comme traducteur. Il commence rapidement à écrire divers textes : textes pour la radio, pièces de théâtre, nouvelles et romans. Il habite aujourd'hui Montréal.

Bibliographie

  • Le Dernier Souffle (1975)coco2
  • Une bataille d'Amérique (1976)
  • Le pourboire (1983)
  • Trois flics sur un toit (1990)
  • Le cerf-volant (1992)
  • Lionel (1994)
  • Nocturne (1995)
  • L'humoriste et l’assassin (1996)
  • La Vengeance d'un père (1997)
  • Hypatie (1997)
  • L'autre (2001)
  • Thésée et le Minotaure (2003)
  • Anna Pourquoi (2004)
  • L’homme qui voulait boire la mer (2005)
  • Portrait d'un mari avec les cendres de sa femme (2010)
  • Cocorico (2011)
  • Le Tatouage (2012)
  • Ari et la reine de l'orge (2014)
  • Le mauvais œil (2015)

Mes commentaires

Petit roman sympathique, nous avons ici une petite fable sur le processus de la création et sur les difficultés d'écrire.

Leo Basilius est un auteur de romans policiers à succès. À la surprise de tous, dans son dernier roman il décide de plonger son personnage principal, le policier Vass Levoninan, dans un coma. C'est qu'il a décidé que c'était son dernier roman policier. Nous avons ici un écrivain en grande crise existentielle. Car tout va bien dans sa vie, il est marié depuis des années avec une femme et ils s'aiment encore, il a des enfants maintenant adultes, pas parfaits mais très bien, il a de l'argent et un succès mondial. Mais il n'en peut plus d'écrire sur la mort, la destruction, l'horreur. Il veut écrire sur la beauté du monde. Et surtout il veut être reconnu comme un grand auteur.

Mais il se sent incapable d'écrire dans son environnement habituel. Il décide donc de partir avec sa femme pour une île grecque, Nysa, où il avait passé un temps dans sa jeunesse et où il avait écrit ses premiers textes, des poèmes et des nouvelles, très loin du monde du roman policier. Il a le souvenir d'un paradis hors du temps où la vie simple et les habitants de l'île, particulièrement une belle jeune femme, l'avaient tant inspiré.

Mais rien ne se passe comme il le voudrait. L'île et ses habitants ont changé, se sont modernisés et l'inspiration ne vient pas. Tout le monde essaie de le ramener vers l'écriture d'un nouveau roman policier : les habitants qui lui racontent des histoires pour l'inspirer, sa femme et même son personnage principal, Vass Levoninan, qui accepte mal d'être plonger dans le coma. L'auteur est littéralement hanté par Levoninan. Il l'entend qui lui parle sans arrêt et finit par converser avec lui.

Et puis, un jour, la question innocente d'un enfant, le lance dans un questionnement qui vire rapidement à l'obsession : pourquoi le coq chante-t-il au lever du jour ? Certain que la réponse lui permettra de retrouver l'inspiration, Léo passe son temps dans les poulaillers à observer les poules et les coqs.

Évidemment, une recherche rapide dans un livre ou sur Internet aurait répondu à sa question. Mais il se lance dans une recherche de sens qui semble sans fin et qui le mène nulle part. Il s'isole de plus en plus et sa femme retourne à la maison le laissant seul avec ses pensées et ses discussions avec son détective dans le coma. Il finira par trouver sa réponse - qui n'est pas la bonne, soi-dit en passant.

C'est un roman qui se lit très rapidement. Bref et concis, avec de très courts chapitres. C'est l'histoire d'un homme finalement très égoïste et centré sur lui-même qui se laisse subjuguer par son obsession pour son travail de création. C'est évidemment une réflexion de Bouyoucas sur l'écriture, sur le travail de l'écrivain. Mais nous aurions pu remplacer l'écriture par tout autre obsession. Un travail ou une passion qui devient une obsession n'est jamais bon, finit par tout envahir et par isoler ceux qu'elle possède.

Je n'ai pas aimé Leo Basilius, l'auteur. C'est pour moi quelqu'un de très égoïste, ses tourments et son introspection d'homme d'âge mûr m'ont laissé de glace et il m'était très antipathique. Je n'ai pas non plus aimé Vass Levoninan, le personnage. Bien que j'ai eu de la compassion pour ce dernier. Quels horreurs son auteur lui a-t-il fait vivre ! Combien d'êtres fictifs aimeraient dire à leur auteur leur façon de penser sur ce qu'ils subissent à cause d'eux ?

Mais j'ai beaucoup aimé le roman ! L'écriture de Pan Bouyoucas est très vive, rapide. En peu de mot, nous saisissons les émotions et doutes des personnages. En quelques pages nous explorons les difficultés que peuvent vivre les écrivains ou tout créateur. On explore également les liens, autant l'amour que les ressentiments, entre le créateur et ses créations. Évidemment on nous parle aussi de vieillissement, d'amour, de nostalgie, de souvenirs, de modernité, de peur face aux changements et de peur face à l'immobilisme. 

Les mots de l’auteur

"Il voulait parler désormais de la beauté du monde et de sa lumière, montrer que lHumain n'a pas que des instincts mauvais, que sa tendance à créer est plus forte que ses funestre impulsions à haîr, tuer, violer, détruire et voler.

Le plus difficile restait à accomplir : comment exprimer cela sans tomber dans le sentimentalisme et la prédication ? Et surtout, sans servir du réchauffé [...]" p. 32

"Pourquoi tu m'as pas fait mourir à la fin de Lumières perdues ? dit-il à son créateur. Tes polars sont d'une logique implacable. De la première à la dermière page, pas un mot n'est arbitraire ou superflu, chaque geste et chaque réplique est mûrement réfléchi. Alors, dis-moi : si t'étais résolu à abandonner le polar à tout jamais, pourquoi tu m'as pas fat mourir à la fin de Lumières perdues ?" p. 71

Pour en savoir un peu plus…