Bondree1Bondrée / Andrée A. Michaud. — Montréal : Québec Amérique, [2014]. – 296 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-7644-2505-3

Quatrième de couverture

Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur dont le souvenir ne sera bientôt plus que légende. Le temps est au rire et à l’insouciance. Sissy et Zaza dansent le hula hoop sur le sable chaud, les enfants courent sur la plage et la radio grésille les succès de l’heure. On croit presque au bonheur, puis les pièges de Landry ressurgissent de la terre, et Zaza disparaît, et le ciel s’ennuage.

L’auteur

Andrée A. Michaud est née en 1957 à Saint-Sébastien-de-Frontenac en Estrie au Québec. Elle fait des études en philosophie, en cinéma et en liguistique à l'Université Laval à Québec. Elle fait également une maîtrise en Études littéraires à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Pendant ses études à l'Université Laval, elle travaille dans un groupe de recherche en histoire du cinéma. Elle publie son premier roman, La femme de Sath, en 1987. En plus d'écrire, elle est également rédactrice et réviseure.

Elle reçoit de nombreux prix, entre autre le Prix du Gouverneur général et le Prix littéraire des collégiennes et des collégiens en 2001 pour son roman Le Ravissement, le Prix Ringuet en 2007 pour Mirror Lake, le Prix Saint-Pacôme, le Prix du Gouverneur général et le Prix Arthur-Ellis pour Bondrée. Son roman Mirror Lake sera adapté au cinéma en 2013 sousBondree2 le titre Lac Mystère.

Bibliographie

  • La femme de Sath (1987)
  • Portraits d'après modèles (1991)
  • Alias Charlie (1994)
  • Cette petite chose (théâtre) (1997)
  • Les derniers jours de Noah Eisenbaum (1998)
  • Un paysage/Eine Landschaft/A Lanscape (théâtre) (2000)
  • Le Ravissement (2001)
  • Projections (2003)
  • Le pendu des Trempes (2004)
  • Mirror Lake (2006)
  • Lazy Bird (2010)
  • Rivière Tremblante (2011)
  • Bondrée (2013)

Mes commentaires

Le roman se déroule en 1967. Chaque été les Duchamp passent leurs vacances à Bondary Pond, un petit lac près de la frontière américaine, entouré de denses forêts et rebaptisé Bondrée. Comme chaque été, ils retrouvent leur chalet et les autres vacanciers - anglophones et francophones - qui reviennent chaque année. Il fait chaud et les jours passent lentement pour la petite Andrée Duchamp ; son activité préférée étant de suivre et d'admirer Zaza et Sissy, deux adolescentes américaines, belles, vivantes, effrontées et un brin trop dégourdies.

Mais les vacances ne se déroulent pas comme prévus. C'est d'abord le corps de Zaza que l'on retrouve dans les bois, prise dans un piège à ours. Bien que l'enquête finit par conclure à un accident, l'atmosphère dans la petite colonie de vacanciers est lourde. Les gens se sentent impuissants face à la situation et se rapprochent - anglophones et francophones - et une nouvelle solidarité s'installe. Unis dans le malheur.

Les deux enquêteurs sont eux aussi inconfortables avec le résultat. Mais ce n'est que lorsque le corps de Sissy est aussi retrouvé pris dans un piège à ours que les enquêteurs peuvent conclure à des meurtres. Un meurtrier est en liberté dans la région et s'attaque aux jeunes filles.

C'est alors que l'atmosphère déjà lourde et triste se transforme et laisse place à la peur, l'angoisse et la paranoïa. Les gens sont dévastés. Les parents surveillent les enfants. Les voisins s'espionnent. L'endroit où les gens venaient se reposer et oublier leurs soucis s'est transformé en un lieu menaçant, un lieu qui ne sera plus jamais comme avant.

Le roman est à voix multiples et la narration change constamment de point de vue. Mais une voix se distingue et c'est celle de la petite Andrée Duchamp. Et bien que le roman soit bien un roman policier et que nous suivons l'enquête au fil des chapitres, c'est aussi le roman de la fin de l'enfance d'Andrée. C'est le récit de son passage de l'enfance à l'adolescence. Elle perd petit à petit son innocence et son insouciance. Elle se voit confrontée à la dure réalité du monde et elle voit la vie, ses proches, les gens qui l'entourent avec de nouveaux yeux. Elle change et grandit au cours de cet été.

Le roman est donc multiple : roman policier, roman psychologique, roman initiatique. L'auteur mélange savamment les genres et son écriture est solide. J'ai tout de même eu un peu de difficulté à entrer dans le roman. Le roman avançait lentement à mes yeux, un peu comme cet été torride. Mais une fois que je me suis laissée prendre par ce rythme lent, par cette mise en place de l'histoire, j'ai pu apprécier les mots de l'auteur. Et puis, le roman accélère un peu. L'enquête avance, la tension monte petit à petit. Et puis, on se rend compte qu'on est pris dans l'intrigue et qu'on veut en savoir plus. Et on veut connaître les personnages. Car si à mes yeux Andrée restait au centre du roman, les autres personnages sont devenus de plus en plus importants. L'auteur nous les rend vivants. C'est toute une communauté qui prend vie.

J'ai beaucoup aimé la plume de l'auteur. J'ai aimé son approche et son dosage entre les genres. Le roman passe d'un été tranquille à un été inquiétant, oppressant. Et nous sommes témoins de cette transformation. Bondrée et ses vacanciers ne seront plus jamais les mêmes.

Les mots de l’auteur

« Ferme les rideaux, Andrée, avait murmuré ma mère d’une voix si lasse qu’on y décelait la lourdeur de tout ce qu’elle redoutait. Quand elle prenait cette voix, on entendait le futur qui se précipitait vers nous avec ses gros sabots et on avait envie de se cacher six pieds sous terre, comme si le futur ne savait pas où nous trouver. La tête basse, elle se tenait sur le tapis de l’entrée, face à la porte, mais elle ne devait rien voir de son reflet dans la fenêtre. Ses cheveux et ses vêtements étaient trempés, son rimmel coulait et elle semblait vidée de toute énergie. Je n’avais vu ma mère dans cet état qu’au décès de son père, grand-papa Fred. Pendant des semaines, après l’enterrement de papy, elle disparaissait à tout bout de champ. Son corps demeurait là, penché au-dessus de l’évier ou du comptoir de la cuisine, mais ce que constituait ma mère s’était volatilisé. Ses mains demeuraient suspendues dans le vide, nos questions glissaient sur ses oreilles et il fallait qu’elle échappe son couteau ou sa patate pour réintégrer son corps. Ces absences m’effrayaient, car la fausse grimace qui figeait alors ses traits appartenait à une inconnue que je n’aurais pas voulu croiser dans le noir. » p. 53

Pour en savoir un peu plus…