chambre1La chambre des parents / Brigitte Giraud. -- [Paris] : Fayard, [c1997]. -- 152 p. ; 18 cm. -- ISBN 978-2-253-12414-6. -- (Coll. Livre de poche ; 31289)

Quatrième de couverture

Je reviendrai. Je garerai la voiture en haut de l'impasse. Je regarderai la maison.

Douze ans. Douze ans que je n'aurai plus mis les pieds dans cet endroit.

J'avais eu envie de devenir quelqu'un de normal. À présent que la voie était libre, j'avais compris que je n'étais capable de rien.

Ni boulot, ni petite bonne femme, ni colonies de vacances pour les mômes.

Une chose était encore possible: m'en revenir auprès de ma mère vieillissante, usée par la vie et le chagrin.

Ma mère, le seul être au monde qui m'ouvrira encore sa porte parce qu'elle sait pourquoi j'ai tué Papa.

L'auteurchambre3

Brigitte Giraud est née en 1960 à Sidi-Ben-Abbes en Algérie. Elle travailla comme journaliste, libraire et traducteur. Elle publia son premier roman, La Chambre des parents, en 1997. Elle vit aujourd'hui à Lyon où elle continue d'écrire. Elle est également impliquée dans la programmation de la Fête du livre de Bron. Son roman, Une année étrangère, publié en 2009, reçut le prix du jury Jean Giono. Elle reçut également le Goncourt de la Nouvelle.

Bibliographie

  • La Chambre des parents (1997)
  • Nico (1999)
  • À présent (2001) (récit)
  • Marée noire (2004)
  • J'apprends (2005)
  • L'amour est très surestimé (2007) (nouvelles)
  • Avec les garçons (2009)
  • Une année étrangère (2009)

Résumé

Un homme en prison depuis douze ans pour le meurtre de son père va bientôt retrouver la liberté. Cette sortie de prison lui fait peur. Il se questionne sur ce qu'il fera lorsqu'il sera libre. Où ira-t-il? Pendant ces derniers jours en prison, il se rappelle les années avant son incarcération, ce qui l'a conduit à son crime. Il se rappelle également ces années de prison. Mais surtout, il s'interroge sur comment il peut poursuivre sa vie hors des murs sombres mais rassurants de la prison.

Commentaires personnels

La Chambre des parents est le premier roman de Brigitte Giraud, écrit en 1997, et récipiendaire du Prix littéraire des étudiants. Le roman est court. À peine 152 pages dans mon édition. Il se lit comme une confession, comme un murmure capté sur les murs d'une cellule.

Le narrateur commence son récit par une phrase courte: "Je reviendrai". Il imagine le futur. Il voit son retour à la vie libre. Il essaie de s'imaginer revenir chez lui. Chez sa mère. Mais il sait déjà que ce retour sera difficile voire impossible. Mais il espère. Même en le décrivant imparfait, il essaie de se rassurer par ce retour. Il voit ce retour au "futur", non au conditionnel. Et le texte suit ce futur possible. Fin du premier chapitre.

Puis le texte est au présent. Le narrateur dans sa cellule se questionne. Il ne sait pas s'il veut être libre. Il est plus facile d'être en prison. Loin de tout, il n'a pas à affronter ces gestes,  sa vie. Il se laisse vivre. Sans trop réfléchir. Et c'est réconfortant. Fin du deuxième chapitre.

Et nous tombons dans le passé. L'imparfait. Il raconte sa vie avant le crime. Sa vie imparfaite mais innocente. Il nous traîne dans ses souvenirs. Et dans la narration de ses souvenirs, il parle en italique à une Marianne. Il lui parle au présent, il la tutoie au présent dans ses souvenirs. Fin du troisième chapitre.

Et le texte oscille ainsi entre le futur conditionnel ou non, le passé, le présent, le je, le tu... On entend les pensées du narrateur sur son présent en prison, on écoute ses souvenirs, on dessine avec ses futurs possibles. On passe de la réalité aux souvenirs. Et on apprend petit à petit comment il en est arrivé à tuer son père. On comprend ce qui l'a mené à ce crime. La véritable prison n'étant pas nécessairement celle du présent.

Nous lisons l'histoire d'une famille triste, immobile, sans vie... un père absent, une mère qu'il cherchera toute sa vie sans la trouver, une enfance pesante et silencieuse. Et Marianne. Le seul trait lumineux de ces pages décrivant une vie sombre.

Comment vivra-t-il en dehors des murs étouffants mais réconfortants de la prison ? Comment vivra-t-il avec son geste ? Comment vivra-t-il sans son père ? Il revoit donc encore son futur, mais au conditionnel. Car il ne sait plus. Il essaie de comprendre. Et il essaie de l'expliquer. En se parlant à lui-même, en écrivant, en racontant sa vie à son compagnon de cellule.

J'ai lu le roman de Giraud en quelques instants perdus dans un avion. J'ai été transporté par son écriture sobre aux temps multiples. Je me suis laissée emportée par son texte réaliste mais poétique. J'ai adoré sauté du futur au passé, puis revenir au dur présent. J'ai dévoré le texte pour savoir. Pour comprendre pourquoi ce meurtre. Dans les souvenirs, j'ai cherché les indices, tenter de supposer ce qui a mené ce jeune homme à tuer son père.

Ma seule peine est la chute... la vérité révélée dans les toutes dernières lignes. Je dois avouer qu'elle m'a déçue. Et que je ne l'ai pas trouvé à la hauteur du texte sublime que je venais de lire. Elle est logique et sûrement plausible. Elle est honorable aussi. Mais je ne l'ai pas aimé... je l'ai trouvé décevante. Il me semble que le motif était... insignifiant...

Mais, cette fin dont je n'ai pas été satisfaite, ne m'a pas gâché ma lecture ! J'ai adoré ce petit roman intense et touchant.

 

Extraits

"Franchir une porte est une douleur parce qu'aucune raison ne te pousse jamais à la franchir. Et tu fais comme si tu n'y pensais pas, tu prend un air détaché. Ici ou là est la même chose, le temps qui prend toute la place, qui t'écrase si fort que tu deviens le temps, tu le bouffes puis le digères ou bien tu suffoques, tu vomis. Tu succombes avec une pensée pour les torturés à qui le bourreau fait avaler des litres et des litres d'eau. Toi, tu bois du temps et tu es saoul." p. 26

"Si nous avions pu, nous aurions échangé. Tu me donnes ta jeunesse et je te donne mon désir de vivre. Mais nul magicien ne faisait partie de notre histoire, et quand bien même, nous nous serions méfiés." p. 127

Sources à consulter