Jean_lemieux2La lune rouge / Jean Lemieux. -- [Montréal] : La courte échelle, c1991. -- 217 p. ; 20 cm. -- ISBN 2-89021-414-1.

Quatrième de couverture

J'ai pris l'avion cet après-midi. Dès l'atterissage aux Îles, je deviens un objet de curiosité. Oui, je suis Thomas Patterson, le fils de l'infirmière qu'on a trouvée morte à l'Île d'Entrée ce matin.

Regardez-moi, j'ai l'air tout à fait normal. Mon frère est enfermé en Nouelle-Écosse. Ce n'est pas la consanguinité, ma mère est Anglaise d'Angleterre. Elle a échoué à l'Île d'Entrée, via Saskatoon, il y a trente ans et n'en est jamais partie. Drôle de destin.

L'auteurJean_lemieux

Jean Lemieux est né en 1954 à St-Jean-sur-Richelieu, plus précisément à Iberville. Il fait ses études secondaires au Séminaire de Saint-Jean. Il écrit son premier roman, Equinoxes, en 1970, qui sera refusé par les maisons d'éditions. Il décide de poursuivre ses études en Sciences au Cégep de Saint-Jean-sur Richelieu.

Il tente sa chance comme chansonnier et fait partie d'un groupe nommé Les Hurluberlus. Il continue cependant à écrire. En 1974, il entreprend des études en médecine à l'Université de Montréal. Il aime voyager et fera de nombreux voyages - Grèce, Italie, France, Angleterre...

En 1980, il devient omnipatricien aux Îles-de-la-Madeleine. Il y restera 2 ans. Il continue ensuite à voyager et en 1983, on le retrouve omnipatricien à Montréal. Il retourne cependant aux Îles-de-la-Madeleine en 1984 où il continue à travailler comme omnipatricien. Ce qui ne l'empêche pas de voyager dans divers pays, Mexique, Portugal, France, Irlande,... Il ne limite pas ses activités à la médecine, il continue à écrire et participe à divers spectacles comme musicien. Il publie quelques textes dont Lune rouge en 1994.

En 1994, il quitte ses Îles pour s'installer à Québec. Il est alors omnipraticien au Centre hispitalier Robert-Giffard, spécialisé en santé mentale. Il publie d'autres textes et continue ses voyages autour du monde. Il reçoit plusieurs prix littéraires et son texte On finit toujours par payer sera adapté au cinéma en 2010. Il écrit pour un public adulte mais aussi pour jeunes adultes et même pour les enfants.

En parallèle de ses activités artistiques (l'écriture, la musique,..) de ses nombreux voyages et de sa vie de père, il continue à pratiquer la médecine dans la ville Québec où il vit présentement.

Site de l'auteur : www.jeanlemieux.com (biographie et bibliographie complètes)

Bibliographie partielleJaime_la_plumeQ

  • La Lune rouge (1991)
  • Retour à St-Malo (nouvelle) (1993)
  • La cousine des États (1993)
  • Le trésor de Brion (1995)
  • La marche du Fou (2000)
  • Pas de S pour Copernic (2001)
  • Le bonheur est une tempête avec un chien (2002)
  • On finit toujorus par payer (2003)
  • Le fil de la vie (2004)
  • Ma vie sans rire (006)
  • Le chasseur de pistou (2007)
  • Le mort du chemin des Arsène (2009)

Résumé

Chaque mois, un jeune médecin des Îles-de-la-Madeleine doit se rendre au dispensaire sur une île isolée. Au fil des mois, il apprend à connaître l'Île d'Entrée et ses habitants. Et malgré ses incertitudes nouvelles sur sa vie, sa peine d'amour toute fraîche et la tempête qui s'annonce, encore une fois en cette fin d'octobre, il prend le traversier pour aller sur l'île.

Une fois arrivé au dispensaire, il entreprend avec l'infirmière de service, la tournée de ses patients qui l'attendent chez eux. La journée se passe rapidement et sans incident. Mais la tempête s'est levée et en cette nuit d'Halloween, il se trouve coincé sur l'île et doit passer la nuit au dispensaire. Une nuit chargée d'incidents, de confidences, d'émotions et surtout de morts. Le jeune médecin se voit mêlé malgré lui au meurtre d'une jeune insulaire et par peur d'être accusé, cache sa relation avec la jeune fille et accumule maladroitement les mensonges.

Alors que l'enquête policière progresse et qu'un autre corps est découvert, les secrets et le passé des habitants refont surface. Le jeune médecin se trouve bientôt au centre des intrigues de l'Île. Et le jeune médecin, en quête de son identité, repartira transformé.

Commentaires personnels

On classe habituellement le roman de Jean Lemieux avec les romans policiers. Mais si j'avais voulu lire un roman policier, j'aurais été déçu. Si on lit le quatrième de couverture et qu'on s'attend à rencontrer ce Thomas Patterson, on sera également bien déçu. En fait ce quatrième de couverture est bien maladroit, car il nous parle d'un personnage qu'on voit brièvement dans les premières pages pour ne plus le revoir qu'à la toute fin... et quand on referme le livre, on se dit que ce quatrième de couverture nous donnait bien trop d'indices. Car pourquoi ce personnage fait-il partie du quatrième de couverture ? Il doit être important, non ?

Alors, oubliez le quatrième de couverture et les premières pages... et laissez-vous envelopper de cette histoire de meurtres, pas vraiment policière. Car le texte de Lemieux est tout simplement envoûtant. Et on a de la difficulté à poser le livre.

Comme il arrive parfois dans les romans se situant dans des lieux peu connus, un des personnages principaux est sans conteste l'île sur laquelle se déroule l'action. Nous sommes aux Îles-de-la-Madeleine. Un endroit du Québec perdu dans le Golfe du St-Laurent. Un endroit bien beau et étrange, et peu connu, même des Québécois. Les paysages des Îles sont pourtant magnifiques et uniques. Mais leurs éloignements les rendent difficiles à visiter. Les Îles-de-la-Madeleine sont presque toutes reliées entre elles par des dunes de sables et une route les traverse. Mais parmi les îles se trouve l'Île d'Entrée, la seule d'importance qui n'est pas reliée aux autres îles. Elle se trouve donc isolée et conserve un aspect sauvage et légèrement mystérieux.

L'Île d'Entrée est définitivement un personnage central du roman. Au travers de l'intrigue, on arrive à voir vivre l'île. On découvre ses paysages, on apprend l'histoire des insulaires, on découvre leur mode de vie, etc. Mais surtout on sent vraiment l'île respirer.

Les autres personnages du roman sont également très intéressants. Sans se perdre dans des descriptions trop longues, Lemieux parvient à nous rendre vivants les personnages principaux, mais également les personnages secondaires - ces personnages qui font à peine partie de l'intrigue mais qui font partie de l'île. La volonté de l'auteur est de toute évidence de nous faire découvrir les gens et la vie des Îles qu'il a bien connus lui-même. L'écriture de Lemieux est douce et poétique. La poésie se retrouvant souvent dans des phrases apparemment simples. On sent toute la beauté de l'île mais aussi tout son isolement parfois impitoyable. On touche par les mots de Lemieux à l'âme des insulaires souvent méfiants des étrangers même après des années. 

Et s'il y a bien des morts, des meurtres possibles, des secrets, des agissements étranges, une nuit de tempête, une atmosphère lourde, des liens troublants, des confidences mystérieuses, des ombres inquiétantes, un policier perspicace, des témoins silencieux et des airs coupables, le roman n'est définitivement pas, à mes yeux, un roman "policier". Étude de moeurs ? Intrigue psychologique ? Je ne sais... L'auteur explore sans aucun doute, les liens et secrets familiaux, les personnages en quête d'identité, les réflexions et constats sur l'amour, la vie, les choix et les décisions difficiles, ...

Les secrets, les confidences, les liens familiaux complexes et troubles maintiennent bien sûr le suspense tout au long du livre et les révélations finales sont bouleversantes. 

Un superbe moment de lecture que j'ai fait en une seule journée et qui m'a plongé dans des lieux que je connais par les mots d'une amie qui y avait passé son enfance.

Extraits

"Jusqu'à tard dans la nuit, il avait tenté d'éteindre, l'un après l'autre, les incendies qui éclataient dans les parties les plus diverses de leur royaume. Vers trois heures, il s'étai endormi seul dans le grand lit, convaincu qu'ils pourraient reboiser au matin sur les terres brûlées." p. 20

"Un rectangle de lumière se découpa sur la table. À l'ouest, le soleil se taillait une lucarne sous les nuages. Il y avait bien une heure qu'il n'avait pas plus. Le vent faiblissait. Il restait des détails à tirer au clair." p. 144

Sources à consulter