peur1Une nuit, je dormirai seule dans la forêt / Pascale Wilhelmy. — Montréal : Libre Expression, c2015. – 173 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-7648-1128-3

Quatrième de couverture

Depuis ses cinq ans, Emma a peur de tout. Des chiens, des éclairs, de grimper aux arbres, du noir, des clowns… et des mains poilues. Pourquoi ? Elle a juré de ne rien dire.

Un soir d'orage, paralysée, elle se fait une promesse : vaincre ce qui l'effraie. Briser son grand secret. Une nuit, elle ira dormir seule dans la forêt, au cœur de tous les dangers. Et si elle survit, si un loup ne l'attaque pas, si un ours ne la scalpe pas, elle en reviendra victorieuse. Pour une fois.

Avec la sensibilité et le style qu'on lui connaît, Pascale Wilhelmy nous transporte dans l'univers d'Emma et de cette expédition qui la mènera à l'origine de ses peurs. Et surtout droit devant, vers un avenir plus léger, plein de promesses.

L’auteur

Pascale Wilhelmy est une auteure, journaliste et chroniqueuse québécoise. Elle a travaillé pendant plusieurs années pour la radio à Rythme FM. Elle a également travaillé comme journaliste artistique et culturelle pour le réseau de télévision TQS et pour le bulletin de nouvelles de TVA. Elle a aussi été animatrice pour l'émission Star peur2Académie. Et elle écrit pour divers magazines comme par exemple, le magazine 7 jours. Elle publie son premier roman Où vont les guêpes quand il fait froid ? en 2013, qui a été finaliste pour le Grand Prix littéraire Archambault.

Pascale Wilhelmy a deux enfants et est mariée à l'animateur radio et télé québécois, Denis Lévesque.

La page Facebook de l'auteure.

Bibliographie

  • Où vont les guêpes quand il fait froid? (2013)
  • Ces mains sont faites pour aimer (2014)
  • Une nuit, je dormirai seule dans la forêt (2015)

Mon expérience de lecture !

Je ne m'attendais à rien. Je savais que le livre avait eu de bonnes critiques mais qu'il n'avait pas beaucoup de succès à ma bibliothèque. Je ne sais pas pourquoi mais quand nous l'avons reçu en don, je l'ai acheté. Comme ça. Sans raison précise. Nous avions déjà trois copies qui ne sortaient pas beaucoup et donc en bon état. Alors le don s'est retrouvé dans la vente de livres. Et puis, ensuite, il a traîné un peu dans ma pile à lire. Un matin que je devais prendre le train, je l'ai pris distraitement. Et lorsque 30 minutes plus tard je sortais du train, je pleurais presque de devoir interrompre ma lecture. Le roman de Wilhelmy m'a chavirée, étourdie et bouleversée. J'ai eu les larmes aux yeux. Je ne voulais plus le quitter. Et quand j'ai dû le fermer, je n'ai pu qu'en parler à tout le monde autour de moi... et tous ceux qui l'ont lu me disent la même chose : les  mots de Wilhelmy sont magiques, tragiques, inoubliables...

J'exagère ? Peut-être. Mais c'est rare que je suis émue à ce point par un livre. Cela m'arrive parfois mais de plus en plus rarement. Alors avant de dire autre chose... merci Mme Wilhelmy, cela faisait si longtemps que je n'avais pas vécu un moment de lecture si intime et émouvant.

Mes commentaires...

Bon, revenons sur terre... Emma a peur. Elle a peur de presque tout et depuis toujours. Elle a peur de l'avion, des chiens, des ours, des hauteurs, de son sous-sol, des orages, et d'un miliers d'autres choses. Elle passe sa vie à essayer de surmonter certaines peurs et vivre presque normalement, puis à se réfugier chez elle pour se protéger des ours, des orages, des pilules qu'elle pourrait avaler de travers. Depuis aussi longtemps qu'elle se souvienne, elle a peur. Il lui semble avoir toujours vécu avec ses peurs.

Mais elle essaie de surmonter ses peurs. Tous les jours. À son rythme. Les premières pages nous parlent de toutes ces peurs qu'elle a et comment elle essaie de les surmonter. Puis, au détour d'une page, son petit ami découvre un dessin qu'elle a fait quand elle était une enfant. Et là, le roman bascule. Le dessin est effroyable, révoltant et horriblement triste. Quand j'ai parlé du roman avec des collègues, je me souviens avoir dit "et quand j'ai vu le dessin" au lieu de dire "quand j'ai lu la description du dessin". Car j'ai vu le dessin tant les mots de Wilhelmy sont forts et terriblement vivants.

Emma est blessée, même si elle ne veut pas admettre ces blessures. Petit à petit, au fil des pages, on retourne dans le passé d'Emma, son enfance, son adolescence, sa vie de jeune adulte, ses amours, ses succès, ses échecs... et surtout ses peurs. Ses peurs qu'elle connait, qui font partie de sa vie, qui sont même réconfortantes en quelque sorte, puis ses peurs enfouies, qu'elle veut ignorer et oublier.

Elle finit cependant par vouloir les combattre. Et elle décide de les affronter toutes à la fois, en passant une nuit, seule, dans la forêt. Elle a décidé d'affronter tous ses monstres.

Le roman m'a prise à la gorge. L'auteur m'a bouleversée. J'ai ensuite lu que même si l'histoire n'est pas la sienne, l'auteur a quand même vécu avec la peur, des peurs intenses. Pour avoir moi aussi certaines peurs, pour avoir vécu avec ma mère qui s'est battue contre des peurs intenses, irrationnelles et qui paraissaient insurmontables (mais qu'elle a fini par vaincre), je peux dire que l'auteur a su transmettre toutes ces émotions dans son texte. Comment les peurs peuvent briser des vies. La vie de ceux qui les vivent et des proches qui doivent vivre des peurs qui ne sont les leurs et essayer de les comprendre... et surtout les accepter.

Tous les personnages du roman m'ont semblé forts, vivants. En si peu de pages, l'auteur arrive à non seulement les présenter mais à tous les faire vivre. J'ai rarement eu cette impression de connaître autant les personnages, même les personnages secondaires. L'écriture de Wilhelmy est délicate, douce mais on la reçoit en pleine face... elle est aussi trèes brutale, vraie, authentique.

Mais je ne peux en dire plus... Et maintenant, j'ai terriblement envie de lire les autres romans de l'auteur mais j'ai aussi terriblement peur de le faire.

Les mots de l’auteur

« Le ciel n’est ni bleu, ni turquoise. Loin des beaux jours, il est noir. Troublant. Un éclair le traverse. Le feu vient de s’abattre sur la maison. J’en ai même fendu la toiture. Il n’y a ni jardin, ni fleurs. Aucune boule jaune, aucun soleil comme l’ont dessiné les atres élèves. Tous, sans exception. Chez moi, c’est la nuit.

Ma maison n’a pas de porte. Ni même une cheminée, pour s’évader. » p.57

« Se défaire de l’enfance. Impossible. On peut se bercer d’illusions, mais elles marquent, ces premières années. Un fer rouge dans la tête. Dans la mémoire. Parfois sur le corps. On fera des détours, on l’emmaillotera dans une amnésie forcée. Pourtant, elle ne se supprime pas. La ne sera jamais parfaite» p. 99

Pour en savoir un peu plus…