vierge1La Vierge en bleu / Tracy Chevalier ; traduit de l'américain par Marie-Odile Fortier-Masek. -- [Paris] : Quai Voltaire, 2009. -- 427 p. ; 18 cm. -- ISBN 978-2-07-030797-5. -- (coll. Folio ; no 4355)

Quatrième de couverture

Récemment arrivée des États-Unis avec son mari, Ella Turner a du mal à trouver sa place dans cette bourgade de province du sud-ouest de la France. S'y sentant seule et indésirable, elle entreprend des recherches sur ses ancêtres protestants qui eurent à fuir les persécutions. Elle est alors loin d'imaginer que cette quête va bouleverses sa vie. Quatre siècles plus tôt, en pleine guerre de religion, Isabelle du Moulin, surnommée "La Rousse" en raison de sa flamboyante chevelure, risque un procès en sorcellerie pour le culte qu'elle voue à la Vierge Marie. Cependant, l'enfant qu'elle porte ne lui laisse d'autre choix que d'entrer dans l'intolérante famille des Tournier qui a embrassé la Réforme. Séparées par des générations mais unies par un mystérieux héritage, Ella et Isabelle vont renouer les fils du temps à deux voix.

Premier roman de l'auteur de La jeune fille à la perle, La Vierge en bleu livre l'histoire tragique et foisonnante des Tournier, sur fond de guerre de religion.

L'auteur

Tracy Chevalier est née à Washington en 1962. Elle grandit avec sa famille dans cette ville américaine et étudia au vierge2Bethedsa-Chevy Chase High School de la ville de Bethesda au Maryland. Elle commence à écrire alors qu'elle est au high school. Elle étudie au Oberlin College en Ohio où elle obtiendra un diplôme en Anglais. En 1984, elle part vivre en Angleterre et s'installe à Londres. Elle prend quelques cours de création littéraire et commence à publier des nouvelles dans des magazines. Elle travaillera chez un éditeur jusqu'en 1993. Elle quitte son emploi pour aller à la Universiy of East Anglia afin de suivre une M.A (diplôme supérieur de lettres) en création littéraire.. Parmi ses professeurs, on retrouve Malcom Bradbury et Rose Tremain. Elle poursuit son travail d'écriture et publie sa première oeuvre The Virgin Blue à compte d'auteur. Son deuxième roman, Girl with a Pearl Earring, publié en 1999, la fera connaître du public.

Elle vit aujourd'hui à Londres avec son époux et son fils.

Bibliographie

  • The Virgin Blue (1997)
  • Girl with a Pearl Earring (1999)
  • Falling Angels (2001)
  • The Lady and the Unicorn (2003)
  • Burning Bright (2007)

Résumé

La Vierge en bleu nous propose l'histoire de deux femmes séparées par les siècles mais liées par le sang et la couleur bleue qui marquent leurs vies.

Isabelle du Moulin, surnommée La Rousse à cause de sa chevelure, vit au XVIe siècle dans une France en pleine guerre de religion. Profondément attachée à la Vierge Marie, elle devient tout de même protestante et cache sa flamboyante chevelure. Avec sa famille, elle devra fuir son village pour éviter d'être tuée par les catholiques. Ils fuiront vers la Suisse qui accueille les hugenots et tenteront de refaire leur vie.

Au XXe siècle, Ella Turner, jeune américaine, emménage avec son mari dans un village non loin de Toulouse. Elle arrive avec espoir de refaire sa vie en France, mais se sent rapidement seule et isolée. Sous les conseils de son père, elle décide de faire des recherches sur ses ancêtres qui seraient originaires de la France. Ses recherches la mèneront jusqu'en Suisse où elle retrouve les traces d'Isabelle. 

Commentaires personnels

La Vierge en bleu est le premier roman de Tracy Chevalier qu'elle publia à compte d'auteur. On retrouve dans ce premier livre de l'auteur les amorces d'une écriture qui séduira plus tard les lecteurs de La Jeune fille à la perle. Elle opte cependant dans ce roman pour une double histoire. Le roman est donc partagé entre deux personnages féminins séparés par des époques différentes mais unis par une chevelure rousse, des connaissances de sage-femme et une passion/obsession pour la couleur bleue.

La France et le Moyen âge sont déjà au centre du roman de Tracy Chevalier. De même que l'utilisation d'une oeuvre... Chevalier part ici du peintre Nicolas Tournier et du tissu bleu qui couvre la vierge d'une de ces oeuvres. La peinture de la couverture du livre n'est cependant pas liée au roman, comme se sera ensuite le cas pour la Jeune fille à la perle et la Dame à la Licorne. Ce roman de Chevalier nous plonge en partie dans une France du Moyen âge déchirée par les religions et dans les recherches généalogiques d'une américaine qui tente de connaître ses origines françaises. C'est donc un roman à deux voix. Deux voix qui vont se rejoindre tragiquement en Suisse.

Le roman s'ouvre par une citation de Goethe, extraite de son livre "La Théorie des couleurs" et qui teinte définitivement le texte de Chevalier. La couleur flamboyante des cheveux des personnages principaux, qui témoigne de leur besoin de vivre intensément, est recouverte par ce bleu puissant qui conserve toujours une pointe d'obscurité mais qui les fascine. "En tant que nuance, elle est puissante, mais d'une façon négative, et dans sa plus grande pureté elle produit, pourrait-on dire, une négation stimulante. Son apparition est alors une sorte de contradiction entre l'excitation et le repos". (Goethe).

Le roman est bien construit. Ce procédé de deux temps est souvent utilisé mais peut devenir rapidement difficile à suivre. Chevalier réussit à nous intéresser aux deux personnages de façon égale. Nous passons d'une époque à l'autre sans perdre le fil des deux histoires, ce qui arrive souvent dans ce genre de roman à deux voix et à deux époques. Les chapitres sont bien proportionnés ;  suffisamment longs pour nous intéresser au personnage mais sans s'éterniser sur le récit, ce qui évite d'oublier l'autre histoire. On passe donc facilement d'une époque à l'autre, d'une histoire à l'autre. Vers la fin du récit, les chapitres sont de plus en plus courts, les événements se bousculent et les récits deviennent presque une seule histoire. Cependant, l'auteur conserve une narration claire et facile à suivre.

Il arrive dans ce genre de roman "double" que je préfère une histoire à l'autre, que j'aurais préféré ne lire qu'un seul récit. Mais ici, j'ai aimé ces deux histoires et surtout les liens entre les deux femmes. Je déplore peut-être un peu un côté non fini aux histoires. Je crois également que les personnages auraient pu être davantage développés. J'aurais surtout aimé mieux connaître Isabelle et sa famille. Et j'avoue avoir été légérement agacé par le personnage d'Ella - elle ne m'était pas très sympatique, par moment. Je crois aussi que le roman aurait pu nous offrir plus de détails sur les circonstances de cette guerre de religions, sur ses implications, etc. Et il est vrai que l'auteur, malgré une recherche évidente sur l'époque et sur la guerre des religions, me semble avoir pris quelques libertés avec l'Histoire et avec les recherches généalogiques -et surtout avec la profession de bibliothécaire et d'archiviste-, mais il faut parfois se laisser porter par sa lecture sans chercher à relever le moindre détail inexact. J'ai eu aussi quelques difficultés avec la conclusion de l'histoire "moderne" et je suis restée un peu sur ma faim avec la conclusion de l'histoire "médiévale". J'ai cependant été très touchée par la conclusion globale (que je ne soupçonnais pas du tout). Dans l'ensemble, j'ai beaucoup apprécié cette lecture. Et le bleu est ma couleur préférée... alors... ;)

Les avis de Tom-Tom, Conjuration des livres, À propos des livres, Elyse, Miss Alfie, joey7lindley09, Critiques libres, Emilie, Dirlandaise.

Extraits

"Et quelque chose changea. Cette nuit-là, je fis le rêve pour la première fois. Il commença par un scintillement, une lueur frisonnant entre ombre et lumière. Ce n'était pas noir, ce n'était pas blanc. C'était bleu : je rêvais en bleu." p. 53

"Debout au-dessus d'eux, il déploya l'étoffe blanche. Et voici qu'en tomba le quatrième secret, cette couleur qu'Isabelle avait cru ne jamais revoir. Elle poussa un cri, tendit la main et frotta l'étoffe entre ses doigts. La laine était toute douce, elle était teinte à coeur. Baissant la tête, elle porta l'étoffe à sa joue."
p. 205

Sources