leve2Je ne me lève jamais avant la fin du générique : récit / Réjane Bougé. -- [Montréal] : Québec Amérique, 2005. -- 238p. ; 22 cm. -- (Littérature d'Amérique). -- ISBN 2-7644-0392-5

Quatrième de couverture

S'il y a les petites vues, les grandes vues et les vues animées, Réjane Bougé a, quant à elle, un faible pour les "belles vues", ces dernières lui rappelant la tante aimante avec qui elle regardait le cinéma Kraft du jeudi et les films en fin de soirée. Autant de mélodrames dignes de Douglas Sirk !

À sa manière, Je ne me lève jamais avant la fin du générique, constitue le bilan d'une cinéphile. Ce récit se présente donc comme l'émouvante histoire d'une amoureuse du cinéma qui, sans aucune prétention critique, a décidé de répertorier des scènes, tant à la vie qu'à l'écran, et de monter comment elles se répondent, soulevant ainsi les délicats rapports qu'entretiennent les images avec la réalité. Car, si l'auteure a projeté sa propre vie dans les films, c'est que ceux-ci n'existent qu'à travers les yeux de qui les voient ! Joies, deuils, désirs et désarrois: on naviguera dans ce livre un peu comme dans un catalogue, pour renouer avec les émotions et les sensations que le septième art a distillées dans l'imaginaire collectif.

Que Réjane Bougé dise ne jamais se lever avant la fin du générique, elle non plus, voilà qui est heureux, aussi bien pour le cinéma que pour la littérature.

L'auteurLeve1

Réjane Bougé est née à Montréal au Québec, en 1957. Elle étudie d'abord à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) où elle obtient un baccalauréat en Études Littéraires en 1985. Elle fera ensuite, en 1993, un certificat en Études Italiennes à l'Université de Montréal.

Elle devient animatrice et journaliste à la radio de Radio-Canada en 1984 et elle y animera diverses émissions littéraires et culturelles pendant plus de 15 annés, dont l'émission Midi Culture. Elle publie son premier roman en 1992 et se consacre aujourd'hui presque entièrement à l'écriture.

Bibliographie

  • L'amour cannibale (1992)
  • La voix de la sirène (1994)
  • L'année de la baleine (1999)
  • Abécédaire des pays imaginaires (2002) (avec Maude Bonenfant)
  • Je ne me lève jamais avant la fin du générique (2005)

Résumé et Commentaires personnels

Se rappeler de moments de sa vie à travers les films qui l'ont marquée, voici le récit autobiographique que propose Réjane Bougé. Plus qu'un simple bilan des films qu'elle a vu au cours de sa vie, l'auteur choisit plutôt de se remémorer des scènes qui se reflètent dans des instants de sa vie. Telle scène lui rappelent telle personne, telle émotion, telle tragédie, tel désir, tel deuils, telle aventure, telle peur, telle joie... son apprentissage de la vie se miroite dans des films de toutes les époques et de tous les genres.

Cette vie qu'elle nous raconte, c'est sa vie. Peut-être parfois lègèrement embellie par ses souvenirs. Mais toujours intimement liée au cinéma. Elle nous présente des scènes sur un écran. Un écran qui prend la forme de souvenirs parfois flous, parfois déformés par les émotions ou les années. Mais toujours bien réels pour l'amoureuse de cinéma qu'elle semble être.

Nous passons donc au travers de certains moments de sa vie. Son enfance, son adolescence, sa vie d'adulte, parfois des "flashbacks", parfois des réflexions... parfois des silences, des fondus au noir. Elle ne nous explique pas tout. Elle nous laisse remplir les blancs laissés par son écriture.

Je ne connaissais pas tous les films dont elle parle. Parfois, j'aurais aimé en savoir plus, j'avais l'impression que je n'avais pas toute l'information pour comprendre sa réflexion. Mais les films qu'elle présente sont les films tels qu'elle les a vu... alors parfois même les films que je connaissais, je les voyais autrement. Car un film vit aussi à travers les yeux de celui qui le voit.

Mais les films font aussi partie de l'imaginaire collectif et parfois il suffit de dire une réplique, évoquer une scène pour qu'on se comprenne... Un souvenir commun... Et des moments qu'elle décrivait semblaient aussi raconter des instants de ma vie. Le cinéma fait partie de bien des vies. Combien de fois, tel scène de notre vie nous rappelle un film... et le contraire.

Le texte semble à la fois intime mais aussi très analytique. On passe parfois des souvenirs intimes à une analyse de films et de séquences. Elle semble parfois pousser son analyse très loin, de façon presque technique. Parfois, on semble plus tomber dans une réfléxion personnelle, voire philosophique.

Et on ne peut que se questionner sur le récit... "roman autobiographique"... quelle est la part de vérité, quelle est la fiction ? Mais je ne crois pas qu'il faut s'attarder à ces questionnements. Nos vies sont une suite de scènes... et c'est ce que Réjane Bougé a voulu nous montrer.

Le roman est québécois et plusieurs allusions furent pour moi autant de petits moments doux... des souvenirs d'annonces publicitaires, des habitudes, des noms de rues, des endroits... même le cinéma sur la couverture m'a troublée... aujourd'hui un "Jean-Coutu", je me rappelle très bien de cet édifice ! Et que dire du Cinéma Lumière qui a tant marqué ma propre enfance! Je croyais que personne ne se souvenait de cet endroit ! Et le cinéma Château... aujourd'hui une sorte de centre spirituel... tout à côté de ce restaurant que j'ai fréquenté, à quelques coins de rues de mon appartement... L'auteur a su en une phrase exprimer ma pensée: "Sur le plastique brisé de la marquise, les messages alternent. Un laconique "Jésus t'aime" a longtemps tenu l'affiche. "Parler avec Dieu c'est relaxant": dans la maxime actuelle, l'adjectif étincelle en rouge. Mais quelle est donc cette religion molle qui se présente comme une excroissance de la massothérapie ? Le bistro "Les Derniers Humains" venu se greffer à l'édifice, sur le flanc droit, immerge cette église dans un climat apocalyptique." p. 218

Mais ces souvenirs intimement liés à Montréal, se déplacent aussi en France, en Italie, en Angleterre... Ce n'est donc pas un obstacle à la lecture du texte... on peut facilement se perdre dans ces salles de cinéma, dans ces films et dans ces moments d'une vie.

Choisir de raconter un peu sa vie au travers des films qu'elle a visionné me rappelle un peu l'exercice que je fais parfois ici avec les émissions de télévision... ma "vie télévisuelle"... et je n'ai pu m'empêcher de sourire... Ce que les médias peuvent nous avoir marqués !

Extraits

"Les critiques parlent rarement des conditions de projection puisqu'ils ne fréquentent à peu près pas les cinémas. Ignorent-ils que, si Don Quichotte se bat contre des moulins à vent, les spectateurs, eux, luttent contre des majors qui les respectent autant que les oeuvres, c'est-à-dire fort peu?" p. 24

"Au cinéma, on peut créer l'illusion que deux personnes discutent ensemble. Je n'ai jamais vraiment dialogué avec ma mère, mais j'ai longtemps caressé l'idée que nous pouvions le faire. La possibilité était là, virtuelle. J'ai gardé cet espoir jusqu'à ce qu'elle soit admise aux soins palliatifs. Une semaine avant qu'elle meure, nos deux films en parallèle me semblèrent dans l'ordre des choses." p. 36

"Quand je lis, des espaces se déploient et se creusent autour des mots." p. 52

"En couleurs, en noir et blanc : cette dichotomie, qui paraîtrait étrange aux enfant d'aujourd'hui, nous était d'autant plus naturelle que nous la retrouvions à la maison, rivés devant un petit écran qui débitait des tranches de vie incolores. Nous étions donc entraînées à circuler entre ces deux états, à traverser "le mur des couleurs". p.77

"Avant l'apparition du cinéma, les hommes n'envisageaient pas les derniers instants de leur vie sous la forme de ce légendaire film qui va se dérouler. À cause de la vitesse qu'elle semble impliquer, cette métaphore moderne m'effare. Nous donne-t-on au moins le tmeps de rire ou de pleurer de quelques scènes." p. 88

Sources à consulter

... et mon premier roman du Défi la Plume Québécoise...

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